samedi 3 janvier 2026

LE PEUPLE INDÉSIRABLE , LA BÊTE NOIRE D' UN RÉGIME EN FIN DE VIE ! ( IVAN RIOUFOL )

 

Le peuple indésirable, bête noire d’un régime en fin de vie

Remis en liberté, les carnets d'Ivan Rioufol


Le peuple indésirable, bête noire d’un régime en fin de vie
Crise de la dermatose bovine, Bruxelles, 18 décembre 2025 © Marius Burgelman/AP/SIPA

L’aspiration des nationaux à retrouver leur souveraineté est un besoin existentiel qui se généralise.

 Devant l’incurie des dirigeants, les citoyens sont appelés à redevenir la nouvelle force démocratique.


En 2026, la chute du vieux monde va s’écrire en accéléré. Pour le moment, tout s’effondre lentement.

 La révolte paysanne, relancée mi-décembre, est un des symptômes de l’agonie du système mondialiste. 

 

Une nouvelle époque se profile, en réaction aux faillites d’un demi-siècle d’utopies hors-sol.

 La crise de régime est déjà là. La Ve République ne répond plus aux dérèglements politiques. 

Son présidentialisme, taillé pour les grands hommes, n’est pas adapté aux profils désincarnés d’une élite clonée ; son parlementarisme se montre improductif : il met en scène des acteurs médiocrement soucieux de leurs seuls intérêts. 

L’habileté prêtée à Sébastien Lecornu dans son maintien à Matignon tient à la crainte des députés de retourner aux urnes et d’y entendre le verdict des exaspérés.

 Le premier ministre a hissé le compromis en vertu à l’Assemblée. 

Cependant, ce jeu politicien est un leurre. 

L’assemblage hétéroclite ne tient qu’à un fil. 

La rupture est l’unique préalable pour que tout redémarre.

Le multiculturalisme dans l’impasse

La relégation du peuple indésirable, imposée depuis des décennies par une oligarchie stérile et arrogante, n’est plus tenable. 

Comment donner tort à Donald Trump ? 

Le 5 décembre, il a fustigé une Union européenne faible et bavarde.

 Il a aussi mis en garde contre l’ « effacement civilisationnel » du Vieux continent submergé par l’immigration extra-européenne. En fait, le président américain met le doigt, après d’autres, sur la lâcheté d’une classe politique convertie au dogme du déracinement.

 Or l’aspiration des nationaux à retrouver leurs frontières et leur souveraineté est un besoin existentiel qui se généralise.

 Devant l’incurie des dirigeants, les citoyens sont appelés à redevenir la nouvelle force démocratique. 

Eux seuls sont capables, pourvu d’être consultés, d’en finir avec les propagandes mensongères des sociétés multiculturelles.

A lire aussi: Noël honteux, pays peureux

La radicalité s’est installée dans les esprits. Cyril Bennasar exprime bien, dans L’affranchi (1), la colère de ceux qui étouffent jusqu’à la déraison sous les interdits moralistes des médias labellisée. 

Le grand remplacement, qui vaut à Renaud Camus d’être calomnié par la presse panurgique, est devenu un constat d’autant plus banal qu’il est revendiqué par Jean-Luc Mélenchon.

 Richard Millet, qui avait scandalisé la pensée mondaine en évoquant, en 2012, sa solitude de Blanc à la station Chatelet-Les Halles à six heures du soir, est dépassé par les témoignages similaires qui ne craignent plus les guillotineurs.

 Des crèches s’installent dans des mairies comme autant de bras d’honneur à la gauche-halal. 

Les catholiques ne tendent plus forcément l’autre joue.

 Même la nation est réhabilitée quand Emmanuel Macron découvre sur le tard, dans sa relance d’un service militaire volontaire, les valeurs du nationalisme défensif.

Trop tard

Mais, pour lui et sa cour, il est trop tard. Le président est le premier des indésirables. Son combat absurde contre les populistes l’a coupé du peuple. 

Comment espérer regagner la confiance des Français en les insultant (2) ? Même dans son choix de s’identifier à Volodymyr Zelinsky et à sa vaillante résistance à Vladimir Poutine, Macron a oublié de demander l’avis des Ukrainiens.

 Ce sont les Etats-Unis qui ont suggéré d’en appeler à l’élection, Zelinsky n’ayant plus de mandat depuis mai 2024. 

Faudrait-il, là encore, craindre l’expression de la démocratie ?

Très bonne année à tous !

(Cette chronique est à lire dans Causeur de janvier, en vente mercredi prochain)


(1) Préface de Renaud Camus, Editions Périphérique

L'affranchi

Price: 16,00 €

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(2) « Nous tenons », a déclaré d’emblée Emmanuel Macron, hier soir, lors de ses voeux pour 2026. 

« Je serai jusqu’à la dernière seconde au travail ». 

En juillet 2018, à propos de l’affaire Benalla, il avait lancé pareillement : « Qu’ils viennent me chercher ! »

Ces défis répétés d’un homme esseulé risquent d’alimenter un peu plus la colère française.

 

ET AUSSI

 


Emmanuel Macron, à la recherche d’une légende introuvable…

L'Elysée et les écrivains: le billet politique de Philippe Bilger


Emmanuel Macron, à la recherche d’une légende introuvable…
L'écrivain italien Giuliano da Empoli et l'écrivain français Emmanuel Carrère photographiés à Venise le 31 août 2025 © SGP/Shutterstock/SIPA

Déçu par les journalistes dont il juge la plume trop médiocre, Emmanuel Macron a pris l’habitude de cajoler quelques écrivains choisis, qu’il va parfois jusqu’à inviter lors de déplacements officiels dans l’espoir d’acheter leur mansuétude à l’égard de ses mandats présidentiels.

 À l’heure actuelle, les chouchous de l’Élysée se nomment Emmanuel Carrère, Giuliano da Empoli, Dany Laferrière et Wajdi Mouawad. 

D’autres figures littéraires, en revanche, inspireraient désormais une franche méfiance, voire une crainte assumée: Édouard Louis, Michel Houellebecq, Alain Finkielkraut ou encore Michel Onfray.


Le président de la République « choie les écrivains » et est, je crois, sincèrement épris de littérature. 

A priori, ce n’est pas le pire moyen pour se faire façonner une légende… 

Mais encore faut-il qu’il y ait de quoi : de la substance, de la grandeur, de l’épopée, de l’efficacité, moins de souci de soi et davantage de service du pays, pour la forger !

Et que les écrivains choisis dans et par le cercle présidentiel puissent la trouver et ériger en mythe ce qui pourrait n’être au fond qu’une quotidienneté surchargée !

Je ne doute pas que, autour de lui, certains – je songe notamment à Baptiste Rossi, qui est souvent sa « plume » – soient capables de lui suggérer des noms d’écrivains conformes au souhait présidentiel d’exclure « des opposants caractérisés. ».

 « On ne propose pas Édouard Louis », selon un proche d’Emmanuel Macron. 

Le tout est rapporté dans un excellent article de Martin Bernier, publié dans Le Figaro[1].

 

Principe de précaution

On comprend cette prudence, qui vise à ne pas transformer les rencontres – même littéraires, mais est-il possible d’échapper peu ou prou à la politique ? – avec le président en foire d’empoigne.

 Mais ce dernier, en poussant trop loin le principe de précaution, ne s’est-il pas privé de lumières et d’avis qui auraient été certes moins équilibrés, voire moins complaisants, mais en réalité plus signifiants et plus utiles, et sans doute, en cette période de crise et de délitement, plus nécessaires que jamais ?

Parmi ceux que le président a déjà conviés à ces réunions et échanges, je suis certain qu’au moins Emmanuel Carrère et Pascal Bruckner n’ont pas hésité à « parler vrai ». 

Mais cette manière de procéder — le Prince invite, et l’on s’y rend — ne garantit pas une sincérité absolue.

D’autant plus que, par une aberration totale — dont on se demande dans quelle tête elle a pu germer, et que je me refuse à attribuer au seul président, que l’on sait pourtant méfiant à l’égard de Michel Onfray, Régis Debray et Alain Finkielkraut —, ceux-ci ont été ostracisés au motif surréaliste qu’« ils regardaient avec les yeux d’hier le monde d’hier ». 

Ce point de vue est totalement inepte.

A lire aussi, Stéphane Germain: Des mots pour ne pas dire

 

À supposer qu’ils aient accepté ces échanges, cette confrontation — ce dont je doute fort pour Michel Onfray et Régis Debray —, ils auraient pu démontrer au président qu’ils regardent avec les yeux d’aujourd’hui le monde d’aujourd’hui, à travers la comparaison ou la nostalgie — sentiment nullement honteux — d’un certain monde d’hier.

 Rien n’aurait été plus éclairant pour Emmanuel Macron que d’entendre, de la part de ces intelligences brillantes, n’attendant ni n’espérant rien, des analyses de ce qu’il aurait dû être et accomplir, formulées avec une liberté et une expérience — du moins pour Régis Debray — sans égales. 

Il s’est privé, par confort, de visions décisives et décapantes sur le cours de son second quinquennat ; il en aurait fait ce qu’il voulait.

 Quitte à susciter des liens entre politique et littérature, autant aller au plus profond, au plus intense de la relation.

Cette dernière, même exemplaire sur le fond comme sur la forme, n’aurait évidemment engendré aucune possibilité de légende, puisqu’elle aurait au contraire mis en pleine lumière la crudité du réel et du pouvoir. 

Elle aurait davantage dissipé les illusions qu’elle ne les aurait sublimées.

 

Dur métier

Où, ailleurs, aurait-on pu trouver de quoi inventer une légende ? 

Sans appartenir au camp de ceux qui, du fait de la contestation importante de sa politique, dénient au président toute intelligence et nombre de qualités, le traitant avec mépris et dérision, je ne vois pourtant nulle part les éléments — un récit, des miracles, une puissance, une réussite — susceptibles de nourrir une cause légendaire.

Les traits de résistance parfois exceptionnels de la personnalité présidentielle – son sommeil très réduit, sa manière de solliciter à n’importe quelle heure, sa façon solitaire de présider, sa conviction de savoir mieux que quiconque, sa perception à la fois lucide et brutale des Français – constituent un terreau anecdotique et psychologique, l’expression d’une singularité. 

Mais rien, en cela, qui possède l’épaisseur propice à l’imagination et aux songes d’une légende, celle-ci se nourrissant certes du réel, mais toujours au-delà de lui.

Pourrait-on aller jusqu’à soutenir qu’Emmanuel Macron, à la recherche d’une légende introuvable, a négligé la pâte du présent et, par certains côtés, le dur métier de présider ?


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/politique/en-choyant-les-ecrivains-emmanuel-macron-tente-d-ecrire-sa-legende-20251230

 

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