Chère lectrice, cher lecteur,
Je suis certaine que, comme moi, vous êtes déjà allé dans un magasin pour faire une réclamation.
Et soyons francs : c’est rarement une partie de plaisir.
Mais, vous êtes des gens civilisés.
Même si ces situations sont agaçantes, vous n’insultez pas le personnel en face de vous.
Et surtout… vous ne poignardez personne !!
Mais hélas, les gens civilisés se font de plus en plus rares en France…
Laissez-moi vous parler de cette journée du 10 juillet 2021.
Un coup de couteau dans le cœur pour un hors-forfait
Théo n’a que 18 ans, mais il travaille déjà dur.
Il est vendeur en apprentissage dans une boutique Bouygues Telecom d’un centre commercial de Claye-Souilly en Seine-et-Marne.
Ses collègues sont rapidement devenus des amis : il est sympathique, avenant mais surtout très professionnel malgré son jeune âge.
Ce professionnalisme a même été remarqué par son employeur, qui s'apprête à lui proposer un CDI.
Bref, c’est un jeune Français ordinaire comme il en existe des milliers.
Sauf que ce jour-là, Ousmane Diallo entre en colère dans la boutique.
Il s'exprime difficilement en français, mais il parvient à faire comprendre qu’il trouve intolérable d’avoir un hors-forfait pour ses appels passés vers le Sénégal.
Il réclame un remboursement de 93,62 euros.
Un vendeur, Dany, tente de l'aider.
Il lui explique que ce n’est en théorie pas possible mais qu’il peut quand même appeler le service client pour voir ce qu’il est possible de faire.
Mais c'est trop long pour ce Sénégalais de 65 ans, arrivé en France en 1980 et déjà condamné pour rébellion et vol avec violences.
Il hurle : « Maintenant, maintenant ! », sort un couteau de 13 centimètres, s'approche de Dany et le poignarde au thorax.
Il se jette ensuite sur Théo et lui plante sa lame en plein cœur.
Le jeune homme fait quelques pas, tente de sortir de la boutique, puis s'effondre, tué sur le coup.
Son collègue Dany est évacué en urgence absolue, mais survivra.
Ousmane Diallo est interpellé quelques instants plus tard par un policier hors service et un courageux passant.
Coupable mais pas responsable
Et le procès de l'assassin de Théo s’est tenu la semaine dernière, le mardi 17 février précisément.
Guillaume Poingt, du Figaro, est l’un des rares journalistes qui l’a couvert.
Dans son article le lendemain du début du procès, il précisait une information très importante.
Les 3 psychiatres qui ont examiné Ousmane Diallo ont rendu 2 conclusions différentes : l’un d’entre eux a considéré qu’il était atteint d’une altération du discernement et les deux autres d’une abolition du discernement.
Cette information a beaucoup inquiété mon équipe.
Et à raison : l’altération du discernement permet une peine plus douce pour le coupable, l’abolition du discernement empêche la condamnation…
Dans les deux cas, c’est une bonne nouvelle pour le coupable, pas pour la famille de la victime…
Et ce qui devait arriver arriva : la cour d’assises a décidé de retenir l’abolition du discernement.
C’est-à-dire que Ousmane Diallo est trop fou, trop atteint psychiatriquement pour être jugé.
Pour la famille, c’est le coup de massue.
La maman de Théo s’est exprimée dans Le Figaro, elle ressent une profonde injustice : l’assassin de son fils a été reconnu coupable mais pas responsable.
Elle interroge aussi la responsabilité de l'État puisque Ousmane Diallo avait été condamné en 2003 pour violences et pourtant, son titre de séjour a été renouvelé.
Et elle est aussi très inquiète à propos de la sortie du meurtrier de son fils…
Car ce dernier va être placé dans une unité pour malade difficile (UMD) et sa libération ne sera possible que sur l’avis des médecins.
Concrètement, impossible de savoir pour la famille de la victime ce qu’il adviendra de lui…
La maman de Théo résume bien l’état d’esprit qui l’anime : “Cette justice nous a fait comprendre que nous, victimes, ne sommes rien.
Notre colère envers Ousmane Diallo s’est transférée vers la société et la justice.”
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