[CHRONIQUE]
La pilule empoisonnée du docteur Macron
Pr Jean-Richard Sulzer- 3 novembre 2026 à 14h08
- Articles, Economie

L'agence Fitch a maintenu la notation assez médiocre de la dette publique française, tout en l'assortissant d'une perspective négative.
Et les marchés ont peu réagi, face à ce déclassement largement anticipé.
Mais ce qui est très étrange, c'est la chronologie de cette information : en effet, l'annonce a été rendue publique alors même qu'aucun réexamen n'était planifié pour la fin octobre.
Tout se passe donc comme si, après Moody's, toutes les autres agences ouvraient leur parapluie, pour le cas où la France devrait affronter une crise financière avant même l'échéance prévisible de 2028.
Il faut dire que les analystes financiers, qui avaient mal anticipé la crise des subprimes en 2007, font parfois montre d'une rare cécité.
Un budget en perdition
Depuis plusieurs semaines, les rares députés qui siègent encore dans l'Hémicycle multiplient les cadeaux fiscaux virtuels.
Virtuels, car ils débattent d'un projet de budget mort-né et qui réunit contre lui l'unanimité : l'opposition d'abord, qui ne veut pas entendre parler d'austérité, mais aussi la majorité gouvernementale, car son projet devra être amendé dans le sens de la rigueur si l'on veut éviter d'envoyer la France dans le mur de la dette.
Partons d'un constat : en exécution, le budget 2026 a raté sa cible d'un déficit à 5 % du PIB. Or, nous pourrions achever l'année avec un déficit réel de 5,4 % du PIB, soit un écart de 12 milliards d'euros.
Certains dérapages sont certes indépendants de la volonté des macronistes : crise pétrolière, croissance atone ou défiance mondiale envers les dettes souveraines.
Mais d'autres dérives, aisément prévisibles celles-là, ont été clairement sous-évaluées, comme le vieillissement de la population et son impact sur les retraites et les dépenses de santé.
Idem pour le coût de la dette publique : l'État, qui rembourse des emprunts à 1 %, savait pertinemment que la charge d'intérêts allait exploser.
À ce sujet — [TRIBUNE] Budget 2027 : le grand tracassin
La pilule empoisonnée de la Macronie
Le projet initial actuellement examiné par l'Assemblée visait à ramener le déficit public à 5 % du PIB.
Mais sa version initiale nous amènerait à une impasse budgétaire de 5,4 % du PIB pour 2027, alors que la norme européenne est de 3 %.
Rappelons qu'il faudra rapidement ramener ce déficit budgétaire aux environs de 1 % du PIB si la France veut simplement stabiliser sa dette publique à l'horizon 2032.
Le gouvernement sortant devra donc revoir sa copie du budget 2027, avec un effort supplémentaire de réduction du déficit de 0,4 % du PIB, soit 12 milliards d'euros : soit en supprimant des dépenses, soit en augmentant les impôts.
La vraie cure d'austérité à 90 milliards d'euros constituera le legs de la Macronie à l'équipe qui lui succédera : une véritable pilule empoisonnée dont la toxicité ira, chaque année, croissant sous l'effet de politiciens sans scrupules.
Qui va voter un tel budget ?
Les oppositions n'ont aucun intérêt à cautionner le bilan Macron en laissant passer un tel budget, que ce soit par un vote ordinaire ou via l'article 49-3 de la Constitution.
Il reste donc la voie des ordonnances, que l'enlisement des débats parlementaires permet désormais d'envisager.
Mais en pareil cas, le gouvernement ne pourrait pas modifier une virgule de son projet initial, qui est pourtant déjà obsolète.
Il se contenterait alors de publier les ordonnances, tout en annonçant dès le début 2027 des décrets de gel de crédits.
Mais ces annulations de crédits concernent surtout l'investissement public, qui serait alors sacrifié.
À ceci près que cette solution de facilité accentuerait la vétusté de nos bâtiments scolaires, de nos hôpitaux, voire de nos ponts, que l'on laisse se fragiliser gravement.
Source et Publication : https://www.bvoltaire.fr/chronique

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