REVUE DE PRESSE !
Le père de Johanna

Par Richard de Seze.
Macron n’en finit pas de mourir publiquement, entre son discours grotesque de Bornes-les-Mimosas et ses injonctions pitoyables de défendre son bilan, entre les biceps affichés à la Une de Paris Match et l’annonce émerveillée d’un parc d’attraction saoudien consacré à Dragon Ball.

Il ne lui suffit pas d’avoir ruiné la France, financièrement, diplomatiquement, moralement, il faut encore qu’il l’achève en l’assassinant lentement à coups répétés de phrases inspirées par un orgueil malade et de boules puantes à retardement.
Enfiévrés par son bel exemple, ses anciens ministres prétendent tous, ou presque, à la mandature suprême avec la solide assurance de ceux qui se sont trompés dans les règles républicaines et peuvent compter qu’aucun journaliste républicain digne de ce nom ne leur rappellera leurs bilans respectifs – et républicains –, sur lesquels ils mentent, d’ailleurs, de manière assez républicaine.
D’un côté, le président, qui se promène dans le pays et le monde comme un poivrot qui continue de faire bruyamment la fête tout seul en exaspérant les voisins, de l’autre Attal, Retailleau, Cazeneuve et Philippe, qui traînent avec eux, dans leurs déclarations fracassantes et ampoulées, comme l’odeur suffocante des décharges publiques surchauffées par la canicule et les incendies.
D’un côté ça braille, de l’autre ça pue.
Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle (CNCCEP – oui, ça existe)
Il y a bien sûr tous les autres candidats, proto-candidats, crypto-candidats et méta-candidats, de Villepin à Arthaud en passant par Royal, Bertrand ! et Francis Lalanne.
J’attends avec impatience de lire leurs professions de foi officielles traduites en langage Facile A Lire et à Comprendre (FALC [le « A » et le « à » sont garantis d’origine]) bientôt mises en ligne par la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle (CNCCEP – oui, ça existe, et ça met en ligne les professions de foi politiques des candidats traduites en FALC), ça sera croquignolet.
Mais comme chaque candidature n’est là que pour assurer aux petits producteurs politiques une part du marché légal, iront-ils jusqu’au recueil des signatures ?
La plupart sont déjà en train de négocier pour un maroquin (Darmanin a été si bon qu’il serait dommage que Philippe s’en prive), un poste à la Cour des comptes, la direction d’une fondation, voire un poste d’ambassadeur thématique « pour la santé mondiale », « délégué aux investissements internationaux », « pour la coopération internationale dans le domaine du patrimoine » ?…
Macron a beau avoir placé tout ce qu’il a pu là où le PS n’avait pas encore réussi à recaser ses militants, il doit rester quelques dizaines de places, c’est la seule chose qui ne manque pas en France et l’assiette au beurre s’élargit proportionnellement aux assiettes fiscales.
Pourquoi autopsier un mort de la canicule dans un pays qui vient de voter l’euthanasie ?
Entre deux haut-le-cœur, on tâche de se réjouir : une astronaute française joue les plombiers-électriciens dans l’espace, l’Islande a envoyé paître l’Union européenne et les sapeurs-pompiers volontaires peuvent valider jusqu’à trois trimestres de retraite supplémentaires.
Elle est pas belle, la vie ?
Bon, à côté, la morgue de Garches est surchargée et les cadavres morts de la canicule attendent d’être autopsiés.
« Non, l’autopsie de votre père n’est pas programmée. » répond depuis plusieurs semaines à Johanna, chaque jour, la standardiste de l’Institut médico-légal de Garches (Le Parisien).
Pourquoi autopsier un mort de la canicule dans un pays qui vient de voter l’euthanasie sans qu’aucun proche puisse s’y opposer et sans double contrôle médical ?
On ne sait pas. C’est la Loi.
C’est le règlement. C’est comme ça.
Il y a six ans, quand on mourait du Covid à l’hôpital, les corps partaient à l’incinération, avec tous leurs effets personnels, sans que leurs enfants aient eu le droit de leur dire au revoir.
Aujourd’hui, ils s’entassent en attendant qu’un examen inutile vienne enfin les rendre à leur famille.
La République se moque de leur douleur et préfère consacrer son argent à surveiller les sorties en jet-ski du président Macron (il avait fait construire une piscine au fort de Brégançon prétendument pour éviter les frais de surveillance puisque des vedettes accompagnent ses exploits).
Ce n’est rien, ce n’est que le père de Johanna, ce n’est que la dépouille d’un Français dont Macron ne peut rien tirer contrairement à d’autres cadavres. o ■o
RICHARD DE SEZE
ET AUSSI
Aristide Ankou : Le plus beau métier du monde

Par Aristide Ankou.
Aristide Ankou exerce ici son art – l’un d’entre eux – consistant à trouver ou à retrouver des textes allant comme un gant à un contexte, une situation ou un événement précis.
C’est le cas ici : pour cette rentrée des classes 2026, il nous donne à lire un extrait des Particules élémentaires, parues il y a près de trente ans (1998).

En ce jour de rentrée scolaire, j’ai une pensée émue pour nos chères têtes blon… euh, pour nos chers apprenants, et aussi pour leurs professeurs : qu’y a-t-il de plus beau, en effet, qu’un jeune esprit qui s’ouvre aux beautés du savoir et aux merveilles de la culture ?
Et qu’y a-t-il de plus beau que de l’y initier ?
Ah ! Il bien vrai qu’enseigner est le plus beau métier du monde… essuie discrètement une petite larme
(Et bis repetita placent, par ailleurs)
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« Je me souviens encore du jour où je leur avais donné à commenter une phrase du Côté de Guermantes :
« La pureté d’un sang où depuis plusieurs générations ne se rencontrait que ce qu’il y a de plus grand dans l’histoire de France avait ôté à sa manière d’être tout ce que les gens du peuple appellent « des manières », et lui avait donné la plus parfaite simplicité. »
Je regardais Ben : il se grattait la tête, il se grattait les couilles, il mastiquait son chewing-gum.
Qu’est-ce qu’il pouvait bien y comprendre, ce grand singe ?
Qu’est-ce que tous les autres pouvaient bien y comprendre, d’ailleurs ?
Moi-même, je commençais à avoir du mal à comprendre de quoi Proust pouvait parler au juste.
Ces dizaines de pages sur la pureté du sang, la noblesse du génie en regard de la noblesse de la race, le milieu spécifique des grands professeurs de médecine… tout ça me paraissait complètement foireux.
On vivait aujourd’hui dans un monde simplifié, à l’évidence.
La duchesse de Guermantes avait beaucoup moins de thune que Snoop Doggy Dog ; Snoop Doggy Dog avait moins de thune que Bill Gates, mais il faisait davantage mouiller les filles.
Deux paramètres, pas plus. »
Houellebecq, Les particules élémentaires o ■o
ARISTIDE ANKOU
* Précédemment paru sur la riche page Facebook de l’auteur, (le 1.9.2026).
Aristide Ankou

Article précédemment paru dans Politique magazine.


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