Jeudi 26 février, Catherine Pégard a pris la suite de Rachida Dati au ministère de la Culture, juste à temps pour fouler le tapis rouge des César.
À 71 ans, le sixième ministre de la Culture sous la présidence d’Emmanuel Macron a déjà une importante carrière, souvent dans l’ombre et discrète, tant dans le journalisme que dans la culture et, surtout, jamais très loin du pouvoir.
Le discret service du pouvoir
Selon Libération, Rachida Dati et Catherine Pégard « se détestent » cordialement, mais ce qui ressort surtout, c’est la capacité du fraîchement ministre de la Culture à évoluer discrètement et fidèlement dans les arcanes du pouvoir.
En 2007, déjà, lorsque de rédactrice en chef du service politique au Point elle est devenue conseillère culture de Nicolas Sarkozy, certains n’avaient pas manqué de critiquer le mélange des genres.
Le Monde notait ainsi qu’avec celle de Myriam Lévy arrivée à Matignon et sortant du Figaro, « ces nominations interv[enaient] dans un climat de suspicion vis-à-vis de la presse et des journalistes politiques, après une campagne présidentielle lors de laquelle ils n'ont pas été épargnés en raison de leurs liens supposés avec le pouvoir ».
Si l’on en croit Libération, la nomination de Catherine Pégard a tout du chant du cygne.
L’ancienne journaliste a « […] contribué à la mise en scène du macronisme triomphant » et, surtout, « c’est une grande fidèle du chef de l’État, capable de louer et valoriser son maigre héritage ».
Le parachutage à Versailles
C’est que Catherine Pégard doit beaucoup aux Présidents.
Elle est nommée, en 2011, présidente du château de Versailles par Nicolas Sarkozy, un des postes les plus en vue du monde de la culture.
Son arrivée ne s’était pas faite sans heurts : une journaliste devenue femme politique est propulsée dans la culture : d’aucuns s’en étaient indignés.
La Tribune de l’Art n’avait pas mâché ses mots : « Nous ne rappellerons pas ici à quel(s) titre(s) Catherine Pégard mériterait la fonction de présidente de l’Établissement public de Versailles, puisqu’elle n’en possède aucun.
Celle-ci n’a jamais, en effet, travaillé de près ou de loin dans le domaine des musées ou de la culture et n’a aucun cursus universitaire qui la prédisposerait à ce poste […]
C’est donc une nomination politique, désormais, que celle de président de Versailles. »
Auprès du Monde, Laurent Gervereau, alors président du Réseau des musées de l’Europe, dénonçait un « fait du prince » de la part de Nicolas Sarkozy, « un pantouflage culturel », le « bombarde[ment] au sommet d'un grand établissement public [d’]une journaliste politique qui n'a aucune connaissance concrète ».
Extraordinaire longévité
Une controverse alimentée ensuite par le maintien de Catherine Pégard à ce poste en dépit de son âge et du nombre de ses mandats, déjà au-delà de la limité autorisée.
La Cour des comptes en avait même fait un rapport en 2023, que rapportait France Info : « "Outre le fait que Madame Pégard exerce aujourd'hui ses fonctions au-delà de la limite légale d'âge de 67 ans (atteinte en mars 2021), elle cumule un nombre de mandats supérieur à ce que permettent les statuts de l'établissement public de Versailles", écrit la Cour, dans un rapport publié mardi 7 novembre. »
Cinq ans de mandat, d’abord, sous Nicolas Sarkozy, reconduite trois ans sous François Hollande, puis de nouveau pour trois ans en 2019 grâce à Emmanuel Macron, son dernier mandat qui s’était éternisé, d’ailleurs, ce qui avait amené la Cour des comptes à dénoncer « une forme de détournement de pouvoir ».
Polémiques contemporaines
S’il faut mettre à son crédit « plus de 10.000 m2 supplémentaires du domaine de Versailles […] ouverts au public et restaurés, comme les appartements de Mesdames (les six filles de Louis XV), la Chapelle royale, les appartements du Dauphin et la salle du Jeu de paume, lieu emblématique de la Révolution française », rappelle France Bleu, ses douze années de présidence n’auront pas été exemptes de polémiques.
La plus connue, sans doute, a été celle suscitée par les œuvres d’Anish Kapoor, exposées en 2015 à Versailles, et en particulier son tristement célèbre Dirty Corner, ou Vagin de la reine. Loin de regretter une installation aussi polémique, Catherine Pégard avait expliqué au Figaro que « comme sous le règne de Louis XIV, le château de Versailles doit vivre avec son temps.
L'art contemporain dans les lieux patrimoniaux dérangera toujours. »
Remercions tout de même Catherine Pégard : en 2016, c’était au tour de Joana Vasconcelos d’exposer ses œuvres féministes à Versailles, et la présidente avait contribué à empêcher l’installation d’un lustre monumental réalisé en tampons hygiéniques pompeusement nommé La Fiancée.
Controverses politiques
En 2020, Mediapart mettait en cause la gestion du château de Versailles qu’il rebaptisait « le palais de la République des copains ».
« L’exécutif a en la personne de Catherine Pégard une alliée dans la place, et il a besoin du château pour y organiser régulièrement des événements, que ce soient des sommets diplomatiques, comme la rencontre avec Poutine en 2017 ou avec l’empereur du Japon en 2018, ou bien de grands raouts économiques.
Chaque année, dans le cadre de Choose France, Emmanuel Macron reçoit à Versailles des centaines de dirigeants d’entreprise juste avant le Forum de Davos.
Il lui faut donc pouvoir compter sur la présidence du Château », leur expliquait une source : le château de Versailles s’était ainsi fait le théâtre du pouvoir macronien.
D'ailleurs, contactée par BV, l'essayiste Aude de Kerros rappelle qu'il ne s'agit pas seulement du ministère de la Culture mais aussi, et en fait surtout concernant Catherine Pégard, de celui de la Communication : « Catherine Pégard est importante pour Macron non pas tant comme ministre de la Culture mais surtout comme ministre de la Communication. […]
Aujourd'hui, visibilité et légitimité ne sont plus le monopole des mass médias.
Il existe une concurrence : les médias numériques qui ne sont pas subventionnés et échappent ainsi au contrôle du ministère.
Celui-ci conserve cependant un pouvoir : celui de la légitimation ou condamnation.
Emmanuel Macron ne peut se passer, actuellement, de cet avantage.
La fidélité de Catherine Pégard lui sera précieuse. »
Alors, renvoi d’ascenseur ?
Constitution du dernier carré de fidèles ?
En tout cas, il faut reconnaître à Catherine Pégard un certain mérite : à 71 ans, elle peut se vanter d’avoir vu les Présidents et les ministres passer et, elle, d’être restée.

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