Google+ Badge

lundi 12 mars 2018

L' U E , LE DÉBUT DE LA FIN ! TRIBUNE LIBRE !

UNION EUROPÉENNE : LE DÉBUT DE LA FIN
(Jean Goychman)

Les élections italiennes consacrent-elles l’irréversible déclin de l’Europe, du moins telle qu’elle a été conçue ? Un faisceau d’éléments convergents semblent indiquer que ce processus s’est enclenché.

Si ces élections, qui se sont déroulées le 04 mars, avaient été un cas isolé, sorte de point singulier d’un espace européen fonctionnant sans à-coups, leur résultat aurait pu être mis sur le compte d’un peuple toujours un peu remuant et, comme beaucoup de ses voisins méditerranéens, prompt à s’enflammer…

Un mouvement de fond

Mais tel n’est pas le cas, bien au contraire. Depuis la tentative avortée de faire effectuer le bond fédéraliste du traité constitutionnel de 2005, même si les gouvernants de l’époque ont joué une sorte d’indifférence voire de commisération à l’encontre des peuples qui avaient osé voter « NON » à ce projet lorsque leur loi fondamentale leur octroyait ce droit de référendum, le mal était fait. Le replâtrage du Traité de Lisbonne, obtenu par une distorsion de la Constitution de la Cinquième République qui s’apparente à de la grivèlerie intellectuelle ratifiée par les parlementaires (c’est à dire les partis politiques) a encore aggravé ce trouble naissant. Il est probable que Nicolas Sarkozy a laissé beaucoup de plumes dans cette affaire, si on en juge par l’allure de sa courbe de popularité après ce qui a été ressenti comme une frustration.

 Ce fut d’ailleurs le dernier référendum national auquel fut convié le peuple français. Le traité est entré en vigueur le 1er décembre 2009 1 et le graphique se passe de commentaire.

Une évolution lente mais régulière

La désaffection (le désamour) pour l’Union Européenne a été lente, mais progressive. Les autistes qui dirigent les instances européennes n’ont pas voulu entendre ni voir ce qui était en train de se passer, convaincus qu’ils étaient, de pouvoir imposer in fine leur vue à tous ces mécréants. (Le terme « populiste » n’avait pas encore été inventé.)

La crise financière venue de Wall Street en 2008 se répercuta en Europe un an plus tard, provoquant des secousses dans la zone euro où les taux d’intérêts qui jusqu’alors étaient quasiment constants d’un pays à l’autre, commencèrent à évoluer en ordre dispersé.
 Les pays les plus fragiles financièrement – qui avaient emprunté massivement, portés par l’optimisme béat qui régnait – commencèrent à voir émerger le spectre du défaut et de la faillite de leurs banques.
 

La première victime fut la Grèce, qui ne dut sa survie qu’au prix d’une austérité draconienne. Même si la communication officielle accréditait l’idée qu’après tout, ils l’avaient bien cherché, qu’ils étaient entrés dans l’euro par effraction, qu’ils ne payaient pas d’impôts ou si peu et que c’était une sorte de sport national. Leur sort commençait à émouvoir bien au-delà des frontières grecques.

Puis vint l’augmentation massive des dettes publiques, nécessairement corrélée par des déficits budgétaires abyssaux, qui firent comprendre à beaucoup que le libéralisme dont on leur avait vanté les mérites, consistait essentiellement à « privatiser les gains » et socialiser les pertes.

Le temps de la rigueur budgétaire ou le temps de la gueule de bois

Les effets cumulés de ces emprunts massifs et des charges financières qu’ils induisaient ont conduit à faire exploser les digues que devaient constituer les fameux « critères de convergence » 2 prérequis, indispensables à l’entrée dans la zone euro. Ils imposaient une dette publique inférieure à 60% du PIB et un déficit budgétaire inférieur à 3% de ce même PIB. 

Comme tout le monde – ou du moins la plupart des pays de l’euro – était hors limites, la logique aurait voulu qu’on suspende au moins momentanément les effets du Traité de Maastricht et que chacun revienne vers des cieux plus cléments. 
Par malchance (ou peut-être volontairement, qui sait ?) il n’existe aucune possibilité pour un État-membre, de quitter la zone euro. Chacun a donc dû ramer afin de revenir « dans les clous de Maastricht » le plus rapidement possible. 
Et comme les pays les plus divergents étaient aussi ceux qui avaient le plus de dettes… vous voyez la suite.


Austérité, quand tu nous tiens…

Il s’en suivit donc une période de « rigueur budgétaire » qui mena vers les affres d’une austérité qui se traduisit par une compression des dépenses publiques et une augmentation massive des recettes fiscales, c’est à dire nos impôts 3
Les conséquences, pourtant prévisibles, furent une baisse du pouvoir d’achat et une augmentation massive du chômage dans tous les pays du Sud de la Zone euro. 
Comme certains d’entre eux rechignaient (on peut les comprendre) à appliquer ces mesures suicidaires, le bon élève allemand, voyant qu’un jour ou l’autre, il allait devoir « mettre la main à la poche », imposa un traité dit « de la règle d’or » dans lequel tous les pays devaient s’engager, sous peine de sanctions financières, à revenir dans le droit chemin.

Bien évidemment, les peuples furent tenus complètement à l’écart de ces tractations, et, nonobstant les rodomontades de circonstance du genre « retenez-moi, ou je fais un malheur… » certains dirigeants (François Hollande entre autres) partirent la fleur au fusil pour tenter d’infléchir la position allemande. Vous connaissez la suite.


Même les moins concernés ont fini par comprendre

La prise de conscience n’a pas été immédiate, mais les gens ont fini par comprendre que cette belle Europe qu’on leur avait vendue n’avait pas grand-chose de commun avec le dépliant publicitaire. L’euro, notamment qui devait leur apporter la prospérité et faire d’eux des privilégiés de la mondialisation, leur a plutôt apporté la stagnation, voire la récession.

 Simple exemple pour illustrer mon propos, l’Italie n’a pas encore retrouvé son PIB de 2008 4. Et elle n’est pas la seule…

On nous vante le retour de la Grèce dans les pays emprunteurs, mais à quel prix pour le peuple grec ? 
Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les peuples deviennent non pas « eurosceptiques » (stade qu’ils ont depuis longtemps dépassé pour la plupart) mais carrément opposés à cette Europe.


Le coup de grâce de l’immigration

 

Comme si ce qui précède ne suffisait pas pour dresser les peuples contre eux, les dirigeants européens se sont résolument engagés à accueillir des populations immigrées sans même se préoccuper de leurs conditions d’accueil ni même de la quantité que chaque pays serait à même d’héberger. 
Cet aspect des choses qui découle directement de la suppression de nos frontières nationales imposée par le Traité de Schengen 5 revu après le Traité de Lisbonne. 
J’ignore qui est à l’origine de ce comportement face aux flux migratoires, mais celui ou ceux qui ont engagé l’Union Européenne dans cette voie étaient soit inconscients, soit voulaient porter un coup fatal à l’Europe.

D’autant plus qu’il n’échappe à personne qu’une quantité importante de ces migrants passe par la Libye et que cela n’a été rendu possible qu’en raison du chaos dans lequel se trouve ce pays suite à l’action combinée des forces de l’OTAN (et notamment la France).

 

Les Italiens se trouvent largement surexposés en raison de la géographie de la Méditerranée et les dirigeants européens restent sourds, comme à leur habitude. 
Les peuples crient et montre le poing de désespoir, mais eux, se sentent hors d’atteinte de la vindicte populaire. 
Si on ajoute à tout cela une menace terroriste quasi-permanente, tous les ingrédients de ce qui est en train de se produire étaient d’ores et déjà réunis.


Quel est le bilan ?

Il faut bien reconnaître que les côtés négatifs l’emportent largement. À dire vrai, on peine à trouver de réelles avancées, que ce soit sur un plan économique, voire même sociétal. Nous avons une monnaie unique (du moins pour la zone euro) mais cela n’a pas modifié le cours de nos vies. 

Le seul argument qui est opposé à ceux qui seraient tentés de reprendre leur souveraineté monétaire est la peur de la ruine pour les petits épargnants. 

Pourtant, il est très facile de constater que les pays situés hors de la zone euro s’en sortent mieux que la plupart de ceux qui y sont. 

Alors… on nous dit également que « l’Europe, c’est la paix ! » Heureusement. Cependant, on peut penser que l’équilibre des forces, notamment nucléaires, fait plus pour la paix que l’Europe qui est incapable d’assurer sa propre défense…


Une succession d’événements concourants

Les signes avant-coureurs ont beau s’être multipliés depuis plusieurs années, aucune action des instances européennes n’a été entreprise afin de faire baisser la pression centripète.

 A contrario, on a seulement tenté de noircir le tableau de ce qui surviendrait pour les peuples tentés de se dégager de cette emprise communautaire. Ce fut le cas pour les Britanniques en 2016 mais également pour tous ceux qui manifestaient la moindre velléité dans ce domaine. 

Curieuse attitude pour qui veut plutôt fédérer qu’exclure. 

Tout le monde se souvient également du traitement réservé aux Chypriotes, dont certains se sont vus littéralement spoliés d’une partie de leur compte en banque en 2012 6.
 

Et puis, l’exemple est aussi venu de l’Amérique. Contre toute attente, l’élection du président Trump en 2016 s’est traduite par un retour aux valeurs nationales et à la mise en place de barrières douanières, alors que celles-ci étaient totalement proscrites par le courant dominant outre-Atlantique du néo-libéralisme, partisan inconditionnel du libre-échange.

L’Europe sans les États-Unis apparaît complètement déboussolée et incapable de définir sa propre doctrine, que ce soit sur le plan économique, financier ou militaire. Incapable aussi de protéger ses propres frontières sans appeler la Turquie au secours, avec toutes les implications que cela comporte.

Bref, le navire européen paraît désemparé et il est normal et salvateur que les peuples préfèrent le quitter avant le naufrage, s’ils ne parviennent pas à se hisser jusqu’à la passerelle de laquelle ils pourraient encore reprendre la barre.

Jean Goychman
05/03/2018