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mercredi 26 juillet 2017

PARLEMENT, LE GRAND ÉCART ! TRIBUNE LIBRE À CHRISTIAN VANNESTE !


Président / Parlement : le grand écart (I)




Constitutionnellement, la France n’est pas un régime présidentiel, contrairement aux Etats-Unis. 

La France est une démocratie parlementaire. 

A Washington, il arrive régulièrement que le Congrès soit dominé par un parti alors que le Président est issu de l’autre. 
Cela n’empêche nullement la Maison Blanche de gouverner, bien que le vote des lois et celui du budget rendent cette gouvernance plus difficile. 

A Paris, c’est le gouvernement qui gouverne avec le soutien de la majorité parlementaire qui lui fait confiance, vote ses projets et repousse les propositions de l’opposition.

 Les cohabitations avaient démontré que la France était bien un régime parlementaire puisque les législatives renversant la majorité présidentielle décidaient de la politique suivie par le pays. Simplement, le système parlementaire avait été rationalisé en 1958 en faisant du Président de la République le garant du fonctionnement des Institutions, en lui permettant de dissoudre l’Assemblée Nationale ou de faire appel au suffrage populaire direct par le biais du référendum. 

Par ailleurs, le scrutin uninominal par circonscription des députés assurait des majorités plus nettes. On avait mis fin à la valse des gouvernements des 3e et 4e Républiques. 

Le Président du Conseil était alors le véritable détenteur du pouvoir avec le risque permanent d’être mis en minorité à l’Assemblée. 

Désormais, soit le Président incarnait le pays et insufflait la politique mise en oeuvre par le gouvernement dirigé par un Premier Ministre et soutenu par une majorité présidentielle au Parlement, soit tout en demeurant le principal représentant du pays dans le domaine de la politique internationale, il devait partager ce rôle avec le Premier Ministre, et se contenter de freiner l’action de celui-ci, comme l’a fait Mitterrand entre 1986 et 1988. 

Par un véritable tour de passe-passe, Chirac et Jospin ont permis la naissance d’un véritable régime présidentiel de fait et non de droit, en égalisant les mandats présidentiels et législatifs à cinq ans et en faisant passer l’élection législative après la présidentielle. 

Dans les textes, rien ne semble changer, mais dans l’esprit des électeurs, tout change, puisque le bon sens les invite à offrir au Président qui vient d’être élu une Assemblée destinée à mettre en oeuvre son projet pour le pays. Il n’aurait pas été absurde que les Français, après avoir élu Macron, par défaut, l’obligent à conduire le char de l’Etat avec un gouvernement issu d’une majorité « républicaine ». Les Républicains on tout fait durant les deux campagnes successives pour que tel ne soit pas le cas.


De fait, donc, la France connaît actuellement une phase « hyperprésidentielle », avec un déséquilibre très préoccupant entre la concentration du pouvoir dans les mains d’un seul homme dont le profil psychologique, en l’absence de tout exercice précédent de pouvoir, ne laisse d’être inquiétant et un parlement, et surtout une Assemblée Nationale, que l’on discrédite quand elle ne le fait pas elle-même, et qu’on cherche à diminuer. 

J’ai exercé trois mandats de député. Il est vrai que j’ai observé durant ce temps une baisse du niveau des hommes et de la qualité du travail parlementaire, mais cette impression est loin de devoir être généralisée. 

Beaucoup de députés battus en Juin étaient présents, travaillaient avec rigueur et conservaient des convictions fortes. 

Lors de ma première question d’actualité en 1993, sans notes, puisque le Président de l’Assemblée, Philippe Seguin, le déconseillait avec la rare autorité qui le caractérisait et alors que le gouvernement Balladur était en cohabitation avec le Président Mitterrand, j’avoue avoir été très ému : Chirac, Giscard, Barre, Peyrefitte et bien d’autres siégeaient. Balladur, Sarkozy, Simone Veil étaient au banc des Ministres. Il y avait encore quelques grands résistants dans l’hémicycle comme Baumel, Galley ou Griotteray.

 J’en oublie et je ne cite que des personnalités de droite. La gauche avait été laminée. 

Par la suite, l’arrivée d’un grand nombre d’apparatchiks, et l’atmosphère de carriérisme en haut et de clientélisme en bas, ont miné les fondations de l’édifice, sans toutefois atteindre le délabrement actuel. 
C’est Pascal qui insistait, en bien ou en mal, sur l’importance des gestes ou des habits, pour soutenir les croyances. 

L’abandon du « costume-cravate » par les députés est révélateur. J’avais déjà assisté à cette débandade au restaurant de l’Assemblée où cette obligation avait disparu d’abord. Le Palais-Bourbon ne possède pas une colonnade de temple par hasard. 
C’est un lieu sacré de la République. Il faut y respecter les rites et la dignité des vêtements. Un républicain doit en être aussi convaincu qu’un catholique pour le port d’un habit distinctif pour un membre du clergé. 
Le vêtement inutilement provocateur de certains musulmans devrait nous inviter à la réflexion. 

Ce que nous percevons comme une atteinte à la liberté peut-être l’expression d’un mépris pour une société du laisser-aller qui a perdu tous ses repères. Il faut être logique. 

Si on refuse au nom de la République, les clivages communautaristes, il ne faut pas gommer les signes par lesquels on souligne le respect dû à la République et ses représentants. 

Sur ce point, Jean-Louis Debré a raison. Malheureusement, la forme n’est jamais éloignée du fond. 

C’est une députée du groupe « France Insoumise », qui revendique ce laisser-aller vestimentaire, qui a pétitionné pour « Nique la France » et refusé de dire clairement « Vive la France quand on lui demandait. 

Quant aux députés « En Marche », on peut s’interroger sur leurs capacités de lire les questions qu’on leur a écrites et dont on se demande si même ils les comprennent. 

La suppression de l’émission de France 3 en direct du mardi et du mercredi serait de ce point de vue charitable, mais ce serait un nouveau coup porté à l’équilibre institutionnel : à la télévision, toujours plus de président et toujours moins de parlement…

 https://www.ndf.fr/poing-de-vue/26-07-2017