REVUE DE PRESSE !
Caracafouille. A propos de « L’opération
spéciale » de Trump au Venezuela
[L’Agora]
L’intervention étatsunienne au Venezuela peut être regardée sous plusieurs angles.
Nous y trouvons une cascade de raisons possibles, dites ou tues.
En réalité de multiples intérêts extérieurs conjugués, ont conduit à l’agression de ce pays.
Il est inutile de se référer au droit international qui en la circonstance aurait été violé. Il y a belle lurette qu’il est bafoué.
Toutes sortes de faux prétextes sont avancés depuis bien longtemps à l’occasion de crises délibérément engagées, pour donner l’impression que ce Droit existe encore.
Les États-Unis sont les maîtres du mensonge. Ils l’ont pratiqué souvent lorsqu’il leur fallait un motif pour agresser un pays.
En général leur action se fait toujours du fort au très faible. C’est plus sûr !
L’histoire récente le prouve à l’envi.
La force pour la gouvernance étatsunienne détermine le Droit.
Cependant le monde évolue très vite et il est probable que cette tentative impérialiste de Washington, dans ce que les États-Unis considèrent comme leur pré-carré, entraîne des mesures de rétorsion de la part de pays qui ne supportent plus leur façon de vouloir imposer leur loi.
Outil militaire, monnaie colonisatrice sans contrepartie ou encore lois extraterritoriales, l’ensemble agité par par le complexe de supériorité hérité des Pères pèlerins, font des États-Unis bien autre chose qu’une démocratie exemplaire.
J’évacue donc l’argument de lutte contre un État narcotrafiquant.
Je n’y vois qu’une justification absurde.
Aussi absurde que celle avancée, jadis, pour envahir l’Irak accusé de détenir de l’ armements de destruction massive.
Ou encore le montage médiatique de l’attaque de bâtiments de la Marine des États-Unis par le Vietnam qui permit à Washington de déclencher une fâcheuse guerre que les États-Unis perdirent.
Le Venezuela n’est pas producteur de drogue et moins de 1% de la drogue consommée sur le sol étatsunien arrive par le Venezuela.
D’autres pays sont réellement impliqués.
Quant à accuser Maduro d’avoir truqué des élections, cet argument n’est évidemment pas recevable lorsqu’on voit les manipulations des votes dans les pays occidentaux, toutefois, il est vrai, de manière plus adroite et discrète.
Maduro de toute évidence est un dictateur, mais il est loin d’être le seul dans le monde et Washington soutient des régimes bien plus rigoureux et dangereux que celui établi à Caracas.
L’argument de combat pour la démocratie, d’ailleurs présenté de manière discrète, ne tient pas non plus.
La raison tient donc à la richesse pétrolière de ce pays et à son comportement dans les relations internationales.
Il détiendrait 30 % des réserves mondiales prouvées.
Les États-Unis furent les premiers à exploiter ce pétrole sur des concessions évidemment sous-payées.
Les entreprises pétrolières furent par la suite nationalisées par le Venezuela et indemnisées.
Le prétexte d’extorsion est fallacieux.
Tout militaire peut apprécier la façon dont l’opération a été menée.
En soi elle n’a pas été une surprise tant les préparatifs ont été longs et annonciateurs d’une action décisive.
Le final de l’opération me conduit à penser qu’elle a nécessité la conjonction de plusieurs facteurs.
En premier lieu la certitude que l’action ne dériverait pas vers une manœuvre lourde et couteuse en hommes.
En clair que l’armée vénézuélienne ne réagirait pas.
Ce qui a été le cas.
J’en déduis que des chefs militaires vénézuéliens parmi les principaux, ont collaboré et que la CIA, et probablement d’autres services, pas nécessairement étatsuniens, ont été impliqués.
Ce n’était évidemment pas suffisant.
Rares sont les pays capables de mener des opérations de ce type.
Je pense aux Britanniques, aux Français et bien sûr, aux Israéliens.
Qu’Israël ait été acteur, n’aurait rien d’étonnant quand on sait l’hostilité du régime Maduro à ce pays et son soutien sans équivoque à la cause palestinienne.
D’ailleurs les deux pays n’ont aucune relation diplomatique.
Avant tout, apparaissent les raisons d’ordre géopolitique.
Il faut avoir bien présent à l’esprit, le document publié par l’administration Trump, le 5 décembre dernier, intitulé National Security Strategy, autrement dit le corollaire Trump à la doctrine de Monroe.
Il faut se souvenir que cette doctrine avait déjà fait l’objet du corollaire Roosevelt au début du XXème siècle.
Ce document ouvrait la voie à l’interventionnisme étatsunien ailleurs que sur le continent américain.
Sa mise en œuvre ne cessa de se développer au cours du dernier siècle.
Il trouva son apogée avec l’effondrement de l’URSS et la certitude pour quelques penseurs que désormais l’humanité était arrivée à la fin de l’histoire, ainsi que l’écrivit Francis Fukuyama.
L’analyse était fausse.
Le monde au contraire tendait à rompre avec la toute puissance supposée des États-Unis.
Les BRICS s’organisaient, les nations se régénéraient.
Seule l’Union européenne, dirigée par une caste mondialiste, continuait à croire à la pertinence de la dislocation des nations.
Cette analyse s’avérait surtout être celle de l’État profond, reposant sur la puissance financière émettant le dollar à flot et profitant de tous les désordres suscités pour installer son pouvoir.
La gouvernance étatsunienne pendant longtemps a pu trouver intérêt à une association avec cet État profond.
Il décuplait sa force dominatrice.
Mais l’ambition de cette ploutocratie financiaro-bancaire a cherché, non plus à collaborer avec la gouvernance étatsunienne, mais à lui imposer ses principes.
Pour les patriotes étatsuniens ce n’était évidemment pas acceptable.
Revenus au pouvoir Trump et son équipe ont engagé le combat contre cette ploutocratie.
Le mondialisme a été rejeté.
La finance sans contrôle est aujourd’hui combattue. Réserve fédérale et City, ces outils anglo-saxons privés, nourriciers de la mondialisation, sont menacés.
La ploutocratie mondialiste s’est alors réfugié en Europe.
Face à cette dislocation de l’unité supposée de la planète, le pragmatisme de l’équipe du président Trump a conduit à replier la puissance des États-Unis sur le continent américain.
Le corollaire Trump est en fait un retour, après adaptation, à la doctrine Monroe. « L’Amérique aux Américains ».
Le slogan exprimé de manière plus éclairante et juste pourrait être « l’Amérique sous la protection des États-Unis ».
Cette vision régionalisée ne fait que suivre ce qui semble s’instaurer dans le monde où les nations revenues à la conception égalitaire du système westphalien, chercheront une coopération avec leurs voisins, bien évidemment toutes choses égales par ailleurs.
Soulignons aussi que les États-Unis ne disposent plus des moyens d’établissement d’une hégémonie.
Ils sont contraints de s’adapter.
C’est du réalisme.
Je pourrais dire trivialement qu’il s’agit de « sauver les meubles », alors que le dollar, instrument jadis de domination, subit des attaques vraisemblablement mortelles pour son statut d’instrument de réserve mondial et que l’armée étatsunienne se voit concurrencée et même dépassée dans de nombreux domaines et catégories d’armement.
Les États-Unis sont une puissance déclinante.
Il sont affaiblis à l’intérieur et contestés à l’extérieur.
Trump le sait, même si pour un patriote cette situation est difficile à admettre.
Dans ces circonstances l’intervention au Venezuela peut trouver une explication.
Prouver au monde, sans grand risque, que les États-Unis sont toujours capables d’agir.
Personne n’est dupe.
En vérité il y a là une raison essentielle à cette intervention. Elle est beaucoup moins noble que celle avancée.
Le Venezuela se rapprochait de plus en plus des BRICS. Maduro était soutenu par la Chine, par la Russie et par de nombreux États hostiles à la domination étatsunienne.
Le Venezuela se trouvait sur le point d’accepter le paiement de son pétrole en yuans, en roubles et dans les principales monnaies des BRICS.
Monnaies bien plus sûres que le dollar et ayant comme objectif de se rattacher à l’or. Il s’agissait donc d’une démarche portant une atteinte supplémentaire au dollar.
Rappelons que la Chine est le principal soutien financier du Venezuela et qu’elle subit déjà les restrictions d’exportations pétrolières imposées par les États-Unis.
Dans la situation de plus en plus délicate de cette monnaie, la politique de Maduro pourrait être considérée comme une provocation.
L’Arabie saoudite se rapprochant des BRICS et ayant déjà trahi les accords de Quincy, passés avec les États-Unis, établissant le monopole du dollar dans ses transactions pétrolières, une évolution similaire vénézuélienne aurait très fortement aggravé le rejet en cours de cette monnaie.
Punir l’Arabie saoudite se serait avéré autrement plus risqué que l’enlèvement d’un président vénézuélien.
Les preuves de cette évolution s’additionnaient.
Le Venezuela s’était intégré au système d’échanges financier CIPS mis en place par la Chine et la Russie.
Le système SWIFT contrôlé par les États-Unis se voyait une fois encore contourné.
Cette opération militaire peut donc être interprétée comme un signal donné aux BRICS.
Je ne peux m’empêcher de faire un rapprochement avec la crise de Cuba du 14 au 27 octobre 1962.
Les États-Unis ne pouvaient tolérer que l’URSS vienne installer des missiles, dans leur zone, à quelques centaines de kilomètres de leurs côtes.
Les BRICS d’aujourd’hui ont succédé à l’URSS…
L’action contre le Venezuela se justifierait d’autant plus, pour Washington, que le Brésil appartient déjà aux BRICS.
De toute évidence la crainte de l’extension de cette association a sous-tendu cette opération.
Cette affaire ne restera pas sans conséquences.
Elles seront selon moi à l’opposé de ce que l’administration Trump a pu imaginer.
Cette intervention militaire va accroître la méfiance à l’égard de Washington et développer l’influence des BRICS et la lutte contre le dollar.
Ce regroupement de nations promouvant l’image du respect des souverainetés va augmenter son attractivité.
La part vénézuélienne dans le commerce pétrolier ne se développera pas dès lors qu’elle sera sous contrôle étatsunien, sauf au seul profit de ce dangereux voisin.
Elle diminuera dans l’absolu, au profit d’autres gisements.
Je note que cette volonté affichée d’instaurer un protectorat étatsunien sur l’ensemble du continent peut apparaître comme une menace pour certains pays notamment extérieurs.
Le Canada puissance majeure, membre de l’OTAN, serait une proie difficile.
Le Groenland au statut bâtard, mais lié au Danemark donc à l’UE, s’il était annexé d’une manière ou d’une autre, serait à l’origine sans nul doute d’une crise autrement plus grave.
En relancer l’idée témoignera d’une grave carence d’analyse géopolitique.
Nous autres Français pouvons nous interroger sur le regard que porte l’équipe Trump sur nos départements d’Amérique et notamment sur la Guyane qui regorge de richesses…
Notre statut de membre de l’Alliance Atlantique et de plus vieil allié des États-Unis nous protège t-il ?
Enfin dans le conflit ukrainien l’Occident vient de perdre magnifiquement l’argument présentant la Russie comme l’agresseur.
Il est donc vraisemblable que le président Poutine pourra de manière bien plus appuyée qu’auparavant faire valoir ses exigences.
S’agissant de Taïwan, la Chine pourrait s’emparer de l’île.
Qui pourrait le lui reprocher d’autant moins que statutairement il n’y a qu’une seule Chine?
Quant à l’UE, soumise à l’État profond, que fera-t-elle dans un avenir proche alors que, de toute évidence, cette agression du Venezuela et ses conséquences, desservent les intérêts des mondialistes?
Au bilan, au plan géopolitique monsieur Trump risque d’avoir perdu beaucoup.
La suffisance rémanente des États-Unis contribue aujourd’hui à leur déclin.
Par Henri ROURE
Crédit photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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