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Nicolas Liponne / MaxPPP
Mort de Quentin Deranque : non, Antoine Léaument, ce n'est pas "forcément binaire"
Billet
Le campisme ambiant instaure une dangereuse hémiplégie, encore vérifiée après la mort de Quentin Deranque.
Selon qu’on appartienne à la droite ou à la gauche, on est désormais sommé de ne tenir pour vraie qu’une seule de ces deux propositions : les antifascistes ne sont pas essentiellement meilleurs que les fascistes ; l'antifascisme est essentiellement meilleur que le fascisme.
« C’est forcément binaire.
Soit on est fasciste.
Soit on est antifasciste.
Précisément : il n’y a pas d’entre deux. »
Sur le plan des principes, nous sommes d’accord avec l’insoumis Antoine Léaument : on ne transige pas avec le fascisme.
D’accord, mais ensuite ?
Ce manichéisme est certainement très réconfortant.
On se compte, on se tient chaud autour de la flamme inextinguible de la résistance.
On ne s’approche pas davantage d’une solution démocratique, pacifique, à la crise politique.
Pire : on effraie ceux pour qui les idéologies en général, et l’antifascisme en particulier, ne justifient pas tout – à commencer par la mort d’un homme.
Le refus humaniste du fascisme ne peut admettre que « la fin justifie les moyens ».
S’agit-il alors de modérer son antifascisme ?
Certainement pas ! Il s’agit de le rendre performant.
La polarisation extrême du paysage politique, le campisme ambiant, la partition de la communauté nationale entre « eux » et « nous » instaurent une dangereuse hémiplégie.
Selon qu’on appartienne à la droite ou à la gauche, on est désormais sommé de ne tenir pour vraie qu’une seule de ces deux propositions :
- Les antifascistes ne sont pas essentiellement meilleurs que les fascistes.
- L'antifascisme est essentiellement meilleur que le fascisme.
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De l’incapacité à tenir ensemble ces deux vérités naissent les errements intellectuels navrant constatés après la mort de Quentin Deranque.
Parce qu’elle perd de vue que l’antifascisme est absolument supérieur au fascisme d’un point de vue moral, la droite ne voit pas ce qu’il y a de profondément choquant à afficher sur la façade d’un bâtiment public le portrait d’un jeune homme ayant participé au défilé néonazi du Comité du 9-Mai.
« Les morts sont tous de braves types », dit la chanson.
Réciproquement, parce que la gauche refuse de voir que les nervis de la Jeune Garde ne valent pas mieux que leurs adversaires lorsqu’ils mettent des « penaltys » dans la tête de ces derniers, on peut lire l’intelligentsia de la gauche écrire dans L’Humanité : « L’extrême droite dans toutes ses composantes a imposé un récit univoque établissant un continuum sans nuance entre les responsables du décès de Quentin Deranque, l’ensemble des militants antifascistes et la France insoumise. »
Doux euphémisme !
Deux assistants parlementaires d’un député insoumis impliqués dans un lynchage, ce n’est pas un « continuum ».
C’est un lien direct. Pourquoi le nier ?
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LFI "trumpe"-t-il son monde ?
Terrorisée qu’elle est de voir le bébé antifasciste jeté avec l’eau du bain, la gauche nous reprochera de consacrer davantage de temps et d’énergie à instruire son procès plutôt que celui de l’extrême droite.
Quoi de plus normal ? C’est en elle qu’on espère, et elle qui va dans le mur.


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