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mardi 8 janvier 2019

QUID DE LA FRAUDE AUX INDEMNITÉS CHÔMAGES ???


    La lutte contre le chômage bat son plein, en pure perte.



    Pour bien commencer l’année 2019, rien de tel que lancer une bonne petite polémique sur le chômage, sa gestion et les modes d’indemnisation en vigueur en France, par exemple en expliquant ouvertement vouloir combattre la fraude et remettre à plat les sanctions prévues pour les chômeurs qui ne feraient pas les efforts nécessaires pour retrouver un emploi…


    C’est ainsi qu’à la faveur du changement d’année, un décret vient d’être publié au Journal officiel, revoyant le barème des sanctions s’appliquant aux chômeurs qui ne respectent pas leurs obligations. 

    Le but affiché est de rendre les sanctions « plus cohérentes » et d’appliquer le programme présidentiel de Macron qui visait à renforcer les règles en vigueur.


    En substance, l’incapacité à justifier une recherche d’emploi entraîne désormais la suppression pure et simple des allocations pendant un mois au premier manquement, pendant deux mois au deuxième et quatre mois au troisième.

     Le décret accompagne ces changements d’un nouveau pouvoir pour Pôle Emploi, celui de diminuer les allocations, pouvoir jusqu’à présent dévolu aux seuls préfets.


    À ceci s’ajoute le renforcement des équipes dédiées à la traque des fraudeurs, ainsi que des chômeurs ne démontrant pas clairement leur volonté de retrouver un emploi.


    On pouvait s’y attendre : ces nouvelles dispositions ont entraîné une ribambelle de réactions politiques et de petits articles dans la presse plus ou moins outrés : pas de doute, on veut frapper des individus déjà durement touchés par la crise (l’éternelle crise française) ! 


    Les syndicats se sont immédiatement empourprés, voyant dans ce décret une façon de pousser les chômeurs « à accepter n’importe quel boulot », tout en augmentant les contrôles des chômeurs sans augmenter les moyens pour les accompagner. 

    De la même façon, certains politiciens n’ont pas été en reste pour dénoncer une nouvelle « injustice » faite aux chômeurs.


    On regrettera que ni les uns, ni les autres ne se soient renseignés sur ce qui existe outre-France en matière de contrôle : on se rendrait compte que partout ailleurs, les contrôles français passent pour du laxisme tant les règles sont bien plus strictes.

     En Allemagne, en Angleterre, au Danemark, les exemples ne manquent pas de contraintes plus importantes imposées aux chômeurs pour toucher leurs droits…


    Malgré cela, comme on le voit, nos syndicats et nos politiciens franchouillards ne semblent guère embarrassés par leur position délicieusement ambiguë : si, concernant l’impôt, aucun n’hésiterait à monter au créneau pour réclamer toujours plus de contrôles contre les abominables fraudeurs et autres évadés fiscaux, tous semblent étonnamment d’accord pour que la fraude aux indemnités-chômage soit moins contrôlée.


    Souhaiter que les cotisations des travailleurs aillent ainsi nourrir la fraude est pour le moins étrange, si ce n’est par un populisme assez gras qui amalgame contrôle plus fin, sanctions plus dures et réduction des prestations systématiques…


    D’autre part, la réaction montre encore une fois l’énorme asymétrie des politiciens et des dirigeants syndicaux lorsqu’il s’agit de l’argent de l’État : lorsqu’il s’agit de le faire entrer dans les caisses, tous les moyens sont bons, aucun contrôle ne doit être épargné, personne ne doit passer sous le radar fiscal. 

    La pitié, le compromis ou la modération ne peuvent être de mise. 

    En revanche, lorsqu’il s’agit de redistribuer cet argent si âprement ponctionné, la plus grande largesse, le laxisme le plus sympathique et le plus électoralement rentable seront de mise : arrosons, arrosons, il en restera toujours quelque chose (un poste d’élu, une rente syndicale, un petit ou un grand pouvoir politique qu’on utilisera discrètement un petit matin à son profit bien compris).


    Cependant, indépendamment de cette polémique éclairante sur le sens du bien public chez certains de nos représentants, on devra s’étonner du timing particulièrement peu judicieux de ce décret : en plein mouvement des Gilets jaunes et alors que le chômage reste en France dans sa fourchette la plus haute, on pourra se demander ce qui a poussé le gouvernement à insister sur ce genre de mesures alors que le pays traverse une crise sociale sans précédent.

    Tout indique que l’heure devrait plutôt être à l’apaisement, aux tentatives de dialogue et à la recherche d’accords communs entre les différentes parties prenantes de ce dossier (patronat, salariés et syndicats — aussi peu représentatifs soient-ils). 


    Le gouvernement, agissant encore une fois comme un chien dans un jeu de quilles, alimente ici la rancœur (pour ne pas dire la haine) qui se fait jour contre lui.

    Si, économiquement, ces mesures sont probablement nécessaires alors que les finances du pays et de Pôle Emploi sont exsangues, elles sont politiquement désastreuses, et ce d’autant plus qu’en parallèle, 5,5 millions d’actifs ne sont absolument pas concernés par ce problème : alors que le pays semble se scinder de plus en plus entre d’un côté, une population citadine et dégagée des tracas quotidiens par les avantages de la force publique, et de l’autre côté, une population provinciale voire campagnarde de plus en plus soumise à la précarité et aux expédients provisoires, on assiste encore une fois à un durcissement des conditions pour la seconde sans que la première n’en ait à subir le moindre coût.

     

    En réalité, le problème du chômage en France est que, depuis 40 ans, tout a été fait pour le combattre sans comprendre que bien avant cette lutte mal calibrée, il était indispensable de tout faire pour plutôt favoriser l’emploi. 

    Et par emploi, je veux précisément dire celui dans le secteur marchand, le seul qui permette d’alimenter toute l’économie, secteur non-marchand y compris.

    Malheureusement, partant de ce principe d’une lutte sans merci, on a tout fait pour augmenter les coûts assurantiels pour les entreprises (selon la logique qu’il faut tout faire pour couvrir, à tout prix, le risque de chômage au maximum puisque, on vous le dit, « on combat le chômage » !) ce qui rend l’emploi plus coûteux donc plus difficile à obtenir ; de la même façon, pour éviter la précarité, on augmente le salaire minimum ce qui exclut un nombre croissant de personnes des emplois les moins bien payés. 

    Ceci impose en retour des cotisations-chômage plus élevées, ce qui augmente encore les coûts assurantiels pour les entreprises (et retour case départ).

     

    Dans ce contexte, la lutte contre la fraude, les petites déclarations incohérentes des politiciens, et toutes les mesures prises sur les 40 dernières années apparaissent comme autant de cautères sur cette jambe de bois que nos élites s’emploient à patiner de leurs efforts inutiles. 

    Et d’ailleurs les résultats sont éloquents : plus la lutte semble féroce, plus le chômage, la précarité et les difficultés des Français face à l’emploi se font durs.  


    Le chômage n’a jamais réellement baissé.

    Il serait temps qu’on en finisse avec cette lutte stérile, et qu’on s’attache, enfin, à favoriser l’emploi. 

    Au vu de la politique menée jusqu’à présent, on peut malheureusement douter que ce soit à l’ordre du jour.


    —-
    LU:    Sur le web   https://www.contrepoints.org/2019/01/07/334091