mercredi 5 août 2026

LES VÉRITABLES ENJEUX DE 2027 ! ( JACQUES SAPIR ET YVES ROUGEYRON )

 REVUE DE PRESSE !

Jacques Sapir et Pierre-Yves Rougeyron – Les véritables enjeux de 2027

L’économiste Jacques Sapir et Pierre-Yves Rougeyron, président du Cercle Aristote, dressent un bilan sans concession de l’état de la France à l’approche de l’échéance présidentielle de 2027.


De la dérive incontrôlée des finances publiques à la dévitalisation de la Constitution, en passant par le discrédit profond des médias et l’épuisement de nos forces de sécurité, ils décryptent les failles béantes d’un pays poussé « à l’os ». 

Face aux bouleversements géopolitiques mondiaux, comment la France peut-elle surmonter les chocs qui s’annoncent et comment repenser notre avenir sur le temps long, au-delà du seul horizon électoral ?


Au programme de cet entretien :

  • L’héritage d’Emmanuel Macron : Pourquoi la fin de règne laisse place à un paysage politique et institutionnel fragmenté.
  • La bombe à retardement budgétaire : L’analyse de la dérive des comptes publics et du poids réel des intérêts de la dette.
  • Le discrédit de la machine médiatique : Comment la perte de confiance envers la presse et l’effondrement des grands journaux télévisés redessinent l’opinion.
  • Une France vulnérable face aux crises : De la crise de la sécurité quotidienne à la fragilité de nos infrastructures face aux cyberattaques et aux tensions internationales.
  • Reconstruire par génération plutôt que par élection : Pourquoi le redressement du pays exigera un renouvellement profond de la circulation de nos élites.

Présentateur : Bertrand Guyot

Pierre Vermeren : « Avec l’Algérie, Emmanuel Macron a décidé de faire des concessions unilatérales face à un régime inflexible ». 

Oui, et depuis au moins 10 ans, cette politique a toujours raté !

Cet entretien est paru le 17 juillet dans Le Figaro.

 Il n’est pas dit que la France doive renoncer pour toujours à instaurer avec l’Algérie des relations qui pourraient être profitables aux deux parties.

 Il est, en revanche, très clair qu’on n’a aucune chance d’y parvenir avec des hommes de la trempe d’Emmanuel Macron et des siens, ni avec le régime politique que nous subissons. 

Certes, la souveraineté d’un pays ne signifie pas qu’il ne doive pas composer avec les forces et les puissances auxquelles il est confronté. 

Mais, quand on s’obstine dans l’erreur et dans l’échec, comme le font nos dirigeants ; quand on est, comme eux, à ce point sous l’emprise des peurs — peur de « la rue arabe », peur des attentats, peur d’une rupture de la coopération franco-algérienne en matière de renseignement antiterroriste, peur d’une rupture de nos approvisionnements en gaz et en pétrole, etc., etc. ; quand toutes ces peurs paralysantes se cumulent, que reste-t-il alors de la souveraineté d’un pays comme le nôtre ? 

Nos dirigeants ne sont, par nature et par formation, ni des hommes de courage, ni des hommes de culture historique et politique, ni des hommes de volonté et de détermination.

 Et, qui plus est, comme l’avait vu jadis l’un des prétendants au trône de France — le duc d’Orléans —, « les institutions corrompent les hommes ».

 Les nôtres, en tout cas, qui sont marquées par l’électoralisme, la démagogie et l’habitude des combinaisons. 

Pourquoi faut-il encore, après tant d’années d’infortune, devoir répéter ces vieilles vérités ? o

  Je Suis Français

*Normalien et agrégé, Pierre Vermeren est professeur d’histoire contemporaine du Maghreb et du Moyen-Orient à la Sorbonne. Il a publié en mars « France-Algérie. De 1962 à nos jours. Histoire d’une relation pathologique » (Tallandier).

Lors d’un entretien avec le média algérien TSA, publié le 15 juillet, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, a dit vouloir accélérer la délivrance de visas aux Algériens.

 Comment expliquer ce choix ?

 Doit-on y voir un aveu de faiblesse face à un pays qui emprisonne aujourd’hui un journaliste français ?

Oui, parmi d’autres choses. Je pense qu’il faut y voir la décision du président Macron qui fait office de donneur d’ordre dans ce domaine.

 L’ambassadeur n’est que l’interprète de la volonté du président. 

Cette décision est l’inverse de celle qui a été prise en 2021, puisque à l’époque, le nombre de visas avait été divisé par deux pour les Algériens. 

Après cinq ans d’atermoiements, cette mesure vise à revenir au nombre de visas d’avant la crise, voire à l’augmenter, alors même que les autorités algériennes ont considérablement durci leur position vis-à-vis de la France depuis ces années.

Du côté français, cette décision est motivée par le désir de sauver notre relation avec l’Algérie avant la fin de la décennie d’Emmanuel Macron. 

Je crois que c’est la principale grille de lecture à avoir. Le président de la République ne veut pas partir – dans ce domaine comme dans d’autres – sur un échec.

 Il est convaincu qu’il faut faire des concessions de manière unilatérale pour obtenir des gains à long ou à moyen terme.

 Puisque l’Algérie ne tend pas la main, la France le fait à sa place.

 Cela nous conduit tout de même à passer sous silence les pratiques du régime algérien, aussi bien à l’intérieur que ses menées diverses en France, ses pressions ou ingérences, ou évidemment sa politique vis-à-vis de Christophe Gleizes, qui est, semble-t-il, inflexible.


Je crois aussi que cette posture est en quelque sorte un moyen de compenser la manière dont la France se positionne auprès du Maroc.

 Le premier ministre vient en effet d’effectuer une visite de courtoisie au Maroc pour préparer le voyage du roi à Paris. 

La France s’essaye à maintenir de bonnes relations avec les deux pays qui ne se parlent plus.


D’un côté, les visas devraient repartir à la hausse et de l’autre, l’Algérie refuse toujours massivement de reprendre ses ressortissants sous OQTF. 

N’est-ce pas paradoxal ? Et est-ce que cela traduit une incohérence de notre diplomatie ?

Le vrai point de comparaison, c’est 2021. 

Cette année-là, les autorités françaises, à la demande du président de la République, avaient réduit de 50 % les visas algériens, accusant l’Algérie de ne pas accepter les OQTF.

 Depuis lors, la France a reculé alors même que l’Algérie a pratiquement bloqué le dossier des OQTF

 C’est pour cela qu’aujourd’hui, on compte des dizaines de milliers d’OQTF de citoyens algériens en cours de validité (100 000 dit-on). 

 L’Algérie a refusé de recevoir sur son sol certains de ses ressortissants qui avaient eu des conduites de type criminel en France.

 Le raisonnement du président Macron paraît être le suivant : puisque la méthode forte qu’il a initiée n’a pas marché, il faut tendre la main. 

 Au-delà des détails de la relation franco-algérienne, il y a la volonté de partir en ayant mis de l’ordre dans un dossier qui, comme souligné plus haut, était majeur pour lui.

 En effet, il faut se rappeler que la relation franco-algérienne avait été mise en haut de la pile des affaires étrangères par le président lui-même pendant sa campagne de 2017.

 Il a du mal à accepter cet échec personnel et essaye donc par tous les moyens, y compris une forme de faiblesse, de parvenir à une forme de normalisation de ses rapports avec l’Algérie.

 Rappelons que les visas ne sont utilisés que par l’étroite clientèle du régime.


Est-ce que la volonté de la diplomatie française d’assouplir ses relations avec l’Algérie est dictée par le nombre de ressortissants algériens sur notre sol ?

La politique intérieure dicte-t-elle notre politique étrangère ?

Elle la dicte parce que ce lien existe dans l’imaginaire de certains dirigeants français.

 Mais en réalité, c’est une très mauvaise analyse. 

Il vient d’y avoir les élections législatives en Algérie et on voit que les autorités algériennes sont coupées de leur peuple, puisque 20 % seulement des Algériens sont allés voter.

 Dans la diaspora, et notamment dans la diaspora en France, ce chiffre est encore plus faible.

 Le lien entre Alger et l’immigration d’origine algérienne en France est donc avant tout fantasmé.

 La plupart des Algériens qui sont venus en France ont fui le régime algérien et la situation qu’il impose à son peuple, que ce soit au moment de la guerre civile ou même plus récemment.

Il ne faudrait toutefois pas négliger la volonté incontestable des autorités algériennes de peser de tout leur poids sur ce qu’elles appellent la communauté algérienne de France ou la communauté franco-algérienne, à la fois pour la présidentielle française et pour y faire taire les voix dissidentes.

 Il existe en ce sens des relais institutionnels très puissants comme la tentaculaire mosquée de Paris et la présence de 20 consulats algériens en France.


Pensez-vous que des relations plus apaisées avec l’Algérie faciliteraient la libération de Christophe Gleizes ?

Non, je pense que l’emprisonnement de Christophe Gleizes est le fait du prince.

 Les autorités algériennes ont des choses très précises à lui reprocher et elles pensent que pour l’instant, sa libération leur causerait plus de troubles que son maintien en prison.

 Elles font un calcul cynique qui a peu à voir avec les gesticulations françaises.

 C’est une affaire très sérieuse pour les autorités algériennes. 

Il ne s’agit pas seulement de maintenir un prisonnier, mais de faire taire certaines vérités. 

Ce que dit ou fait la France a peu d’importance en l’espèce. 

Du jour au lendemain, évidemment, il peut être libéré parce que les autorités algériennes considéreront que c’est leur intérêt.o



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