10 ans de déficits et Macron veut un rapport sur le financement
de la protection sociale !

Que faire, à moins d'un an de la fin de son mandat, quand on est devenu un président aussi impuissant qu'impopulaire ?
On peur rêver à des coups politiques, comme la dissolution, dans l'idée d'empêcher une victoire du RN.
Mais il y a plus subtil : tenter d'influer sur le cours de la campagne par exemple en imposant un sujet pour contraindre les candidats à abattre leurs cartes tout en se donnant le beau rôle de la vigie.
C'est ce qu'Emmanuel Macron vient de faire ce vendredi 10 juillet en rendant publique une lettre à quatre experts créant une mission sur le financement de la protection sociale.
Des experts qui doivent rendre un rapport consultatif à la fin de 2026 pour « éclairer le débat public », information relayée par Les Echos et Le Monde.
Cette lettre, datée du 30 juin, demande à ces économistes de dessiner divers « scénarios » possibles pour « refonder le financement » du système de protection sociale, en assurant son « efficacité et sa soutenabilité » et en respectant « l'équilibre à trouver entre préservation de notre compétitivité, renforcement du pouvoir d'achat tiré du travail et financement des besoins de notre système de protection sociale ».
Ces experts devront en outre tenir compte de « l'équité intergénérationnelle », et des « impacts redistributifs », tout en veillant à la « lisibilité » du système pour son pilotage mais aussi pour la compréhension des citoyens.
En somme, un énième rapport consultatif de plus sur un problème devenu un serpent de mer depuis... quarante ans.
Songeons à la création de la CSG (Contribution sociale généralisée) en 1990 par Rocard, au plan Juppé et à la création de la CRDS (Contribution pour le remboursement de la dette sociale) en 1996, à la TVA sociale lancée lors de la campagne des législatives de 2007 pour être rapidement enterrée.
Mais ce qu'il y a de surréaliste dans cette initiative de Macron, c'est qu'elle émane non d'un président en début de mandat, ou d'un candidat, mais d'un président qui est aux responsabilités depuis bientôt dix ans (et plus, si l'on compte les années passées avec François Hollande) !
Et dont le bilan, dans ce domaine comme dans tous les autres, est alarmant. Sa réforme des retraites de 2023, si elle allait dans le bon sens avec le report de l'âge de la retraite à 64 ans, d'une part ne réglait pas vraiment la question du déficit, d'autre part a été détricotée pour s'assurer le soutien des socialistes
Par ailleurs, Macron n'a touché que de façon cosmétique aux cotisations et n'a pas engagé de réforme d'ampleur de l'assurance maladie.
Résultat ? Après les déficits records de la Sécu dus au Covid (-39,7 milliards d'euros en 2020, Covid, -24,7 en 2021, -19,7 en 2022), l'amélioration attendue n'a pas eu lieu, et, après une légère diminution, ce déficit a de nouveau explosé, et sans l'excuse du covid cette fois ! -21,6 milliards d'euros et une prévision pour 2026 de -23 !
Dans un rapport de novembre dernier, la Cour des comptes se montrait très sévère et estimait que « le doublement du déficit de la sécurité sociale entre 2023 et 2025 atteste une perte de contrôle de la trajectoire des finances sociales dans une période qui n'est pas caractérisée par une crise économique ou financière aiguë ».
Elle jugeait la trajectoire des déficits 2026-2028 « non soutenable ».
Emmanuel Macron, Édouard Philippe pour le premier quinquennat, Gabriel Attal pour le second furent les artisans de ces déficits abyssaux.
Croient-ils qu'avec cette initiative ils réussiront tous les trois à se refaire une virginité le temps d'une campagne électorale et à faire oublier leur bilan ?
Des cadavres dans le placard ?
La bonne nouvelle, c'est que les Français attendent une rupture avec le macronisme sur ce sujet aussi des déficits et que le Rassemblement national a pris la mesure du danger : Laurent Jacobelli, député RN de la Moselle, évoquant le déficit public et les comptes sociaux, s'est dit persuadé que la situation était même plus grave.
Ce ne serait pas étonnant de la part du camp macroniste : en 2024, Macron n'avait pas tenu compte de la note secrète de Bruno Le Maire l'alertant du dérapage des comptes publics.
Or, cette semaine encore, le gouvernement a enregistré une nouvelle dégradation des comptes : le risque de dépassement du déficit est de quelque 3 milliards d'euros (2 milliards pour l'Etat et 1 milliard pour la Sécurité sociale) après un premier un dérapage de 6 milliards d'euros au printemps.
C'est à l'aune de ce bilan financier désastreux et de cette insincérité qu'il faut juger l'initiative d'Emmanuel Macron.
Et ce jugement est sans appel, n'en déplaise à ses anciens premiers ministres candidats.
On ne souhaite pas à ces Messieurs Déficit le sort de Marie-Antoinette mais ce seul bilan devrait les éloigner de toute responsabilité politique future.
[STRICTEMENT PERSONNEL]
À nous de juger

Jean-Marie Le Pen, fondateur et président du Front national, puis Marine Le Pen, sa fille et son héritière, à la tête du Front, devenu Rassemblement national, ont-ils, le premier entre 2004 et 2011, la deuxième entre 2011 et 2016, contrevenu à la réglementation de l’Union européenne, en recrutant, et en employant des attachés parlementaires, sans que l’activité, voire l’inactivité de ceux-ci, salariés par le Parlement de Bruxelles, corresponde pleinement et réellement à leur fiche de poste ?
La réponse est encore oui.
Dans ces conditions, les tribunaux français étaient-ils fondés à se saisir de ce dossier pour imputer au père et à la fille, puis, l’action judiciaire étant éteinte contre Jean-Marie, mort entretemps, à la seule Marine, un détournement « systématique » de fonds publics ?
La réponse est encore oui.
À ce point, deux observations, essentielles, s’imposent.
La première tient à ce que dans cette affaire, au terme d’une longue et minutieuse instruction, les deux principaux prévenus, le Menhir disparu et sa fille n’ont été ni soupçonnés ni convaincus, à aucun moment, en aucune façon, d’avoir puisé dans la caisse à des fins d’enrichissement personnel. Ni corruption ni prédation.
Tout le monde, même politique, n’est pas Cahuzac.
Mais seulement, d’avoir fait, pendant douze ans, et à concurrence de plus de trois millions d’euros, un usage inapproprié des fonds importants accordés leur parti proportionnellement à ses résultats électoraux.
Au point de confiner à l’absurde...
D’autre part, il est apparu progressivement et de plus en plus clairement que la conception même et la définition du rôle des attachés parlementaires, salariés sur des fonds européens, étaient irréalistes au point de confiner à l’absurde.
Embauchés par les différents partis représentés à Bruxelles, ils étaient supposés limiter leur horizon, leur action et l’emploi de leur temps à leur définition la plus stricte et la plus étroite, donc ne sortir en aucune façon de ce cadre restrictif alors même que leurs employeurs les avaient d’abord recrutés, comme il était prévisible, sur la base de leur adhésion, de leur loyauté, de leur fidélité, bref de leur engagement politique et partisan, en fonction des services déjà rendus et à venir, plutôt qu’en raison de leur compétence théorique.
Eurodéputés et attachés, associés dans une lutte et des ambitions communes étaient naturellement plus soucieux de l’implantation du parti, de sa progression et de leur ascension parallèle que des débats et des thèmes liés au mandat des uns et au contrat des autres.
De leur côté, les doux représentants de l’inoffensif MoDem se préoccupaient avant tout de politique intérieure française.
Eux aussi, et même les rebelles Insoumis tombèrent sous le coup d’accusations identiques qui ne se traduisirent pourtant pas par des sanctions aussi sévères. Les centristes s’en tirèrent avec une amende symbolique, de paternelles admonestations et la promesse de ne plus recommencer.
Quant au dossier ouvert contre le parti de Jean-Luc Mélenchon, il vient d’être très discrètement clos sans aucune forme ni aucune perspective de procès.
Selon que vous serez bannis ou fréquentables…
On notera au passage que ce n’est pas seulement le RN qui fait passer ses enfants avant ses cousins, ses cousins avant ses voisins, et ses voisins avant les étrangers.
François Bayrou et feue Marielle de Sarnez n’auraient pas dit le contraire.
De même Jean-Luc Mélenchon a-t-il discrètement mais « systématiquement » appliqué à la tête et à la base de son parti le bon vieux principe de la priorité familiale, au bénéfice de sa fille, de son gendre, de la plus proche de ses amies… et jusqu’à son chauffeur préféré.
Faites ce que je dis…
La loi, toute la loi, dans toute sa rigueur
Revenons à Marine Le Pen et à la suite donnée à son affaire. Inutile ici de rappeler dans le détail le contenu d’un dossier connu de tous et dont chacun, ces jours derniers, a pu se remémorer le long cheminement et suivre le rebondissement spectaculaire.
Le tempo judiciaire et le calendrier politique ne vont pas au même rythme.
On le sait, et dans la généralité des cas, on s’en accommode, bon gré mal gré. Il arrive qu’ils soient incompatibles.
C’était le cas, et le choc des deux agendas a contraint à faire un choix.
Les juges, contrairement à ce que certains d’entre eux aimeraient donner à croire, sont des hommes, et des femmes comme les autres, avec leurs passions, leurs préjugés, leurs sympathies, leurs faiblesses, leurs principes et leurs arrière-pensées.
Citoyens et responsables, ils sont parfaitement au fait du contexte et des conséquences de leurs arrêts, conséquences sociales, morales ou politiques.
Mine de rien, le tribunal correctionnel avait appliqué la loi, toute la loi, dans toute sa rigueur, à Marine Le Pen et à ses co-accusés.
Saisis à leur tour par la condamnée, trois magistrats étaient en droit de permettre à la députée du Pas-de-Calais, candidate potentielle à la présidence de la République, de se présenter à l’élection capitale des 18 avril et 2 mai 2027, ou de le lui interdire.
Le précédent, déjà historique, de l’affaire Fillon, et de l’immixtion de la machine judiciaire dans une affaire minable de costumes, de cravates et de piges était dans tous les esprits et toutes les mémoires.
La justice, les yeux bien ouverts sous son bandeau, avait joué un rôle aussi déterminant qu’abusif dans l’échec d’un candidat initialement assuré de l’emporter.
La Cour d’appel avait donc entre les mains le destin de Marine Le Pen, et par là même celui de la France
. Condamnée derechef mais plus légèrement qu’en première instance, Marine Le Pen, première étonnée, s’entendait dire à la lecture d’un délibéré dont chaque terme avait été pesé au trébuchet, qu’elle avait purgé sa peine d’inéligibilité.
De nouveau éligible, donc de nouveau candidate, comme les plus savants politologues ne l’avaient pas anticipé. Ressuscitée des morts politiques, en somme, elle repartait illico au combat
Les juges à leur place
Sitôt connue la décision de la miraculée, en direct au 20 heures de TF1, l’hypothèse de sa victoire, réputée impossible en 2012, improbable en 2017, à l’extrême rigueur envisagée en 2022, était annoncée pour la première fois comme plus que vraisemblable.
À condition, bien entendu, que celle qui est désormais en tête non seulement dans les sondages d’avant le premier tour mais dans le pronostic final puisse sans aucun nouvel obstacle aller jusqu’au bout de sa campagne et même un peu plus loin.
Depuis ce 7 juillet désormais historique, on peut tenir pour normalement acquis qu’environ un tiers des votants du 18 avril et un peu plus de la moitié des citoyens qui accompliront leur devoir électoral le 2 mai 2027, ne se verront pas empêchés, privés, voire interdire d’exercer comme ils l’entendent, en toute liberté leur droit le plus sacré et le plus fondamental, celui que leur assure une simple carte d’électeur, de déléguer par la majorité de leurs votes, et pour cinq ans, à un homme ou plutôt, en l’occurrence, à une femme, la charge du pouvoir.
L’arrêt de la Cour d’appel est venu en tout cas, fort opportunément, remettre les choses dans l’ordre républicain et les juges à leur place, éminente mais secondaire, plus haut que les simples justiciables, plus bas que le texte de la Constitution et que les principes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Si les tribunaux, à leurs divers degrés, rendent la justice au nom du peuple français, ils ne constituent qu’une autorité limitée à l’objet de leurs décisions, et celles-ci ne leur confèrent en aucune manière le droit d’empiéter sur le domaine réservé du peuple, seul détenteur de la souveraineté.
Ce n’est pas par le biais d’un arbitrage arbitraire, ce n’est pas dans le tumulte des prétoires, mais dans le secret et la sécurité de l’isoloir, ce n’est pas dans la rue mais dans les urnes, ce n’est pas dans la violence des manifestations mais dans la sérénité des choix réfléchis, ce n’est ni dans les meetings, les sondages ou les médias que réside en France la source unique de la légitimité.
C’est à nous, c’est à vous et moi, qu’il appartient de juger et de trancher.
Sans appel. À notre tour.
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