REVUE DE PRESSE !
[STRICTEMENT PERSONNEL]
Médias : un singulier pluriel

Anachronique spécimen d’une espèce en voie d’extinction, voire déjà disparue.
C’est ainsi que me peint un aimable fidèle de Boulevard Voltaire qui ne s’identifie, hélas, que par son pseudonyme mais qui m’a scientifiquement répertorié : « Un dinosaure ».
Soit, et puisque dinosaure il y a, qu’on me permette d’évoquer (brièvement) un temps que les moins de cent ans ne peuvent connaître que par ouï-dire.
Lorsque la presse était lue, crue et libre
C’était bien avant la prochaine guerre mondiale, et même avant la seconde et dernière.
Dans les années 1930.
Les réseaux sociaux, le croiriez-vous, n’existaient pas. La télévision n’était pas née.
La radiodiffusion était encore réservée aux classes les plus aisées.
La presse, la presse écrite et imprimée, était à son apogée, ignorant qu’elle allait bientôt entamer son déclin.
Elle détenait le quasi-monopole de l’information, du commentaire, de l’analyse.
En dépit de ses outrances, de ses approximations, parfois de ses fausses nouvelles, que l’on n’appelait pas encore « fake news », elle était lue, elle était crue.
Elle était libre.
Reconnue et protégée par la loi fondatrice de 1881, la liberté de la presse ne risquait plus d’autres entraves que celles du droit commun.
Fini les perquisitions, les inquisitions, le droit de timbre, les saisies, les interdictions, la censure (en dehors du temps de guerre).
Les journaux, leurs directeurs et leurs collaborateurs n’étaient justiciables des tribunaux, comme n’importe quel citoyen, qu’en cas de diffamation ou d’appel au meurtre
Les opinions, y compris les plus extrêmes, n’étaient pas encore devenues des délits.
Du Libertaire à L'Action française
Deuxième caractéristique de l’époque, le pluralisme, autre pilier, aussi essentiel que la liberté, d’un régime réellement démocratique, était une réalité.
Ne cédons pas à la tentation d’embellir le passé.
Des parfumeurs, des industriels du textile, des hommes d’affaires, des ambitieux avaient déjà, évidemment, compris l’intérêt social, politique, personnel, voire mondain, d’acquérir des organes de presse.
L’essentiel demeurait.
À la devanture des kiosques, dans les mains des crieurs de journaux, au zinc des bistrots, dans chaque foyer, la presse offrait à qui le souhaitait l’éventail complet de toutes les tendances, de toutes les préférences, de tous les choix.
Pour nous limiter aux quotidiens, les anarchistes avec Le Libertaire, les communistes avec L’Humanité, les socialistes avec Le Populaire, les démocrates-chrétiens avec L’Aube, les grands bourgeois avec Le Temps, les conservateurs avec Le Figaro, les catholiques avec La Croix, les royalistes avec L’Action française, les apolitiques avec Paris-Soir... bref, chaque Français avait à sa disposition, chaque jour, ces divers regards sur le monde, la société, la politique, la capacité d’étayer, de conforter ou de modifier ses orientations, ses jugements et ses votes (réservés, comme on sait, aux hommes).
À ce sujet — [ÉDITO] Eugénie Bastié, Charles Alloncle : bousculée, la gauche médiatique attaque en meute
La seule école du journalisme, c’était le journalisme
Il n’existait pas plus d’écoles de journalisme que de diplômes de garçons coiffeurs.
La seule école du journalisme, c’était le journalisme.
À chacun, sur le terrain, devant sa feuille de papier, grâce à sa plume, à son style, à ses qualités de reporter, d’enquêteur, d’analyste, d’écrivain, d’y faire, à l’épreuve, ses preuves.
D’écrivain ? Bien sûr.
À la suite de Paul-Louis Courier, de Balzac, de George Sand, de Hugo, de Zola, de Péguy, les plus grands ne dédaignaient pas d’écrire dans les journaux, comme éditorialistes ou comme patrons.
Ainsi Charles Maurras, Aragon, Bernanos, Brasillach, François Mauriac.
Plus tard, entre 1945 et 1990, alors que le journal papier n’avait pas encore été remplacé, dans les mains et sous les yeux de nos contemporains, par le smartphone et que la presse écrite brillait de ses derniers feux, il y aurait encore Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Raymond Aron, Jacques Laurent. Puis…
Qu’on me permette ici un témoignage personnel.
J’ai eu au long de ma (trop ?) longue carrière la chance de travailler, pendant près de dix ans, aux côtés de Philippe Tesson, au Quotidien de Paris, dernier exemple connu d’un quotidien à l’ancienne, fondé, dirigé - et quelque temps prospère - par un journaliste.
Le fait est qu’aujourd’hui, la quasi-totalité des journaux, des stations de radio et des chaînes de télévision sont ou bien la propriété d’industriels de l’aviation, du luxe, du charbonnage, de la téléphonie mobile, du numérique, du transport maritime, ou bien sous la tutelle de l’État.
Il est permis de s’interroger, non sur la légalité de la chose, mais sur les objectifs, la compétence et la légitimité, en la matière, du pouvoir politique et du pouvoir financier.
Entre-soi, népotisme, sectarisme
Les écoles de journalisme ont proliféré.
On y apprend les rudiments techniques et les mœurs du métier plutôt que la syntaxe, l’orthographe, le style, le civisme ou le courage.
Les jeunes étudiants, dont le diplôme est désormais la base principale sinon exclusive du recrutement dans la profession, ne sont pas en cause, mais bien l’enseignement qui leur est inculqué et qui a pour but et pour effet de les rendre conformes, de les formater.
Le journalisme était une aventure personnelle, caractérisée par l’enthousiasme, l’émulation, l’individualisme, et, au-delà des différences, des différends, des polémiques, des haines personnelles ou politiques, le rejet de tous les interdits et la passion commune de la liberté.
Ces temps sont révolus.
La profession, aussi distante du réel que la classe politique, tend à devenir une caste où règnent l’entre-soi, le népotisme, le sectarisme, une camarilla qui en est venue, ces derniers temps, à approuver, à réclamer, à exiger sanctions, amendes, interdictions, condamnations, censure.
Les réactions au déroulement de la commission dont le rapporteur était Charles Alloncle sont, à cet égard, significatives.
Les questions du député UDR étaient assurément orientées, leur pertinence parfois discutable, mais il en est clairement ressorti que le service public de l’audiovisuel, payé par tous les Français, théoriquement neutre, supposément impartial, est une citadelle détenue par des syndicats, des factions et des dirigeants qui entendent en conserver le contrôle absolu et en exclure, autant qu’ils le peuvent, tout ce qui n’est pas de leur bord.
Viennent encore de le prouver tous ceux qui se sont étonnés et indignés qu’une journaliste du Figaro, cultivée, talentueuse, compétente, ait été engagée par France 2, aux côtés de Benjamin Duhamel et Marc-Olivier Fogiel, pour suivre la campagne présidentielle, bien qu’elle soit « de droite ».
J’ai été (mal) payé pour faire l’expérience des méthodes brutales et expéditives qui prévalent, au sein du groupe médiatique constitué par M. Bolloré.
Mais en quoi celui-ci est-il, propriétaire de CNews ou d’Europe 1, moins légitime que MM. Saadé, Arnault, Pinault, Dassault, Křetínský, Niel ou Pigasse, à la tête de leurs empires ou de leurs principautés médiatiques ?
Le déchaînement des anathèmes lancés contre le milliardaire catholique et breton tient exclusivement à ce que, seul de son espèce et à son niveau, il a mis dans ses publications un terme à l’ostracisme qui frappe depuis des décennies la droite dite extrême et qui a conduit le microcosme audiovisuel à ignorer et à dénier, au mépris de l’équité et de la réalité, sa représentativité et son existence même au Rassemblement national et à ses proches.
Toucherions-nous au crépuscule d’une trop longue période de régression et de désinformation, frôlant le négationnisme, où le pluralisme, donc la démocratie, a été foulé aux pieds, au prétexte de sauver la République d’un danger fantasmé, quitte à défendre le peuple contre lui-même ?
Il y a des progrès à faire dans ce domaine.
Ou plutôt à refaire.
Source et Publication : https://www.bvoltaire.fr/strictement-personnel-
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