Demain, ce sera pire!
Le billet politique de Philippe Bilger
Comme si la perspective d’un nouvel épisode de canicule en fin de semaine ne suffisait pas, le débat public s’enfonce dans les postures: Claire Nouvian veut désormais faire des victimes de la chaleur des «morts Macron1», tandis que le RN peine à convaincre de la crédibilité de son plan de climatisation générale.
Pendant ce temps, les transgressions continuent de rythmer le quotidien des Français.
Il reste pourtant une voie pour sortir du déclin: retrouver les moyens d’agir en cessant de sacraliser un Etat de droit devenu trop souvent paralysant.
Ce titre provocateur n’est pas destiné, comme le font les écologistes avec leurs prétendus 10 000 morts causés par la canicule, à accabler le gouvernement et à diffuser un climat encore plus sombre que celui que la réalité impose.
Il est seulement fait pour dissiper les illusions et la naïveté, et pour favoriser la conciliation d’une totale lucidité avec l’efficacité de l’action dans le domaine de l’insécurité, des délits et des crimes.
Le constat pénitentiaire récent est d’ailleurs plus que préoccupant : on compte plus de 6 000 matelas au sol dans nos prisons.
Présent catastrophique
La délinquance zéro est un rêve, une utopie.
Jamais ce monde, même avec des forces régaliennes au sommet de leur compétence, ne nous offrira un visage absolument rassurant.
Inutile, donc, de proposer des programmes ayant cette finalité inconcevable.
Il est normal que face à chaque crime, chaque tragédie, devant chaque meurtre, chaque assassinat, devant les violences commises notamment sur les femmes ou les enfants, face aux horreurs que le quotidien ne cesse de charrier, on s’indigne, on accuse, on dénonce l’instrumentalisation et on s’abandonne à la facilité du « il n’y a qu’à ».
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Il serait incongru que les politiques de droite comme de gauche ne s’en saisissent pas à leur manière, extrême et radicale pour les uns, souvent compassionnelle et sociétale pour les autres.
Il serait indécent de laisser le peuple se désespérer sans rien manifester.
Cette focalisation légitime sur ces très graves sujets, si elle peut justifier politiquement et médiatiquement un intérêt constant, ne doit cependant pas conduire à une démagogie laissant entendre qu’après un présent catastrophique, le lendemain sera virginal.
La malfaisance étend son emprise sur le pays
C’est sur ce plan que mon pessimisme naturel rejoint les mille signes qui démontrent que la société se dégradera, que la malfaisance poursuivra son terrible chemin, que l’inventivité criminelle ne sera jamais à court d’inspiration et qu’il serait bon de ne pas verser toutes ses larmes dans l’instant pour en garder quelques-unes pour la suite.
Déplorable constat qui, sauf pour les rousseauistes inguérissables, est de nature non pas à nous priver d’émotion pour hier ou pour le temps présent, mais à nous rendre conscients que ce sera pire demain !
Ce tableau n’est absolument pas contradictoire avec un volontarisme cohérent, forcené et inlassable pour apaiser, autant qu’on le peut, ce qui blesse, afflige ou meurtrit notre pays, face à des transgresseurs de plus en plus précoces et de moins en moins intimidés par la loi.
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Cette synthèse entre le refus de l’aveuglement et l’envie de combattre pour tous aura aussi pour conséquence d’éviter la fétichisation d’un État de droit qui, dans sa partie conjoncturelle, a révélé toutes ses limites.
Si l’on m’autorise une intrusion dans la littérature, c’est un peu comme Francis Scott Fitzgerald écrivant en substance que « les choses sont désespérées, mais qu’il faut agir comme si elles ne l’étaient pas ».
Aucune raison de douter de l’intelligence industrieuse de la France, pour peu qu’elle soit bien guidée et dirigée avec empathie et autorité !


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