vendredi 1 mai 2026

LECTURE : " DE BOUE ET DE SANG " ! PAR LAURENT OBERTONE , JOURNALISTE ,ESSAYISTE ET ÉCRIVAIN !

  LECTURE !

Rester libre : retrouver la mentalité médiévale 

(Par Laurent Obertone)

Intervention de Laurent Obertone, le samedi 11 avril 2026 à La Maison de la Chimie à l’occasion du colloque de l’Institut Iliade. 

 Laurent Obertone est journaliste, essayiste et écrivain.

 Après des études d’histoire et d’anthropologie, il a publié des romans à succès sur l’évolution de la société, la criminalité, les médias et la domestication des masses. 

Auteur notamment de La France Orange mécanique et de Guérilla, il est l’un des cofondateurs de la revue Furia.

 

Mon dernier livre, De Boue & de sang, est un roman historique, qui se déroule en pleine guerre de Cent Ans.

 Le lecteur est placé dans la tête d’un jeune homme de cette époque, au cœur donc de cette mentalité médiévale si particulière.

Quelle est cette mentalité et que peut-elle nous apporter ? 

Un premier moyen de le saisir, est l’évolution de notre rapport à la violence. La crainte du sang, la peur en général de vivre, est vectrice de captivité.

L’homme moderne est aujourd’hui désarmé, dans tous les sens du terme, incapable d’appréhender le regain de violence qui secoue notre société enrichie, le fameux « vivre ensemble », qui nous vaut une multiplication par six des coups et blessures sur les trente dernières années. 2025 a constitué le record absolu des tentatives d’homicide, des violences sexuelles et des violences physiques (chiffres SSMSI).

Si l’on se téléporte, comme je l’ai fait dans mon livre, six siècles plus tôt, on comprend vite que la manière d’appréhender la vie, la mort, ou ce qu’on appelle la violence, est radicalement différente. 

En 1415, les médiévaux n’avaient certes pas Emmanuel Macron, mais leur situation était autrement préoccupante. 

Le roi était fou, ce qui se traduisait par une guerre civile, une invasion anglaise, en plus de la peste et des malheurs des temps.

 

Suite à la retentissante défaite d’Azincourt, la France est en proie aux pénuries, aux écorcheurs et routiers. La mort est omniprésente.

 Un enfant sur deux n’atteignait pas l’âge de dix ans, y compris les enfants du roi.

 Donc tout le monde était prêt à voir mourir ses enfants.

 Et celui qui ne l’était pas devait bien s’en accommoder. 

Une telle situation impliquait une certaine résilience. On ne peut guère s’abandonner aux châteaux de cartes intellectuels. 

On a les deux pieds dans la vie.

 Dans le réel. On peut craindre le sang, mais pas le fuir.

Le moderne au contraire est beaucoup dans le fantasme de problèmes, se projetant sur quelques centaines de catastrophes qui ne sont pas encore là.

 Il voit le loup plus grand qu’il n’est. Imagine qu’il ne sera pas capable de faire face. Passe son temps à fuir.

 En réalité, quand les ennuis arrivent, on les gère souvent mieux qu’on ne l’imagine.

D’où peut-être l’extraordinaire vitalité des médiévaux. Ils n’étaient pas sidérés, pas résignés.

 Du premier des nobles au plus humble des serfs, on se battait.

 L’épreuve était jugée divine, permettant la transcendance.

 Aujourd’hui, même des croyants fervents, en cas d’impondérable, remettent en question leur foi, et résilient leur Dieu, comme un service défectueux.

 Pour résumer, si la situation matérielle des médiévaux était catastrophique, leur situation morale était bien meilleure.

Et cette mentalité valait tous les kits de survie.

 

Nous sommes nés dans le confort, élevés dans la peur de l’épreuve, dans le déni du combat, de la mort.

 Dans le refus de la vie. La violence nous épouvante, nous scandalise.

 On nous apprend à baisser les yeux.

 Pas répondre, appeler la maîtresse, la police. La liberté même nous fait peur, et nous voulons l’administrer à toute force.

Les crimes de sang, à l’époque médiévale, n’étaient pas perçus comme les plus graves. Il s’agissait la plupart du temps de bagarres singulières autour d’un point d’honneur. Tous les hommes étaient armés.

 Couteau, dague, épée.

 Chacun tenu d’assurer sa propre sécurité, et de défendre sa fierté.

 La consommation d’alcool était considérable, pour des raisons d’hygiène, parce que les eaux étaient de mauvaise qualité, notamment, dans les villes. 

Il valait mieux les couper à l’alcool. 

Il était donc périlleux de se déplacer dans une taverne. 

Et comme je l’ai dit, la médecine d’urgence n’était pas ce qu’elle est.

 C’est pour ça aussi que les batailles ou accidents faisaient tant de morts a posteriori.

 Mais cette violence faisait partie du paysage.

 On avait un taux d’homicides qui était entre dix et cinquante fois supérieur au nôtre.

Les justices réprimaient plus sévèrement les atteintes aux biens, aux mœurs ou à la foi, ces atteintes à l’ordre social. 

Les sanctions étaient fortes et spectaculaires. 

Sociales, parce que la société existait, avait un sens. 

Et les actes avaient des conséquences réelles et immédiates, parce que les responsabilités pesaient lourd, parce que les individus étaient plus libres. 

C’est tout le sens du libre-arbitre. 

Cela rendait les torts plus grands, la vie plus dure, mais les réussites plus belles. 

Les médiévaux avaient plus de pouvoir direct sur leur vie.

 De fait ils vivaient. Ils avaient une incidence réelle sur leur devenir.

La société médiévale est plus équilibrée qu’on ne l’imagine. Il y a encore des contre-pouvoirs à cette époque.

 Le paysan même ne regardait pas les choses lui échapper. Il se révoltait souvent contre l’impôt, avec vigueur.

 Et le pouvoir réprimait avec plus de vigueur encore.

 Bref. Le médiéval était agissant, réaliste, ne laissait pas la vie se faire sans lui.

Il pouvait exister sans être absorbé par un système administratif sans visage.

 La liberté façonnait l’existence, la réputation, ce n’était pas que le choix entre deux restaurants, ou deux articles soldés. 

Si on a de l’estime pour sa personne, si l’on veut jouir d’une réputation honorable, on s’efforce toujours d’être et de faire mieux, et pas d’imiter stérilement.

 Bref. Cette époque indocile rendait le héros possible. D’où qu’on vienne, on pouvait avoir cet impact sur le sort des siens. Voire sur le devenir de la nation.

C’est dans un tel contexte qu’a pu exister Jeanne d’Arc.

 Elle est bien plus qu’une opération de propagande, ou qu’un miracle individuel.

 Ce qui a surtout compté, dans sa réussite météorique, c’est la mentalité des hommes autour d’elle, des combattants résilients, aventureux, convaincus.
 

Qui forment une minorité déterminée, de celles qui mènent l’histoire.

 

Jeanne a un bilan militaire contrasté.

 De toute sa carrière militaire, elle n’a pas donné le moindre coup d’épée.

 Mais elle avait sa force de volonté. 

C’est sa dimension sacrificielle qui va motiver les troupes.

 Avec un projet clair, elle va s’appuyer sur des hommes de guerre, qui partagent cette dimension sacrificielle, une mythologie guerrière tout à fait antique. 

On parle beaucoup d’honneur, d’héroïsme. 

La noblesse, la chevalerie, le pouvoir, la réputation s’articulent autour de cette valeur cardinale.

Qu’est-ce que l’honneur ? Un principe moral d’action.

 Une façon d’être et d’agir qui nous vaut l’estime d’autrui et un sentiment de dignité morale. 

On choisit de s’affronter et si besoin d’affronter le monde entier pour se rendre meilleur.

La dignité n’étant pas un droit de l’Homme, mais le devoir de tout homme digne de ce nom.

 Tout mensonge, toute lâcheté, toute trahison, toute vilénie, tout manquement à la parole donnée, à un comportement chrétien déshonore et déconsidère l’individu. 

De même que toute faiblesse et excessive docilité.

Il s’agit de se gouverner.

Pour lire la suite, rendez-vous sur le site de l’institut Iliade

 

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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