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vendredi 7 juillet 2017

FN: LE DUEL ET LA DESTRUCTION DE L' INTÉRIEUR ?

Politique

Marine Le Pen vs Florian Philippot, le duel qui va détruire le FN de l'intérieur

Affichant de plus en plus leur désaccord sur un programme du FN prévoyant encore la sortie de l'Euro, Marine Le Pen et Florian Philippot paraissent engager leur parti dans la voie d'un duel qui devrait achever de ruiner la crédibilité de celui-ci d'ici 2022.

Marine Le Pen le 16 mai 2014 sur le perron de l'Elysée à l'issue d'une rencontre avec François Hollande. A gauche: Florian Phili
Derrière le débat sur l'euro voulu par Florian Philippot se cache une autre question: la nécessité du maintien ou non de Marine Le Pen à la tête du FN.
(c) Afp
 
 
Au Front national, Marine Le Pen et Florian Philippot reprennent "Le Noir te va si bien". 


C'était une pièce culte des années 70, à la grand époque de "Au Théâtre ce soir". Maria Pacôme et Jean Le Poulain y incarnaient deux personnages dont la spécialité était de se marier avec de riches conjoints et de les assassiner pour en hériter. 

Jusqu'au jour où les deux protagonistes finissent par se marier l'un et avec l'autre...  Toujours dans le même dessein… Sauf que c'est le débat sur la sortie de l'Euro qui remplace la soupe aux champignons empoisonnée… Le premier qui mange son chapeau a perdu…

Renoncer à la sortie de l'Euro? Philippot dit que non: "On ne le fera pas, car cela a été rappelé par Marine Le Pen lors de notre dernier bureau politique, il y a une semaine. Elle a rappelé que nous étions tous favorables à la souveraineté monétaire, tous contre l'euro et tous pour une monnaie nationale, je la cite précisément". Bien, tout est clair.

Sauf que Marine Le Pen ne paraît pas être aussi claire que le prétend son numéro 2: "Je vais essayer de concilier cette nécessité d'être libre chez nous, souverain chez nous, Français, et rassurer ces derniers sur cette question monétaire", "Certes, ça va un peu être la quadrature du cercle, mais je suis convaincu qu'on va y arriver". Bien, mais arriver à quoi en fait?

Le dilemme de Marine Le Pen est cornélien.

Continuer à dire que la France va sortir de l'Euro, c'est continuer à se couper des électeurs de droite tentés par le vote FN mais qui sont rebutés par l'affichage d'une mesure qu'ils estiment emblématiques de l'incompétence et du peu de crédibilité du parti d'extrême-droite.

Prôner une rupture et dire que le FN renonce à la sortie de l'Euro, c'est prendre le risque de perdre les électeurs qui votent Le Pen pour cette raison, au nom de l'idée qu'ils se font de la souveraineté française et du grand repli, bref, ouvrir un nouveau boulevard à Mélenchon, qui n'en demande pas tant.

Notons-le bien. Ce débat de ligne en cache un autre: la nécessité du maintien de Marine Le Pen à la tête du FN.

Marine Le Pen a en effet perdu tous ses paris de l'élection présidentielle, accumulant les échecs politiques (mauvais score au premier tour, débat raté avec discrédit sur temps long, défaite de grande ampleur au second tour, tout cela couronné par une sévère raclée aux législatives), elle se doit désormais de tirer les leçons de cette séquence lamentable.

 Car l'échec est accablant pour l'héritière du Menhir. 

Le Front était parti pour faire 30% au premier tour, passer la barre des 40 au second, encercler la droite avec En Marche, espérait revenir à l'Assemblée en incarnant la seule vraie opposition, (avec pourquoi pas 100 députés et plus) et le voici aujourd'hui, réduit à huit élus… Plus dure a été la chute…

Au Front, le numéro 2 ne devient jamais numéro 1

Il faut donc un responsable. Si succession d'échecs il y a eu, c'est que quelqu'un, quelque part, a fauté. 
Si désillusion il y a eu, c'est qu'un magicien de la politique a trompé tout son petit monde frontiste. Et ce responsable est aussi le coupable.

Le principe est simple, aussi vieux que le FN. Le chef a toujours raison, jamais, ce sont les autres qui ont tort, surtout quand il les a écoutés. 
 Au Front, le numéro 2 ne devient jamais numéro 1. Y en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes. 

Ayons une pensée émue pour Bruno Mégret et Carl Lang. 


Ou Bruno Gollnisch, toujours dans les murs mais réduit à amuser la galerie avec son parapluie, les jours pluvieux de 1er mai.


Il était écrit d'avance que Philippot, crypto-mélenchoniste, était appelé à jouer les Mégret II. Puisqu'il est dit partout que la sortie de l'Euro inscrite en lettres d'or en tête du programme du FN est la cause de la désertion des électeurs et puisqu'il est acté que Philippot a été, est et sera encore le plus ardent avocat de cette sortie, la conclusion s'impose d'elle-même: Philippot coupable. Donc Philippot out! Cela se produira, d'une façon ou d'une autre.

Cela étant, sachons porter le regard au-delà du destin du sieur Philippot. Marine Le Pen peut-elle espérer duper son monde en tentant de transférer sur Philippot le poids de ses responsabilités? La réponse est probablement négative.

Le ridicule tue dans la France contemporaine

Il est des images qui restent, et marquent une carrière politique. Marine Le Pen demeurera à jamais dans l'esprit des Français la candidate qui divague le soir d'un grand débat présidentiel de second tour, au point de faire douter de sa bonne santé psychologique.

 Le célèbre moment où, sous les yeux d'Emmanuel Macron, elle a évoqué l'invisible cohorte des électeurs FN menaçant de prendre la France façon 5e colonne lui collera aux basques médiatiques jusqu'à la fin des temps.

Il arrive encore que le ridicule tue dans la France contemporaine. Et Marine Le Pen s'est ridiculisée à jamais durant ce débat 2017. Tout indique qu'elle ne s'en remettra jamais, que Philippot soit sacrifié ou pas. Il n'est pas de bouc émissaire qui soit de nature à permettre à la fille de Jean-Marie Le Pen de rétablir son destin. 
La page s'est écrite, et le livre se referme.
 Les partisans de la présidente du parti pourront bien sacrifier tous les Philippot du monde, cela ne changera rien à la perception des qualités de leur championne par une écrasante majorité de Français. Le plafond de verre est plus solide que jamais.


Il y a quelques jours, Marine Le Pen a plaidé, une fois encore, pour un changement de nom du Front national, estimant que la marque lui porte tort. Elle se trompe. 

Plus forte encore que la marque Front national, c'est la marque Le Pen qui plombe le parti fondé en 1972 par une poignée de nostalgiques des valeurs du pétainisme. Répétons le autant qu'il faudra : en deux heures de débat, Marine Le Pen a ruiné sept ans d'efforts supposés offrir d'elle et son mouvement une image modernisée, déringardisée et apaisée. Et cette ruine est définitive.

Dans les mois et les années qui viennent, le FN va s'abîmer dans une guerre interne qui devrait lui interdire, à terme, de se poser en prétendant légitime à toute forme d'alternance au pouvoir macronien. Le délitement électoral est possible. 

Pour le plus grand bonheur possible de Mélenchon, à l'affût des électeurs des classes populaires que le cirque FN pourrait lasser. 
Et pour celui de la droite en reconstruction, qui pourrait lancer une OPA sur les électeurs mus par des considérations sociétales en mode réactionnaire.

Le Front national entre dans une séquence qui va l'affecter durablement. 

Qui l'emportera de Marine Le Pen ou Florian Philippot dans cette nouvelle version du "Noir te va si bien"? `
Dans la version originale de la pièce, les deux héros finissent par se tuer mutuellement et se retrouvent condamnés à errer mille ans à l'état de fantômes… 

Somme toute, c'est une fin conforme à la morale de l'histoire du duel Le Pen-Philippot…


source et publication:   https://www.challenges.fr/politique