vendredi 3 juillet 2026

POURQUOI L' ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE FAIT LE JEU DES ASSASSINS D' ENFANTS ?

 TRIBUNES LIBRES !

Pourquoi attendre l’élection présidentielle

 fait le jeu des assassins de nos enfants

Nos contemporains en sont souvent convaincus : manifester ne sert à rien.

 Les pouvoirs oligarchiques qui nous gouvernent sont tellement puissants que rien de ce que nous pourrions faire ne pourrait changer la donne. 

Petite piqûre de rappel pour ceux qui n’osent pas sauter le pas… et pour les plus fainéants aussi.

Aseptisés par un siècle de démocratie libérale, ayant volontairement livré les clés de leur destin à leurs représentants politiques, les peuples occidentaux semblent endormis.

 Peu de choses les font réagir hors de la sphère des réseaux sociaux, et une fois leur indignation exprimée sur la toile, ils se contentent d’attendre les prochaines élections.

 Ne dit-on pas que l’espoir est le dernier à mourir ?

Quelques soubresauts se produisent à chaque nouvel épisode sidérant de viol, de meurtre ou de mise à sac de nos ville, puis la pression retombe et chacun retourne à sa tranquillité.

 Chaque mort est le mort de trop. 

Mais, chaque mort est l’avant-dernier.

Le temps des tergiversations est pourtant terminé.

 La mère de Louis, l’adolescent de 17 ans lynché à mort par la racaille à Narbonne, nous le rappelle : « Ce n’est pas le temps du deuil, c’est le temps de la guerre. »

 

« Droitiser » l’espace public

Il y a de multiples raisons pour participer à une manifestation. 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, les Français sont vus à l’étranger comme le peuple par excellence qui ne se laisse pas faire et descend dans la rue pour exprimer sa colère. 

 

Mais tant de causes, les plus politiquement incorrectes, restent dans l’ombre : certains Français ont encore peur de s’exprimer librement et publiquement.

L’omniprésence des manifestations pour le féminisme, les droits LGBT, le climat ou l’antiracisme peut donner l’illusion que l’espace public est le monopole exclusif des courants progressistes et de gauche.

 Cet état de fait occulte d’autres réalités et crée un biais dans la perception de la situation sociale réelle du pays.

 

Aux micros de Radio Courtoisie, Raphaël Ayma, porte-parole de Tenesoun en Provence, est revenu sur la mobilisation en hommage à Louis, soulignant l’importance de participer aux manifestations. 

Il s’est adressé à ceux qui profèrent que manifester ne sert à rien :

« Ces gens-là nous tiennent ce discours car ils ont un trait caractéristique : le fait de croire au providentialisme électoral. Ils considèrent que la seule solution politique, la seule solution, à leur drame, le seul changement possible ne peut advenir que par le jeu démocratique et par l’idée de venir déposer un bulletin dans une urne tous les cinq ans.

On leur répond que les manifestations viennent imposer une chose très importante en politique : le rapport de force. »

 

Raphaël Ayma a raison : il est totalement différent de gouverner un pays où systématiquement les Français sortent dans la rue pour crier leur colère, expriment publiquement et collectivement leur mécontentement, où ils ne se contentent pas de rester confinés dans la sphère privée et virtuelle.

Le peuple de France ne pourra faire l’impasse de la manifestation qui demeure le moyen légal le plus direct pour exprimer une résistance face au pouvoir et rompre le silence.

 Mais pour contraindre les décideurs politiques à réagir et asseoir la légitimité des revendications, seule une mobilisation de longue haleine s’avérera réellement efficace.

 

Solidarité

À ceux qui ne sont pas convaincus de l’utilité de la chose, on rappellera que manifester dans les rues de Narbonne ou devant le ministère de la Justice, c’est aussi la façon la plus pertinente et la plus visible d’apporter son soutien aux proches d’un Louis ou d’une Lyhanna.

 Leur montrer qu’ils ne sont pas seuls. 

Que leur enfant perdu n’est ni ignoré, ni oublié. 

Faire corps. 

Sans mobilisation populaire, combien de nos martyrs auraient-ils sombré dans l’oubli sans même qu’on ait eu connaissance de leur calvaire ? 

Peut-on confier aux médias dominants le choix des « faits divers » à prendre en compte et de ceux à ignorer ?

 

Créer du lien

Et puis, en ces temps de restrictions de la liberté d’expression, marqués par la montée en puissance de la censure numérique comme de l’application prochaine du DSA, du fichage de la population à travers de fourbes manœuvres soi-disant vouées à nous protéger ou à protéger la jeunesse, de la criminalisation des actions militantes, des fermetures des comptes bancaires des médias et associations dissidentes, créer des liens véritables, « in the real life » comme disent les plus connectés, s’avérera nécessaire.

 

Et si nous n’avons convaincu personne de l’utilité de descendre dans la rue, s’engager auprès de la cause de leur choix, en aidant ou en la finançant, et même les deux, s’avérera encore plus nécessaire.

Mais une chose est sûre : à défaut d’engagement de la part de nos compatriotes, ce sont les assassins de leurs enfants et les fossoyeurs de leur pays qui auront raison. 

 Leur inertie, leur attente béate des prochaines élections, les conduira à mériter en partie ce qu’il leur arrive.

Ce n’est certes pas agréable à lire… mais la réalité n’est pas toujours agréable.

 

Par Audrey D’Aguanno

Photo d’illustration : DR

 

ET AUSSI      AUTRE SUJET ....

LA CHRONIQUE DE BALBINO KATZ !

Quatre nouvelles mitres à Écône : ce que

 le sacre des évêques lefebvristes 

dit vraiment

J’étais assis, hier, à la terrasse d’un café de Barjols, en Provence.

 

 Le soleil tapait dru, comme il sait le faire dans ces provinces méridionales où les pierres elles-mêmes semblent avoir une mémoire antique de la chaleur. 

Je venais de faire quelques emplettes, et je goûtais, avec reconnaissance, ce petit moment de paix que donne un verre de rosé lorsqu’il est pris sans hâte, loin des bourrasques bretonnes et des humeurs du siècle.

 

À quelques pas de ma table, un monsieur d’un certain âge, coiffé d’un chapeau de paille blanc, lisait La Croix. 

La scène avait quelque chose d’insolite.

 Depuis que j’ai mémoire des journaux, des cafés et des hommes, je ne crois pas avoir souvent vu quelqu’un lire La Croix en public. 

On lit Le Figaro comme on arbore une cravate, Libération comme on promène une vieille colère, L’Équipe comme on respire. 

La Croix, elle, se lit plutôt dans les salles paroissiales, les presbytères chauffés à l’économie, les bibliothèques diocésaines et les cuisines de vieilles chaisières.

La une était sans équivoque. 

En grandes lettres noires : « Le schisme ». 

 

Au-dessous, quatre mitres jaunes, alignées comme une muraille de tissu et d’or, signalaient les nouveaux évêques consacrés par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X à Écône, en Suisse. 

La photographie était belle, presque trop belle, et d’autant plus redoutable.

 Dans ces visages graves, dans ces ornements d’un autre âge, dans cette pompe liturgique qui semble défier les décennies, il y avait tout ce que le catholicisme officiel français regarde avec effroi, agacement, parfois envie, et plus souvent incompréhension.

La curiosité, mon péché véniel de chroniqueur du temps qui passe, me poussa donc à ouvrir ma version numérique de La Croix. 

 

Le journal avait envoyé une plume à Écône, dans ce que la bien-pensance ecclésiale tient volontiers pour le repaire de la bête immonde : non point quelque caverne de brigands, mais un séminaire suisse où l’on récite le latin, où l’on porte la soutane, où l’on parle de doctrine, de sacrifice et de Tradition avec une majuscule. 

L’affaire ne manquait pas de sel.

 Que l’organe officieux du catholicisme de conférence, laboratoire des prudences diocésaines et des éléments de langage pastoraux, aille regarder de près les bannis de la famille romaine, voilà qui méritait lecture.

Or le compte rendu était plutôt honnête. Il ne sombrait pas dans la détestation commode.

 Il décrivait les faits, la cérémonie, les fidèles, l’orage, la tension romaine, la sérénité étrange d’une foule persuadée de ne pas rompre avec l’Église, mais de lui demeurer fidèle contre ceux qui la gouvernent.

 À Rome, Léon XIV avait supplié la Fraternité de « revenir sur ses pas ». 

 

À Écône, on passa outre. 

Quatre évêques furent sacrés sans mandat pontifical. 

Les Français Marc Hanappier et Michel Poinsinet de Sivry, le Suisse Pascal Schreiber et l’Américain Michael Goldade reçurent ainsi la plénitude de l’ordre épiscopal des mains de Mgr Bernard Fellay et de Mgr Alfonso de Galarreta, eux-mêmes consacrés par Mgr Lefebvre en 1988.

Le correspondant du Vatican ajoutait, de son côté, une analyse juste : pour le pape, la ligne rouge n’est pas d’abord la messe ancienne, mais la constitution d’une succession épiscopale autonome.

 C’est là le cœur de l’affaire. 

Le rite, en vérité, n’est que la partie visible du litige.

 

 La messe de saint Pie V fascine les uns, irrite les autres, console beaucoup de fidèles, exaspère les bureaux.

 Pourtant Rome a déjà su, lorsqu’elle le voulait, aménager des espaces pour l’ancien missel.

 Le véritable scrupulus in calceo, le petit caillou dans la chaussure romaine, c’est la prétention d’une communauté à se donner des évêques sans le pape, puis à perpétuer cette liberté comme un état normal.

Mes sentiments à l’égard des lefebvristes ont toujours été mêlés.

 Je les connais depuis longtemps, sinon depuis leur naissance, du moins depuis l’époque où leur querelle avec Rome travaillait déjà les familles catholiques comme une fissure dans un mur porteur.

 Je n’ai jamais été attiré par eux sur le plan humain. 

Mes rencontres avec ce monde m’ont souvent laissé une impression de froideur, de charité parcimonieuse, d’adhésion mécanique à une vision très juridiste de la foi.

 On y trouve des âmes droites, certes, des fidélités admirables, des familles solides, des prêtres courageux.

 On y trouve aussi cette dureté doctrinale qui confond parfois la vérité avec le plaisir d’avoir raison contre tous.

Ce n’est pas un hasard si certains des prêtres les plus intéressants issus de cette mouvance ont fini par la quitter.

 L’abbé Philippe Laguérie, l’abbé Guillaume de Tanoüarn, et d’autres encore, portaient une intelligence plus vive, un tempérament plus libre, une capacité de conversation avec le monde qui s’accordaient mal avec l’esprit de caserne propre à la Fraternité.

 Ils ont tenté ailleurs l’aventure d’une fidélité romaine attachée au rite ancien, notamment dans l’Institut du Bon Pasteur ou dans d’autres maisons. 

Ce détail n’est pas mince.

 Une institution révèle souvent sa nature par ceux qu’elle ne sait pas garder.

 

À dire vrai, Rome et Écône n’ont guère intérêt, aujourd’hui, à s’entendre vraiment. 

Le Vatican voit dans la Fraternité un inconvénient mineur à l’échelle du monde catholique, mais un inconvénient entêté, venimeux, disproportionné par son écho numérique et par sa charge symbolique.

 Ce traditionalisme demeure, pour Rome, un phénomène réduit, d’abord franco-français, désormais franco-américain, très visible dans la cathosphère, beaucoup moins décisif dans la masse mondiale de l’Église. 

Vu depuis Rome, il pèse peu face à l’Afrique, à l’Asie, à l’Amérique latine, aux évangéliques, à l’islam, aux synodes allemands, aux finances vaticanes ou à l’épuisement des chrétientés européennes.

 

Pour Écône, la situation irrégulière est devenue, elle aussi, une demeure. 

On y dit souffrir d’être dehors, sans doute, mais l’on y a organisé sa vie. 

La Fraternité possède ses écoles, ses prieurés, ses séminaires, ses réseaux, ses familles, ses fidélités, ses finances, ses habitudes. 

Elle vit dans un entre-soi sectaire, et j’emploie ici ce mot sans intention injurieuse, comme une donnée clinique.

 Le sectaire n’est pas toujours le fanatique.

 Il est d’abord celui qui vit dans un monde clos, avec ses mots, ses alarmes, ses ennemis, ses vertus, ses signes de reconnaissance et ses réflexes de conservation.

 

J’ai visité naguère une école hors contrat placée dans l’orbite de la Fraternité.

 J’y fus frappé par les jeunes femmes qui y enseignaient.

 Elles semblaient sorties du même moule : mêmes jupes, mêmes coiffures, mêmes intonations, même douceur appliquée, même effacement volontaire. 

Il y avait là quelque chose de touchant et d’inquiétant. 

Ce conformisme absolu fait la force de ces milieux. 

Il donne aux enfants un cadre, aux familles une protection, aux prêtres un peuple, aux œuvres une continuité.

 Il en fait aussi la faiblesse, car un monde qui ne respire plus avec le dehors finit par prendre l’air extérieur pour un poison.

 

Rome, de son côté, n’a rien fait, ces dernières années, pour dissiper la méfiance. 

Les petites misères infligées aux communautés attachées aux rites anciens, la surveillance soupçonneuse des instituts Ecclesia Dei, les restrictions répétées, le sort fait à certains diocèses trop accueillants pour les vocations traditionnelles, tout cela a nourri la conviction des lefebvristes qu’ils avaient eu raison trop tôt.

 

 L’affaire de Toulon, dans sa brutalité administrative et son arrière-fond idéologique, a laissé des traces.

 Quant au pèlerinage de Chartres, sa vitalité juvénile aurait dû faire réfléchir une hiérarchie qui passe son temps à se lamenter sur les églises vides. 

Elle l’a surtout embarrassée.

C’est là l’un des grands paradoxes de notre catholicisme finissant. 

Les bureaux diocésains demeurent marqués par la génération qui a jeté la soutane par-dessus la haie en croyant rejoindre le siècle. 

 

Cette génération, élevée dans les ferveurs conciliaires, a confondu l’ouverture au monde avec l’agenouillement devant ses modes.

 Elle pensait que l’abandon des formes anciennes rendrait les églises plus accueillantes. 

Elles sont souvent devenues plus désertes.

 Elle croyait remplacer la verticalité par la proximité.

 Elle a produit des liturgies de salle polyvalente et des homélies de comité de quartier.

Les jeunes prêtres catholiques qui rejoignent les paroisses, ne ressemblent plus guère aux animateurs paroissiaux des années 1970. 

On peut s’en réjouir ou s’en inquiéter, mais il faut le voir.

La soutane réapparaît, le latin ne fait plus rire, le chapelet se porte sans honte, les familles nombreuses ne se cachent plus, les séminaristes progressistes sont devenus plus rares que les hirondelles en décembre. 

 

La génération du col roulé touche au terme de sa course. 

Elle sera remplacée par des prêtres plus classiques, plus identitaires, plus doctrinaux, parfois plus raides. 

L’Église officielle fait mine de ne pas comprendre ce mouvement. 

Elle préfère administrer son effondrement plutôt que regarder les rares lieux où la sève remonte.

 

Cette cécité nourrit Écône. 

Chaque brimade, chaque restriction, chaque note soupçonneuse venue de Rome ou des ordinaires locaux donne à la Fraternité la preuve qu’elle attendait. 

 

Elle conforte son récit : l’Église serait envahie par le modernisme ; la Tradition serait persécutée ; les évêques officiels auraient perdu le sens de la foi ; seule la résistance garantirait la transmission. 

Le discours est excessif, parfois injuste, souvent fermé.

 Il n’est pas né de rien. 

Une institution qui refuse de voir les signes de vie chez ses enfants les plus turbulents ne doit pas s’étonner qu’ils aillent dresser leur tente hors du camp.

Reste que la Fraternité n’est pas une blanche colombe.

 Elle aime son rôle de dissidente. 

Elle a trouvé, dans cette position, une noblesse, une dramaturgie, un théâtre clérical, une raison d’être. 

Ses dirigeants savent bien qu’une réintégration complète dans l’Église romaine ferait courir un risque immense à leur entreprise. 

Dans la grande hiérarchie catholique, ils deviendraient une réalité parmi d’autres, soumise aux nominations, aux arbitrages, aux humeurs romaines, aux évêques locaux, aux lenteurs de la Curie. 

Ils perdraient cette autonomie qui est devenue leur oxygène. 

L’obéissance au pape, si souvent invoquée dans les sermons anciens, leur coûterait alors beaucoup plus cher qu’ils ne veulent l’avouer.

 

Il y a aussi, chez eux, un esprit caporaliste qui ne promet pas que des douceurs. 

Les prêtres y disposent de peu d’initiative. 

Un supérieur déplace, corrige, surveille, reprend.

 Un soupçon d’indépendance suffit à faire passer un homme de Bretagne en Touraine, ou d’ailleurs encore plus loin.

 Beaucoup de jeunes gens aiment cet ordre, cette discipline, cette verticalité. 

Elle les rassure dans un monde liquide.

 Elle leur donne des chefs dans une époque qui ne produit plus que des gestionnaires. 

Elle peut aussi dessécher les caractères, étouffer les intelligences, transformer la fidélité en obéissance automatique.

Les laïcs, lorsqu’ils observent ce conflit, oublient souvent une donnée essentielle : le temps ecclésiastique n’est pas le temps ordinaire. 

Pour un journaliste, une crise dure trois jours. 

Pour un parti, elle dure une législature. 

Pour une entreprise, un exercice comptable.

 Pour l’Église, elle peut durer cinquante ans, un siècle, davantage encore. 

 

Rome sait attendre.

 Les schismes, les dissidences, les vieux-croyants, les Églises séparées, les communautés en rupture, tout cela appartient à sa longue mémoire.

 Elle ne raisonne pas seulement en termes de scandale immédiat, mais de vieillissement, d’épuisement, de succession, de retour possible ou de disparition lente.

 

Écône raisonne également dans cette durée.

 Les sacres de 1988 devaient être une exception. 

Ceux de 2026 montrent qu’ils sont devenus un système.

 C’est le point décisif.

 L’état de nécessité, invoqué une première fois par Mgr Lefebvre, s’est changé en principe permanent. 

La Fraternité ne dit pas : nous posons un acte terrible en attendant une solution.

 Elle dit désormais : nous devons assurer notre hiérarchie pour les décennies qui viennent.

 En langage romain, cette nuance pèse plus lourd que toutes les déclarations d’amour au pape.

 

Au fond, ces quatre nouvelles mitres ne changent pas grand-chose à l’affaire.

 Elles remettent une bille dans la machine, relancent le mécanisme et prolongent la partie de vingt ans.

 Rome sanctionnera, ou temporisera d’une manière qui ressemblera à une sanction. 

Écône protestera de sa fidélité, tout en consolidant son autonomie. Les fidèles chanteront plus fort. 

Les bureaux romains classeront les dossiers. 

Les journalistes parleront de schisme.

 Les familles traditionalistes continueront d’inscrire leurs enfants dans les écoles où l’on apprend le catéchisme d’antan comme on apprenait autrefois les déclinaisons.

 

Dans vingt ans, peut-être, une autre génération prélats romains, moins obsédée par les querelles de Vatican II, regardera cette affaire avec davantage de sang-froid. 

Peut-être que l’Église officielle, ayant perdu encore des forces, acceptera de faire une place plus large à ceux qui auront conservé des prêtres, des familles et des vocations.

 Peut-être aussi que la Fraternité se sera tellement habituée à sa forteresse qu’elle ne saura plus ouvrir les portes. 

Rien n’est moins sûr.

 L’histoire de l’Église est pleine de retours inespérés et de ruptures devenues habitudes.

 

À Barjols, le vieux monsieur replia finalement son journal.

 Il but le fond de son café, remit son chapeau de paille et s’éloigna dans la lumière provençale. 

Je restai avec mon verre de rosé et cette une de La Croix en tête : « Le schisme ».

 Le mot était lourd, presque médiéval, et pourtant très moderne. Il disait moins une rupture soudaine qu’une séparation longtemps préparée, entretenue par deux camps qui se reprochent mutuellement de ne pas vouloir revenir.

 

Écône n’est pas seulement une dissidence. C’est un miroir.

 La Rome d’aujourd’hui y voit ce qu’elle ne veut plus être : la soutane, le latin, la doctrine formulée sans précautions oratoires, les familles nombreuses, la verticalité liturgique, le refus de confondre la foi avec l’accompagnement social du temps présent.

 La Rome de demain, qui sait, y trouvera peut-être le reflet de ce qu’elle voudra redevenir, lorsque les prudences pastorales auront achevé de vider les nefs et que les mots d’inclusion, d’écoute et de dialogue auront rendu leur dernier son dans des sacristies désertes.

 

Car le catholicisme français ne meurt pas tout à fait de la manière dont on le croit.

 Le vieux catholicisme sociologique, celui des paroisses pleines par habitude, des patronages, des familles allant à la messe comme on allait au marché, celui-là s’efface, emportant avec lui des prêtres, des églises, des écoles, des usages, et jusqu’à une certaine familiarité populaire avec le sacré. 

À sa place, encore minoritaire, encore fragile, naît un catholicisme plus choisi, plus conscient, plus identitaire, souvent plus jeune, attiré par les formes anciennes, les écoles nouvelles, les communautés exigeantes, les séminaires où l’on ne rougit plus de porter la soutane. 

C’est ce catholicisme-là qui embarrasse Rome et déconcerte l’épiscopat français. 

Il suffit de lire La Croix pour s’en aviser : on y parle volontiers de renouveau lorsqu’il est conforme au vocabulaire du siècle ; on s’inquiète beaucoup lorsqu’il prend le visage d’une tradition qui revient.

Ainsi les sacres d’Écône ne sont pas seulement un acte canonique de rupture, ni même une querelle de mitres entre Rome et une Fraternité jalouse de sa citadelle. 

Ils signalent, à leur manière raide et caporaliste, le retour d’une question que l’on croyait ensevelie sous les décombres de l’après-concile : que reste-t-il de l’Église lorsqu’elle ne veut plus paraître elle-même ?

 On peut condamner ces sacres. On peut s’en féliciter. 

On peut s’en attrister. 

Il demeure cette évidence : dans une Église où tant de choses meurent sans bruit, ceux qui provoquent encore des tempêtes sont souvent ceux qui affirment, avec une obstination parfois excessive, que tout ne doit pas mourir.

Par Balbino Katz
— chroniqueur des vents et des marées —

balbino.katz@pm.me

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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