Au lendemain de la mort de Quentin, alors que l’Assemblée nationale rendait hommage à la victime, Cem Yoldas choisissait un tout autre ton.
Sur le réseau X, le porte-parole de la Jeune Garde dénonçait « la première fois depuis 1944 qu’à l’Assemblée nationale, on rend hommage à un militant d’extrême droite », voyant dans cette séquence la preuve d’une prétendue « fascisation » du pays.
Dans un autre message, il ironisait encore, s’interrogeant publiquement sur la nécessité, pour les députés, de « tendre le bras » pour lui rendre hommage.
Des propos qui provoquent immédiatement une onde de choc à Strasbourg, où l’intéressé est candidat à la mairie.
Car derrière ces déclarations se dessine un parcours militant qui rattrape désormais la campagne municipale.
Une candidature polémique
Âgé de 29 ans, Cem Yoldas, tête de liste du collectif « Strasbourg, c’est nous », incarne une gauche militante assumée.
Soutenu par Philippe Poutou lors du lancement de sa campagne, il défend un programme radical et communautariste : police municipale désarmée, ouverture d’un second cimetière musulman ou encore diffusion de tracts électoraux traduits en arabe et en turc.
Mais au-delà des propositions, c’est son passé militant qui nourrit la controverse. Interrogée par Boulevard Voltaire, l’eurodéputée RN et candidate à la mairie Virginie Joron confie avoir découvert certains éléments avec stupéfaction : « Quand j’ai vu cela, je suis tombée de la chaise. »
Elle décrit un climat d’intimidation politique récurrent : « Il est toujours avec son petit groupe, ses gros bras autour de lui.
Quand ils sont en nombre, ils font les cadors. »
Une plainte dès 2022
La polémique ne date pas de la campagne actuelle.
Dans une plainte déposée en 2022 et que BV a pu consulter, Cem Yoldas est nommément cité pour des faits de violence et d’intimidation par une conseillère régionale.`
Selon sa déposition, il l'a menacée de « lui régler son compte et [de] la fracasser », précisant même l'attendre à son domicile, dont il citait l'adresse précise, à la sortie d'une réunion militante du parti LR. Un élément antérieur à la campagne municipale, mais qui éclaire aujourd’hui d’un jour nouveau la trajectoire et les méthodes d’action du candidat.
Une attitude récurrente confirmée sur X par un ancien camarade d'université.
Fin 2025 : tensions lors de la venue de Bardella
Les tensions réapparaissent fin 2025, lors de la venue de Jordan Bardella à Strasbourg pour soutenir Virginie Joron.
Une manifestation hostile des antifas, avec la Jeune Garde et Cem Yoldas en tête, bloque avec violence les accès au lieu de réunion et s'en prend physiquement aux participants.
Hervé, présent ce soir-là, décrit à BV une atmosphère rapidement devenue menaçante : « Ils étaient une cinquantaine, peut-être soixante, venus clairement pour semer le trouble. »
Pris à partie alors qu’il tentait d’accéder à la salle, il affirme avoir été agressé : « Une personne m’a poussé, frappé à la tête et aux genoux. »
Il s’est vu prescrire deux jours d’ITT après les faits et a déposé plainte.
Sans identifier personnellement Yoldas, il précise que les militants antifas présents étaient issus de la Jeune Garde strasbourgeoise.
Le « loup dans la bergerie »
Autre sujet de polémique : l’activité professionnelle du candidat.
Selon Virginie Joron, c’est sous son vrai nom, Cem Mikaël Bal, que Cem Yoldas apparaît comme éducateur spécialisé à l’OPI Quartier du Neuhof (Orientation Prévention Insertion), structure dépendant de l’ARSEA (association régionale spécialisée d'action sociale d'éducation et d'animation) et financée par plusieurs collectivités publiques, dont la région Grand Est et l’Europe.
Elle affirme à BV avoir alerté plusieurs responsables politiques : « Je leur ai demandé s’ils étaient au courant qu‘ils financent ce dernier ?
Je n’ai obtenu aucune réponse. »
Avant d’ajouter : « C’est le loup dans la bergerie », lui permettant de recruter des jeunes en difficulté pour ses actions militantes.
Dans les mission de l’OPI figure notamment (ironie de l’histoire) l’accompagnement dans la « connaissance de soi et gestion des conflits » (sic.`
Contactés par Boulevard Voltaire, l’ARSEA, l’OPI du Neuhof et Cem Yoldas n’ont pas répondu à nos sollicitations.
La délibération municipale qui embarrasse Strasbourg
Pour Virginie Joron, la controverse dépasse la seule personne de Cem Yoldas.
Elle accuse la majorité écologiste menée par le maire Jeanne Barseghian de chercher à capter l’électorat le plus radical.
À la suite de la procédure de dissolution engagée par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau contre la Jeune Garde, le conseil municipal de Strasbourg avait adopté, en juin 2025, une délibération exprimant son soutien au collectif, dénonçant une décision jugée liberticide.
Le texte présentait alors la Jeune Garde comme un acteur engagé contre les discriminations et les violences d’extrême droite.
L’épisode marque un tournant politique local.
Des élus d’opposition dénoncent alors une caution institutionnelle apportée à un mouvement déjà accusé de violences.
Saisi par le préfet du Bas-Rhin, le tribunal administratif annule finalement la délibération, estimant que la commune sortait du cadre de ses compétences.
« L’annulation de la motion par le tribunal administratif a été passée presque sous silence.
Personne n’est monté au créneau, alors que c’est quand même le préfet qui a dû intervenir », souligne Virginie Joron, auprès de BV.
Cet épisode prend un tout autre tournant après la mort du jeune Quentin à Lyon, qui met la Jeune Garde au centre de la polémique.
La question n’est plus seulement municipale : c’est celle du passage du militantisme violent d’extrême gauche aux responsabilités publiques.
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