REVUE DE PRESSE !
Vline-Buggy : Cloclo, Sardou et Johnny lui devaient tout !

En musique, la musique populaire surtout, on ne célèbrera jamais assez les obscurs et les sans-grade.
Ceux sans lesquels rien n’aurait été.
Bref, les arrangeurs, les musiciens et, aussi, les paroliers.
Enfin, les parolières, dans le cas nous occupant aujourd’hui : Vline-Buggy, disparue à l’âge canonique de 97 ans.
Bien sûr, ce nom ne dit pas grand-chose à nos contemporains.
Mais sans elle, pas de Belles ! Belles ! Belles ! ou de Portes du pénitencier, chansons ayant permis à Claude François et Johnny Hallyday d’entrer dans la lumière.
À l’origine, pas de Vline-Buggy, mais deux sœurs, Liliane et Évelyne Konyn.
C’est une histoire qui mérite d’être contée.
Le père, c’est Georges Konyn, dit Géo Koger, déjà parolier, auquel on doit J’ai deux amours et La Java bleue, deux chansons immortalisées par Joséphine Baker et Fréhel.
La famille Konyn, d’ascendance juive, subit les affres de la Seconde Guerre mondiale, Liliane et Évelyne voyant partir une grand-mère et une tante dans les camps de la mort dont elles ne reviendront pas.
Chanter le bonheur pour oublier le malheur…
Il en faudra manifestement plus pour les décourager, sachant que, dès 1946, elles unissent leurs talents d’écriture, sous les pseudonymes de Vline et Buggy, pour donner de quoi chanter aux vedettes de l’époque, dont Yves Montand (Le Puits) ou Luis Mariano (Encore).
Quelques années plus tard, leur coup de génie consiste à ne pas prendre de haut la génération montante - celle des yéyés, tel qu’on disait alors.
Elles travaillent donc pour Les Chats sauvages, le groupe d’un certain Dick Rivers.
Mais en 1962, Évelyne Konyn rend l’âme.
Il en faut plus pour abattre sa sœur qui, crânement, fusionne leurs deux noms de scène pour devenir… Vline-Buggy.
La donzelle a du caractère et n’est pas du genre à se laisser décourager.
https://www.youtube.com/watch?v=9E3EQa_3FAc
Les fâcheries avec Claude François…
La même année, elle fait la connaissance d’un inconnu qui ne le restera pas longtemps : Claude François.
La désormais Vline-Buggy, dont les oreilles sont plus qu’affûtées, a entendu le Made to Love des Everly Brothers, deux frères américains.
Elle ne comprend l’anglais que de loin, mais traduit la chanson.
Le premier intitulé ? Rien, rien, rien, qu’elle change vite en Belles ! Belles ! Belles !
Celui qu’on ne surnomme pas encore « Cloclo » tient là son premier tube.
Elle lui écrira ensuite plus de soixante-dix chansons, dont Si j’avais un marteau et C’est comme ça qu’on s’est aimé, pour ne citer que les plus célèbres.
Ce couple infernal se sépare en 1967, lors d’une de ces fâcheries dont Claude François était coutumier.
Dans un entretien exhumé par Le Figaro, publié en 2018, elle en disait plus : « Claude François, c’était un fichu caractère, mais on était tous fous de lui. Il est vrai qu’en 1967, face à ses manières dirigistes, j’ai dû claquer la porte pour lui montrer que j’avais la force de l’affronter. J’irai même un jour jusqu’à lui jeter des disques à la figure.
Au fond, tout bien pesé, après, il vous respectait. »
Sur les traces de Bob Dylan…
Au passage, Vline-Buggy s’acoquine avec Hugues Aufray pour adapter un vieux classique américain tombé dans le domaine public, The House of the Rising Sun. À l’origine, il s’agit d’une chronique sur une maison de passes, celle dont on ne sort qu’au petit matin.
Bob Dylan, Eric Burdon et ses Animals viennent de remettre cette ritournelle au goût du jour.
Il ne s’agit pas alors de faire mieux, mais d’œuvrer autrement.
Ce sera donc Les Portes du pénitencier, aux paroles poignantes, qui fera, tôt, les grandes heures d’un jeune espoir de la chanson française : Johnny Hallyday.
Avec Hugues Aufray, Vline-Buggy cosignera ensuite Céline, Adieu monsieur le professeur et Hasta Luego, chansons qu’Hugues Aufray (97 printemps au compteur) interprète toujours et encore dès qu’il monte sur scène.
Quand il a l’honneur de lui remettre les insignes de chevaliers des Arts et des Lettres, en 2018, le vieux barde reconnaît : « Vline-Buggy devient indispensable quand la musique cherche ses mots. C’est un art particulier. »
On a connu plus vilain hommage.
VIDÉO : https://www.youtube.com/watch?v=zR0LKRpc1XU
Des dizaines de chansons à son actif…
Travailleuse infatigable, on retrouve encore cette artiste hors du commun auprès des vedettes montantes d’alors.
Ce sera donc Biche ô ma biche pour Frank Alamo, un peu oublié de nos jours.
Mais aussi Michel Sardou, pour lequel elle signe les paroles des Bals populaires, de J’habite en France ou de Mourir de plaisir.
Dans le même registre, elle écrit, pour Herbert Léonard, les paroles de Pour le plaisir.
Elle avait commencé sa carrière en adaptant des tubes anglo-saxons, il ne lui restait plus qu’à pondre des textes originaux.
Ce qu’elle fait pour la majeure partie des chanteurs et chanteuses d’alors, dont Michel Fugain, France Gall, Dalida, Mireille Mathieu, Sheila et autres Hervé Vilard.
Puis, sentant peut-être que son heure est en train de passer, Vline-Buggy n’écrit plus guère. Les années 80 arrivent et cette décennie n’est plus la sienne.
Elle le sait, mais ne s’accroche pas.
La vieillesse arrive et elle semble vouloir en profiter seule, loin de ces projecteurs qu’elle a toujours dédaignés.
Sa vie durant, elle travailla dans l’ombre et entendait probablement y demeurer. Une grande dame, sans laquelle le son des années soixante n’aurait pas été ce qu’il fut.
Philippe Manœuvre, journaliste qui est un peu à la musique ce qu’Alain Decaux était jadis à l’Histoire de France - un passeur -, nous confirme : « Vline-Buggy était vraiment une des rares pionnières du rock français ! Ses adaptations de classiques rockabilly (La Bagarre pour Johnny) ou Motown sont absolument parfaites ! Sans parler de Céline pour Hugues Aufray. C’était la joaillière des sixties… »
De son côté, Bertrand Burgalat, patron du label Tricatel et président du SNEP (Syndicat national de l’édition phonographique), par nos soins contacté, salue la défunte en ces termes : « Vline-Buggy était une parolière remarquable avec un itinéraire familial et professionnel tout aussi remarquable.
Elle fait partie des grandes pionnières du disque, comme Nicole Barclay, et elle n’a jamais cessé de suivre les évolutions de cette industrie, écrivant pour une grande variété d’interprètes.
Des chansons comme La Chambre bleue sur la mer, sur le premier EP de Catherine Ribeiro, ce sont des merveilles de sensibilité et de musicalité des mots. »
On ne voit guère mieux comme éloges funèbres.
VIDÉO: https://www.youtube.com/watch?v=hQKaiXz1luE

Source et Publication : https://www.bvoltaire.fr/vline-buggy-


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