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Surveiller l’opposition avant 2027 :
plongée dans l’écosystème privé
(la Fondation Descartes) qui veut définir la « vraie » information
Aucun commentaire YannV
On se trompait : il ne faisait que commencer.
Car derrière les recommandations de la commission Culture du Sénat se cache une question que personne, au Palais du Luxembourg, ne semble pressé de poser à voix haute : à qui va-t-on confier les clés de la surveillance ?
La réponse, révélée par le journaliste Paul Sugy, a de quoi glacer : la mission pourrait échoir à la Fondation Descartes.
Et il suffit de tirer le fil de cette fondation pour voir se déployer tout un écosystème — jusqu’à une filiation qui en dit long.
Un observatoire pour traquer l’ennemi intérieur
Rappelons le décor.
La commission présidée par Laurent Lafon a rendu ses conclusions le 15 juillet, avec une obsession affichée : parer au scénario d’« une personnalité, un courant de pensée, un parti politique » qui, disposant de moyens financiers, déciderait de les mettre au service d’un projet politique via les réseaux sociaux.
Traduisez : l’opposition qui gagne des voix en ligne.
Pour conjurer ce péril, les sénateurs veulent créer un observatoire indépendant de la désinformation, chargé de sanctionner ces « dérives », capable de demander aux plateformes d’invisibiliser certains utilisateurs, et renforcer le contrôle de l’Arcom.
Une proposition de loi suivra, que ses auteurs espèrent voir appliquée avant la présidentielle de 2027.
Le sociologue Mathieu Bock-Côté a résumé l’affaire d’une formule : la notion d’« agent d’ingérence intérieure » revient, selon lui, à traiter toute opposition à la pensée dominante comme une subversion illégitime à mater — un concept qu’il juge « fondamentalement liberticide », doublé d’une volonté de placer l’espace public sous contrôle intégral.
On ne saurait mieux dire.
Le sénateur qui connaissait déjà la maison
Car voici le premier fil à tirer, et il est décisif.
Laurent Lafon ne découvre pas la Fondation Descartes en 2026.
Dès février 2022, il figurait parmi les conférenciers de son colloque sur la désinformation — celui de l’Observatoire des manipulations de l’information monté avec l’université Panthéon-Assas —, aux côtés de Gérald Bronner, de Rudy Reichstadt (Conspiracy Watch), d’Iris Boyer, d’EU DisinfoLab, du président de l’Arcom et d’une brochette de dirigeants des grands médias (AFP, France Télévisions, France Inter).
En 2025, c’est lui encore qui réunissait la Fondation Descartes, Viginum, l’Arcom, la Cnil et le ministère de l’Intérieur pour plancher sur les « influences nationales ».
Quelques mois plus tard, il propose que le nouvel observatoire des « ingérences intérieures » soit précisément alimenté par les travaux de cette même fondation.
Il ne s’agit donc pas d’une expertise extérieure choisie au hasard, mais d’un écosystème que le sénateur fréquente assidûment depuis plusieurs années.
La commission n’a fait qu’entériner une orientation construite en amont, en lui donnant une façade démocratique.
C’est tout l’art de ce que l’on pourrait appeler l’extrême centre : s’organiser et se coordonner méthodiquement, tout en prétendant ne rien coordonner et en jouant la surprise.
Descartes, ou la fabrique de la vérité officielle
Reste à examiner la maison elle-même.
Loin d’un laboratoire universitaire indépendant, on découvre un carrefour où se croisent finance privée, sciences sociales, grands médias, fact-checking, régulation numérique et services de lutte contre les ingérences.
Sur le plan juridique, la Fondation repose sur un fonds de dotation créé par Tiphaine et Jean-Philippe Hecketsweiler.
Le second, président de la Fondation, est le cofondateur du groupe d’investissement HLD ; la première, trésorière, est consultante en communication.
La liste complète des autres mécènes privés n’est, elle, pas rendue publique — première opacité, et non des moindres pour une structure qui prétendrait juger de la transparence des autres.
Et c’est ici qu’intervient le détail qui dit tout du milieu.
Tiphaine Hecketsweiler, administratrice de la Fondation, n’est autre que Tiphaine Longuet, fille de Gérard Longuet — ancien ministre, sénateur de la Meuse.
Or que trouve-t-on parmi les cosignataires des propositions de loi de Laurent Lafon au Sénat ?
Gérard Longuet lui-même.
Le sénateur qui veut créer l’observatoire légifère donc au coude à coude avec le père d’une administratrice de la fondation pressentie pour l’animer
. L’« expertise indépendante » se niche, décidément, en famille.
La direction intellectuelle a un visage connu : celui de Gérald Bronner, administrateur et patron du conseil scientifique.
Le même Bronner qui présida, à la demande d’Emmanuel Macron, la commission « Les Lumières à l’ère numérique », consacrée à la désinformation et aux moyens d’empêcher le financement des acteurs jugés nuisibles à l’information.
À ses côtés, Laurent Cordonier, directeur de la recherche, qui siégeait lui aussi dans cette commission.
La boucle est serrée.
Un entre-soi vertigineux
Le conseil d’administration achève le tableau : un ambassadeur de France, une ancienne membre de l’Arcom, une spécialiste de l’intelligence artificielle, des responsables de médias.
Depuis 2024, la Fondation appartient au réseau DE FACTO, qui rassemble l’AFP, Franceinfo, Libération, 20 Minutes, le CLEMI et divers fact-checkeurs.
Ses colloques réunissent simultanément ceux qui produisent l’information (AFP, France Télévisions, Radio France), ceux qui la régulent (Arcom), ceux qui conseillent le pouvoir (le Service d’information du gouvernement), les plateformes (Google, TikTok), la publicité (Publicis) et l’appareil anti-désinformation (EU DisinfoLab, Conspiracy Watch, Institute for Strategic Dialogue).
Le même petit monde définit ce qu’est la désinformation, la mesure, la médiatise, forme les journalistes et les élèves, rédige les recommandations publiques, régule les plateformes et, à l’occasion, coupe les vivres publicitaires des médias qu’il désigne comme problématiques.
Un mot sur EU DisinfoLab, justement, qui n’est pas un inconnu : cette ONG, subventionnée par l’Union européenne tout en menant des activités commerciales en parallèle, s’était fait remarquer après l’affaire Benalla en produisant un « fichage » de comptes jugés problématiques — un épisode que le site Les Crises avait documenté à l’époque.
Le nerf de la guerre : assécher financièrement
Car c’est là que le dispositif révèle sa finalité la plus concrète.
Le rapport Bronner remis à l’Élysée détaille noir sur blanc le mécanisme.
Les marques confient leurs campagnes à des agences qui leur vendent des outils de « brand safety » (sûreté de la marque) pour éviter que leurs annonces n’apparaissent sur des sites indésirables.
Problème, selon le rapport : les sites classés dans la fameuse « zone grise » — ceux qui ne sont « manifestement » pas illicites et n’ont fait l’objet d’aucune décision de justice — échappent largement à ces outils.
Autrement dit, on cherche à priver de publicité des médias parfaitement légaux, faute d’avoir pu les condamner.
C’est ici qu’entre en scène le collectif Sleeping Giants France, qui alerte les annonceurs pour qu’ils retirent leurs publicités des sites qualifiés d’extrémistes, complotistes ou diffuseurs de fausses informations.
Le rapport indique que le collectif a reçu, en quatre ans, près de 2 000 réponses positives d’annonceurs et d’agences, et que plusieurs milliers d’autres auraient discrètement retiré leurs annonces.
Fait notable : Sleeping Giants France a apporté une contribution officielle à la commission Bronner, laquelle avait retenu parmi ses objectifs, sur souhait de l’Élysée, la nécessité d’« empêcher le financement des acteurs considérés comme nuisibles à l’information ».
La démonétisation des médias dissidents n’est donc pas un dommage collatéral : c’est un objectif assumé, érigé en politique publique.
Open Society : le lien indirect, mais réel
Ici, l’honnêteté commande la nuance — et c’est ce qui rend le constat d’autant plus solide.
Non, on ne peut pas affirmer qu’Open Society, la fondation de George Soros, financerait directement la Fondation Descartes : aucun versement de cette nature n’est publiquement établi, et prétendre le contraire serait mentir.
Mais le lien existe, indirect.
Iris Boyer, présentée comme experte de la Fondation et invitée à ses colloques, fut secrétaire générale de la branche française de l’Institute for Strategic Dialogue — lequel inscrit officiellement Open Society parmi ses financeurs.
Passé professionnel de l’intéressée : Facebook et YouTube, sur des programmes de lutte contre la « haine en ligne ».
La connexion institutionnelle est là, par personne et organisation interposées.
La question qui fâche
Il ne s’agit pas de fantasmer un complot piloté depuis une tour de contrôle unique.
Ce serait aller au-delà des faits.
Il s’agit de constater, froidement, l’existence d’un milieu profondément imbriqué, où circulent les mêmes chercheurs, experts, associations, médias, fact-checkeurs, plateformes, régulateurs et services de l’État — et où, désormais, les liens de famille recoupent les liens institutionnels.
Ce milieu intervient à chaque étage : définition du discours suspect, mesure, médiatisation, formation, recommandation, régulation, déplateformisation, démonétisation.
Dès lors, la question démocratique est vertigineuse.
Peut-on sérieusement confier la surveillance de prétendues « ingérences intérieures » à un écosystème qui participe déjà à toutes les étapes de la chaîne, de la définition de ce qui est « suspect » jusqu’à son étranglement financier ?
Ce que Macron n’avait pu imposer frontalement — la labellisation des médias — revient ici par la fenêtre, sous une forme plus subtile.
Et ce ne sont plus les officines étrangères que l’on prétend combattre, mais des citoyens, des médias et des courants politiques français, parfaitement légaux, qui pourraient demain être surveillés par un réseau privé et institutionnel décidant lui-même de ce qui relève de l’information légitime et de ce qui doit être réduit au silence.
À vingt mois de la présidentielle, la coïncidence de calendrier, elle, n’a rien d’une ingérence : elle est parfaitement assumée.
YV
Photo d’illustration DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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