TRIBUNES LIBRES !
Accélérationnisme : les idiots utiles du chaos
L’accélérationnisme est une lubie fréquente des spectateurs du désastre : puisque la maison brûle, autant verser de l’essence et espérer devenir propriétaire des cendres.
Le raisonnement est d’une naïveté adolescente : portons les pires au pouvoir, laissons-les achever le pays, précipiter les tensions, ruiner les institutions, pousser la société vers l’affrontement, et miraculeusement, quelque chose de meilleur surgira du chaos.
Mélenchon à l’Élysée comme raccourci vers le salut national : il fallait y penser.
Car derrière cette théorie fumeuse se cache une question que ses prophètes évitent soigneusement : qui ramassera les morceaux ?
Où est cette mystérieuse cinquième colonne nationaliste, organisée, disciplinée, compétente, disposant des hommes, des cadres et des moyens nécessaires pour prendre les commandes d’un pays ruiné ?
Elle n’existe pas.
L’accélérationniste, lui, existe surtout derrière son écran. Il contemple le déclin, s’en délecte presque, transforme son impuissance en doctrine et son aigreur en stratégie. Puis il baptise « lucidité » son refus d’agir.
Souhaiter le chaos à ses compatriotes n’est pas une politique. C’est une posture de nihiliste confortablement installé dans les gradins.
Une crise grave ne serait ni romantique ni purificatrice. Ce serait des pénuries, des violences inouïes, des quartiers abandonnés, des services publics paralysés, des familles livrées à elles-mêmes.
Et ceux qui fantasment aujourd’hui sur l’effondrement découvriraient probablement les premiers que le chaos ne distribue aucun brevet de courage.
Il faut évidemment se préparer au pire. Parce que l’État-providence, que tant de Français imaginent omnipotent, révélera ses limites dès que les structures ordinaires cesseront de fonctionner.
Prévoir n’est pas souhaiter. Se préparer n’est pas provoquer.
Le rôle d’une organisation politique sérieuse est d’empêcher le désastre tant qu’il peut encore l’être, puis d’être capable d’agir s’il survient malgré tout. Tout le reste relève de la littérature apocalyptique pour militants sans troupes.
Ne confondons donc pas radicalité et irresponsabilité : celui qui aime son pays cherche à le sauver, pas à vérifier jusqu’où il peut tomber.
Thomas Joly –
Président du Parti de la France
ET AUSSI
Le départ de François Durvye du RN : un signal d’alarme sur la crédibilité économique ?
François Durvye, polytechnicien, ancien directeur général d’Otium Capital et conseiller économique de l’ombre de Marine Le Pen depuis 2021, a annoncé fin août 2026 qu’il ne participerait pas à sa campagne présidentielle.
Nommé en avril conseiller spécial de Jordan Bardella, il quitte ses fonctions moins de cinq mois plus tard.
Le timing n’est pas anodin : l’annonce tombe le jour même où Marine Le Pen défendait sa réforme des retraites devant le Medef.
Durvye justifie son choix sans détour : avec la ligne retenue par la candidate du RN, les réflexions économiques qu’il souhaitait insuffler n’avaient plus leur place.
On ne peut pas le blâmer, au contraire.
Il incarne le la droiture, la cohérence, exactement le contraire des guignols qu’on a vus défiler au Medef jeudi !
Il refuse de défendre auprès des milieux économiques des positions auxquelles il ne croit pas.
Chapeau l’artiste.
Le point de friction principal est clair : les retraites.
Marine Le Pen veut maintenir un dispositif progressif déjà esquissé en 2022 (et auquel Durvye avait contribué) : départ à 60 ans avec 40 annuités pour ceux entrés avant 20 ans sur le marché du travail, évoluant progressivement jusqu’à 62 ans et 42 annuités.
Elle assume un coût de 9 milliards d’euros comme « choix politique » et plaide pour des incitations à prolonger l’activité.
Durvye, de son côté, estime cette trajectoire non soutenable face à la dégradation des finances publiques et milite depuis des mois pour un modèle « viable ».
Sa mission première était de bâtir des ponts avec le patronat et de donner au RN un vernis de crédibilité économique.
Son départ, au moment précis où Marine Le Pen affiche cette ligne devant les entrepreneurs, sonne comme un désaveu interne.
Pour les patriotes qui envisagent de soutenir le RN, ce divorce n’est pas anodin.
Durvye n’était pas un libéral hors-sol : il partageait l’objectif de préserver le modèle social français, mais conditionnait sa pérennité à la prospérité des entreprises et à la maîtrise de la dette.
Quand un conseiller économique compétent, qui a travaillé dans l’ombre pendant des années préfère partir plutôt que de cautionner une promesse électorale jugée intenable, cela interroge sur la capacité du parti à articuler identité nationale et réalisme budgétaire.
Marine Le Pen a minimisé le départ, affirmant l’avoir souhaité.
Pourtant, à huit mois d’une présidentielle où la question des finances publiques sera centrale, perdre celui qui incarnait le dialogue avec le monde économique laisse un vide. Béant.
Les patriotes ont raison de s’inquiéter : un programme qui ignore les contraintes de solvabilité risque de se heurter, une fois au pouvoir, à la réalité des comptes.
Et l’Histoire montre que les intentions les plus nobles ne survivent pas longtemps à l’insolvabilité.
Certes, les électeurs pourront toujours penser que le RN de Marine, quoi qu’il en soit, ne sera jamais aussi mauvais que les programmes et actions des autres candidats à la présidentielle qu’on a déjà vus à l’œuvre et notamment au pouvoir.
C’est vrai, mais est-ce que cela rassure pour autant ?
Est-ce que cela ne risque pas de décourager nombre de patriotes d’aller voter ?
Par Christine Tasin
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