Remigration entre l’Allemagne et la Syrie : Berlin organise le retour de 800 000 réfugiés syriens en trois ans
Dix ans après l’accueil massif de réfugiés syriens voulu par la fossoyeuse de l’Europe Angela Merkel, l’Allemagne change de cap.
Le chancelier Friedrich Merz et le président syrien (et ancien d’Al Quaïda) Ahmed al-Chareh ont annoncé lundi un plan conjoint visant le retour de 80% des Syriens présents en Allemagne, soit environ 800 000 personnes, d’ici trois ans.
Lors de sa première visite officielle à Berlin le 30 mars, le président syrien Ahmed al-Chareh a rencontré le chancelier allemand Friedrich Merz pour officialiser un programme de rapatriement de grande ampleur.
Une décision qui marque un tournant radical par rapport à la politique migratoire menée par Angela Merkel lors de la crise de 2015.
Un million de Syriens accueillis depuis 2015
Environ un million de Syriens ont trouvé refuge en Allemagne, principalement lors de la crise migratoire de 2015-2016.
Lors de sa visite, Ahmed al-Chareh, ancien chef rebelle jihadiste de 43 ans qui a renversé Bachar el-Assad en décembre 2024, a exprimé sa « profonde gratitude » au gouvernement et au peuple allemands pour avoir « ouvert leurs portes » aux réfugiés.
Mais le chancelier conservateur estime que la situation a changé.
« La guerre civile est désormais terminée et la situation en Syrie a radicalement changé », a déclaré Friedrich Merz en conférence de presse. « Il n’y a désormais absolument aucun motif d’asile en Allemagne. Nous pouvons donc commencer les retours. »
80% de retours en trois ans
« Dans la perspective des trois prochaines années, ce virage migratoire doit concerner 80% des Syriens qui séjournent dans la première économie européenne, et c’est aussi le souhait du président Al-Chareh », a précisé le chancelier allemand.
La priorité sera donnée à « un petit groupe qui nous pose des problèmes », à savoir les Syriens ayant commis des infractions ou ne disposant pas de titre de séjour valable.
Le président syrien, qui n’a pas confirmé le chiffre de 80%, a présenté le projet comme un « modèle circulaire de migration qui permettra aux Syriens de contribuer à la reconstruction de leur patrie sans avoir à abandonner la stabilité des vies qu’ils ont bâties ici pour ceux qui veulent rester ».
Ahmed al-Chareh a souligné que les Syriens d’Allemagne devaient être « un pont » entre les deux pays et constituaient « un atout ».
« La Syrie peut revenir en force sur la scène internationale.
Nous nous sommes relevés des ruines et souhaitons reconstruire notre pays », a-t-il insisté.
200 millions d’euros pour la reconstruction
Friedrich Merz a vanté un « ambitieux programme de travail commun pour la reconstruction et le retour, qui entre maintenant dans sa phase de mise en œuvre ».
Une délégation allemande doit se rendre en Syrie « dans quelques jours ».
L’Allemagne financera à hauteur de 200 millions d’euros des projets relatifs à l’approvisionnement en eau, la reconstruction d’hôpitaux et les infrastructures.
Après 14 ans de guerre civile, le redressement de la Syrie est jugé primordial par les deux dirigeants.
Lundi, Ahmed al-Chareh a également rencontré le président fédéral Frank-Walter Steinmeier et participé à un forum économique germano-syrien au ministère des Affaires étrangères, où il a vanté une Syrie « refuge pour les chaînes d’approvisionnement » vers l’Europe.
Le chancelier allemand a toutefois assuré que « de nombreux projets communs à l’avenir dépendraient du fait que nous trouvions un État de droit offrant un cadre fiable pour l’économie mais aussi pour les citoyens ».
Friedrich Merz a exhorté son homologue à l’installation d’un « État de droit » et au respect des droits de tous les Syriens « quelle que soit leur religion, leur appartenance ethnique ou leur sexe ».
Une allusion aux tensions persistantes avec les combattants kurdes et aux accusations de violations des droits humains.
Manifestations kurdes et critiques de l’opposition
Plusieurs manifestations ont été organisées à Berlin contre cette visite, initialement prévue en janvier mais reportée en raison d’affrontements entre l’armée et les combattants kurdes.
Devant le ministère des Affaires étrangères lundi matin, des manifestants ont brandi des drapeaux kurdes et des pancartes critiquant le rapprochement entre les deux dirigeants, ainsi que le passé jihadiste du président syrien.
Une association kurde en Allemagne, la KGD, a estimé vendredi que l’ancien chef rebelle ne devait bénéficier d' »aucune reconnaissance officielle ».
Du côté de l’opposition allemande, la députée écologiste Luise Amtsberg, chargée des affaires étrangères, a critiqué une « normalisation précipitée » des relations bilatérales.
Selon elle, Friedrich Merz aurait « réduit sa politique syrienne à la question des expulsions et ignoré la situation réelle sur le terrain ».
Un tournant dans la politique migratoire allemande
Cette initiative intervient dans un contexte de durcissement de la politique migratoire allemande, marqué par l’essor de l’extrême droite et l’arrivée au pouvoir du conservateur Friedrich Merz en remplacement d’Olaf Scholz.
Dix ans après l’ouverture des frontières décidée par Angela Merkel, qui avait fait de l’Allemagne le principal pays d’accueil des réfugiés syriens en Europe, Berlin opère un virage à 180 degrés.
Reste à voir si cet objectif de 80% de retours en trois ans sera réalisable, certains experts et politiciens exprimant leur scepticisme face à la fragilité persistante de la Syrie et aux conditions de sécurité sur place.
Avant ce déplacement en Allemagne, Ahmed al-Chareh a multiplié les voyages, notamment aux États-Unis, en France et en Russie, afin de replacer la Syrie sur la scène internationale et d’obtenir un soutien pour la reconstruction du pays.
Photo d’illustration : Dávid Vaszkó / europeanconservative.com (TDR)
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