TRIBUNE LIBRE !
Tanguy, Sautarel et la dette impayée du Rassemblement national .
« Prenez une camomille. »
C’est par ces trois mots qu’un député du Rassemblement national a congédié sur X un internaute qui lui reprochait de mépriser l’homme derrière Fdesouche.
Trois mots qui valent programme.
Trois mots qui résument mieux que tous les congrès l’état des rapports entre le premier parti de France et le milieu qui l’a rendu possible.
Rembobinons.
Jean-Philippe Tanguy défend son vote sur la vérification de l’âge et l’accès des mineurs aux réseaux sociaux.
En face, Pierre Sautarel lui objecte que le but — protéger les enfants — ne vaut pas approbation d’un contrôle d’identité numérique généralisé pour l’ensemble de la population.
Le député répond que s’opposer aux aspirations majoritaires du peuple au motif que les modalités techniques sont imparfaites relève d’un « piège du Système ».
Puis il ajoute, en substance, qu’il vaut mieux accéder au pouvoir pour corriger les modalités que « râler sans jamais gouverner ».
Enfin, l’estocade : son contradicteur aurait « conscience d’un problème sans avoir de solution politique concrète à part râler ».
Râler. Le mot revient trois fois. Il faut le retenir, parce qu’il dit tout.
Le mot qui dit tout
Râler, c’est ce que fait, dans la bouche d’un élu, celui qui n’a pas de mandat.
Celui qui n’a pas de circonscription, pas de collaborateurs parlementaires, pas d’indemnité, pas de plateau chez Bourdin.
Celui qui n’a que son travail, sa constance, et une audience.
Sauf que cette audience, elle a fait le RN.
Regardons les choses en face, sans sentimentalisme.
Pendant vingt ans, la presse écrite, les rédactions audiovisuelles, les manuels scolaires, les instituts de sondage et l’appareil d’État ont travaillé sans relâche à maintenir ce courant politique dans le statut d’infréquentable.
La percée n’est pas venue d’une conversion des élites.
Elle est venue d’un contournement.
Elle est venue des forums, des blogs, des agrégateurs de dépêches, des chaînes YouTube, des comptes anonymes, des sites de réinformation, des vidéastes qui parlaient à des publics que nul appareil partisan n’avait su atteindre.
Elle est venue d’un espace numérique qui a rendu inopérant le filtre éditorial que Paris croyait éternel.
Fdesouche n’a pas été une opinion parmi d’autres.
Cela a été, pendant deux décennies, l’instrument qui a rendu visible ce que la presse professionnelle rendait invisible.
Sans cette bascule, il n’y aurait ni 89 députés RN, ni sondages à 35 %, ni discussion sérieuse sur l’accès au pouvoir en 2027.
Un internaute l’a formulé crûment dans le fil : il a fait davantage progresser les idées du parti que n’importe lequel de ses élus.
C’est désagréable à lire quand on porte une écharpe tricolore.
C’est vrai.
Dix ans de carte, zéro année de désert
Comment en est-on arrivé là ?
Sautarel a posé le diagnostic, et il est imparable.
La majorité des députés RN ont moins de dix ans de carte.
Beaucoup ne militaient nulle part auparavant, ou venaient des Républicains, de La République en marche, de Debout la France.
Ils ont adhéré quand le parti était déjà aux portes du pouvoir.
Ils n’ont pas connu les années Jean-Marie Le Pen, les années d’ostracisme, la mise au ban professionnelle, le moment où cet engagement coûtait une carrière, des amitiés, une réputation.
Certains appartenaient même, hier, au camp de ceux qui montraient du doigt les militants d’aujourd’hui.
On ne peut donc attendre d’eux ni mémoire militante, ni esprit de corps, ni la moindre reconnaissance envers ceux qui tenaient la position quand elle était intenable.
La reconnaissance n’est pas un sentiment spontané : elle suppose d’avoir vu de ses yeux ce que l’autre a payé.
Le député Tanguy a d’ailleurs répliqué que les militants de Debout la France avaient été « tout autant persécutés par le Système, la force électorale en moins ».
Soit. Nul ne conteste à quiconque ses années difficiles.
Mais l’argument passe à côté de l’objet du litige : personne ne demande un brevet d’ancienneté.
On demande simplement qu’un élu ne traite pas de râleur celui dont l’audience lui a servi d’escabeau.
Le piège, c’est précisément de voter le piège
Reste le fond, et il est plus grave que la querelle d’ego.
La technique de l’adversaire est parfaitement rodée : habiller la mesure la plus liberticide d’un objectif moralement indiscutable, afin que toute opposition devienne suspecte.
Protéger les mineurs ? Évidemment. Qui plaiderait le contraire ?
Mais le dispositif retenu n’est pas la protection des mineurs : c’est l’identification systématique de tous les majeurs.
C’est la fin de l’anonymat en ligne pour l’ensemble de la population, adossée à une architecture de contrôle dont l’usage ultérieur ne dépendra ni de vous, ni de vos électeurs, mais de qui tiendra les manettes.
Mille voies existaient pour montrer qu’on partage l’inquiétude sans signer le chèque en blanc : proposer un autre dispositif, exiger des garanties écrites, conditionner son vote, mener publiquement la bataille sur les moyens.
On a préféré la conformité aux « attentes majoritaires ».
Et ce n’est pas la première fois.
Sur le DSA, la ligne fut identique : approuver l’objectif, signaler quelques risques, puis s’abstenir au moment décisif — quand la majorité du propre groupe européen des élus français, elle, votait contre.
On dénonce aujourd’hui l’ingérence de la Commission.
On a laissé passer le texte qui lui a donné ces pouvoirs.
Les votes sont publics ; ils sont consultables ; ils ne s’effacent pas.
Voilà l’ironie qu’aucune camomille n’apaisera : un parti porté au seuil du pouvoir par la liberté de l’espace numérique s’abstient, ou vote pour, quand cet espace est mis sous tutelle. Il scie la branche non pas par calcul cynique, mais par une chose plus banale et plus inquiétante — parce qu’il ne sait plus qu’il est assis dessus.
Nous ne sommes pas des supplétifs
Que faire, alors ? Certainement pas ce qu’on nous suggère aimablement : nous taire jusqu’à la victoire, rester unis, faire confiance, aider au lieu de râler, et attendre qu’on corrige les modalités « dans moins d’un an ».
Cette rhétorique a un nom.
C’est celle de l’appareil envers ses supplétifs.
On vous demande votre audience, jamais votre avis.
On vous invite quand il faut mobiliser, on vous éconduit quand il faut arbitrer.
Un intervenant du fil a posé la seule question qui vaille : citez un seul podcast d’influenceur patriote auquel vous ayez participé.
La réponse ne viendra pas.
Nous ne sommes pas des compagnons de route.
Nous sommes perçus comme des gêneurs, des empêcheurs de tourner en rond, et bientôt comme des adversaires dès lors que nous contrarions une stratégie personnelle, une carrière ou un ego-trip.
Il faut en tirer les conséquences, et cesser de confondre loyauté et docilité.
La presse alternative, les influenceurs, les chaînes indépendantes ne doivent rien à personne.
Ils n’ont pas de carte à faire valoir, pas de poste à négocier, pas d’investiture à ménager.
Leur seule fidélité va à leur lectorat.
Ce qui signifie très concrètement : soutenir ce qui doit l’être, cogner sur ce qui le mérite, et rappeler à chaque vote liberticide qui a levé la main.
Ce n’est pas de la division.
C’est un rapport de force.
Il est la condition de toute alliance sérieuse, et c’est la seule chose qu’un appareil politique comprenne vraiment.
Le jour où le pouvoir sera pris, il sera trop tard pour découvrir que les instruments de censure ont été votés, et par qui.
YV
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et
corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire