dimanche 8 novembre 2026

ÉCONOMIE : LA DÉPRESSION RAMPANTE N' EST PAS L' ABSENCE DE CROISSANCE ......

           TRIBUNE LIBRE !

De la dette aux pillages de rues : l’empreinte de la dépression rampante post-2008

 

Temps de lecture : 4 minutes

L’image d’une France canard boiteux de l’Europe est le produit d’une vision à très courte vue. Son déficit relatif de croissance pour la période 2008-2026 n’est pas différent de celui de la zone euro dans son ensemble.

 Ce qui signifie que les présentes difficultés françaises ne peuvent pas être comprises uniquement à partir de nos politiques nationales.

À mesure que se rapproche l’échéance électorale de mai, le débat public prend une tournure de plus en plus alarmiste. 

Dette publique, déficits, instabilité gouvernementale, hausse des taux d’intérêt, menace des marchés financiers : tout semble converger vers le récit d’une France au bord de la rupture, victime de ses propres dérèglements politiques et budgétaires.

Cette lecture n’est pas entièrement fausse. Mais elle risque de confondre les symptômes avec les causes. Car la crise française ne surgit pas dans un environnement économique normalement prospère, soudainement déstabilisé par les querelles de ses responsables politiques. 

Elle s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus globale : celle des effets d’une « dépression rampante » qui caractérise, à des degrés divers, l’évolution de toutes les économies occidentales depuis la crise de 2008.

Le terme de dépression peut surprendre.

 Après tout, les économies continuent de croître.

 Le PIB augmente encore, même si cela reste modeste. Les statistiques agrégées ne décrivent pas un effondrement comparable à celui des années 1930.

Mais c’est précisément ce qui rend cette dépression si difficile à identifier. Elle ne se manifeste pas par une contraction permanente de la production, mais par un décrochage progressif et cumulatif par rapport aux trajectoires de croissance antérieures.

Une économie qui progresse de 0,5 % par an au lieu de 2 % ne paraît pas nécessairement en crise. Mais après quinze ou vingt ans, l’écart devient considérable.

 Il représente des investissements qui n’ont pas été réalisés, des entreprises qui ne se sont pas développées, des emplois qui n’ont pas été créés, des gains de productivité qui ne se sont jamais matérialisés.

 

La dépression rampante n’est pas l’absence de croissance.

 C’est l’accumulation silencieuse d’une croissance qui aurait pu avoir lieu et qui n’a pas eu lieu. Un déficit de richesses potentielles qui, au bout de presque vingt ans, se chiffre à -20 % pour la France, -21% pour l’ensemble de la zone Euro, contre seulement -15% aux Etats-Unis . Soit, globalement, l’équivalent d’environ 1/5ème du PIB réel des économies atlantiques en 2025.

 

C’est sous cet angle qu’il faut regarder la situation française.

Les responsables politiques peuvent se féliciter d’un PIB pas encore franchement négatif (- 0,1% au dernier trimestre).

 Mais les ménages ne vivent pas dans les variations trimestrielles du PIB. 

Leur vérité est celle d’une économie où les perspectives professionnelles se rétrécissent, où la progression des revenus est ressentie comme insuffisante, et où l’avenir devient de plus en plus incertain par rapport à ce qu’ils anticipaient.

L’évolution de la confiance des ménages français en fournit une illustration saisissante. En octobre, son indice est tombé à 80, son niveau le plus bas depuis 2013. 

Plus révélateur encore, l’appréciation portée par les Français sur l’évolution passée de leur niveau de vie a atteint son point le plus négatif depuis le début des enquêtes, en 1972.

Ce décalage entre la relative stabilité des agrégats macroéconomiques et la dégradation du sentiment économique des ménages ne doit pas être écarté comme une simple manifestation de pessimisme collectif. Il traduit une expérience accumulée de stagnation et de perspectives déçues.

La crise politique apparaît alors sous un autre jour. 

Les affrontements parlementaires, les mobilisations sociales, les émeutes urbaines et la défiance envers les institutions ne sont pas seulement les causes d’une incertitude économique grandissante.

 Ils sont également les conséquences d’une frustration longtemps accumulée, sur une période bien plus longue que les seuls deux quinquennats d’Emmanuel Macron.

Cette inversion du regard est particulièrement importante lorsqu’on aborde la question de la dette publique.

Le débat français tend à présenter l’endettement comme une pathologie essentiellement nationale, résultat de décennies d’irresponsabilité budgétaire. Il existe évidemment une responsabilité propre aux choix français. 

Mais pourquoi les difficultés d’endettement, les déficits persistants et les tensions sur les finances publiques se retrouvent-ils également chez la plupart de nos partenaires occidentaux – même si c’est avec une moindre urgence.

La réponse réside dans cet affaiblissement généralisé de la croissance observé depuis la crise de 2008. Une économie durablement incapable de retrouver son dynamisme productif voit ses recettes fiscales progresser moins rapidement qu’espéré, tandis que les besoins en dépenses publiques restent toujours aussi élevées.

 L’endettement devient alors, simultanément, un outil utilisé pour compenser les insuffisances de la croissance, et une cause supplémentaire de ralentissement.

 

La dette peut donc prolonger la stagnation tout en en étant aussi une conséquence.

Cette boucle perverse n’efface pas les responsabilités budgétaires nationales, mais elle oblige à replacer les débats dans le cadre d’une réflexion beaucoup plus globale et fondamentale sur les origines de la grande rupture économique intervenue il y a vingt ans

C’est cette perspective de longue durée qui est absente aujourd’hui dans le débat français.

À l’approche des élections, les controverses se concentrent sur les responsabilités politiques immédiates, les chiffres du déficit et les réactions quotidiennes des marchés. C’est avec raison que les économistes s’alarment de l’élargissement de l’écart entre les rendements des obligations françaises et allemandes.

Ces questions sont certes légitimes.

 Mais l’intensité du débat nous empêche de réaliser que, dans le contexte international actuel, et sur toute la période, le décrochage économique français, tout en étant réel, n’a en fait rien d’exceptionnel, ni qu’il reste somme toute d’ampleur très marginale. 

Plus gravement, elle nous détourne de la véritable interrogation sans réponse à laquelle toutes les discussions actuelles ne déboucheront jamais sur rien : comment se fait-il que, près de vingt ans après 2008, une grande partie de l’Europe – mais aussi les Etats-Unis – n’ait toujours pas retrouvé les conditions d’une croissance suffisamment dynamique pour restaurer des perspectives de prospérité durable ?

La crise française n’est pas seulement une crise de gouvernance, de déficit ou de confiance des marchés. Ce n’est pas en dramatisant chaque mouvement des taux d’intérêt ou chaque épisode parlementaire que nous comprendrons ce qui nous arrive. 

Mais en retrouvant la perspective globale de ces vingt années de croissance perdue.

 


Cet article a bénéficié de l’appui d’une IA personnelle (Chat GPT). 

 

Les chiffres cités résultent de calculs directement effectués par cette IA à partir de séries statistiques strictement homogènes de la Banque mondiale, accessibles via la Réserve fédérale de Saint-Louis (FRED). Ils ne mesurent pas une richesse dont la production était garantie. 

Mais ils révèlent une rupture durable, particulièrement profonde en Europe, que la focalisation traditionnelle sur les variations trimestrielles du PIB tend à dissimuler. 

De là la notion de « dépression rampante » : non pas une économie qui s’effondre, mais une économie qui, année après année, s’éloigne toujours plus de ce qu’avait été sa trajectoire de prospérité.



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