samedi 2 mai 2026

LA CAMPAGNE LÉGISLATIVE ALGÉRIENNE S' INVITE EN FRANCE !

  


 LU , VU ET ENTENDU !

 

Signe des temps, la campagne législative algérienne s’invite en France

A la faveur de la natalité et de l'immigration, la diaspora algérienne en France suscite toujours plus de convoitise.
Video du député de l'émigration Tawfik Khedim appelant sur Facebook les binationaux algériens à aller voter aux municipales en France. Capture d'écran TSA
Video du député de l'émigration Tawfik Khedim appelant sur Facebook les binationaux algériens à aller voter aux municipales en France. Capture d'écran TSA

Les campagnes électorales algériennes vont-elles désormais se mener en France ? 

On peut se le demander.

 Ce samedi 25 avril 2026, un député algérien a fait le déplacement jusqu’à Châtellerault, commune du centre-ouest de la France, afin d’y rencontrer la diaspora locale. 

 

Une quarantaine de personnes avaient répondu présent, visiblement avides de faire entendre leurs doléances au dénommé Tawfiq Khedim.

 « Cette rencontre a été un moment fort d’écoute et de dialogue autour des préoccupations de notre communauté : mobilité, démarches administratives, lien avec l’Algérie et perspectives d’avenir, s’est ensuite félicité le Cercle des Algériens de la Vienne, sur Facebook.

 Comme souligné lors des échanges, la communauté algérienne à l’étranger joue un rôle essentiel, à la fois pour son pays d’accueil et pour l’Algérie. 

Elle constitue un véritable pont entre les deux rives, porteur d’opportunités, de solidarité et de développement. »

 

Cette visite serait-elle à mettre en lien avec la campagne électorale lancée de l’autre côté de la Méditerranée ? 

Le 2 juillet prochain se tiendront en effet les élections législatives algériennes. 

Les 407 députés de la dixième législature de l'Assemblée populaire nationale (APN) y seront élus pour un mandat de cinq ans. 

Un enjeu de toute première importance pour le régime qui compte bien faire le nécessaire pour se maintenir en place.

Une diaspora de plus en plus courtisée

Après plusieurs scrutins marqués par une forte abstention, Alger entend mobiliser « sa » jeunesse.

 C’est dans ce but qu’a été lancée l’initiative Haya Chabab (« Allez les jeunes ») en avril dernier, une semaine tout juste avant la révision des listes électorales. 

 « La troisième édition de l’initiative Haya Chabab s’inscrit dans la continuité d’un projet gouvernemental clair : placer la jeunesse au centre des processus démocratiques », indique ainsi le média communautaire Jeune Afrique.

 

Les « jeunes » vivant en France sont tout particulièrement courtisés. 

Histoire de les attirer dans les urnes, le pouvoir algérien a consenti à accorder aux Algériens résidant à l’étranger davantage de sièges à l’Assemblée. 

 « Nous sommes très satisfaits de l’augmentation du nombre de sièges pour représenter la communauté, qui passe de 8 à 12, soit une hausse de 50 %, a indiqué Mohamed Hani, député et membre de la commission des affaires étrangères, soulignant que c’est « un signal fort en faveur d’une meilleure représentation des Algériens résidant à l’étranger ».

 Et l’élu algérien de saluer une « prise de conscience réelle » et « un véritable engouement au sein de la communauté ».

 

Quel est donc le poids de cette « communauté » en France ?

 Directeur de l'Observatoire français de l'immigration et de la démographie, Nicolas Pouvreau-Monti la chiffre, « de manière prudente », à près de trois millions de personnes

Le député Mohamed Hani, lui, prend moins de gants et parle de « 8 millions d’Algériens » vivant en France…

Le sujet tabou de l’allégeance

Ces millions de Franco-Algériens sont donc appelés à voter aux élections algériennes, mais aussi à peser lors des élections françaises. 

Au mois de mars dernier, le même Tawfik Khedim qui était à Châtellerault samedi avait appelé la diaspora algérienne à peser dans l’autre sens et s’impliquer pleinement dans les élections municipales françaises.

 Il était alors apparu en compagnie de deux hommes présentés comme des « Algériens », mais candidats aux mairies de villes bien françaises… 

 « Donc, on ne peut que les encourager, être à leur côté. 

On leur souhaite la réussite, exhortait l’élu.  

Les binationaux, n’hésitez pas à accomplir votre droit et votre devoir surtout.

 À tous les Algériens qui sont candidats : bon courage ! » 

 

 La vidéo avait été relayée sur la page Facebook du média algérien TSA, qui confirmait que « de nombreux candidats franco-algériens sont dans la course dans différentes villes françaises ».

 

Des binationaux appelant d’autres binationaux à faire élire des binationaux. 

On voudrait renforcer les craintes d’une « cinquième colonne » en France qu’on ne s’y prendrait pas autrement. 

 « Quand vous êtes un binational, vous n’êtes la cinquième colonne ni de l’un ni de l’autre : vous êtes celui qui essaie de créer des passerelles », s’est cependant défendu, il y a quelques jours, le sénateur Akli Mellouli, d’origine algérienne.

 

La question se pose pourtant depuis plusieurs décennies. 

Élu du Morbihan, Christian Bonnet avait interpellé le ministre de l’Intérieur à ce sujet, en novembre 1995, après avoir observé « plusieurs centaines de milliers d'électeurs » se rendre aux urnes en France dans le cadre de l'élection du président de la République algérienne. 

Jean-Louis Debré avait alors répondu avec une franchise qui a, depuis, déserté notre vie politique contemporaine : « La binationalité peut, il est vrai, poser parfois quelques difficultés, voire un problème d'allégeance

Une réflexion a été engagée à ce propos sous l'égide de la chancellerie en associant des parlementaires... » 

 Il semble hélas que, trente ans plus tard, la « réflexion » engagée n’ait toujours pas abouti.

 

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Par Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

 Source :    https://www.bvoltaire.fr/





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