REVUE DE PRESSE !
[UNE PROF EN FRANCE]
Les syndicats, tout-puissants ou inutiles ?

Je lis régulièrement vos commentaires avec attention. Ils sont très instructifs.
Dans un certain nombre d’entre eux plane l’ombre inquiétante des syndicats, qui seraient au mieux complices, au pire responsables de tous les maux qui frappent l’Éducation nationale.
Cela révèle un certain idéalisme, puisque cela s’appuie sur le prérequis selon lequel la structure même de l’Éducation nationale pourrait être vertueuse et efficace, ce que je ne crois pas, étant opposée à tout type de centralisation.
Mais c’est un autre sujet.
Je voudrais, aujourd’hui, m’arrêter brièvement sur cette question des syndicats.
Je crois qu’on leur prête bien plus de pouvoir et d’influence qu’ils n’en ont en réalité.
L’Éducation nationale n’est ni la SNCF ni la RATP, ni même la DGAC (Direction générale de l’aviation civile), au sein de laquelle les contrôleurs aériens obtiennent des avantages non négligeables.
Il ne faut pas observer la situation avec des lunettes du milieu du XXe siècle.
Si après la Deuxième Guerre mondiale, le syndicalisme était une identité forte du corps enseignant, avec près de 70 % de syndiqués, surtout dans le premier degré, les taux d’adhésion n’ont cessé de baisser depuis, en même temps que montaient la désillusion et la résignation, et, surtout, la structuration du monde syndical n’est plus comparable.
Dans les années 1950, l’essentiel des syndiqués l’étaient dans la même fédération, la FEN, qui avait un statut quasiment hégémonique. Elle avait donc effectivement un assez grand pouvoir.
Seulement 30 % de professeurs syndiqués
Aujourd’hui, seulement 30 % des professeurs sont syndiqués, et même si cela reste supérieur aux moyennes des autres branches professionnelles, cela n’a plus le même poids, d’autant plus que l’univers syndical s’est diffracté. Les enseignants se dispersent maintenant en une dizaine de fédérations différentes, regroupant chacune plusieurs syndicats, unis de façon plus ou moins harmonieuse.
Ainsi la FSU, la fédération majoritaire conservant une assez forte capacité de mobilisation et représentant environ 10 % des professeurs, se divise en SNES (Syndicat national de l’enseignement secondaire), peut-être la branche la plus connue, en SNUipp (Syndicat national unitaire des instituteurs et professeurs des écoles), SNESUP pour l’enseignement supérieur, SNASUB pour l’administration scolaire, universitaire et des bibliothèques, et SNEP (Syndicat national de l’éducation physique), mais aussi en SNUEP, SNICS, SNUASFP, SNEPAP, SNUTEFI, SNUACTE, SNUPDEN…
Moi non plus, je ne sais pas ce que veulent dire tous ces sigles…
On se croirait dans la partie de Scrabble™ de l’inénarrable série québécoise Le cœur a ses raisons.
Près de 70 structures syndicales
Au total, ce sont près de 70 structures syndicales qui se disputent les 30 % d’enseignants syndiqués.
Notre messagerie professionnelle est noyée sous des pluies de communiqués envoyés par des groupes dont on n’a jamais entendu parler…
La FSU est évidemment à gauche, mais largement débordée elle-même sur sa gauche par FO, la CGT Éduc’action et SUD Éducation, les professionnels de la banderole qui claque et du slogan provocateur.
Mais si l’on ne se laisse pas abuser par les marches folkloriques et les revendications démagogiques, force est de constater que les syndicats n’obtiennent en réalité absolument rien, tant sur le plan de la défense corporatiste des conditions de travail des enseignants - qui ne cessent de se dégrader depuis quelques décennies - que sur le plan plus élevé des principes éducatifs et de l’organisation d’ensemble du système.
Les syndicats occupent une petite scène médiatique qui justifie leur existence et les privilèges - minimes, comparés à ceux des salariés de France Télévisions… - dont jouissent leurs membres, mais ils ne pèsent absolument plus dans la balance décisionnelle et il faut remonter à bien longtemps pour trouver un seul point sur lequel ils aient réussi à faire céder le ministère.
Source : https://www.bvoltaire.fr/une-prof-en-france
ET AUSSI RAPPEL !
[MUNICIPALES] Les syndicats enseignants en campagne contre la droite nationale

« Pas une mairie d’extrême droite pour l’école. »
Publié le 12 mars 2026, en pleine campagne des municipales, le communiqué de SUD Éducation a au moins le mérite de la clarté. Le syndicat y appelle à « se mobiliser pour faire barrage à l’extrême droite » et à « empêcher l’arrivée au pouvoir de municipalités dangereuses ».
Une prise de position qui, à défaut de neutralité, a le bon goût d’être explicite.
Il faut dire que l’enjeu est de taille : l’école dépend largement des communes pour ses bâtiments, sa restauration ou ses activités périscolaires.
Autrement dit, en pleine campagne municipale, difficile de faire plus ciblé.
À chacun son programme : certains parlent sécurité ou fiscalité, d’autres expliquent directement pour qui il ne faut surtout pas voter.
Dans ses ressources militantes, SUD Éducation pousse la logique encore un cran plus loin.
Le syndicat dénonce « la montée des idées d’extrême droite, complaisamment relayées par des médias du milliardaire Bolloré », appelle à « s’outiller syndicalement » et met en garde contre un retour « plus de quatre-vingts ans en arrière », à l’époque où l’école servait la « révolution nationale de Vichy ».
Tout y est : les médias Bolloré, Vichy… Il ne manque plus que les chemises brunes et une référence au nazisme pour compléter le tableau.
Une fresque historique pour le moins chargée, de la part d’acteurs censés, précisément, transmettre l’histoire avec rigueur.
Sollicité par Boulevard Voltaire par courriel, le service presse du syndicat n’a pas répondu à nos questions, à l'heure de la publication de l'article.
Boîte mail, tracts… et pédagogie militante
Une fois la ligne fixée, encore faut-il la diffuser.
Et de ce point de vue, les syndicats disposent d’un outil redoutable : les listes de diffusion académiques, qui permettent de toucher potentiellement des centaines de milliers d’enseignants.
Un professeur souhaitant garder l’anonymat résume, auprès de BV : « Sur la boîte mail académique, les syndicats envoient des newsletters… à longueur de journée. »

Couverture du magazine SUD Éducation
FO, SUD Éducation et d’autres organisations y relaient régulièrement leurs analyses et leurs appels à mobilisation, l’extrême droite étant présentée comme un danger majeur pour l’école et ses personnels.
Des contenus accompagnés de tracts, d’affiches et de brochures, prêts à l’emploi, le tout, bien sûr, soigneusement rédigé en écriture inclusive.
Un détail pratique mérite d’être souligné : ces mêmes listes servent aussi pour les mutations, les carrières et toutes les démarches administratives, comme nous le précise l'enseignant.
Autrement dit, difficile de se désinscrire sans se compliquer sérieusement la vie.
« Ils envoient ça à des centaines de milliers de profs… même si 1 % y est sensible, cela fait un impact non négligeable. »
Dans certaines académies, comme à Versailles, des sections syndicales vont jusqu’à organiser des temps d’échange explicitement orientés, à l’image d’un débat proposé par le SNES-FSU, en mars 2025, autour du thème « Connaître l’extrême droite pour mieux la combattre : un enjeu syndical ».
La logique se prolonge à une échelle plus large encore : au siège de la CGT, un colloque intitulé « À bas l’extrême droite » a été organisé en janvier 2026 afin d’apporter aux enseignants des « clés de lutte ».
Une manière, là encore, de structurer la mobilisation jusque dans les établissements et au-delà.
Strasbourg, quand la théorie sort dans la rue
La suite logique ne s’est pas fait attendre.
Le 17 mars 2026, entre les deux tours des municipales, trois lycées de Strasbourg ont été bloqués par des élèves pour dénoncer la « montée du fascisme ».
Une coïncidence, sans doute.
Les slogans, les références et les éléments de langage utilisés ressemblent en tout cas furieusement à ceux diffusés depuis plusieurs semaines.
Même vocabulaire, mêmes alertes, mêmes comparaisons historiques.
De quoi nourrir une mobilisation clef en main.
Trois lycées bloqués à Strasbourg pour dénoncer la banalisation de l'extrême droite, "c'est important pour montrer que les jeunes ne sont pas d'accord"https://t.co/KCurPYE1df pic.twitter.com/jPR7sTXE7m
— France 3 Alsace (@F3Alsace) March 17, 2026
Pour l’eurodéputée RN strasbourgeoise Virginie Joron, interrogée par BV, ce phénomène n’est pas anodin : ces discours finissent par être « transmis à des lycéens » qui, pour beaucoup, « ne connaissent absolument rien à ces enjeux et se retrouvent ainsi formatés ».
Une critique directe du rôle joué, selon elle, par certains acteurs éducatifs dans la politisation des plus jeunes.
Dans l’enseignement supérieur, notamment à Sciences Po, blocages, occupations et interruptions de cours viennent compléter le tableau.
L’enseignement, du primaire à l’université, semble découvrir une nouvelle vocation : terrain d’expression politique à ciel ouvert.
Neutralité, vraiment ?
Officiellement, l’Éducation nationale reste tenue à une stricte neutralité.
Dans la pratique, la frontière paraît de plus en plus souple.
Comme le reconnaît l’enseignant interrogé par BV : « Chaque prof peut évidemment apporter une tonalité à son cours. »
Avec quelques newsletters bien placées, des affiches soigneusement choisies et un climat général bien orienté, la « tonalité » peut vite devenir une symphonie.
Face à cette mobilisation, le Rassemblement national, lui, ne semble guère surpris.
« Il n’y a rien de nouveau, ils l’ont toujours fait, ils le feront toujours.
Ce qu’il ne faut pas qu’ils oublient, c’est qu’il y a 25 %, maintenant, des enseignants qui votent pour nous », rappelle son porte-parole Philippe Ballard à BV.
Même constat du côté de Virginie Joron, qui dénonce une dérive incompatible avec la mission éducative : « Ce n’est pas leur rôle de prendre parti, ce n’est pas leur rôle de faire du militantisme. »
À mesure que la droite nationale progresse dans les urnes, certains syndicats s’organisent et affûtent leurs outils.
Reste à savoir si, dans cette grande leçon de civisme électoral, l’école est encore un lieu d’instruction… ou, déjà, une salle de campagne comme les autres.
Source : https://www.bvoltaire.fr/
municipales-les-syndicats-enseignants-en-campagne-contre-la-droite-nationale/


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