vendredi 3 avril 2026

NUCLÉAIRE : L' EUROPE A SABOTÉ SA SOUVERAINETÉ ÉNERGÉTIQUE ! LE CONSTAT DE MYRTO TRIPATHI !

 REVUE DE PRESSE !

Nucléaire : « L’Europe a saboté sa souveraineté

 énergétique » — le constat sans détour de 

Myrto Tripathi 

[Interview]

Ancienne d’AREVA et fondatrice de Les Voix du Nucléaire, Myrto Tripathi dresse un constat sévère de la politique énergétique européenne. 

Entre désindustrialisation, dépendance accrue et choix idéologiques assumés, elle analyse les conséquences d’années d’hostilité au nucléaire et alerte sur une fenêtre de tir de plus en plus étroite pour redresser la trajectoire.

 

Breizh-info.com : Pendant des années, la Commission européenne a freiné le nucléaire. 

Quel a été, selon vous, le coût réel de cette politique pour les peuples européens, en matière de souveraineté, de prix de l’énergie et de dépendance extérieure ?

Politique

Myrto Tripathi : Les effets de l’antinucléarisme, avéré et documenté, de la Commission européenne n’ont jamais été “calculés” en tant que tels, même si ils le pourraient et que cela permettrait peut-être une prise de conscience suffisante à éviter que cela se reproduise. 

Ses impacts directs seraient cependant difficiles à déméler de ceux de l’antinucléarisme au sein des Etats membres eux-mêmes, les deux ayant été nourris par les mêmes intérêts défavorables au nucléaire et soutenus par le même effort de désinformation.

Mais ce coût existe et doit être analysé de deux manières: les coûts nets – ce que nous avons perdus, les dommages subis, et les pertes de chances, ce que nous n’avons pas fait, le retard que nous avons pris, et leurs conséquences.

Dans les pertes nettes, il y a le retard imposé à la mise en place des politiques énergétiques des Etats membres qui voulaient ou veulent encore recourir au nucléaire mais qui sont découragés de le faire, et ce parfois très concrètement. 

Par exemple par des interdictions faites aux Etats sous peine de pénalités financières conséquentes de soutenir financièrement le déploiement de ces grands projets d’infrastructure que sont les centrales nucléaires, et qui ne pouvant recourir uniquement aux acteurs privés ne se sont souvent simplement pas fait. 

En pénalisant la rentabilité des acteurs privés qui voudraient y contribuer. 

En imposant à ces projets des contraintes réglementaires disproportionnées par rapport aux risques qu’ils représentent et qui rallongent leur durée, leur coût, et leur difficulté. 

En les rendant moins compétitifs et moins attractifs par le biais d’une intervention sur les mécanismes du marché de l’électricité ou d’un soutien biaisé à des technologies concurrentes. etc.

 La liste des actions pénalisantes est encore longue.

 

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Ces actions de la Commission ont une incidence directe sur la santé économique du continent, la résilience de nos économies et la qualité de nos infrastructures par rapport aux marchés et à la géopolitique internationale, sur les maladies respiratoires dues aux particules, sur notre réponse au changement climatique, sur la désindustrialisation du continent, donc sur les emplois d’un côté, sur la souveraineté et sur le respect des normes sociales et environnementales de ce que nous consommons de l’autre, etc.

 Là aussi la liste pourrait être longue. 

Parce que l’utilisation du nucléaire par rapport à presque toutes les autres énergies présente des avantages à de nombreux niveaux, s’en priver a tout autant de conséquences, négatives cette fois.

 

Breizh-info.com : Bruxelles annonce aujourd’hui 200 millions d’euros de garanties pour le nucléaire. 

Pourquoi jugez-vous ce montant insuffisant, et à quelle échelle faudrait-il se situer pour parler d’une véritable relance ?

Myrto Tripathi : 200 millions, de garanties qui plus est, est un montant parfaitement ridicule: au regard des enjeux, des besoins, de ce que le Commission peut faire, et de ce qu’elle fait par ailleurs pour d’autres secteurs bien moins critiques et bien moins porteurs d’enjeux que celui-là. 

Nous sommes facilement sur un rapport x1000 entre ce qui est proposé et ce qui est nécessaire.

Plusieurs dizaines – littéralement des dizaines et des dizaines de réacteurs nucléaires -sont absolument nécessaires, et dès que possible, sur l’ensemble du territoire européen.

 Pour assurer le remplacement de ceux qui existent qui ne représentent qu’un peu plus de 20% de l’électricité européenne, pour décarboner le reste de l’électricité, et pour électrifier presque tout le reste, même avec l’aide des renouvelables électriques et non électriques.

Un seul réacteur de grande capacité coûte, dans le monde aujourd’hui, tous concepteurs confondus, entre 7 et 10 milliards.

 Les premiers petits (SMR), même sans compter l’effort de recherche qui doit encore être mené, représenteront un coût dans le même ordre d’idée.

7 à 10 milliards d’euros pour un réacteur n’est pas “trop” au regard de la rentabilité nette, des bénéfices directs et indirects, et de la durée de vie longue de ces installations pendant laquelle rentabilité et bénéfices profiteront aux générations successives. 

Mais l’effort initial de construction est important, et l’aide de la Commission est indispensable. Il faut donc des garanties, bien sûr, même si pas seulement à hauteur de 200 millions évidemment…, mais aussi du financement direct, du soutien reglementaire, une contribution à la reconstruction de l’effort académique et de recherche, etc, et moins, voire plus du tout, de bâtons dans les roues.

 Les autres grands pays qui constituent l’échelle de comparaison la plus juste se sont saisis de toutes ces choses à bras le corps, Chine, Russie, Etats-Unis, et mènent des politiques favorables au déploiement de plus de nucléaire complètement, abondamment, et depuis déjà beaucoup plus longtemps que nous.

Soit nous décidons d’investir dans notre avenir et nous ne faisons pas semblant de le faire, soit nous acceptons de le laisser entre leurs mains. 

Et pour l’instant c’est malheureusement ce que la Commission européenne semble décidée à faire.

Screenshot

 

Breizh-info.com : Le nucléaire reste considéré comme une énergie de transition. 

Pourquoi ce statut vous paraît-il encore biaisé, alors qu’il s’agit d’une énergie pilotable, décarbonée et souveraine ?

Myrto Tripathi : Parce qu’il y a encore des intérêts privés, idéologiques ou compétitifs puissants pour lesquels cela présente un intérêt que l’état d’esprit et les actions de la Commission européenne soient biaisés négativement vis-à-vis du nucléaire. 

J’ai longtemps hésité à le dire aussi ouvertement, mais tant que l’Allemagne ne verra pas d’intérêt au nucléaire, cela restera le cas. 

Son influence est trop grande et trop profondément ancrée. 

Il faut que nous aidions l’Allemagne à redevenir la grande nation nucléaire qu’elle était il n’y a encore pas si longtemps. 

Ce poids lourd-là penchant du “bon” côté de la balance, le reste devrait soit suivre, soit être suffisamment compensé.

 

Breizh-info.com : Peut-on parler d’un sabotage idéologique du nucléaire en Europe ces dernières années, au nom d’une vision dogmatique de la transition énergétique ?

Myrto Tripathi : Oui, on peut dire ça comme ça. 

Par contre les responsabilités sont partagées entre tous: les Etats membres qui ont mené, tous seuls comme des grands, des politiques équivalentes, les Etats membres qui ont cherché à imposer leur vision aux autres, les mouvements antinucléaires qui ont été, et sont encore, des désinformateurs actifs, les populations et les vecteurs de la connaissance (éducation, médias) qui se sont laissées aller à la facilité intellectuelle de les croire, les représentants d’intérêts privés qui y ont trouvés leur compte au détriment de l’intérêt des citoyens oubliant qu’ils étaient citoyens eux-mêmes, ceux qui savaient qu’il y avait désinformation et ont laissé faire par paresse, par lâcheté parfois, par crainte souvent…

On peut et on doit blâmer la Commission car son impact est particulièrement fort du fait du nombre et de l’ampleur des effets de levier dont elle dispose, mais elle n’est malheureusement que le reflet d’un état d’esprit que nous avons, collectivement, laissé s’installer.

 

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Breizh-info.com : Quelles seraient, concrètement, les trois décisions immédiates à prendre pour rétablir un cadre équitable entre nucléaire et énergies renouvelables ?

Myrto Tripathi : Remplacer dans tous les textes de directives, réglementations, plans d’action, et mêmes communications en tous genres émanant de la Commission européenne, les termes “énergies renouvelables”, “énergies vertes” et “énergies propres”, par le terme “énergies bas carbone” – qui a une définition précise au titre de la science physique et juste au regard des objectifs de la transition énergétique, et qui doit être juridiquement opposable.

 S’il ne devait y avoir qu’une seule mesure à prendre ce serait celle-là, car elle aurait un effet domino immédiat.

Si on souhaite en proposer deux autres, sans hésitation il s’agirait d’abord de soutenir une homogéneisation des règles de sûreté entre tous les états membres, et ensuite de développer un programme ambitieux de soutien financier à l’industrie nucléaire européenne. 

Je me permets de souligner cette préférence continentale: soutenir financièrement le nucléaire européen est un investissement que nous faisons en notre propre avenir, ce n’est pas un coût dont le bénéfice irait à d’autres.

 

Breizh-info.com : Après ces choix énergétiques contestés, comment expliquer l’absence de responsabilité politique, et pensez-vous que l’Europe a encore le temps de corriger cette trajectoire.

Myrto Tripathi : La responsabilité politique est réelle mais se contenter de blâmer les politiques est un peu facile. 

Nous sommes dans des démocraties fonctionnelles, nous avons des responsabilités en tant que citoyens, en tant que consommateurs, et en tant que professionnels, que nous ne prenons pas assez.

 Les “politiques” en France ont longtemps resistés à la pression de l’opinion sur le sujet. 

On pourrait presque dire que, mandat après mandat, dans les deux camps, ils ont procrastiné pour éviter la fermeture des centrales nucléaires. 

Heureusement d’ailleurs. 

Je n’y étais évidemment pas, mais je peux parier que quand vous arrivez aux responsabilités et que vous prenez conscience du fait qu’en France, pays qui n’a aucune ressource énergétique sur son territoire à part l’hydro qu’elle refuse d’exploiter à son plein potentiel, le modèle social français repose sur son parc nucléaire… vous attendez un peu avant de répondre aux injonctions populaires mal informées de vous tirer une grosse balle dans le pied.

 

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Quant au temps que nous avons… 

On a toujours plus de temps maintenant qu’on en aura si on continue à attendre avant de faire quelque chose. 

Cela étant dit, je pense qu’on a une fenêtre de 5, peut-être 10 ans, pour redémarrer une industrie nucléaire européenne, sans quoi c’est un nucléaire importé qui prendra le dessus, et si il fera toujours mieux que les alternatives, importées elles-aussi, il pénalisera quand même notre souveraineté énergétique, notre balance commerciale et une partie des bénéfices en termes d’emplois et d’industrie qu’on est en droit d’en attendre.

 

Propos recueillis par YV

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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