dimanche 21 juin 2026

LA DÉCHIRANTE SUPPLIQUE D' OUTRE-TOMBE DE LA JEUNE LYHANNA .........

 REVUE DE PRESSE !

La déchirante supplique d’outre-tombe de la petite Lyhanna


La déchirante supplique d’outre-tombe de la petite Lyhanna
Au cimetière de Fleurance (32), des anonymes viennent rendre un hommage à la petite Lyhanna décédée à 11 ans, le 12 juin 2026 © Jean-Marc Haedrich/SIP

Accaparées par la lutte contre le trafic de drogue, police et justice délaissent peut-être la traque des pédophiles, estime notre contributeur.


Solutions are not the answer. (En v.o.)
Les solutions ne sont pas la réponse. (En v.f.).
― Richard Nixon.

La drogue, c’est comme quand tu close your eyes et que tu traverses la rue.
― Jean Claude Van Damme (le tout en v.o.)


A l’heure actuelle, le monde judiciaire français est secoué par deux affaires.

Il y a d’abord Patrick Bruel, qui se demande, d’une voix cassée, qui a le droit de le faire mettre en examen pour diverses infractions de nature sexuelle : viols, tentatives de, etc.

Pire, il y a la petite Lyhanna, enfant martyre d’un « dysfonctionnement » de la justice. 

En l’occurrence, le suspect avait pourtant été repéré par un organisme américain relativement à plusieurs dossiers d’allégations sérieuses d’agressions sexuelles et une alerte avait été lancée vers la France. 

Force est de constater que l’appareil policier n’a pas procédé avec la réactivité nécessaire.

Cette tragédie est emblématique de la lenteur de la justice française en général, qui est devenue un cliché. 

Par exemple, l’expulsion de locataires indélicats est trop souvent un parcours du combattant pour les propriétaires (à titre comparatif, dans l’État américain de Georgie, le processus complet prend trois semaines). 

Mais, en l’espèce, l’incurie a sans doute abouti à un homicide : si le système avait fonctionné pour les affaires précédentes où il semblait mêlé, M. Barella eût été mis hors d’état de nuire.

Succinctement, cette sinistre affaire met tout simplement en jeu le manque de moyens de la justice.

 Un bon indice est le taux de procureurs pour 100 000 habitants : trois pour la France, alors que la moyenne européenne est 11.

(A ce taux brut, il faut signaler aussi les mauvais choix occasionnels du ministère public en matière de priorités.

 Certains carriéristes magistrats (parquetiers ou instructeurs) ont tendance à diriger leur attention vers les cibles qui présentent d’alléchantes perspectives médiatiques : il est parfois difficile de résister à la tentation de s’acheter un capital politique avec les (trop rares) fonds publics. 

Est déjà passé à l’histoire l’immortel Fabrice Burgaud, notamment pour la très indulgente sanction que lui ont infligée ses pairs du Conseil supérieur de la magistrature : une réprimande; il y a un ferrailleur, François Mourmand, ayant crevé dans un donjon, qui a dû se retourner dans sa tombe, surtout en l’absence d’enquête sur son propre trépas. 

Pour autant, on voit quand même mal M. Burgaud renoncer aujourd’hui à sa sinécure à la cour de cassation pour solliciter un quelconque mandat électif.

L’argent est toujours le nerf de la guerre.

Il s’ensuit que l’actualité soulève une question encore plus fondamentale : les priorités du législateur en matière de budget judiciaire. 

Sans avoir les chiffres pertinents permettant une ventilation fine, on sait qu’une substantielle part de l’enveloppe est consacrée à la lutte contre la drogue.

Le citoyen lambda qui regarde régulièrement le JT de 20h00 voit défiler des récits de règlements de comptes entre trafiquants, de fusillades dans les quartiers difficiles, d’évasions et d’arrestations de caïds, blanchiment d’argent sale, saisies de drogues, etc.. 

La routine, quoi.

 

La tragédie de Lyhanna devrait inciter les princes qui nous gouvernent à se poser la question suivante : est-il utile socialement de maintenir une politique répressive alors qu’il s’agit plutôt d’un problème de santé publique?

Le très conservateur et libertaire économiste américain, feu Milton Friedman, répond par la négative, au sujet de la guerre contre la drogue lancée par le président Nixon en 1971. 

La seule solution qui s’impose est donc la légalisation de toutes les drogues, à encadrer comme le sont deux autres drogues, le tabac (la plus mortelle quantitativement) et l’alcool, ce qui mettra un terme à un gigantesque gaspillage de fonds publics.

 

Ce qui suit est puisé dans une interview de 1991.

L’idée sous-jacente à la prohibition des drogues est de protéger l’éventuel consommateur contre lui-même.

 Tel fut le moteur moral qui conduisit à la prohibition de l’alcool aux Etats-Unis et qui se solda par un échec complet : nul ne peut détruire l’hydre aux neuf têtes. 

D’ailleurs, lors de son abrogation, le légendaire (et surfait) Eliot Ness proposa un toast à la nouvelle ère.

Les drogues font du mal à beaucoup d’autres personnes, mais essentiellement en raison de leur interdiction. 

Le nombre de victimes innocentes est énorme. Il y a les femmes qui se font voler leur sac à main, qui se font assommer par les toxicos qui essaient d’avoir assez d’argent pour leur prochaine dose. 

Il y a les gens qui se font tuer dans les affrontements entre réseaux en guerre. Il y a la corruption des forces de l’ordre. 

Il y a les contribuables innocents qui doivent payer pour toujours plus de prisons et toujours plus de prisonniers et toujours plus de policiers. 

Et il y a le reste de la population qui n’a pas un minimum de protection de la part des forces de l’ordre parce que les policiers sont trop occupés à essayer de faire l’impossible. 

D’ailleurs, si vous considérez la guerre contre la drogue d’un point de vue purement économique le rôle de l’État est de protéger le cartel de la drogue, littéralement. En effet, lorsqu’il y a marché libre – par exemple, pour les pommes de terre, le bœuf, tout ce que vous voulez—il y a des milliers d’importateurs et exportateurs. 

N’importe qui peut devenir entrepreneur. 

Mais il est très difficile pour le petit entrepreneur de se lancer dans l’importation de la drogue parce que nos efforts de prohibition rendent les coûts d’opération extrêmement élevés. 

Par conséquent les seules entreprises qui peuvent survivre dans ce domaine sont les gros cartels du genre Medellin qui ont assez de fonds pour se procurer des flottes d’avions et qui peuvent avoir un mode opératoire sophistiqué, etc. 

En outre, si l’État fait obstacle aux produits étrangers et emprisonne, par exemple, les producteurs de marijuana locaux, il maintient le prix élevé de tous ces produits. Que peux désirer de plus le monopoliste? 

Il a un État qui rend la vie impossible à tous ses concurrents et qui maintient des prix élevés pour tous ses produits. 

C’est le paradis absolu. 

(Note : en l’occurrence, on pourrait plutôt parler de Nirvana).

 

Friedman explique que la criminalisation des drogues constitue, de la part de l’État, une volonté (vouée à l’échec) d’imposer une morale. 

Qu’ajoute le moraliste Friedman?

L’enfant qui reçoit une balle perdue dans un quartier difficile est une innocente victime, dans tous les sens du terme. 

La personne qui décide de consommer des drogues n’est pas une victime. 

C’est elle qui a choisi d’être une victime. 

Et je dois dire que j’ai beaucoup moins de compassion pour elle. Je ne pense pas qu’il soit moral d’imposer des coûts sur à autres personnes afin de protéger des gens de leurs propres choix.

Comment Friedman voit-il l’avenir dans une Amérique ayant légalisé la drogue?

Je vois une Amérique qui fermera la moitié des prisons, dont le nombre de prisonniers diminuera de moitié, 10 000 homicides en moins chaque année, des quartiers difficiles où les pauvres auront la chance de vivre sans craindre pour leur vie, des citoyens qui pourraient être respectables sans devenir des criminels afin de se procurer leur dose, et capables d’obtenir des produits non-frelatés.

 Je vous rappelle que la même chose s’est produite pendant la prohibition de l’alcool. 

L’histoire se répète. A l’époque, le nombre d’empoisonnements mortels dus au mélange de produits toxiques avec l’alcool clandestin avait augmenté considérablement. 

De même, avec la prohibition de la drogue, nombreux sont les morts par surdose, victimes de produits frelatés.

 

On croirait que l’auteur de Capitalisme et liberté évoque la France de Lyhanna de 2026, où il est aussi facile de commander sa came qu’une pizza. 

Était-il prophète? 

Pas encore.

 A la fin des années 1990, il prédisait que les États occidentaux aboliraient la prohibition des drogues dans une vingtaine d’années. 

Le bon sens ne s’est pas encore concrétisé et les pouvoirs publics croient en l’hallucinant mirage de victoire par la répression alors que la prohibition, c’est le médicament qui tue le patient.

Évidemment, la légalisation des stups ne sera pas une panacée.

 Tous les membres de l’espèce humaine sont des chasseurs de prime, notamment les magistrats et journalistes, et elle ne réglera pas non plus le problème des magistrats avides de publicité personnelle.

(Cependant, rassurons les entreprises du bâtiment-travaux publics qui paniquent déjà à l’idée de perdre de juteux contrats de nouvelles prisons : on leur confiera à la place la construction d’établissements médicaux, où seront accueillis les toxicos qui ne seront plus des criminels).

Cela dit, les forces de l’ordre disposeront alors d’un arsenal plus conséquent et pourront plus constructivement cibler des fléaux sociaux comme les bourreaux d’enfants (un exemple pris au hasard entre mille) à l’apparence respectable, menant une vie très saine et que l’on ne verrait jamais fréquenter les points de deal afin de s’approvisionner en schnouffe. 

Leur addiction est d’un autre ordre et ils empruntent d’autres circuits.

 

Source et Publication :  https://www.causeur.fr/la-dechirante-supplique-

Capitalisme et liberté

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