Je me tenais sous le porche de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper, à l’abri d’une pluie fine venue du large, ce crachin breton qui ne mouille jamais franchement mais finit toujours par pénétrer les étoffes et les pensées.
En attendant un rendez-vous, je faisais défiler sur mon téléphone les pages du Figaro du matin.
Un titre, à rebours du pessimisme ambiant, a retenu mon attention, « Ces nouveaux convertis qui veulent entrer au séminaire », signé par Jean-Marie Guénois et publié le 31 janvier 2026 .
L’article constate, chiffres précis à l’appui, une hausse inattendue des inscriptions en année de propédeutique, cette première étape désormais obligatoire avant l’entrée au séminaire.
En Bretagne, le phénomène est particulièrement marqué.
À Rennes, la Maison Charles de Foucauld est passée de quatre candidats à dix-huit en un an, soit une augmentation de 350 %, selon le père Olivier Roy, supérieur de la maison, qui accueille des candidats de neuf diocèses de l’Ouest.
À l’échelle nationale, le nombre de propédeutes est passé de 99 en 2023 à 145 en 2025, soit une progression de 46,5 % en deux ans.
Ces chiffres demeurent modestes à l’aune de l’histoire longue de l’Église, mais ils rompent une courbe qui semblait figée dans le déclin.
Cette année de propédeutique n’est pas un simple sas administratif.
Elle est conçue comme un temps de décantation, de discernement, presque de dépouillement.
Lancée dès les années 1980 sous l’impulsion du cardinal Lustiger, elle répond aujourd’hui à une réalité nouvelle, celle de candidats arrivant avec une connaissance souvent minimale du catholicisme, parfois même sans catéchèse préalable.
Le Figaro rappelle que cette année n’est pas consacrée aux études théologiques, mais à la vie intérieure, fraternelle et caritative, à ce que les formateurs appellent sans détour le combat spirituel, afin de permettre un choix libre, mûri, éprouvé.
Je me souviens très bien du nadir des vocations, il y a quelques années, lorsque pratiquement plus aucun jeune ne frappait à la porte des séminaires français.
À cette époque, je m’étais dit que le rebond viendrait un jour.
L’Église a pour elle la masse, la patience et le recul historique.
Elle sait encaisser les longues périodes de froid, attendre, comme ces cathédrales dont les chantiers traversent les siècles, que le soleil se lève à nouveau.
D’autres confessions, d’autres communautés religieuses n’ont pas cette capacité d’endurance.
Les églises prétendument-réformées qui ont cru trouver un salut dans l’embrassement de toutes les causes du temps, du progressisme sociétal au wokisme liturgique, se sont vidées à mesure qu’elles abandonnaient le cœur de leurs convictions chrétiennes.
Les petites communautés évangéliques elles-mêmes se retrouvent parfois sans pasteur ni fidèles, pour avoir cru qu’en épousant l’esprit du siècle elles pourraient survivre à l’oubli de la promesse.
Parmi les jeunes qui se présentent aujourd’hui en propédeutique, deux courants se distinguent nettement.
Le premier est constitué de jeunes issus de familles catholiques pratiquantes, souvent attirés par des formes liturgiques plus classiques, voire traditionalistes.
Le Figaro rappelle qu’environ 38 % des candidats français entrés en première année de séminaire depuis l’an 2000 ont choisi des formations de style traditionnel. Fraternité Saint-Pierre, Institut du Christ Roi, Institut du Bon Pasteur, Communauté Saint-Martin, ces maisons attirent une jeunesse en quête de continuité doctrinale et rituelle.
Cette affluence nourrit, en retour, un certain ressentiment diocésain, rarement avoué mais bien réel, face à des instituts perçus comme concurrents.
La véritable nouveauté tient cependant à l’autre courant, plus récent et plus déconcertant.
Il s’agit de jeunes issus du tout-venant sociologique, souvent sans culture chrétienne préalable, parfois même non baptisés.
Jean-Marie Guénois rapporte le cas de candidats frappant à la porte d’une propédeutique sans avoir encore reçu le baptême.
Ces jeunes arrivent avec peu de connaissances mais avec un appel d’absolu très fort.
C’est précisément pour eux que l’année de propédeutique a pris toute son importance, afin de permettre un discernement long, exigeant, parfois décevant pour les impétrants, mais nécessaire.
Dans une société où la notion de couple se délite, où les relations entre hommes et femmes se fragilisent, le célibat sacerdotal n’apparaît plus comme un obstacle infranchissable.
Le Figaro rappelle que 35 % des Français vivent aujourd’hui seuls, c’était déjà le cas de nombreux propédeutes.
Pour beaucoup de ces candidats, le célibat n’est pas un renoncement spectaculaire, mais un état déjà vécu, parfois subi, dans une société qui n’offre plus de cadre stable pour fonder une famille.
La vocation religieuse s’inscrit alors dans un paysage social déjà désagrégé.
Cette dynamique vocationnelle s’inscrit dans un contexte plus large de conversions et de retour à la foi familiale.
Les demandes de baptêmes d’adultes et d’adolescents ont bondi, passant d’environ 4 000 par an jusqu’en 2022 à 17 784 en 2025, dont la moitié de moins de 25 ans. Une hausse spectaculaire de 228 %, que le journal relie notamment aux confinements du Covid et à la recherche de sens née de l’isolement numérique.
Cette poussée ne compense toutefois pas l’effondrement des baptêmes de nourrissons, tombés à 25 % d’une classe d’âge en 2023, contre 67 % au début des années 1980.
L’Église se revitalise par le haut alors qu’elle se dépeuple par le bas.
Cette baisse des baptêmes ne peut plus être imputée à la seule indifférence d’une société devenue matérialiste.
Cette explication, longtemps commode, est désormais insuffisante. L’adhésion visible au christianisme a changé de nature.
Elle n’est plus un geste social anodin, encore moins un automatisme culturel.
Elle est devenue un marqueur public, un signe d’appartenance assumée à un système de valeurs perçu comme antagoniste à celui promu par les élites culturelles, médiatiques et politiques.
Affirmer publiquement sa foi chrétienne revient souvent à refuser l’injonction au vivre-ensemble telle que la conçoivent les franges les plus militantes de la gauche radicale.
Le baptême n’est plus un rite d’intégration sociale mais un acte de séparation symbolique qui anticipe les ségrégations futures.
Il faut ajouter que la tradition sociale elle-même n’opère plus comme jadis.
Autrefois, on naissait catholique comme on naissait breton ou limousin, par simple immersion dans un milieu humain et rituel.
Cette tradition n’a pas disparu par simple érosion, elle a été activement disqualifiée. Elle est désormais présentée comme suspecte, rétrograde, voire hostile à l’ordre moral dominant.
Dans ce contexte, transmettre le baptême à un enfant n’est plus un geste neutre pour les parents, mais un choix exposé, parfois conflictuel, qui engage bien davantage qu’une simple tradition familiale.
On devient aujourd’hui catholique en France comme on est chrétien dans un pays majoritairement musulman.
Non par confort social, mais par décision consciente ou acceptation fataliste.
Ce choix peut entraîner une marginalisation professionnelle, relationnelle ou culturelle, douce mais réelle.
Nous n’en sommes pas encore à payer cette fidélité de notre vie, comme c’est le cas ailleurs, mais il serait imprudent de considérer cette hypothèse comme purement théorique.
Le christianisme français entre ainsi dans une phase minoritaire irréversible, et cette minorisation accentue mécaniquement sa dimension identitaire.
Sous le porche de la cathédrale Saint-Corentin, cette vérité se donne à lire dans la pierre elle-même.
Les tours sont droites, solides, fidèles à leur axe.
C’est la nef qui se décale imperceptiblement, avançant de biais, comme si le bâtiment avait poursuivi sa route malgré les siècles, les interruptions, les reprises tardives du chantier.
Cette obliquité n’est pas une erreur, elle est la trace visible du temps long.
La cathédrale n’a pas cherché à se corriger pour plaire à une géométrie idéale, elle a continué à avancer.
L’Église de France semble aujourd’hui engagée dans ce même mouvement, moins rectiligne, plus exposé, mais fidèle à son axe, en acceptant désormais d’être minoritaire pour rester elle-même.
Balbino Katz
Chroniqueur des vents et des marées
balbino.katz@pm.me
Photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
ET AUSSI
Fraternité Saint-Pie X : des sacres épiscopaux annoncés sans l’aval de Rome, un défi direct au pape Léon XIV
L’annonce a provoqué un choc dans le monde catholique.
Le 2 février 2026, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) a officiellement confirmé sa décision de procéder, le 1er juillet prochain, à la consécration de nouveaux évêques sans mandat pontifical.
Une initiative lourde de conséquences canoniques, qui place d’emblée le pontificat de Léon XIV face à une crise majeure, près de quarante ans après les sacres de 1988 décidés par Mgr Marcel Lefebvre.
La décision a été rendue publique par l’abbé Davide Pagliarani, supérieur général de la Fraternité, à l’occasion d’une cérémonie au séminaire Saint-Curé-d’Ars de Flavigny-sur-Ozerain.
Elle intervient dans un contexte de fragilisation structurelle de la FSSPX, qui ne compte plus aujourd’hui que deux évêques en exercice, tous deux consacrés sans mandat pontifical en 1988.
Une situation héritée de la rupture de 1988
Fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre, la Fraternité Saint-Pie X s’est progressivement opposée aux réformes issues du concile Vatican II, notamment en matière de liturgie, d’œcuménisme et de conception de l’autorité dans l’Église.
Le point de rupture intervient le 30 juin 1988, lorsque Mgr Lefebvre consacre quatre évêques contre l’avis explicite du pape Jean-Paul II. Rome qualifie alors cet acte de schismatique et prononce l’excommunication des évêques concernés.
Ces excommunications seront levées en 2009 par Benoît XVI, dans une volonté d’apaisement, sans pour autant rétablir la pleine communion entre la Fraternité et le Saint-Siège.
Depuis lors, la FSSPX demeure dans une situation canonique irrégulière, sans statut juridique reconnu dans l’Église catholique.
Deux évêques seulement pour une structure mondiale
Près de quarante ans après les sacres de 1988, la question de la succession épiscopale est devenue centrale pour la Fraternité.
Sur les quatre évêques initialement consacrés, l’un a été exclu en 2012, un autre est décédé en octobre 2024.
Ne restent aujourd’hui que Mgr Bernard Fellay et Mgr Alfonso de Galarreta, tous deux âgés de près de 70 ans.
Or, sans évêques, une communauté sacerdotale ne peut assurer certaines fonctions essentielles : ordination de prêtres, confirmations, administration de certains sacrements.
La FSSPX affirme compter plus de 700 prêtres, 265 séminaristes et près de 800 lieux de culte répartis dans 77 pays, desservant plusieurs centaines de milliers de fidèles.
Une tentative de dialogue restée sans issue
Selon le communiqué publié par la Fraternité, l’abbé Pagliarani avait sollicité dès l’été 2025 une audience auprès du pape Léon XIV afin d’exposer la situation de la FSSPX et la nécessité, selon elle, d’assurer la continuité de son épiscopat.
Un second courrier aurait explicitement formulé cette demande.
La réponse reçue récemment du Saint-Siège est jugée insuffisante par les responsables lefebvristes, puisqu’elle « ne répond absolument pas » à leurs attentes.
C’est cette absence de solution jugée acceptable qui aurait conduit à la décision de procéder unilatéralement à de nouveaux sacres.
La Fraternité invoque un « état objectif de grave nécessité », une notion déjà utilisée par Mgr Lefebvre en 1988 pour justifier son acte de désobéissance, estimant agir pour le « bien des âmes » et la préservation de la Tradition catholique.
Un acte lourd de conséquences canoniques
Dans le droit de l’Église catholique, la consécration d’un évêque sans mandat pontifical constitue une infraction grave.
Le pouvoir de nommer les évêques appartient exclusivement au pape, garant de l’unité doctrinale et institutionnelle de l’Église.
En cas de sacres non autorisés, les évêques consacrants et consacrés s’exposent à une excommunication automatique.
La situation juridique est cependant rendue plus complexe par la levée, en 2009, des excommunications liées aux sacres de 1988.
Rome devra désormais déterminer si les sacres annoncés en 2026 constituent un nouvel acte schismatique ou relèvent d’un cadre juridique distinct, compte tenu des évolutions intervenues depuis lors.
Une épreuve majeure pour le nouveau pontificat
L’annonce de ces ordinations place Léon XIV face à sa première grande crise ecclésiale.
Si le Vatican n’a pas encore officiellement réagi, l’enjeu dépasse la seule question disciplinaire.
Il touche à la définition de l’autorité pontificale, à l’unité de l’Église et à la gestion des courants traditionalistes en rupture avec Rome.
Sous le pontificat de François, plusieurs gestes d’ouverture avaient été accordés à la FSSPX, notamment la reconnaissance de la validité des confessions et, sous conditions, des mariages célébrés par ses prêtres.
Cette politique d’apaisement n’a toutefois pas permis de résoudre le désaccord doctrinal de fond.
Avec l’annonce des sacres du 1er juillet, la Fraternité Saint-Pie X semble avoir choisi de privilégier sa continuité interne au détriment d’un retour à la pleine communion avec Rome.
Une décision qui risque d’approfondir durablement la fracture ouverte depuis Vatican II et de redessiner les lignes de force du traditionalisme catholique à l’échelle mondiale.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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