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Manifestations lycéennes : les policiers « lâchés par l’exécutif » et à bout

Partout en France, depuis le mardi 29 septembre, des centaines de policiers sont engagés sur le terrain dans le cadre des manifestations lycéennes.
Des unités entières ont dû faire une croix sur leurs jours de repos afin d'encadrer les blocus et contenir les éléments les plus violents qui s’y sont associés.
Outre la difficulté de la mission, deux interventions gouvernementales ont particulièrement ébranlé les forces de l’ordre.
La première est à mettre au crédit d’Emmanuel Macron.
Selon les propos rapportés par Laurent Nuñez au micro de RTL le 6 octobre, le président de la République aurait demandé de faire preuve d'empathie envers les manifestants.
La seconde est la suspension, à titre conservatoire, de l'utilisation d'un type de grenade assourdissante dans le cadre du mouvement lycéen, après la mutilation d'un adolescent à Lens.
Écœurés
Dans les rangs des policiers, ces deux séquences sont mal vécues.
Elles leur donnent le sentiment d’avoir été « lâchés par l'exécutif », confie, en colère, à Boulevard Voltaire, Bruno Bartocetti, délégué syndical Un1té.
Il ajoute : « Il y a un profond écœurement. Je n'ai jamais ressenti ça auparavant. »
Il lit dans le positionnement du gouvernement une stratégie « pour faire tomber la tension sociale ».
Une manœuvre qui ne fonctionne pas et complique le travail des policiers. « C’est très difficile, pour les collègues, de tenir dans ce système où, dès qu’on met la tenue, on est présumé coupable », s’indigne-t-il, avant de préciser : « Ce n'est pas en nous accusant de tous les maux qu'on va apaiser la situation, au contraire.
C'est profondément écœurant d'entendre ce qu'on a entendu de la part du chef de l'État, du gouvernement et de la présidente de l'Assemblée. »
Il fait référence aux réactions qui ont suivi l’incident ayant coûté sa main à un manifestant.
Aujourd’hui, il a l’impression qu’il est demandé aux forces de l’ordre de « faire du maintien de l’ordre avec des scoubidous » alors qu’il y a « des centaines d'enseignants, des journalistes, des pompiers, des membres de la population et des centaines de policiers qui ont été blessés ».
Prêts à « tout lâcher »
Très remonté, le policier ne peut s'empêcher de revenir sur cette consigne d'empathie attribuée à Emmanuel Macron : « On nous demande d'être dans l'empathie.
On n'est pas dans l'empathie ni dans la sympathie, on veut juste travailler en sécurité. »
Le malaise semble largement partagé.
En témoignent, aussi, deux passages dans les médias de syndicalistes.
Sur l’antenne d’Europe 1, Reda Belhaj a annoncé : « S'il y en a un dans nos rangs qui tombe, on lâchera, on lâchera les boucliers, on lâchera tout et on laissera tout brûler. »
La même idée a été reprise par Gaëlle James, représentante de Synergie-Officiers, sur BFM TV : « Si vous n'êtes pas contents du travail que fait la police nationale, les policiers, qu'est-ce qu'ils vont faire ?
Ils vont utiliser leur droit de retrait. Ils vont dire "débrouillez-vous". »
« Désabusé », Bruno Bartocetti conclut : « On n'a aucune reconnaissance, aucun soutien. Quand on a un exécutif qui se fiche de nous, qu'est-ce qu'on peut faire ?
Qu'est-ce qu'on doit faire ? »
Cette question laissée en suspens sonne comme un avertissement : le point de rupture n’est plus très loin.



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