Le chat Félix prie-t-il vers La Mecque ? La farce de la croquette halal

Halal pour les chats ? Non, ce n’est pas pour eux… mais pour les maîtres !
On croyait le marché de la certification religieuse arrivé à saturation.
C’était sous-estimer le génie d’un capitalisme toujours prêt à monétiser la moindre des névroses.
Avec l’arrivée de la croquette halal pour chat, le business de la pureté franchit un nouveau cap dans l’absurde.
Plongée dans une farce industrielle où l’on découvre que la ferveur spirituelle s’achète désormais en sac de trois kilos au rayon animalerie.
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Je savais que le génie humain, lorsqu’il est accouplé à l’opportunisme commercial, ne connaissait aucune limite.
Mais la croquette halal pour chat, il fallait quand même oser l’inventer.
Cette vertigineuse surenchère du halal a commencé il y a bien longtemps.
On nous a vendu le vêtement islamique, la finance islamique, le vernis à ongles perméable et les parfums conformes aux exigences halal, les vacances éthiques…
Et aujourd’hui, on franchit le mur du con en atteignant le stade terminal de la certification : l’estampillage halal pour des créatures qui, jusqu’à preuve du contraire, n’ont jamais demandé à lire le Coran ou à suivre des prescriptions religieuses moyenâgeuses.
J’attends juste le jour où l’on nous vendra des tomates « halal ».
Pas parce que c’est nécessaire, mais parce que si on peut mettre un label sur une croquette au saumon, on peut bien en mettre sur un légume…
Halal, car cueilli par un pieux musulman ?
L’angoisse du placard et le juteux filon du « tayyib »
Mais la logique mercantile est imparable : si le mot magique « halal » rassure le chaland, autant l’imprimer partout.
Tant qu’il reste un centimètre carré de linéaire de supermarché à sanctifier, un responsable marketing se lèvera inévitablement pour demander : « Et ça, on ne pourrait pas le rendre halal ? ».
Car le halal, figurez-vous, a muté.
Ce n’est plus seulement une obscure histoire d’égorgement tourné vers l’est.
C’est devenu un concept total, un « lifestyle spirituel » baptisé « tayyib » (sain, pur, béni… et surtout très rentable) : une alimentation de qualité supérieure, respectueuse des valeurs éthiques et religieuses de l’islam.
Zéro additif douteux, zéro contamination croisée.
Du bio, mais avec une caution divine pour justifier la marge bénéficiaire.
Allah mentionne le mot « Tayyib » dans de nombreux versets coraniques, établissant son importance fondamentale dans la vie du musulman :
« Ô gens ! De ce qui existe sur la terre, mangez le licite et le pur (halâlan tayyiban) ; ne suivez point les pas du Diable, car il est vraiment pour vous, un ennemi déclaré. » (2:168)
« Et mangez de ce qu’Allah vous a attribué de licite et de bon (halâlan tayyiban). Craignez Allah, en qui vous avez foi. » (5:88)
« Mangez donc de ce qu’Allah vous a attribué de licite et de bon (halâlan tayyiban). Et soyez reconnaissants pour les bienfaits d’Allah, si c’est Lui que vous adorez. » (16:114) [1]
Maintenant le halal ne suffit plus pour être un bon musulman.
En effet, le halal est le minimum requis, mais pour vraiment respecter les dires d’Allah il faut aussi que ce soit conforme au Tayyib qui mène vers la perfection et l’excellence (ihsan).
Pourtant, soyons lucides trente secondes : l’animal se fout éperdument du niveau spirituel de son repas.
Il se lèche l’arrière-train en public et chasse les mulots sans vérifier s’ils ont été abattus rituellement.
Le vrai client, la vraie cible de cette farce industrielle, c’est le maître.
Le but est d’éviter la manipulation de produits perçus comme haram au sein même du foyer et par-dessus tout, s’épargner la torture intellectuelle de décrypter les étiquettes des fabricants : « Avant, je lisais la liste des ingrédients comme un thriller… maintenant, avec la certification halal HQC, je respire », pourrait résumer la pensée du consommateur.
Ne pas avoir à toucher une boîte de pâtée au porc, ne pas stocker une molécule interdite à côté de ses propres céréales, et surtout s’épargner l’odeur du haram en ouvrant une boite douteuse. On achète un label, on achète la paix de l’esprit à prix d’or.
« Pour paraphraser ce bon vieux Forrest Gump : c’est dur d’être musulman, surtout lorsqu’il faut lire les étiquettes dans une animalerie ! »
Muezza, le chat qui valait des millions
Pas étonnant que cette niche prenne de l’ampleur au Royaume-Uni, aux États-Unis ou au Canada, et que son accélération en France soit imminente.
Il faut reconnaître que le chat partait avec un avantage concurrentiel indéniable : son traitement de faveur dans la tradition islamique.
Dans les foyers musulmans, le chat est le roi incontesté.
Pourquoi ? Parce que le prophète Mahomet s’était entiché d’un chat nommé Muezza.
On raconte qu’il aurait même sacrifié un bout de son manteau pour ne pas réveiller la boule de poils assoupie. Muezza a ainsi propulsé l’ensemble de son espèce au rang d’intouchable.
Le chat est pur, le chat est propre, le chat est le symbole de la dignité et de la bienveillance islamique, il a donc le droit à sa gastronomie labellisée halal.
Il était donc inévitable que le capitalisme lui ponde une croquette à sa mesure.
Le Prophète enseignait également que maltraiter un animal, y compris un chat, pouvait avoir des conséquences graves dans l’au-delà.
Ces principes montrent une grande considération pour le bien-être de certains animaux.
Les mosquées, quant à elles, accueillent encore aujourd’hui de nombreux chats, symboles de cette tradition de bienveillance.
Pour les autres, circulez, il n’y a rien à voir !
Le casse-tête du baptême : pas de « Félix » chez les croyants !
Mais la conformité ne s’arrête pas au contenu de la gamelle.
Une fois le ventre plein de croquettes tayyib, il faut bien appeler l’animal.
Et là encore, l’angoisse du haram guette le propriétaire scrupuleux.
Selon les recommandations les plus strictes de la jurisprudence, on ne donne pas n’importe quel petit nom à son matou.
Il convient de choisir un prénom à consonance musulmane, mais attention au terrain miné de l’irrévérence !
Il est en effet formellement déconseillé d’affubler son félin du nom de l’une des épouses du Prophète, d’un de ses illustres compagnons ou d’un Calife.
On imagine bien le malaise théologique au moment de gronder le chat avec un prénom sacré parce qu’il vient de vomir sur le tapis de prière.
Et n’allez surtout pas chercher l’inspiration du côté des infidèles !
Donner un nom de mécréant à une créature aussi pure serait le comble de l’égarement.
Finis les « Félix », « Roméo » ou « Figaro ».
Le chat musulman doit avoir un nom irréprochable.
On en vient à plaindre l’animal, coincé entre une théologie tatillonne et un maître terrorisé à l’idée de commettre un sacrilège en l’appelant par son nom.
Médor, l’impur, attendra dehors
Le constat est d’un cynisme absolu : le chat se vautre sur les coussins du salon en mangeant des croquettes bénies par le marché de la pureté, tandis que le chien attend que les différentes écoles juridiques se mettent d’accord sur son cas.
Considéré comme impur, il est tenu à l’écart de la maison, prié de dormir sous la pluie.
Soyons clairs : si Mahomet avait eu un caniche au lieu d’un angora, les supermarchés regorgeraient aujourd’hui de pâtées pour chien certifiées conformes.
Mais alors, qu’en est-il du chien ?
Toujours pas de label « halal garanti, certifié sans culpabilité pour le maître » à l’horizon.
C’est le grand mystère… ou plutôt, une flagrante injustice métaphysique.
Médor, lui, traîne sa réputation de pestiféré.
Ibn Mughaffal a rapporté : « Le Messager d’Allah a ordonné la mise à mort des chiens, puis a dit : Qu’en est-il d’eux, c’est-à-dire des autres chiens ? Et a ensuite accordé une concession (pour garder) le chien pour la chasse et le chien pour (la sécurité) du troupeau, et a dit : Lorsque le chien lèche l’ustensile, lavez-le sept fois dont le premier s’accompagne de l’usage du sable. »
L’inventaire de l’impureté : de la charogne au mécréant
Pour bien saisir cette angoisse pathologique de la contamination qui pousse à acheter des croquettes certifiées, il faut se plonger dans la littérature juridique la plus stricte.
Prenez par exemple l’ayatollah Rouhollah Khomeini et son célèbre ouvrage, le Tahrir al-Wasilah.
Il y dresse l’inventaire minutieux et très officiel des impuretés rituelles (les fameuses najâsa), c’est-à-dire ces substances qui annulent toute pureté en cas de contact.
La liste classique des entités intrinsèquement impures a de quoi donner le vertige.
On y trouve pêle-mêle :
• L’urine et les matières fécales.
• Le sang et autres sécrétions corporelles.
• La charogne (Meyta), à savoir la viande non égorgée rituellement.
• L’alcool et les boissons enivrantes…
Jusqu’ici, on pourrait presque y voir un traité d’hygiène d’un autre temps.
Mais la jurisprudence devient fascinante de cynisme lorsqu’elle ajoute à cette liste d’immondices, au même niveau d’impureté totale : le chien, le porc et… le mécréant (Kâfir).
« Ô vous qui croyez ! Les associateurs ne sont qu’impureté : qu’ils ne s’approchent plus de la Mosquée sacrée, après cette année-ci. Et si vous redoutez une pénurie, Allah vous enrichira, s’Il veut, de par Sa grâce. Car Allah est Omniscient et Sage » (Coran 9:28)
Oui, vous avez bien lu.
Dans cette vision du monde scrupuleusement catégorisée, le non-musulman possède un statut d’impureté corporelle tel qu’il nécessite des précautions drastiques au moindre contact humide.
Le Mécréant, ce bestiaire peu flatteur
Si l’animal domestique a droit à sa certification purificatrice ou à un rejet en règle selon son espèce, il y a pourtant une catégorie qui se trouve encore moins bien lotie dans la rhétorique textuelle : le non-musulman.
Car dans cette vision du monde où tout est scrupuleusement catégorisé, le mécréant est bien souvent ravalé au rang de la bête sauvage ou impure.
L’allégorie tourne vite au zoo de l’infamie. Jugez plutôt : le transgresseur y est comparé au chien haletant :
« Et si Nous avions voulu, Nous l’aurions élevé par ces mêmes enseignements, mais il s’inclina vers la terre et suivit sa propre passion.
Il est semblable à un chien qui halète si tu l’attaques, et qui halète aussi si tu le laisses. Tel est l’exemple des gens qui traitent de mensonges Nos signes.
Eh bien, raconte le récit. Peut-être réfléchiront-ils ! » (Coran 7:176)
Quand il ne s’agit pas du chien, c’est le registre des singes et des porcs qui est convoqué pour illustrer la colère divine face à la désobéissance :
« Vous avez certainement connu ceux des vôtres qui transgressèrent le Sabbat. Et bien Nous leur dîmes : “Soyez des singes abjects !” » (Coran 2:65) et « Puis, lorsqu’ils refusèrent (par orgueil) d’abandonner ce qui leur avait été interdit, Nous leur dîmes : “Soyez des singes abjects” » (Coran 7:166).
« Dis : “Puis-je vous informer de ce qu’il y a de pire, en fait de rétribution auprès d’Allah ? Celui qu’Allah a maudit, celui qui a encouru Sa colère, et ceux dont Il a fait des singes, des porcs, et de même, celui qui a adoré le Tagut, ceux-là ont la pire des places et sont les plus égarés du chemin droit” » (Coran 5:60).
Au final, face à l’aveuglement spirituel, le verdict tombe, les reléguant au simple statut de bétail égaré :
« Ou bien penses-tu que la plupart d’entre eux entendent ou comprennent ? Ils ne sont en vérité comparables qu’à des bestiaux. Ou plutôt, ils sont plus égarés encore du sentier. » (Coran 25:44). Voir aussi : Coran 2:171.
Finalement, on comprend mieux l’angoisse fondamentale du propriétaire de chat.
Dans une cosmogonie où le non-croyant est assimilé à un bétail égaré, à un porc ou à un singe abject, il vaut mieux s’assurer que Félix, lui, reste du bon côté de la barrière spirituelle en mangeant strictement halal.
En attendant, les industriels comptent les billets, le marché félin se frotte les pattes.
Et comme toujours pour couper court à toute objection… Allah sait mieux.
« La conformité, c’est bien… mais moi, je veux surtout que ça sente bon. » – Le Chat
Pour conclure sur cette quête de conformité absolue qui s’immisce dans les moindres recoins de la vie domestique, il est de bon ton de se remémorer cette pensée du philosophe Alain : « Rien n’est plus dangereux qu’une idée, quand on n’a qu’une idée ».
Surtout lorsqu’elle finit par dicter le menu de nos animaux de compagnie.
Par Johan Zweitakter
[1] Référence des versets : Le saint Coran et la traduction en langue française du sens de ses versets.
Révisé par la Présidence Générale des Directions des Recherches Scientifiques Islamiques, de l’Ifta, de la Prédication et de l’Orientation Religieuse. Royaume d’Arabie Saoudite.
Source et Publication : https://ripostelaique.com/le-chat-felix
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