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mercredi 14 février 2018

LE COMMUNIQUÉ DE L' INSTITUT POUR LA JUSTICE !


Chère Madame, cher Monsieur,

Imaginez : vous êtes au volant de votre voiture, vous êtes sur une voie double et vous avez la priorité. Arrive un autre véhicule, qui s’apprête à vous « griller » la priorité.


 Votre réflexe : donner un coup de klaxon pour signaler votre présence. Jusque-là, rien d’exceptionnel.

Sauf qu’à cause de ce coup de klaxon, Ludovic, un conducteur nîmois, a été tabassé de manière tellement violente que les médecins lui ont délivré un arrêt de travail de 45 jours.

Et l’horrible histoire de Ludovic n’est malheureusement pas un cas isolé. Il y a dans notre pays une augmentation des violences gratuites.

 D’après le Figaro, ces agressions, que l’on appelle agressions non crapuleuses, ont encore augmenté de 3.24 % en 2017 et représentaient 283 631 actes en tout l’année passée.

Et je ne vous parle que de celles qui sont signalées aux autorités, car si on regarde les résultats des enquêtes de victimation, 80 % des agressions ne sont pas signalées aux forces de l’ordre …

Je prends donc ma calculette, et cela me donnerait … 1 418 155 agressions en 2017, soit 3 885 par jour !

Il ne s’agit pas de ce qu’on appelle délicatement des incivilités : des noms d’oiseau, des crachats, une simple bousculade ... Non, il s’agit de violences physiques commises sans l’intention de voler sa victime. De la violence purement gratuite autrement dit, motivée par le seul désir de nuire, de faire mal, de détruire celui qui est en face de vous.

Vous marchez sur le pied de quelqu’un dans le métro, vous avez « un mauvais regard » dans un bistro, vous donnez un coup de klaxon et vous risquez de recevoir des coups de poing, des coups de battes de base-ball, des coups de couteau … Je n’exagère pas.

Dans le Figaro, Christophe Soullez, qui est criminologue, explique que « les individus sont moins tolérants aux remarques et manifestent une certaine impatience. Ils acceptent moins l'autorité. Ils sont plus impulsifs, et le passage à l'acte devient plus rapide ».

Et en effet, le pauvre Ludovic, dont je vous parlais, en a fait les frais.

Son histoire est à peine croyable : après son coup de klaxon, pour lequel il était dans son bon droit, l’autre automobiliste l’a suivi, et a attendu avec un comparse que Ludovic sorte de chez lui.

Et lorsque le pauvre homme est sorti pour faire ses courses … « L'un, Jordi M., le roue de coups de bâton tandis que le second, le conducteur de la Clio croisé quelques minutes plus tôt, pointe une arme à feu dans sa direction en menaçant : “ Si tu bouges, t'es mort ! ” »

Ludovic ne doit son salut qu’à un pompier qui passait par là pour vendre des calendriers.
Le Figaro donne des détails glaçants : « Parce qu'il a utilisé ses mains pour se protéger, les doigts de Ludovic souffrent de plusieurs fractures … “ Les médecins de la Polyclinique Grand Sud, qui ignoraient tout de l'agression, ont noté dans leur rapport que ses doigts étaient passés dans une machine agricole “ ».

Encore Ludovic a-t-il eu de la chance, d’une certaine manière. Il est encore en vie. Andy, lui, est mort, le 12 janvier dernier, après avoir reçu un coup de couteau de la part d’un homme qu’il ne connaissait pas, à la station de RER Châtelet les halles, à 18h, en pleine heure de pointe. Le motif de ce meurtre ? Une simple bousculade ...

Peut-être direz-vous : c’est la fatalité …

La fatalité, vraiment ? Qui donc sont les deux hommes qui s’en sont pris à Ludovic ?

Voilà ce que dit le Figaro : « Connu du tribunal correctionnel, Jordi est un beau jeune homme à la carrure d'athlète. Éducateur en arts martiaux et surveillant dans un collège, il a déjà été condamné à deux mois de prison ferme pour violence sur une policière »

Et l’autre ?

« Yacine, qui s'est présenté à l'audience comme chroniqueur sur une radio locale, est lui connu pour un outrage à l'encontre d'un agent des transports en commun locaux. »

Les deux sont donc “ défavorablement connus de la justice ”, comme on dit … Et vous vous souvenez de ce que je vous disais en commençant mon mail ? 80 % des agressions ne sont pas signalées aux forces de l’ordre. Ce qui signifie que Jordi et Yacine ont toutes les chances d’avoir commis bien plus d’agressions et de délits que ceux pour lesquels ils ont déjà été condamnés.

On nous dit, pour expliquer ces déchaînements de violence qu’aujourd’hui les gens seraient “ plus impulsifs ”. Mais pourquoi donc sont-ils “ plus impulsifs ” ? Ne serait-ce pas en grande partie parce qu’ils ont de moins en moins peur de la police et de la justice ?

Et pourquoi, à votre avis, 80 % des agressions ne sont-elles jamais dénoncées aux autorités, si ce n’est parce que la plupart des gens ont intégré l’idée que la police et la justice étaient impuissantes à les protéger ?

Il n’y a pas de fatalité. Il y a depuis trop longtemps une démission des pouvoirs publics qui remplissent de plus en plus mal leur devoir de protection des personnes et des biens.


 Il y a un manque criant de places de prison, un manque flagrant de moyens accordés à la police et à la justice, il y a une culture de l’excuse qui sévit y compris au sommet de l’Etat et au sein même de la magistrature.

Cette explosion des violences gratuites n’est pas une pluie de météorites qui nous tomberaient du ciel. 

Elle a des causes humaines, sur lesquelles nous pouvons agir. Sur lesquelles nous devons agir. Car là non plus, il n’y a pas de fatalité.

Si nous n’agissons pas, qui le fera ?

Avec tout mon dévouement,
Laurence Havel