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mardi 25 juillet 2017

L' ÉTAT ISLAMIQUE VEUT TERRORISER L' OCCIDENT !


Le 11ème numéro de Rumiyah, l’un des magazines de propagande de l’Etat Islamique, incite à la guérilla urbaine, avec dispersion des forces, attaques violentes, et usure psychologique.

Le texte d’ouverture est une véritable dissertation théologique et philosophique sur la justice d’Allah qui motive le meurtre des « croisés » comme une obligation sacrée.

Mais la partie la plus choquante, la plus terrifiante, la plus abjecte, concerne l’exhortation à l’enlèvement et au massacre d’enfants « koufars », de nos enfants. 

Les monstres de l’Etat Islamique avaient déjà franchi toutes les limites de l’horreur, même les plus inimaginables, en Syrie et en Irak à l’encontre des malheureux enfants non musulmans, ou considérés comme hérétiques, tombés entre leurs mains d’égorgeurs sanguinaires et sans pitié et aujourd’hui ils promettent le même sort à nos enfants.

Infiltrés parmi les migrants, ces pauvres « réfugiés » reçoivent l’asile fraternel et chaleureux en Occident et peuvent ainsi tranquillement élaborer leur plan visant à semer la terreur et l’horreur dans nos pays.

Jamais, au grand jamais, dans l’histoire de l’Humanité, les peuples ont été sciemment livrés en pâture à leurs ennemis par leurs propres dirigeants et ce, au nom du respect des Droits de l’Homme, au nom d’un humanisme dévoyé, des plus criminels, qui privilégie l’ennemi au résistant.

La valeur tactique du 11ème numéro de Rumiyah (ou comment ensoleiller une défaite et la transformer en victoire pour ne pas affaiblir le moral des troupes d’Allah et les encourager à poursuivre leur œuvre dévastatrice.)

Les aspirations théologiques et leur réalisation sont beaucoup plus importantes que la gestion permanente de n’importe quel morceau de terre. 

L’histoire enseigne que la victoire ne se base pas sur la conquête physique du territoire, mais sur l’acharnement à faire plier la force de la volonté de l’ennemi et le désir farouche de le vaincre. 

Et l’Etat Islamique rappelle, que la génération actuelle n’assistera pas à l’accomplissement des prophéties. Il ne reconstituera pas ses forces pour reconquérir les territoires perdus de Syrie et d’Irak, mais annonce d’ores et déjà des actions inspirées du « Dominio Rapido » ( stratégie militaire de domination rapide).


Le véritable rôle de la génération actuelle de djihadistes sera celui de frapper systématiquement l’Occident grâce à l’évolution des loups solitaires en forces insurrectionnelles. 

L’ objectif de la propagande (tactique de revendication structurée de manière à donner l’illusion d’une portée globale) dans le court et moyen terme sera celui de continuer à inciter l’expansion du groupe dans les régions où la pénétration djihadiste est relativement faible. 

La responsabilité d’entamer la guérilla urbaine a été confiée à la génération actuelle, et ce, dans le but de miner la volonté politique des pays occidentaux.


La revue Rumiyah contient différents appels effrayants :
. « Nous exterminerons les infidèles ou nous mourrons en essayant d’accomplir notre mission. »
. « Attaquer les églises et verser le sang des mushikrin Les attaques contre leurs églises ont été bénies par Allah. Mourir en perpétrant ces attaques est un acte solennel, car c’est Allah qui nous a guidés dans ce parcours de la foi. Tuez les mushikrin, ceux qui attribuent des associés à Allah, (les Chrétiens) partout où ils se trouvent. Capturez-les, assiégez-les et tuez-les. Attendez le moment opportun pour les frapper, mais s’ils se repentent, laissez-les partir, car Allah est miséricordieux. » (quelle chance pour nous !!!)
. « Tuer pour la défense d’Allah est permis, mais les mushikrin devront être épargnés s’ils récitent la chahada et embrassent la véritable foi. La formule de la Chahada est très brève : أشهد أن لآ إلَـهَ اِلا الله وأشهد أن محمدا رسول الله (ašhadu an lâ ilâha illa-llâh, wa-ašhadu anna muḥammadan rasûlu-llâh), pouvant se traduire par « J’atteste qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah et j’atteste que Mouhammad est le messager d’Allah ». Cette phrase est murmurée à l’oreille de chaque nouveau né musulman et à celle de chacun au chevet de son lit de mort. Le sang des mushikrin n’est pas sacré, à l’exception de celui des dhimmis, ayant accepté le Pacte de soumission à la loi islamique. Ces derniers doivent payer un impôt spécial ( la jiziya ) leur assurant la « protection » en vertu du Pacte. 

Mais, il s’agit là d’ une mesure exceptionnelle et momentanée.

 A l’échéance du contrat, leur sang devra baigner la terre. »
 « Enlever les enfants des koufars et les tuer »
. »Les actions physiques ne sont que le moyen d’atteindre l’objectif spirituel et l’enlèvement d’ enfants d’infidèles en est un. »

L’enlèvement avait été théorisé pour la première fois dans le neuvième numéro de Rumiyah. Dans le 11ème numéro, l’enlèvement des enfants des « croisés » est soutenu théologiquement. 

L’objectif de l’enlèvement n’est pas de demander une rançon, mais de perpétrer un massacre et répandre ainsi la terreur dans le cœur des « infidèles ».

. « Séquestrez-les, non pour négocier une rançon, mais pour les tuer. Poursuivez votre mission, jusqu’à ce qu’Allah vous rappelle à lui. Les enfants devront être tués avant l’arrivée de la police. Ne compromettez-pas une opération , si vous ne disposez pas d’une arme à feu, car immense est la récompense pour ceux qui massacrent les croisés avec un couteau. Il suffit d’un peu d’imagination et d’une planification de base.« 
. « Les otages serviront de boucliers humains et leur massacre distillera la peur dans le cœur des incroyants. L’objectif d’un enlèvement est la publicité, qui en découle. Dans certains cas, il est opportun de maintenir momentanément les otages en vie, d’informer les Autorités et leur expliquer l’enjeu de la mission, que le soldat de l’EI s’apprête à accomplir, car le but est de créer la terreur.« 



Ce onzième numéro du magazine de propagande de l’Etat Islamique est une prose apocalyptique, entièrement dédiée à encourager ses sympathisants à commettre des crimes.


 Et malgré cela, la plupart des gouvernements européens continuent leur politique insensée d’ouverture des frontières et laissent même revenir des familles de djihadistes identifiés partis combattre en Irak ou en Syrie…


http://www.medias-presse.info/letat-islamique 


 

MIGRANTS, MÉDIAS, EUROPE ET L' OPINION PUBLIQUE !!

25 juillet 2017
D'après des chercheurs allemands, qui ont épluché les articles de la presse de leur pays de 2015 et 2016, les journaux ont fait preuve d'un biais très clair en faveur de la politique d'accueil des migrants entreprise par le gouvernement Merkel.

A l'issue d'une analyse de plusieurs milliers d'articles publiés en Allemagne entre février 2015 et mars 2016, des chercheurs de la Hamburg Media School et de l'Université de Leipzig ont constaté que les principales publications allemandes n'avaient pas couvert de manière objective la crise des migrants. 

Les auteurs de l'enquête (dont le rapport est disponible en ligne) accusent les grands journaux allemands, tels que Die Welt, Sueddeutsche ZeitungFrankfurter Allgemeine Zeitungou encore le tabloïd Bild, d'avoir, à travers leur traitement de l'actualité, soutenu la politique du gouvernement allemand en matière d'accueil des migrants – la fameuse ouverture des frontières décidée en 2015 par la chancelière Angela Merkel, qui a conduit à l'entrée de plus d'un million de migrants en Allemagne.

L'étude affirme que, malgré des rassemblements d'ampleur contre la politique d'accueil massif des migrants, notamment à Berlin, les journaux allemands ont continué à soutenir sans nuance la ligne du gouvernement, en invoquant par exemple régulièrement le concept de «culture de la bienvenue» (Willkommenskultur) allemande.

Cette «culture de la bienvenue», selon les chercheurs, est devenue sous l'encre des médias «une sorte de mot magique», grâce auquel le fait de se comporter en «bons samaritains» a pu être érigé en devoir moral.

Une grande partie des journalistes ont mal compris quel était le rôle de leur profession et ont oublié que les médias devaient éclairer leur public
«Une grande partie des journalistes ont mal compris quel était le rôle de leur profession et ont oublié que les médias devaient éclairer leur public», a déclaré à Die Zeit le professeur Michael Haller, auteur principal de l'étude.

Le professeur Haller explique que l'immense majorité des articles parus dans la presse allemande sur le thème migratoire ignore totalement et délibérément l'opinion publique, et ne tient pas compte des opinions des experts sur le sujet... ni des demandeurs d'asile eux-mêmes. 

 Les articles s'avèrent, presque toujours, imprégnés des opinions personnelles de leurs auteurs.

Autre détail notable : l'étude révèle que certains médias avaient pris l'habitude de qualifier de «raciste» tout opposant direct ou indirect à la politique d'accueil massif des migrants. 


En outre, les auteurs de l'enquête universitaire estiment que ce traitement médiatique a grandement contribué à diviser l'opinion publique allemande, et a encouragé une perte de confiance des Allemands dans leur presse, dans la mesure où cette dernière ne reflétait pas leurs opinions.


Une politique migratoire polémique dont Angela Merkel a dû admettre les limites

 

En dépit de ce parti pris médiatique évident, la politique d'ouverture des frontières entreprise par le gouvernement allemand en 2015 a progressivement perdu en popularité auprès de la population.


Au fur et à mesure que la crise des migrants prenait de l'ampleur et que l'Allemagne était secouée par une série d'attaques terroristes, ainsi que par de nombreux cas d'agressions sexuelles impliquant des demandeurs d'asile, Angela Merkel a ainsi dû se résoudre à mettre de l'eau dans son vin. 


En juillet 2016, la chancelière allemande a admis que des terroristes avaient exploité les flux migratoires pour s'introduire dans le pays
Quelques mois plus tard, en septembre 2016, Angela Merkel a reconnu que le slogan «Nous pouvons le faire», qui vantait les capacités de l'Allemagne à accueillir un grand nombre de demandeurs d'asile, était devenu «une formule creuse».

SOURCE    http://www.citoyens-et-francais.fr/2017/07/

LES PROBLÈMES D' ÉCHEC SCOLAIRE .......( NATACHA POLONY ) 2015 ?


“Les problèmes d’échec scolaire et de rejet des valeurs de la République sont liés à la réduction du temps scolaire”

Vidéo:   https://www.youtube.com/watch?v=RUzUmbcMKD8

 

Audition de Natacha Polony au sénat, le 28 mai 2015. Deux ans plus tard, la situation a évolué: en pire!!!
Je suis journaliste spécialisée sur les questions de l’éducation et j’ai auparavant enseigné une année dans un établissement de l’éducation nationale puis neuf ans au sein du pôle universitaire Léonard de Vinci.

Une interrogation me taraude aujourd’hui : comment de jeunes gens ayant passé 12 ou 13 ans dans les établissements de l’éducation nationale ont-ils pu devenir des tueurs fanatisés tels que les frères Kouachi, Amédy Coulibaly ou Mohamed Merah, sans que nous n’ayons rien vu venir ?

Paru au début des années 2000, l’ouvrage collectif intitulé Les territoires perdus de la République racontait tout à l’avance, mais on n’a pas voulu entendre la parole de ces enseignants et le livre a été mis à l’index.

Personnellement, j’ai pu observer la redoutable conjonction de deux phénomènes que sont la généralisation de l’ignorance et la généralisation du renoncement.

J’ai été confrontée à l’ignorance, parfois presque revendiquée, d’étudiants incapables d’avoir une réflexion élémentaire sur des faits historiques de premier ordre.

J’ai observé le renoncement d’enseignants, réagissant aux exigences de leurs élèves, en allant demander conseil à un rabbin ou à un imam.

La charte de la laïcité ne résoudra rien, si l’école de la République ne parvient pas à nouveau à faire adhérer, non pas seulement les élèves d’ascendance étrangère, mais tous les élèves de France, futurs citoyens, à nos valeurs, à notre culture, à notre civilisation. Cela implique que nous retrouvions la mémoire de cette civilisation, qui tend à s’effacer, non pas tant pour ce qui a trait aux connaissances que pour ce qui concerne les pratiques et les usages.

Or, pour l’heure, les enseignants se refusent à faire cet effort, toute initiative allant dans ce sens étant envisagée sur le mode du soupçon.

L’éducation nationale n’est pourtant pas un service public, mais une institution dont les enseignants sont des fonctionnaires qui devraient s’investir d’une mission particulière de transmission des valeurs de la République. Pourtant la tentative d’introduire dans les concours de recrutement une épreuve intitulé « agir en fonctionnaire de la République » a suscité un tollé au nom de « l’indépendance des enseignants et de la liberté pédagogique ».

Nos enseignants, mal formés sur ces questions, se trouvent désemparés lorsque leurs élèves remettent en cause les valeurs de la République.

À l’origine véritable de l’école républicaine, Nicolas de Condorcet affirmait que la mission première de cette école était de transmettre le savoir universel qui libère, ce qui constitue l’inverse de l’endoctrinement.


M. Jacques Grosperrin, rapporteur. – Je tiens, madame, à vous remercier d’avoir accepté notre invitation. Votre parcours, non seulement d’enseignante mais également de journaliste, présente l’intérêt d’un double constat sur le terrain. Votre réalisme et l’acuité de votre regard sur l’éducation nationale et l’enseignement peuvent nous guider dans nos travaux. Vous rejoignez en cela le rejet d’Alain Finkielkraut du concept de l’ignorance qui permettrait l’émancipation. Un certain nombre de pédagogues ont posé les problèmes de l’éducation avec des mots tels que « révolution copernicienne » ou « mettre l’enfant au centre des savoirs »… Or ce sont les savoirs qui émancipent. Il est regrettable qu’il semble plus facile aujourd’hui, à un enseignant, plutôt que de dispenser un cours structuré, de faire chercher ses élèves pendant des heures, avec le constat, au final, que ces derniers se heurtent à un mur d’ignorance.

Vous affirmez que le rôle de l’enseignant est primordial dans le système éducatif. Nous souhaitons, la présidente et moi-même, mettre en place un code de déontologie à l’instar de celui applicable aux médecins pour consacrer l’engagement des enseignants vis-à-vis de leur métier. L’enseignement au niveau des écoles supérieures du professorat ne mériterait-il pas également une remise en question ?

Le diagnostic d’une perte d’autorité des enseignants vous parait-il justifié ? Si oui, comment l’expliquez-vous et comment y remédier ?

Dans votre livre « École : le pire est de plus en plus sûr », vous regrettez que l’école ne se concentre pas davantage sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux. Comment, selon vous, peut-elle y parvenir ?

Plus généralement, quelles mesures pourraient être mises en oeuvre pour lutter contre « le pire » qui, à en croire le titre de votre livre paru en 2011, est de plus en plus sûr ?


Mme Natacha Polony. – La perte d’autorité des enseignants est une « vieille lune » qui fait régulièrement l’objet de pétitions de principe, de considérations abstraites. Il faut rétablir l’autorité des enseignants, mais l’autorité arbitraire d’hier ne peut plus, aujourd’hui, s’exercer sur des adolescents de 13, 14 ou 15 ans, pas plus que le châtiment corporel pour l’assurer, et nous ne les souhaitons pas pour notre école.

L’autorité découle naturellement de la clarté de la mission de l’enseignant. À partir du moment où un enseignant a conscience qu’il est dans une classe pour transmettre le savoir, parce qu’il sait, que l’élève, lui, ne sait pas et qu’il est fondamental qu’il apprenne, et parce que c’est sa liberté qui est en jeu, son autorité peut commencer à s’asseoir.

Il m’est arrivé d’entendre, au cours de ma formation en IUFM : « vous avez beaucoup plus à apprendre de vos élèves que vos élèves de vous ». On peut comprendre de manière abstraite qu’enseigner à des jeunes gens nous transforme, que c’est une expérience formidable et qu’il faut réfléchir à la beauté de l’enseignement, mais quand cette phrase s’adresse à de jeunes professeurs qui attendent de la part de leurs formateurs des réponses concrètes sur la manière d’enseigner, cette phrase est dramatique. Et je n’en ai cité qu’une parmi d’autres…

Je pense qu’il faut « réinstituer » le professeur dans toute sa dignité, en lui rappelant sa raison d’être. Cela suppose de recentrer sa mission de transmetteur des savoirs fondamentaux. Avec des pédagogies modernes comme le constructivisme, le professeur ne sert plus à rien.

J’ai le souvenir du président de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP), en 2000, qui expliquait que l’introduction des ordinateurs à l’école était une invention formidable permettant au professeur de se placer non plus en face de l’élève mais à ses côtés : « ils regardent dans la même direction, c’est la pédagogie de la “main sur l’épaule” ». C’est-à-dire que l’élève chemine seul et que le professeur, qui est présent non pas pour le guider mais pour intervenir de temps en temps, se transforme ainsi en animateur. Ce rôle d’animateur du groupe classe a été mis en avant par les IUFM, en leur temps. Rien de tel pour saper l’autorité des enseignants.

L’autorité d’un enseignant découle de la certitude de ce qu’est sa mission mais aussi de la qualité de son savoir. Ma fonction d’enseignante pendant dix ans m’a appris que le professeur devait posséder au décuple sinon au centuple les connaissances qu’il est censé transmettre. L’interdisciplinarité dont on nous parle depuis trente ans ne consiste pas à faire travailler sur deux disciplines en même temps. C’est la capacité d’un professeur à relier le savoir qu’il transmet à d’autres disciplines. Un professeur de français doit connaître l’histoire et la philosophie, un professeur de philosophie les sciences, un professeur de sciences doit s’être intéressé à la philosophie des sciences. C’est par cette qualité du savoir que l’autorité du professeur ne sera pas remise en cause.

Imposer un savoir dogmatique ne suffit pas, encore faut-il être en mesure de pouvoir expliquer. Mon expérience m’a également appris que les différences entre les notions de savoir, d’opinion, d’information, de sentiment, de vérité restaient à définir auprès de jeunes collégiens et lycéens, qui retiennent de la part du professeur l’expression d’une opinion parmi d’autres et non pas celle d’un savoir.

Dans la loi d’orientation sur l’école de 1989, l’article 10 met en valeur la liberté d’expression des élèves à l’école. Le Conseil d’État s’est appuyé sur cet article 10 pour expliquer, lors des premières affaires de voile, que le port du voile n’était pas incompatible avec la laïcité. À partir du moment où l’on considère que l’école est un lieu d’expression de la liberté de l’élève et non un lieu d’apprentissage de la liberté à travers le savoir, on fragilise tout l’édifice et par là-même le professeur qui ne pourra plus imposer son savoir car ce sera un savoir vérifié.

Comment se concentrer sur les savoirs fondamentaux ? En leur accordant de la place.
Je remercie la commission d’enquête de m’avoir sollicitée car je considère que la transmission des valeurs républicaines par notre système éducatif représente un enjeu crucial.
Je suis journaliste spécialisée sur les questions de l’éducation et j’ai auparavant enseigné une année dans un établissement de l’éducation nationale puis neuf ans au sein du pôle universitaire Léonard de Vinci.
Une interrogation me taraude aujourd’hui : comment de jeunes gens ayant passé 12 ou 13 ans dans les établissements de l’éducation nationale ont-ils pu devenir des tueurs fanatisés tels que les frères Kouachi, Amédy Coulibaly ou Mohamed Merah, sans que nous n’ayons rien vu venir ?
Paru au début des années 2000, l’ouvrage collectif intitulé Les territoires perdus de la République racontait tout à l’avance, mais on n’a pas voulu entendre la parole de ces enseignants et le livre a été mis à l’index.
Personnellement, j’ai pu observer la redoutable conjonction de deux phénomènes que sont la généralisation de l’ignorance et la généralisation du renoncement.
J’ai été confrontée à l’ignorance, parfois presque revendiquée, d’étudiants incapables d’avoir une réflexion élémentaire sur des faits historiques de premier ordre.
J’ai observé le renoncement d’enseignants, réagissant aux exigences de leurs élèves, en allant demander conseil à un rabbin ou à un imam.
La charte de la laïcité ne résoudra rien, si l’école de la République ne parvient pas à nouveau à faire adhérer, non pas seulement les élèves d’ascendance étrangère, mais tous les élèves de France, futurs citoyens, à nos valeurs, à notre culture, à notre civilisation. Cela implique que nous retrouvions la mémoire de cette civilisation, qui tend à s’effacer, non pas tant pour ce qui a trait aux connaissances que pour ce qui concerne les pratiques et les usages.
Or, pour l’heure, les enseignants se refusent à faire cet effort, toute initiative allant dans ce sens étant envisagée sur le mode du soupçon.
L’éducation nationale n’est pourtant pas un service public, mais une institution dont les enseignants sont des fonctionnaires qui devraient s’investir d’une mission particulière de transmission des valeurs de la République. Pourtant la tentative d’introduire dans les concours de recrutement une épreuve intitulé « agir en fonctionnaire de la République » a suscité un tollé au nom de « l’indépendance des enseignants et de la liberté pédagogique ».
Nos enseignants, mal formés sur ces questions, se trouvent désemparés lorsque leurs élèves remettent en cause les valeurs de la République.

À l’origine véritable de l’école républicaine, Nicolas de Condorcet affirmait que la mission première de cette école était de transmettre le savoir universel qui libère, ce qui constitue l’inverse de l’endoctrinement.


M. Jacques Grosperrin, rapporteur. – Je tiens, madame, à vous remercier d’avoir accepté notre invitation. Votre parcours, non seulement d’enseignante mais également de journaliste, présente l’intérêt d’un double constat sur le terrain. Votre réalisme et l’acuité de votre regard sur l’éducation nationale et l’enseignement peuvent nous guider dans nos travaux. Vous rejoignez en cela le rejet d’Alain Finkielkraut du concept de l’ignorance qui permettrait l’émancipation. Un certain nombre de pédagogues ont posé les problèmes de l’éducation avec des mots tels que « révolution copernicienne » ou « mettre l’enfant au centre des savoirs »… Or ce sont les savoirs qui émancipent. Il est regrettable qu’il semble plus facile aujourd’hui, à un enseignant, plutôt que de dispenser un cours structuré, de faire chercher ses élèves pendant des heures, avec le constat, au final, que ces derniers se heurtent à un mur d’ignorance.
Vous affirmez que le rôle de l’enseignant est primordial dans le système éducatif. Nous souhaitons, la présidente et moi-même, mettre en place un code de déontologie à l’instar de celui applicable aux médecins pour consacrer l’engagement des enseignants vis-à-vis de leur métier. L’enseignement au niveau des écoles supérieures du professorat ne mériterait-il pas également une remise en question ?
Le diagnostic d’une perte d’autorité des enseignants vous parait-il justifié ? Si oui, comment l’expliquez-vous et comment y remédier ?
Dans votre livre « École : le pire est de plus en plus sûr », vous regrettez que l’école ne se concentre pas davantage sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux. Comment, selon vous, peut-elle y parvenir ?
Plus généralement, quelles mesures pourraient être mises en oeuvre pour lutter contre « le pire » qui, à en croire le titre de votre livre paru en 2011, est de plus en plus sûr ?


Mme Natacha Polony. – La perte d’autorité des enseignants est une « vieille lune » qui fait régulièrement l’objet de pétitions de principe, de considérations abstraites. Il faut rétablir l’autorité des enseignants, mais l’autorité arbitraire d’hier ne peut plus, aujourd’hui, s’exercer sur des adolescents de 13, 14 ou 15 ans, pas plus que le châtiment corporel pour l’assurer, et nous ne les souhaitons pas pour notre école.
L’autorité découle naturellement de la clarté de la mission de l’enseignant. À partir du moment où un enseignant a conscience qu’il est dans une classe pour transmettre le savoir, parce qu’il sait, que l’élève, lui, ne sait pas et qu’il est fondamental qu’il apprenne, et parce que c’est sa liberté qui est en jeu, son autorité peut commencer à s’asseoir.
Il m’est arrivé d’entendre, au cours de ma formation en IUFM : « vous avez beaucoup plus à apprendre de vos élèves que vos élèves de vous ». On peut comprendre de manière abstraite qu’enseigner à des jeunes gens nous transforme, que c’est une expérience formidable et qu’il faut réfléchir à la beauté de l’enseignement, mais quand cette phrase s’adresse à de jeunes professeurs qui attendent de la part de leurs formateurs des réponses concrètes sur la manière d’enseigner, cette phrase est dramatique. Et je n’en ai cité qu’une parmi d’autres…
Je pense qu’il faut « réinstituer » le professeur dans toute sa dignité, en lui rappelant sa raison d’être. Cela suppose de recentrer sa mission de transmetteur des savoirs fondamentaux. Avec des pédagogies modernes comme le constructivisme, le professeur ne sert plus à rien.
J’ai le souvenir du président de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP), en 2000, qui expliquait que l’introduction des ordinateurs à l’école était une invention formidable permettant au professeur de se placer non plus en face de l’élève mais à ses côtés : « ils regardent dans la même direction, c’est la pédagogie de la “main sur l’épaule” ». C’est-à-dire que l’élève chemine seul et que le professeur, qui est présent non pas pour le guider mais pour intervenir de temps en temps, se transforme ainsi en animateur. Ce rôle d’animateur du groupe classe a été mis en avant par les IUFM, en leur temps. Rien de tel pour saper l’autorité des enseignants.
L’autorité d’un enseignant découle de la certitude de ce qu’est sa mission mais aussi de la qualité de son savoir. Ma fonction d’enseignante pendant dix ans m’a appris que le professeur devait posséder au décuple sinon au centuple les connaissances qu’il est censé transmettre. L’interdisciplinarité dont on nous parle depuis trente ans ne consiste pas à faire travailler sur deux disciplines en même temps. C’est la capacité d’un professeur à relier le savoir qu’il transmet à d’autres disciplines. Un professeur de français doit connaître l’histoire et la philosophie, un professeur de philosophie les sciences, un professeur de sciences doit s’être intéressé à la philosophie des sciences. C’est par cette qualité du savoir que l’autorité du professeur ne sera pas remise en cause.
Imposer un savoir dogmatique ne suffit pas, encore faut-il être en mesure de pouvoir expliquer. Mon expérience m’a également appris que les différences entre les notions de savoir, d’opinion, d’information, de sentiment, de vérité restaient à définir auprès de jeunes collégiens et lycéens, qui retiennent de la part du professeur l’expression d’une opinion parmi d’autres et non pas celle d’un savoir.
Dans la loi d’orientation sur l’école de 1989, l’article 10 met en valeur la liberté d’expression des élèves à l’école. Le Conseil d’État s’est appuyé sur cet article 10 pour expliquer, lors des premières affaires de voile, que le port du voile n’était pas incompatible avec la laïcité. À partir du moment où l’on considère que l’école est un lieu d’expression de la liberté de l’élève et non un lieu d’apprentissage de la liberté à travers le savoir, on fragilise tout l’édifice et par là-même le professeur qui ne pourra plus imposer son savoir car ce sera un savoir vérifié.
Comment se concentrer sur les savoirs fondamentaux ? En leur accordant de la place. Les problèmes d’échec scolaire au collège et au lycée, dont on constate l’étendue dès l’entrée en 6e, et de rejet des valeurs de la République sont liés en partie à la réduction du temps scolaire – en trente ans, un élève de 3e a perdu plus d’une heure de cours de français. Si certains savoirs fondamentaux ne sont pas acquis par les enfants dès l’école primaire, les professeurs de collège auront par la suite d’importantes difficultés à combler leurs lacunes.
Il est nécessaire de mettre en place une véritable recherche pédagogique, malheureusement plutôt sinistrée en France, l’Institut national de la recherche pédagogique ayant servi pendant des années à prôner des procédures idéologiques plutôt que de s’appuyer sur des recherches de terrain. Les méthodes de lecture syllabique, par exemple, sont reconnues actuellement par des spécialistes en neurosciences comme étant les plus efficaces chez les enfants issus de milieux défavorisés. Pourquoi ne pas reconnaître que la méthode globale, au cours préparatoire, donne de mauvaises habitudes aux enfants ? Comment enseigne-t-on la grammaire, l’orthographe, la conjugaison qui ne sont pas, comme je l’ai entendu dire par tant de pédagogues, « la science des imbéciles ».

M. Gérard Longuet. – C’est Anatole France qui l’a dit !

Mme Natacha Polony. – Oui, si cela est acceptable de la part d’Anatole France, car, derrière ces mots, il y a une pensée fondée sur la connaissance de l’histoire et de la littérature, cela ne l’est pas de la part d’un pédagogue qui prétend remplacer la grammaire par l’observation des mots afin que l’élève puisse en déduire par lui-même la nature. Il est ainsi déconseillé au professeur de prononcer le mot « verbe » avant la deuxième partie de l’année scolaire en CP. N’est-il pas plus simple de dire à un enfant qu’on appelle verbe un mot qui porte l’action dans une phrase ? La différence entre la méthode inductive et la méthode déductive, c’est le nerf de la guerre, car c’est à partir de l’abandon progressif d’un enseignement logique et structuré que l’on se retrouve avec des enfants en carence qui ne maîtrisent pas la langue.
Or un enfant qui ne maîtrise pas la langue ne maîtrise ni la pensée, ni le monde. Il nourrit un sentiment de frustration et de rejet, qu’il exprimera plus tard d’une manière ou d’une autre.
Les méthodes pédagogiques d’apprentissage de la lecture doivent donc être revues, en se fondant sur l’évaluation des dispositifs existant sur le terrain. Des associations travaillent sur ces aspects, inventent des programmes, réfléchissent à des manuels scolaires progressifs. Je ne citerai que l’association SLECC, « Savoir lire, écrire, compter, calculer », et le GRIP, Groupe de recherche interdisciplinaire sur les programmes. En comparant les manuels produits par ces associations et les autres, on s’aperçoit facilement qu’il n’y a rien de complexe à se recentrer sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux.
Bien évidemment, des arbitrages sont nécessaires. Il est important d’enseigner des problématiques comme la sécurité routière ou l’hygiène, mais là n’est pas la priorité. L’idée d’enseigner le français de manière transversale, dans toutes les matières, qui est restée en vogue pendant longtemps, est une aberration. Il ne sera jamais identique pour un enfant de se voir expliquer une règle de grammaire dans le cadre d’un autre cours, alors même qu’il essaie de se concentrer, et de suivre un véritable cours de français. Arrêtons de compliquer les choses ! Un enfant a besoin de simplicité, de logique. Allons voir sur le terrain les méthodes qui marchent. Les enseignants du groupe SLECC ont d’excellents résultats, et apprennent à lire à leurs élèves avant la fin du CP. Or, un enfant qui ne sait pas lire à la fin du CP a 80 % de chance d’être par la suite en difficulté scolaire, car c’est sur la base d’un socle solide de fondamentaux que l’on peut ensuite déployer les autres savoirs.
Des générations entières sont aujourd’hui perdues. Comment faire pour limiter les dégâts ? L’essentiel est que tous les enfants puissent trouver, à l’école, des enseignements qui les nourrissent et répondent à leur quête de sens et de valeurs. Pour cela, nous devons rétablir des méthodes efficaces, dès le primaire. L’institution doit reprendre conscience de son rôle. Elle se doit également de transmettre un récit national, non pas un endoctrinement, qui ressasse les vieilles images d’Épinal, mais un roman national reconstruit en fonction de notre vision moderne. C’est de cette manière que l’école peut faire comprendre aux enfants, d’où qu’ils viennent, que ce pays est à eux, et que l’histoire de France, même si elle n’est pas celle de leurs parents, est néanmoins la leur, car leur avenir est en France. Si l’on imagine que l’on va favoriser la cohésion républicaine en enseignant aux enfants ce que l’on croit être leur histoire, on se trompe et on fait même preuve de mépris, car leur peuple est la France. Je vous donnerai l’exemple d’un de mes étudiants de l’université Léonard de Vinci, d’origine antillaise, qui, ayant reçu une mauvaise note sur un devoir d’histoire, m’avait assuré de pas avoir besoin de connaitre l’histoire de France car il connaissait déjà celle de son peuple, à savoir l’esclavage. C’est la démonstration que la société nationale est aujourd’hui fracturée !
Cela doit se décliner de manière très concrète dans les classes. Chaque mot que prononce un professeur, la façon de présenter une connaissance, un livre, un texte, a toute son importance. La consolidation des piliers de l’institution doit donc avant tout se traduire par un renforcement de la formation des professeurs.

M. Guy-Dominique Kennel. – Madame, je vous remercie pour cet exposé, auquel j’adhère complètement. J’aurais néanmoins plusieurs questions à vous poser.
Premièrement, pensez-vous que l’on puisse reprocher quelque chose aux jeunes enseignants, alors qu’ils ne s’engagent à rien au moment de leur titularisation ? À cet égard, trouveriez-vous farfelue l’idée de leur faire souscrire, à l’image du serment d’Hippocrate, un « serment de Socrate » ?
Vous mentionniez par ailleurs l’importance des méthodes pédagogiques, et j’y suis très sensible. Il est vrai que dans la plupart des cas les enseignants ont recours à la méthode déductive. Or, ces méthodes ne semblent pas toujours efficaces sur des élèves ne disposant pas des capacités suffisantes. Je crois que mixer méthodes inductive et déductive peut être un facteur de réussite. Qu’en pensez-vous ?

M. Gérard Longuet. – Je m’associe aux remerciements de mes collègues. Vos propos convergent avec ce que nous observons sur le terrain. Je souhaiterais vous poser une question plus technique sur la lecture. J’ai le sentiment que les générations actuelles sont, depuis une dizaine d’années, des générations du numérique, et ne savent plus lire. Avez-vous des observations sur cette invasion du numérique et sur la façon de la combattre ?

Mme Natacha Polony. – Il est évident que l’on ne peut reprocher les difficultés actuelles aux jeunes enseignants, tout simplement parce qu’ils sont eux-mêmes le produit de cette école. Il n’est pas question d’accuser, mais de poser un diagnostic, de comprendre que beaucoup de professeurs souffrent de cette situation, d’être en permanence remis en question par les élèves. Nous devons leur redonner conscience de ce qu’est leur mission, au risque de voir disparaitre des savoirs accumulés par des générations de professeurs. Le serment peut être une solution, même si je vois d’emblée la levée de boucliers contre une telle mesure, que certains accuseraient d’un retour vers les heures les plus sombres de notre histoire. Si on s’orientait dans cette direction, il serait indispensable que les représentants des pouvoirs publics rappellent, avec fermeté, qu’un serment prêté à la République ne serait pas la même chose qu’un serment prêté à l’État français à une certaine époque.
 
Je crains néanmoins qu’un serment ne soit pas suffisant. La question cruciale est celle de la formation qualitative des enseignants. Trop de professeurs sont recrutés avec des savoirs flottants. Il suffit d’aller interroger les jurys de CAPES pour comprendre qu’ils sont obligés d’accepter des candidats parfois « limite », principalement par manque de candidats. La profession enseignante n’attire plus, car les conditions de travail sont déplorables.

Tant que l’institution scolaire laissera les enseignants être maltraités, injuriés ou méprisés par l’ensemble de la nation, il sera illusoire de prétendre attirer les meilleurs étudiants dans les filières d’enseignement. Cela rejoint d’ailleurs la question de la situation matérielle des professeurs : tant qu’ils ne seront pas correctement rémunérés, la fonction enseignante ne pourra pas être attractive. Les systèmes scolaires qui fonctionnent le mieux sont ceux où le métier d’enseignant jouit encore d’un certain prestige, où il est reconnu et bien rémunéré. Cela est notamment dans le cas dans un système très ouvert, où le redoublement n’existe pas, comme le système finlandais, mais aussi dans un système coercitif comme celui de la Corée du Sud. Les difficultés de l’école dépassent donc largement la question de la nécessité ou non du redoublement…
Sur la question de M. Kennel, il me semble en effet indispensable d’associer les méthodes inductive et déductive. Cela étant, je ne connais pas de professeur qui dispense des cours magistraux, que ce soit en collège ou en lycée. Je suis, de ce point de vue, extrêmement surprise lorsque j’entends la ministre de l’éducation nationale affirmer que l’on ne peut plus faire de cours magistral.

M. Gérard Longuet. – Cela n’était déjà plus le cas lorsque j’étais élève !

Mme Natacha Polony. – Il suffit de se rendre dans une classe pour constater que plus aucun professeur ne se contente de « débiter » son cours devant ses élèves. Or, la capacité à bien utiliser ces deux méthodes naît de l’expérience. Il faut donc réfléchir à des pédagogies efficaces pour assurer la transmission des savoirs. L’inventivité et la créativité, dès lors qu’elles visent à améliorer cette transmission et ne se concentrent pas sur d’autres questions telles que l’évaluation des compétences, la capacité à s’exprimer à l’oral ou à travailler en équipe, sont évidemment positives. Il me semble, de ce point de vue, qu’il serait utile de prendre en compte le caractère artisanal du métier d’enseignant et de développer une forme de compagnonnage. Comme tous les enseignants, au début de ma carrière, j’ai bénéficié d’un suivi assuré par une tutrice, laquelle d’ailleurs n’avait pas fait l’objet d’une inspection depuis au moins dix ans. Si j’ai pu prendre part, quelques fois, à sa classe, je ne me suis, en revanche, jamais rendue dans d’autres classes. Il m’a donc été impossible de me confronter à d’autres méthodes. Or, il me semble qu’il serait utile de développer l’ouverture des classes. Je suis consciente que, pour les enseignants, cette proposition est extrêmement violente. Tout professeur vit dans la crainte de voir son enseignement jugé par d’autres. Il faut donc travailler à la disparition de cette peur, car c’est en croisant les expériences que l’on parviendra à améliorer les méthodes pédagogiques. Le tâtonnement fait partie du métier d’enseignant. Éric Debarbieux soulignait qu’il était dramatique d’affecter les professeurs débutants dans des établissements difficiles. Certes, les jeunes enseignants peuvent être plus motivés que leurs aînés ou faire preuve de davantage d’inventivité, mais il me semble crucial d’arrêter de les envoyer au massacre. À Épinay-sur-Seine, où j’ai enseigné, tous les jeunes professeurs, notamment des disciplines littéraires, chez qui le sentiment d’appartenance aux « hussards noirs » de la République est peut-être plus marqué, étaient en situation de souffrance. Il est nécessaire de modifier ce système, même si cela risque de fâcher certains syndicats…
La question de M. Longuet soulève en effet un problème dramatique et complexe. Les écrans qui envahissent notre société sont à la fois une chance formidable et une arme de destruction massive pour les enfants.
Si j’avais les clés du pouvoir, j’interdirais les chaînes de télévision pour enfants le matin. En effet, un enfant qui se rend à l’école après avoir regardé des dessins animés est incapable de se concentrer. N’importe quel instituteur vous le dira. Il faut se pencher sur cette question. Mais les écrans peuvent aussi être une chance pour ceux qui ont été bien formés. Or, l’école forme un nombre élevé de mauvais lecteurs qui, parce qu’ils parviennent à déchiffrer les textes, ne sont pas détectés comme tels par l’institution scolaire. Cette situation résulte généralement d’une formation déficiente et de la répétition de mauvais mécanismes consistant, pour l’enfant, à regarder la forme globale du mot, en lire le début et en déduire la suite. Les difficultés rencontrées par ces élèves s’aggraveront plus tard. C’est pourquoi le taux d’illettrisme des jeunes est plus faible que celui des adultes qui ont entre 65 et 70 ans, mais que ce taux augmente avec le temps. Les méthodes d’apprentissage de la lecture constituent donc une problématique centrale qui doit se nourrir des recherches scientifiques de plus en plus nombreuses sur ce sujet.
Pour autant, la confrontation aux écrans ne doit pas être une marotte de l’éducation nationale. Un enfant bien formé pourra rapidement accéder à ce savoir. Il me semble à cet égard nécessaire de dispenser assez tôt une initiation au codage afin de sortir d’une sorte de « pensée magique » consistant à être consommateur de ces objets sans en comprendre le fonctionnement. En revanche, imaginer que l’on va révolutionner l’école par les technologies numériques est illusoire. L’utilisation systématique des nouvelles technologies a un coût et les expériences qui ont été menées, notamment dans les Landes où des ordinateurs ont été fournis à l’ensemble des collégiens, n’ont pas été concluantes. J’ai rencontré le responsable de cette expérimentation qui m’a indiqué que les performances scolaires des enfants n’avaient pas été modifiées, mais que cela avait beaucoup servi à télécharger des jeux…
L’ordinateur peut être utile dès lors qu’il est utilisé à des fins pédagogiques par des enseignants bien formés. En revanche, distribuer des tablettes ou des ordinateurs me semble relever du gadget.
Lorsque j’enseignais à l’université Léonard de Vinci, je demandais à mes étudiants de réaliser des exposés sur des sujets ennuyeux et dont l’énoncé était problématisé. Cet exercice devait me permettre d’évaluer leur capacité à s’investir dans un sujet, à en parler avec conviction tout en évitant l’écueil du copier-coller. J’avais notamment demandé à l’un de mes élèves de traiter le sujet suivant : pourquoi et comment Alexandre le Grand est-il devenu un mythe ? J’attendais une réflexion sur la première mondialisation, la définition d’un mythe, etc. Or, cet étudiant s’est contenté de lire un document dactylographié – dont j’avais pourtant interdit l’utilisation pour éviter tout plagiat – qu’il découvrait en même temps que le reste de la classe et dont je me suis rapidement aperçue qu’il n’était qu’une impression de la fiche Wikipédia d’Alexandre le Grand. À la fin de cette lecture, cet étudiant a proposé de lire un texte, dont il n’était évidemment pas en mesure d’indiquer la source ou l’auteur. Il s’agissait d’un extrait de la vie d’Alexandre par Plutarque.
Cet exemple me semble illustrer le naufrage dont l’ordinateur peut être à l’origine. Laisser les élèves seuls face aux outils numériques, c’est les inciter à la facilité. Le rôle de l’enseignant consiste, à l’inverse, à leur donner le goût du savoir et de la recherche et à leur donner les outils qui leur permettront ensuite de se repérer dans cette « forêt » qu’est Internet. Plutôt que de dépenser des dizaines de milliers d’euros pour équiper les élèves en tablettes, il serait préférable de former les professeurs aux outils numériques, qui peuvent leur être utiles, et de les aider à développer chez leurs élèves la capacité à retranscrire, transformer, réécrire une phrase. Les enseignants doivent les guider dans la recherche de sources et les pousser à développer un minimum d’esprit critique.


Mme Marie-Annick Duchêne. – Ma question est en fait une remarque. Au cours des stages que j’ai effectués, j’ai pu constater que certains logiciels pouvaient permettre à des enfants rencontrant d’importantes difficultés de lecture et qui n’osaient pas en parler, par peur du regard des autres, de faire d’importants progrès en leur permettant de répondre seuls à des questions. Je regrette que l’on ait abandonné l’utilisation de ces outils.

Mme Natacha Polony. – Ces logiciels peuvent en effet constituer des outils pédagogiques utiles. Mais si ces enfants manquent de confiance en eux, c’est aussi parce qu’ils n’ont pas eu la chance d’avoir les bons enseignants. Cela rejoint la question de la formation des professeurs. Il ne s’agit pas de « victimiser » les élèves, mais notre rôle en tant qu’adultes, le respect que nous leur devons, consiste à leur enseigner l’effort, à faire preuve d’exigence, même si cette exigence doit être bienveillante. Le travail réalisé grâce au logiciel que vous évoquez devrait être celui de l’enseignant qui pousse l’élève à tenter, à ne pas avoir peur de se tromper. Cela nécessite d’avoir des enseignants formés, notamment dans le cadre de la formation continue, qui est largement inexistante, mais il ne faut pas croire que cela va révolutionner le système scolaire.

Mme Françoise Laborde, présidente. – Je vous remercie.

 – en trente ans, un élève de 3e a perdu plus d’une heure de cours de français. Si certains savoirs fondamentaux ne sont pas acquis par les enfants dès l’école primaire, les professeurs de collège auront par la suite d’importantes difficultés à combler leurs lacunes.

Il est nécessaire de mettre en place une véritable recherche pédagogique, malheureusement plutôt sinistrée en France, l’Institut national de la recherche pédagogique ayant servi pendant des années à prôner des procédures idéologiques plutôt que de s’appuyer sur des recherches de terrain. Les méthodes de lecture syllabique, par exemple, sont reconnues actuellement par des spécialistes en neurosciences comme étant les plus efficaces chez les enfants issus de milieux défavorisés. Pourquoi ne pas reconnaître que la méthode globale, au cours préparatoire, donne de mauvaises habitudes aux enfants ? Comment enseigne-t-on la grammaire, l’orthographe, la conjugaison qui ne sont pas, comme je l’ai entendu dire par tant de pédagogues, « la science des imbéciles ».

M. Gérard Longuet. – C’est Anatole France qui l’a dit !

Mme Natacha Polony. – Oui, si cela est acceptable de la part d’Anatole France, car, derrière ces mots, il y a une pensée fondée sur la connaissance de l’histoire et de la littérature, cela ne l’est pas de la part d’un pédagogue qui prétend remplacer la grammaire par l’observation des mots afin que l’élève puisse en déduire par lui-même la nature. Il est ainsi déconseillé au professeur de prononcer le mot « verbe » avant la deuxième partie de l’année scolaire en CP. N’est-il pas plus simple de dire à un enfant qu’on appelle verbe un mot qui porte l’action dans une phrase ? La différence entre la méthode inductive et la méthode déductive, c’est le nerf de la guerre, car c’est à partir de l’abandon progressif d’un enseignement logique et structuré que l’on se retrouve avec des enfants en carence qui ne maîtrisent pas la langue.

Or un enfant qui ne maîtrise pas la langue ne maîtrise ni la pensée, ni le monde. Il nourrit un sentiment de frustration et de rejet, qu’il exprimera plus tard d’une manière ou d’une autre.

Les méthodes pédagogiques d’apprentissage de la lecture doivent donc être revues, en se fondant sur l’évaluation des dispositifs existant sur le terrain. Des associations travaillent sur ces aspects, inventent des programmes, réfléchissent à des manuels scolaires progressifs. Je ne citerai que l’association SLECC, « Savoir lire, écrire, compter, calculer », et le GRIP, Groupe de recherche interdisciplinaire sur les programmes. En comparant les manuels produits par ces associations et les autres, on s’aperçoit facilement qu’il n’y a rien de complexe à se recentrer sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux.

Bien évidemment, des arbitrages sont nécessaires. Il est important d’enseigner des problématiques comme la sécurité routière ou l’hygiène, mais là n’est pas la priorité. L’idée d’enseigner le français de manière transversale, dans toutes les matières, qui est restée en vogue pendant longtemps, est une aberration. Il ne sera jamais identique pour un enfant de se voir expliquer une règle de grammaire dans le cadre d’un autre cours, alors même qu’il essaie de se concentrer, et de suivre un véritable cours de français. Arrêtons de compliquer les choses ! Un enfant a besoin de simplicité, de logique. Allons voir sur le terrain les méthodes qui marchent. Les enseignants du groupe SLECC ont d’excellents résultats, et apprennent à lire à leurs élèves avant la fin du CP. Or, un enfant qui ne sait pas lire à la fin du CP a 80 % de chance d’être par la suite en difficulté scolaire, car c’est sur la base d’un socle solide de fondamentaux que l’on peut ensuite déployer les autres savoirs.

Des générations entières sont aujourd’hui perdues. Comment faire pour limiter les dégâts ? L’essentiel est que tous les enfants puissent trouver, à l’école, des enseignements qui les nourrissent et répondent à leur quête de sens et de valeurs. Pour cela, nous devons rétablir des méthodes efficaces, dès le primaire. L’institution doit reprendre conscience de son rôle. Elle se doit également de transmettre un récit national, non pas un endoctrinement, qui ressasse les vieilles images d’Épinal, mais un roman national reconstruit en fonction de notre vision moderne. C’est de cette manière que l’école peut faire comprendre aux enfants, d’où qu’ils viennent, que ce pays est à eux, et que l’histoire de France, même si elle n’est pas celle de leurs parents, est néanmoins la leur, car leur avenir est en France. Si l’on imagine que l’on va favoriser la cohésion républicaine en enseignant aux enfants ce que l’on croit être leur histoire, on se trompe et on fait même preuve de mépris, car leur peuple est la France. Je vous donnerai l’exemple d’un de mes étudiants de l’université Léonard de Vinci, d’origine antillaise, qui, ayant reçu une mauvaise note sur un devoir d’histoire, m’avait assuré de pas avoir besoin de connaitre l’histoire de France car il connaissait déjà celle de son peuple, à savoir l’esclavage. C’est la démonstration que la société nationale est aujourd’hui fracturée !

Cela doit se décliner de manière très concrète dans les classes. Chaque mot que prononce un professeur, la façon de présenter une connaissance, un livre, un texte, a toute son importance. La consolidation des piliers de l’institution doit donc avant tout se traduire par un renforcement de la formation des professeurs.

M. Guy-Dominique Kennel. – Madame, je vous remercie pour cet exposé, auquel j’adhère complètement. J’aurais néanmoins plusieurs questions à vous poser.

Premièrement, pensez-vous que l’on puisse reprocher quelque chose aux jeunes enseignants, alors qu’ils ne s’engagent à rien au moment de leur titularisation ? À cet égard, trouveriez-vous farfelue l’idée de leur faire souscrire, à l’image du serment d’Hippocrate, un « serment de Socrate » ?

Vous mentionniez par ailleurs l’importance des méthodes pédagogiques, et j’y suis très sensible. Il est vrai que dans la plupart des cas les enseignants ont recours à la méthode déductive. Or, ces méthodes ne semblent pas toujours efficaces sur des élèves ne disposant pas des capacités suffisantes. Je crois que mixer méthodes inductive et déductive peut être un facteur de réussite. Qu’en pensez-vous ?

M. Gérard Longuet. – Je m’associe aux remerciements de mes collègues. Vos propos convergent avec ce que nous observons sur le terrain. Je souhaiterais vous poser une question plus technique sur la lecture. J’ai le sentiment que les générations actuelles sont, depuis une dizaine d’années, des générations du numérique, et ne savent plus lire. Avez-vous des observations sur cette invasion du numérique et sur la façon de la combattre ?

Mme Natacha Polony. – Il est évident que l’on ne peut reprocher les difficultés actuelles aux jeunes enseignants, tout simplement parce qu’ils sont eux-mêmes le produit de cette école. Il n’est pas question d’accuser, mais de poser un diagnostic, de comprendre que beaucoup de professeurs souffrent de cette situation, d’être en permanence remis en question par les élèves. Nous devons leur redonner conscience de ce qu’est leur mission, au risque de voir disparaitre des savoirs accumulés par des générations de professeurs. Le serment peut être une solution, même si je vois d’emblée la levée de boucliers contre une telle mesure, que certains accuseraient d’un retour vers les heures les plus sombres de notre histoire. Si on s’orientait dans cette direction, il serait indispensable que les représentants des pouvoirs publics rappellent, avec fermeté, qu’un serment prêté à la République ne serait pas la même chose qu’un serment prêté à l’État français à une certaine époque.

Je crains néanmoins qu’un serment ne soit pas suffisant. La question cruciale est celle de la formation qualitative des enseignants. Trop de professeurs sont recrutés avec des savoirs flottants. Il suffit d’aller interroger les jurys de CAPES pour comprendre qu’ils sont obligés d’accepter des candidats parfois « limite », principalement par manque de candidats. La profession enseignante n’attire plus, car les conditions de travail sont déplorables.

Tant que l’institution scolaire laissera les enseignants être maltraités, injuriés ou méprisés par l’ensemble de la nation, il sera illusoire de prétendre attirer les meilleurs étudiants dans les filières d’enseignement. Cela rejoint d’ailleurs la question de la situation matérielle des professeurs : tant qu’ils ne seront pas correctement rémunérés, la fonction enseignante ne pourra pas être attractive. Les systèmes scolaires qui fonctionnent le mieux sont ceux où le métier d’enseignant jouit encore d’un certain prestige, où il est reconnu et bien rémunéré. Cela est notamment dans le cas dans un système très ouvert, où le redoublement n’existe pas, comme le système finlandais, mais aussi dans un système coercitif comme celui de la Corée du Sud. Les difficultés de l’école dépassent donc largement la question de la nécessité ou non du redoublement…

Sur la question de M. Kennel, il me semble en effet indispensable d’associer les méthodes inductive et déductive. Cela étant, je ne connais pas de professeur qui dispense des cours magistraux, que ce soit en collège ou en lycée. Je suis, de ce point de vue, extrêmement surprise lorsque j’entends la ministre de l’éducation nationale affirmer que l’on ne peut plus faire de cours magistral.

M. Gérard Longuet. – Cela n’était déjà plus le cas lorsque j’étais élève !

Mme Natacha Polony. – Il suffit de se rendre dans une classe pour constater que plus aucun professeur ne se contente de « débiter » son cours devant ses élèves. Or, la capacité à bien utiliser ces deux méthodes naît de l’expérience. Il faut donc réfléchir à des pédagogies efficaces pour assurer la transmission des savoirs. L’inventivité et la créativité, dès lors qu’elles visent à améliorer cette transmission et ne se concentrent pas sur d’autres questions telles que l’évaluation des compétences, la capacité à s’exprimer à l’oral ou à travailler en équipe, sont évidemment positives. Il me semble, de ce point de vue, qu’il serait utile de prendre en compte le caractère artisanal du métier d’enseignant et de développer une forme de compagnonnage. Comme tous les enseignants, au début de ma carrière, j’ai bénéficié d’un suivi assuré par une tutrice, laquelle d’ailleurs n’avait pas fait l’objet d’une inspection depuis au moins dix ans. Si j’ai pu prendre part, quelques fois, à sa classe, je ne me suis, en revanche, jamais rendue dans d’autres classes. Il m’a donc été impossible de me confronter à d’autres méthodes. Or, il me semble qu’il serait utile de développer l’ouverture des classes. Je suis consciente que, pour les enseignants, cette proposition est extrêmement violente. Tout professeur vit dans la crainte de voir son enseignement jugé par d’autres. Il faut donc travailler à la disparition de cette peur, car c’est en croisant les expériences que l’on parviendra à améliorer les méthodes pédagogiques. Le tâtonnement fait partie du métier d’enseignant. Éric Debarbieux soulignait qu’il était dramatique d’affecter les professeurs débutants dans des établissements difficiles. Certes, les jeunes enseignants peuvent être plus motivés que leurs aînés ou faire preuve de davantage d’inventivité, mais il me semble crucial d’arrêter de les envoyer au massacre. À Épinay-sur-Seine, où j’ai enseigné, tous les jeunes professeurs, notamment des disciplines littéraires, chez qui le sentiment d’appartenance aux « hussards noirs » de la République est peut-être plus marqué, étaient en situation de souffrance. Il est nécessaire de modifier ce système, même si cela risque de fâcher certains syndicats…

La question de M. Longuet soulève en effet un problème dramatique et complexe. Les écrans qui envahissent notre société sont à la fois une chance formidable et une arme de destruction massive pour les enfants.

Si j’avais les clés du pouvoir, j’interdirais les chaînes de télévision pour enfants le matin. En effet, un enfant qui se rend à l’école après avoir regardé des dessins animés est incapable de se concentrer. N’importe quel instituteur vous le dira. Il faut se pencher sur cette question. Mais les écrans peuvent aussi être une chance pour ceux qui ont été bien formés. Or, l’école forme un nombre élevé de mauvais lecteurs qui, parce qu’ils parviennent à déchiffrer les textes, ne sont pas détectés comme tels par l’institution scolaire. Cette situation résulte généralement d’une formation déficiente et de la répétition de mauvais mécanismes consistant, pour l’enfant, à regarder la forme globale du mot, en lire le début et en déduire la suite. Les difficultés rencontrées par ces élèves s’aggraveront plus tard. C’est pourquoi le taux d’illettrisme des jeunes est plus faible que celui des adultes qui ont entre 65 et 70 ans, mais que ce taux augmente avec le temps. Les méthodes d’apprentissage de la lecture constituent donc une problématique centrale qui doit se nourrir des recherches scientifiques de plus en plus nombreuses sur ce sujet.

Pour autant, la confrontation aux écrans ne doit pas être une marotte de l’éducation nationale. Un enfant bien formé pourra rapidement accéder à ce savoir. Il me semble à cet égard nécessaire de dispenser assez tôt une initiation au codage afin de sortir d’une sorte de « pensée magique » consistant à être consommateur de ces objets sans en comprendre le fonctionnement. En revanche, imaginer que l’on va révolutionner l’école par les technologies numériques est illusoire. L’utilisation systématique des nouvelles technologies a un coût et les expériences qui ont été menées, notamment dans les Landes où des ordinateurs ont été fournis à l’ensemble des collégiens, n’ont pas été concluantes. J’ai rencontré le responsable de cette expérimentation qui m’a indiqué que les performances scolaires des enfants n’avaient pas été modifiées, mais que cela avait beaucoup servi à télécharger des jeux…

L’ordinateur peut être utile dès lors qu’il est utilisé à des fins pédagogiques par des enseignants bien formés. En revanche, distribuer des tablettes ou des ordinateurs me semble relever du gadget.

Lorsque j’enseignais à l’université Léonard de Vinci, je demandais à mes étudiants de réaliser des exposés sur des sujets ennuyeux et dont l’énoncé était problématisé. Cet exercice devait me permettre d’évaluer leur capacité à s’investir dans un sujet, à en parler avec conviction tout en évitant l’écueil du copier-coller. J’avais notamment demandé à l’un de mes élèves de traiter le sujet suivant : pourquoi et comment Alexandre le Grand est-il devenu un mythe ? J’attendais une réflexion sur la première mondialisation, la définition d’un mythe, etc. Or, cet étudiant s’est contenté de lire un document dactylographié – dont j’avais pourtant interdit l’utilisation pour éviter tout plagiat – qu’il découvrait en même temps que le reste de la classe et dont je me suis rapidement aperçue qu’il n’était qu’une impression de la fiche Wikipédia d’Alexandre le Grand. À la fin de cette lecture, cet étudiant a proposé de lire un texte, dont il n’était évidemment pas en mesure d’indiquer la source ou l’auteur. Il s’agissait d’un extrait de la vie d’Alexandre par Plutarque.

Cet exemple me semble illustrer le naufrage dont l’ordinateur peut être à l’origine. Laisser les élèves seuls face aux outils numériques, c’est les inciter à la facilité. Le rôle de l’enseignant consiste, à l’inverse, à leur donner le goût du savoir et de la recherche et à leur donner les outils qui leur permettront ensuite de se repérer dans cette « forêt » qu’est Internet. Plutôt que de dépenser des dizaines de milliers d’euros pour équiper les élèves en tablettes, il serait préférable de former les professeurs aux outils numériques, qui peuvent leur être utiles, et de les aider à développer chez leurs élèves la capacité à retranscrire, transformer, réécrire une phrase. Les enseignants doivent les guider dans la recherche de sources et les pousser à développer un minimum d’esprit critique.

Mme Marie-Annick Duchêne. – Ma question est en fait une remarque. Au cours des stages que j’ai effectués, j’ai pu constater que certains logiciels pouvaient permettre à des enfants rencontrant d’importantes difficultés de lecture et qui n’osaient pas en parler, par peur du regard des autres, de faire d’importants progrès en leur permettant de répondre seuls à des questions. Je regrette que l’on ait abandonné l’utilisation de ces outils.

Mme Natacha Polony. – Ces logiciels peuvent en effet constituer des outils pédagogiques utiles. Mais si ces enfants manquent de confiance en eux, c’est aussi parce qu’ils n’ont pas eu la chance d’avoir les bons enseignants. Cela rejoint la question de la formation des professeurs. Il ne s’agit pas de « victimiser » les élèves, mais notre rôle en tant qu’adultes, le respect que nous leur devons, consiste à leur enseigner l’effort, à faire preuve d’exigence, même si cette exigence doit être bienveillante. Le travail réalisé grâce au logiciel que vous évoquez devrait être celui de l’enseignant qui pousse l’élève à tenter, à ne pas avoir peur de se tromper. Cela nécessite d’avoir des enseignants formés, notamment dans le cadre de la formation continue, qui est largement inexistante, mais il ne faut pas croire que cela va révolutionner le système scolaire.

Mme Françoise Laborde, présidente. – Je vous remercie.
Audition de Natacha Polony au sénat, le 28 mai 2015. Deux ans plus tard, la situation a évolué: en pire!!!
Je suis journaliste spécialisée sur les questions de l’éducation et j’ai auparavant enseigné une année dans un établissement de l’éducation nationale puis neuf ans au sein du pôle universitaire Léonard de Vinci.

Une interrogation me taraude aujourd’hui : comment de jeunes gens ayant passé 12 ou 13 ans dans les établissements de l’éducation nationale ont-ils pu devenir des tueurs fanatisés tels que les frères Kouachi, Amédy Coulibaly ou Mohamed Merah, sans que nous n’ayons rien vu venir ?

Paru au début des années 2000, l’ouvrage collectif intitulé Les territoires perdus de la République racontait tout à l’avance, mais on n’a pas voulu entendre la parole de ces enseignants et le livre a été mis à l’index.

Personnellement, j’ai pu observer la redoutable conjonction de deux phénomènes que sont la généralisation de l’ignorance et la généralisation du renoncement.

J’ai été confrontée à l’ignorance, parfois presque revendiquée, d’étudiants incapables d’avoir une réflexion élémentaire sur des faits historiques de premier ordre.

J’ai observé le renoncement d’enseignants, réagissant aux exigences de leurs élèves, en allant demander conseil à un rabbin ou à un imam.

La charte de la laïcité ne résoudra rien, si l’école de la République ne parvient pas à nouveau à faire adhérer, non pas seulement les élèves d’ascendance étrangère, mais tous les élèves de France, futurs citoyens, à nos valeurs, à notre culture, à notre civilisation. Cela implique que nous retrouvions la mémoire de cette civilisation, qui tend à s’effacer, non pas tant pour ce qui a trait aux connaissances que pour ce qui concerne les pratiques et les usages.

Or, pour l’heure, les enseignants se refusent à faire cet effort, toute initiative allant dans ce sens étant envisagée sur le mode du soupçon.

L’éducation nationale n’est pourtant pas un service public, mais une institution dont les enseignants sont des fonctionnaires qui devraient s’investir d’une mission particulière de transmission des valeurs de la République. Pourtant la tentative d’introduire dans les concours de recrutement une épreuve intitulé « agir en fonctionnaire de la République » a suscité un tollé au nom de « l’indépendance des enseignants et de la liberté pédagogique ».

Nos enseignants, mal formés sur ces questions, se trouvent désemparés lorsque leurs élèves remettent en cause les valeurs de la République.

À l’origine véritable de l’école républicaine, Nicolas de Condorcet affirmait que la mission première de cette école était de transmettre le savoir universel qui libère, ce qui constitue l’inverse de l’endoctrinement.

M. Jacques Grosperrin, rapporteur. – Je tiens, madame, à vous remercier d’avoir accepté notre invitation. Votre parcours, non seulement d’enseignante mais également de journaliste, présente l’intérêt d’un double constat sur le terrain. Votre réalisme et l’acuité de votre regard sur l’éducation nationale et l’enseignement peuvent nous guider dans nos travaux. Vous rejoignez en cela le rejet d’Alain Finkielkraut du concept de l’ignorance qui permettrait l’émancipation. Un certain nombre de pédagogues ont posé les problèmes de l’éducation avec des mots tels que « révolution copernicienne » ou « mettre l’enfant au centre des savoirs »… Or ce sont les savoirs qui émancipent. Il est regrettable qu’il semble plus facile aujourd’hui, à un enseignant, plutôt que de dispenser un cours structuré, de faire chercher ses élèves pendant des heures, avec le constat, au final, que ces derniers se heurtent à un mur d’ignorance.

Vous affirmez que le rôle de l’enseignant est primordial dans le système éducatif. Nous souhaitons, la présidente et moi-même, mettre en place un code de déontologie à l’instar de celui applicable aux médecins pour consacrer l’engagement des enseignants vis-à-vis de leur métier. L’enseignement au niveau des écoles supérieures du professorat ne mériterait-il pas également une remise en question ?

Le diagnostic d’une perte d’autorité des enseignants vous parait-il justifié ? Si oui, comment l’expliquez-vous et comment y remédier ?

Dans votre livre « École : le pire est de plus en plus sûr », vous regrettez que l’école ne se concentre pas davantage sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux. Comment, selon vous, peut-elle y parvenir ?

Plus généralement, quelles mesures pourraient être mises en oeuvre pour lutter contre « le pire » qui, à en croire le titre de votre livre paru en 2011, est de plus en plus sûr ?

Mme Natacha Polony. – La perte d’autorité des enseignants est une « vieille lune » qui fait régulièrement l’objet de pétitions de principe, de considérations abstraites. Il faut rétablir l’autorité des enseignants, mais l’autorité arbitraire d’hier ne peut plus, aujourd’hui, s’exercer sur des adolescents de 13, 14 ou 15 ans, pas plus que le châtiment corporel pour l’assurer, et nous ne les souhaitons pas pour notre école.

L’autorité découle naturellement de la clarté de la mission de l’enseignant. À partir du moment où un enseignant a conscience qu’il est dans une classe pour transmettre le savoir, parce qu’il sait, que l’élève, lui, ne sait pas et qu’il est fondamental qu’il apprenne, et parce que c’est sa liberté qui est en jeu, son autorité peut commencer à s’asseoir.

Il m’est arrivé d’entendre, au cours de ma formation en IUFM : « vous avez beaucoup plus à apprendre de vos élèves que vos élèves de vous ». On peut comprendre de manière abstraite qu’enseigner à des jeunes gens nous transforme, que c’est une expérience formidable et qu’il faut réfléchir à la beauté de l’enseignement, mais quand cette phrase s’adresse à de jeunes professeurs qui attendent de la part de leurs formateurs des réponses concrètes sur la manière d’enseigner, cette phrase est dramatique. Et je n’en ai cité qu’une parmi d’autres…

Je pense qu’il faut « réinstituer » le professeur dans toute sa dignité, en lui rappelant sa raison d’être. Cela suppose de recentrer sa mission de transmetteur des savoirs fondamentaux. Avec des pédagogies modernes comme le constructivisme, le professeur ne sert plus à rien.

J’ai le souvenir du président de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP), en 2000, qui expliquait que l’introduction des ordinateurs à l’école était une invention formidable permettant au professeur de se placer non plus en face de l’élève mais à ses côtés : « ils regardent dans la même direction, c’est la pédagogie de la “main sur l’épaule” ». C’est-à-dire que l’élève chemine seul et que le professeur, qui est présent non pas pour le guider mais pour intervenir de temps en temps, se transforme ainsi en animateur. Ce rôle d’animateur du groupe classe a été mis en avant par les IUFM, en leur temps. Rien de tel pour saper l’autorité des enseignants.

L’autorité d’un enseignant découle de la certitude de ce qu’est sa mission mais aussi de la qualité de son savoir. Ma fonction d’enseignante pendant dix ans m’a appris que le professeur devait posséder au décuple sinon au centuple les connaissances qu’il est censé transmettre. L’interdisciplinarité dont on nous parle depuis trente ans ne consiste pas à faire travailler sur deux disciplines en même temps. C’est la capacité d’un professeur à relier le savoir qu’il transmet à d’autres disciplines. Un professeur de français doit connaître l’histoire et la philosophie, un professeur de philosophie les sciences, un professeur de sciences doit s’être intéressé à la philosophie des sciences. C’est par cette qualité du savoir que l’autorité du professeur ne sera pas remise en cause.

Imposer un savoir dogmatique ne suffit pas, encore faut-il être en mesure de pouvoir expliquer. Mon expérience m’a également appris que les différences entre les notions de savoir, d’opinion, d’information, de sentiment, de vérité restaient à définir auprès de jeunes collégiens et lycéens, qui retiennent de la part du professeur l’expression d’une opinion parmi d’autres et non pas celle d’un savoir.

Dans la loi d’orientation sur l’école de 1989, l’article 10 met en valeur la liberté d’expression des élèves à l’école. Le Conseil d’État s’est appuyé sur cet article 10 pour expliquer, lors des premières affaires de voile, que le port du voile n’était pas incompatible avec la laïcité. À partir du moment où l’on considère que l’école est un lieu d’expression de la liberté de l’élève et non un lieu d’apprentissage de la liberté à travers le savoir, on fragilise tout l’édifice et par là-même le professeur qui ne pourra plus imposer son savoir car ce sera un savoir vérifié.

Comment se concentrer sur les savoirs fondamentaux ? En leur accordant de la place.
Je remercie la commission d’enquête de m’avoir sollicitée car je considère que la transmission des valeurs républicaines par notre système éducatif représente un enjeu crucial.
Je suis journaliste spécialisée sur les questions de l’éducation et j’ai auparavant enseigné une année dans un établissement de l’éducation nationale puis neuf ans au sein du pôle universitaire Léonard de Vinci.
Une interrogation me taraude aujourd’hui : comment de jeunes gens ayant passé 12 ou 13 ans dans les établissements de l’éducation nationale ont-ils pu devenir des tueurs fanatisés tels que les frères Kouachi, Amédy Coulibaly ou Mohamed Merah, sans que nous n’ayons rien vu venir ?
Paru au début des années 2000, l’ouvrage collectif intitulé Les territoires perdus de la République racontait tout à l’avance, mais on n’a pas voulu entendre la parole de ces enseignants et le livre a été mis à l’index.
Personnellement, j’ai pu observer la redoutable conjonction de deux phénomènes que sont la généralisation de l’ignorance et la généralisation du renoncement.
J’ai été confrontée à l’ignorance, parfois presque revendiquée, d’étudiants incapables d’avoir une réflexion élémentaire sur des faits historiques de premier ordre.
J’ai observé le renoncement d’enseignants, réagissant aux exigences de leurs élèves, en allant demander conseil à un rabbin ou à un imam.
La charte de la laïcité ne résoudra rien, si l’école de la République ne parvient pas à nouveau à faire adhérer, non pas seulement les élèves d’ascendance étrangère, mais tous les élèves de France, futurs citoyens, à nos valeurs, à notre culture, à notre civilisation. Cela implique que nous retrouvions la mémoire de cette civilisation, qui tend à s’effacer, non pas tant pour ce qui a trait aux connaissances que pour ce qui concerne les pratiques et les usages.
Or, pour l’heure, les enseignants se refusent à faire cet effort, toute initiative allant dans ce sens étant envisagée sur le mode du soupçon.
L’éducation nationale n’est pourtant pas un service public, mais une institution dont les enseignants sont des fonctionnaires qui devraient s’investir d’une mission particulière de transmission des valeurs de la République. Pourtant la tentative d’introduire dans les concours de recrutement une épreuve intitulé « agir en fonctionnaire de la République » a suscité un tollé au nom de « l’indépendance des enseignants et de la liberté pédagogique ».
Nos enseignants, mal formés sur ces questions, se trouvent désemparés lorsque leurs élèves remettent en cause les valeurs de la République.
À l’origine véritable de l’école républicaine, Nicolas de Condorcet affirmait que la mission première de cette école était de transmettre le savoir universel qui libère, ce qui constitue l’inverse de l’endoctrinement.
M. Jacques Grosperrin, rapporteur. – Je tiens, madame, à vous remercier d’avoir accepté notre invitation. Votre parcours, non seulement d’enseignante mais également de journaliste, présente l’intérêt d’un double constat sur le terrain. Votre réalisme et l’acuité de votre regard sur l’éducation nationale et l’enseignement peuvent nous guider dans nos travaux. Vous rejoignez en cela le rejet d’Alain Finkielkraut du concept de l’ignorance qui permettrait l’émancipation. Un certain nombre de pédagogues ont posé les problèmes de l’éducation avec des mots tels que « révolution copernicienne » ou « mettre l’enfant au centre des savoirs »… Or ce sont les savoirs qui émancipent. Il est regrettable qu’il semble plus facile aujourd’hui, à un enseignant, plutôt que de dispenser un cours structuré, de faire chercher ses élèves pendant des heures, avec le constat, au final, que ces derniers se heurtent à un mur d’ignorance.
Vous affirmez que le rôle de l’enseignant est primordial dans le système éducatif. Nous souhaitons, la présidente et moi-même, mettre en place un code de déontologie à l’instar de celui applicable aux médecins pour consacrer l’engagement des enseignants vis-à-vis de leur métier. L’enseignement au niveau des écoles supérieures du professorat ne mériterait-il pas également une remise en question ?
Le diagnostic d’une perte d’autorité des enseignants vous parait-il justifié ? Si oui, comment l’expliquez-vous et comment y remédier ?
Dans votre livre « École : le pire est de plus en plus sûr », vous regrettez que l’école ne se concentre pas davantage sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux. Comment, selon vous, peut-elle y parvenir ?
Plus généralement, quelles mesures pourraient être mises en oeuvre pour lutter contre « le pire » qui, à en croire le titre de votre livre paru en 2011, est de plus en plus sûr ?
Mme Natacha Polony. – La perte d’autorité des enseignants est une « vieille lune » qui fait régulièrement l’objet de pétitions de principe, de considérations abstraites. Il faut rétablir l’autorité des enseignants, mais l’autorité arbitraire d’hier ne peut plus, aujourd’hui, s’exercer sur des adolescents de 13, 14 ou 15 ans, pas plus que le châtiment corporel pour l’assurer, et nous ne les souhaitons pas pour notre école.
L’autorité découle naturellement de la clarté de la mission de l’enseignant. À partir du moment où un enseignant a conscience qu’il est dans une classe pour transmettre le savoir, parce qu’il sait, que l’élève, lui, ne sait pas et qu’il est fondamental qu’il apprenne, et parce que c’est sa liberté qui est en jeu, son autorité peut commencer à s’asseoir.
Il m’est arrivé d’entendre, au cours de ma formation en IUFM : « vous avez beaucoup plus à apprendre de vos élèves que vos élèves de vous ». On peut comprendre de manière abstraite qu’enseigner à des jeunes gens nous transforme, que c’est une expérience formidable et qu’il faut réfléchir à la beauté de l’enseignement, mais quand cette phrase s’adresse à de jeunes professeurs qui attendent de la part de leurs formateurs des réponses concrètes sur la manière d’enseigner, cette phrase est dramatique. Et je n’en ai cité qu’une parmi d’autres…
Je pense qu’il faut « réinstituer » le professeur dans toute sa dignité, en lui rappelant sa raison d’être. Cela suppose de recentrer sa mission de transmetteur des savoirs fondamentaux. Avec des pédagogies modernes comme le constructivisme, le professeur ne sert plus à rien.
J’ai le souvenir du président de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP), en 2000, qui expliquait que l’introduction des ordinateurs à l’école était une invention formidable permettant au professeur de se placer non plus en face de l’élève mais à ses côtés : « ils regardent dans la même direction, c’est la pédagogie de la “main sur l’épaule” ». C’est-à-dire que l’élève chemine seul et que le professeur, qui est présent non pas pour le guider mais pour intervenir de temps en temps, se transforme ainsi en animateur. Ce rôle d’animateur du groupe classe a été mis en avant par les IUFM, en leur temps. Rien de tel pour saper l’autorité des enseignants.
L’autorité d’un enseignant découle de la certitude de ce qu’est sa mission mais aussi de la qualité de son savoir. Ma fonction d’enseignante pendant dix ans m’a appris que le professeur devait posséder au décuple sinon au centuple les connaissances qu’il est censé transmettre. L’interdisciplinarité dont on nous parle depuis trente ans ne consiste pas à faire travailler sur deux disciplines en même temps. C’est la capacité d’un professeur à relier le savoir qu’il transmet à d’autres disciplines. Un professeur de français doit connaître l’histoire et la philosophie, un professeur de philosophie les sciences, un professeur de sciences doit s’être intéressé à la philosophie des sciences. C’est par cette qualité du savoir que l’autorité du professeur ne sera pas remise en cause.
Imposer un savoir dogmatique ne suffit pas, encore faut-il être en mesure de pouvoir expliquer. Mon expérience m’a également appris que les différences entre les notions de savoir, d’opinion, d’information, de sentiment, de vérité restaient à définir auprès de jeunes collégiens et lycéens, qui retiennent de la part du professeur l’expression d’une opinion parmi d’autres et non pas celle d’un savoir.
Dans la loi d’orientation sur l’école de 1989, l’article 10 met en valeur la liberté d’expression des élèves à l’école. Le Conseil d’État s’est appuyé sur cet article 10 pour expliquer, lors des premières affaires de voile, que le port du voile n’était pas incompatible avec la laïcité. À partir du moment où l’on considère que l’école est un lieu d’expression de la liberté de l’élève et non un lieu d’apprentissage de la liberté à travers le savoir, on fragilise tout l’édifice et par là-même le professeur qui ne pourra plus imposer son savoir car ce sera un savoir vérifié.
Comment se concentrer sur les savoirs fondamentaux ? En leur accordant de la place. Les problèmes d’échec scolaire au collège et au lycée, dont on constate l’étendue dès l’entrée en 6e, et de rejet des valeurs de la République sont liés en partie à la réduction du temps scolaire – en trente ans, un élève de 3e a perdu plus d’une heure de cours de français. Si certains savoirs fondamentaux ne sont pas acquis par les enfants dès l’école primaire, les professeurs de collège auront par la suite d’importantes difficultés à combler leurs lacunes.
Il est nécessaire de mettre en place une véritable recherche pédagogique, malheureusement plutôt sinistrée en France, l’Institut national de la recherche pédagogique ayant servi pendant des années à prôner des procédures idéologiques plutôt que de s’appuyer sur des recherches de terrain. Les méthodes de lecture syllabique, par exemple, sont reconnues actuellement par des spécialistes en neurosciences comme étant les plus efficaces chez les enfants issus de milieux défavorisés. Pourquoi ne pas reconnaître que la méthode globale, au cours préparatoire, donne de mauvaises habitudes aux enfants ? Comment enseigne-t-on la grammaire, l’orthographe, la conjugaison qui ne sont pas, comme je l’ai entendu dire par tant de pédagogues, « la science des imbéciles ».
M. Gérard Longuet. – C’est Anatole France qui l’a dit !
Mme Natacha Polony. – Oui, si cela est acceptable de la part d’Anatole France, car, derrière ces mots, il y a une pensée fondée sur la connaissance de l’histoire et de la littérature, cela ne l’est pas de la part d’un pédagogue qui prétend remplacer la grammaire par l’observation des mots afin que l’élève puisse en déduire par lui-même la nature. Il est ainsi déconseillé au professeur de prononcer le mot « verbe » avant la deuxième partie de l’année scolaire en CP. N’est-il pas plus simple de dire à un enfant qu’on appelle verbe un mot qui porte l’action dans une phrase ? La différence entre la méthode inductive et la méthode déductive, c’est le nerf de la guerre, car c’est à partir de l’abandon progressif d’un enseignement logique et structuré que l’on se retrouve avec des enfants en carence qui ne maîtrisent pas la langue.
Or un enfant qui ne maîtrise pas la langue ne maîtrise ni la pensée, ni le monde. Il nourrit un sentiment de frustration et de rejet, qu’il exprimera plus tard d’une manière ou d’une autre.
Les méthodes pédagogiques d’apprentissage de la lecture doivent donc être revues, en se fondant sur l’évaluation des dispositifs existant sur le terrain. Des associations travaillent sur ces aspects, inventent des programmes, réfléchissent à des manuels scolaires progressifs. Je ne citerai que l’association SLECC, « Savoir lire, écrire, compter, calculer », et le GRIP, Groupe de recherche interdisciplinaire sur les programmes. En comparant les manuels produits par ces associations et les autres, on s’aperçoit facilement qu’il n’y a rien de complexe à se recentrer sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux.
Bien évidemment, des arbitrages sont nécessaires. Il est important d’enseigner des problématiques comme la sécurité routière ou l’hygiène, mais là n’est pas la priorité. L’idée d’enseigner le français de manière transversale, dans toutes les matières, qui est restée en vogue pendant longtemps, est une aberration. Il ne sera jamais identique pour un enfant de se voir expliquer une règle de grammaire dans le cadre d’un autre cours, alors même qu’il essaie de se concentrer, et de suivre un véritable cours de français. Arrêtons de compliquer les choses ! Un enfant a besoin de simplicité, de logique. Allons voir sur le terrain les méthodes qui marchent. Les enseignants du groupe SLECC ont d’excellents résultats, et apprennent à lire à leurs élèves avant la fin du CP. Or, un enfant qui ne sait pas lire à la fin du CP a 80 % de chance d’être par la suite en difficulté scolaire, car c’est sur la base d’un socle solide de fondamentaux que l’on peut ensuite déployer les autres savoirs.
Des générations entières sont aujourd’hui perdues. Comment faire pour limiter les dégâts ? L’essentiel est que tous les enfants puissent trouver, à l’école, des enseignements qui les nourrissent et répondent à leur quête de sens et de valeurs. Pour cela, nous devons rétablir des méthodes efficaces, dès le primaire. L’institution doit reprendre conscience de son rôle. Elle se doit également de transmettre un récit national, non pas un endoctrinement, qui ressasse les vieilles images d’Épinal, mais un roman national reconstruit en fonction de notre vision moderne. C’est de cette manière que l’école peut faire comprendre aux enfants, d’où qu’ils viennent, que ce pays est à eux, et que l’histoire de France, même si elle n’est pas celle de leurs parents, est néanmoins la leur, car leur avenir est en France. Si l’on imagine que l’on va favoriser la cohésion républicaine en enseignant aux enfants ce que l’on croit être leur histoire, on se trompe et on fait même preuve de mépris, car leur peuple est la France. Je vous donnerai l’exemple d’un de mes étudiants de l’université Léonard de Vinci, d’origine antillaise, qui, ayant reçu une mauvaise note sur un devoir d’histoire, m’avait assuré de pas avoir besoin de connaitre l’histoire de France car il connaissait déjà celle de son peuple, à savoir l’esclavage. C’est la démonstration que la société nationale est aujourd’hui fracturée !
Cela doit se décliner de manière très concrète dans les classes. Chaque mot que prononce un professeur, la façon de présenter une connaissance, un livre, un texte, a toute son importance. La consolidation des piliers de l’institution doit donc avant tout se traduire par un renforcement de la formation des professeurs.
M. Guy-Dominique Kennel. – Madame, je vous remercie pour cet exposé, auquel j’adhère complètement. J’aurais néanmoins plusieurs questions à vous poser.
Premièrement, pensez-vous que l’on puisse reprocher quelque chose aux jeunes enseignants, alors qu’ils ne s’engagent à rien au moment de leur titularisation ? À cet égard, trouveriez-vous farfelue l’idée de leur faire souscrire, à l’image du serment d’Hippocrate, un « serment de Socrate » ?
Vous mentionniez par ailleurs l’importance des méthodes pédagogiques, et j’y suis très sensible. Il est vrai que dans la plupart des cas les enseignants ont recours à la méthode déductive. Or, ces méthodes ne semblent pas toujours efficaces sur des élèves ne disposant pas des capacités suffisantes. Je crois que mixer méthodes inductive et déductive peut être un facteur de réussite. Qu’en pensez-vous ?
M. Gérard Longuet. – Je m’associe aux remerciements de mes collègues. Vos propos convergent avec ce que nous observons sur le terrain. Je souhaiterais vous poser une question plus technique sur la lecture. J’ai le sentiment que les générations actuelles sont, depuis une dizaine d’années, des générations du numérique, et ne savent plus lire. Avez-vous des observations sur cette invasion du numérique et sur la façon de la combattre ?
Mme Natacha Polony. – Il est évident que l’on ne peut reprocher les difficultés actuelles aux jeunes enseignants, tout simplement parce qu’ils sont eux-mêmes le produit de cette école. Il n’est pas question d’accuser, mais de poser un diagnostic, de comprendre que beaucoup de professeurs souffrent de cette situation, d’être en permanence remis en question par les élèves. Nous devons leur redonner conscience de ce qu’est leur mission, au risque de voir disparaitre des savoirs accumulés par des générations de professeurs. Le serment peut être une solution, même si je vois d’emblée la levée de boucliers contre une telle mesure, que certains accuseraient d’un retour vers les heures les plus sombres de notre histoire. Si on s’orientait dans cette direction, il serait indispensable que les représentants des pouvoirs publics rappellent, avec fermeté, qu’un serment prêté à la République ne serait pas la même chose qu’un serment prêté à l’État français à une certaine époque.
Je crains néanmoins qu’un serment ne soit pas suffisant. La question cruciale est celle de la formation qualitative des enseignants. Trop de professeurs sont recrutés avec des savoirs flottants. Il suffit d’aller interroger les jurys de CAPES pour comprendre qu’ils sont obligés d’accepter des candidats parfois « limite », principalement par manque de candidats. La profession enseignante n’attire plus, car les conditions de travail sont déplorables.
Tant que l’institution scolaire laissera les enseignants être maltraités, injuriés ou méprisés par l’ensemble de la nation, il sera illusoire de prétendre attirer les meilleurs étudiants dans les filières d’enseignement. Cela rejoint d’ailleurs la question de la situation matérielle des professeurs : tant qu’ils ne seront pas correctement rémunérés, la fonction enseignante ne pourra pas être attractive. Les systèmes scolaires qui fonctionnent le mieux sont ceux où le métier d’enseignant jouit encore d’un certain prestige, où il est reconnu et bien rémunéré. Cela est notamment dans le cas dans un système très ouvert, où le redoublement n’existe pas, comme le système finlandais, mais aussi dans un système coercitif comme celui de la Corée du Sud. Les difficultés de l’école dépassent donc largement la question de la nécessité ou non du redoublement…
Sur la question de M. Kennel, il me semble en effet indispensable d’associer les méthodes inductive et déductive. Cela étant, je ne connais pas de professeur qui dispense des cours magistraux, que ce soit en collège ou en lycée. Je suis, de ce point de vue, extrêmement surprise lorsque j’entends la ministre de l’éducation nationale affirmer que l’on ne peut plus faire de cours magistral.
M. Gérard Longuet. – Cela n’était déjà plus le cas lorsque j’étais élève !
Mme Natacha Polony. – Il suffit de se rendre dans une classe pour constater que plus aucun professeur ne se contente de « débiter » son cours devant ses élèves. Or, la capacité à bien utiliser ces deux méthodes naît de l’expérience. Il faut donc réfléchir à des pédagogies efficaces pour assurer la transmission des savoirs. L’inventivité et la créativité, dès lors qu’elles visent à améliorer cette transmission et ne se concentrent pas sur d’autres questions telles que l’évaluation des compétences, la capacité à s’exprimer à l’oral ou à travailler en équipe, sont évidemment positives. Il me semble, de ce point de vue, qu’il serait utile de prendre en compte le caractère artisanal du métier d’enseignant et de développer une forme de compagnonnage. Comme tous les enseignants, au début de ma carrière, j’ai bénéficié d’un suivi assuré par une tutrice, laquelle d’ailleurs n’avait pas fait l’objet d’une inspection depuis au moins dix ans. Si j’ai pu prendre part, quelques fois, à sa classe, je ne me suis, en revanche, jamais rendue dans d’autres classes. Il m’a donc été impossible de me confronter à d’autres méthodes. Or, il me semble qu’il serait utile de développer l’ouverture des classes. Je suis consciente que, pour les enseignants, cette proposition est extrêmement violente. Tout professeur vit dans la crainte de voir son enseignement jugé par d’autres. Il faut donc travailler à la disparition de cette peur, car c’est en croisant les expériences que l’on parviendra à améliorer les méthodes pédagogiques. Le tâtonnement fait partie du métier d’enseignant. Éric Debarbieux soulignait qu’il était dramatique d’affecter les professeurs débutants dans des établissements difficiles. Certes, les jeunes enseignants peuvent être plus motivés que leurs aînés ou faire preuve de davantage d’inventivité, mais il me semble crucial d’arrêter de les envoyer au massacre. À Épinay-sur-Seine, où j’ai enseigné, tous les jeunes professeurs, notamment des disciplines littéraires, chez qui le sentiment d’appartenance aux « hussards noirs » de la République est peut-être plus marqué, étaient en situation de souffrance. Il est nécessaire de modifier ce système, même si cela risque de fâcher certains syndicats…
La question de M. Longuet soulève en effet un problème dramatique et complexe. Les écrans qui envahissent notre société sont à la fois une chance formidable et une arme de destruction massive pour les enfants.
Si j’avais les clés du pouvoir, j’interdirais les chaînes de télévision pour enfants le matin. En effet, un enfant qui se rend à l’école après avoir regardé des dessins animés est incapable de se concentrer. N’importe quel instituteur vous le dira. Il faut se pencher sur cette question. Mais les écrans peuvent aussi être une chance pour ceux qui ont été bien formés. Or, l’école forme un nombre élevé de mauvais lecteurs qui, parce qu’ils parviennent à déchiffrer les textes, ne sont pas détectés comme tels par l’institution scolaire. Cette situation résulte généralement d’une formation déficiente et de la répétition de mauvais mécanismes consistant, pour l’enfant, à regarder la forme globale du mot, en lire le début et en déduire la suite. Les difficultés rencontrées par ces élèves s’aggraveront plus tard. C’est pourquoi le taux d’illettrisme des jeunes est plus faible que celui des adultes qui ont entre 65 et 70 ans, mais que ce taux augmente avec le temps. Les méthodes d’apprentissage de la lecture constituent donc une problématique centrale qui doit se nourrir des recherches scientifiques de plus en plus nombreuses sur ce sujet.
Pour autant, la confrontation aux écrans ne doit pas être une marotte de l’éducation nationale. Un enfant bien formé pourra rapidement accéder à ce savoir. Il me semble à cet égard nécessaire de dispenser assez tôt une initiation au codage afin de sortir d’une sorte de « pensée magique » consistant à être consommateur de ces objets sans en comprendre le fonctionnement. En revanche, imaginer que l’on va révolutionner l’école par les technologies numériques est illusoire. L’utilisation systématique des nouvelles technologies a un coût et les expériences qui ont été menées, notamment dans les Landes où des ordinateurs ont été fournis à l’ensemble des collégiens, n’ont pas été concluantes. J’ai rencontré le responsable de cette expérimentation qui m’a indiqué que les performances scolaires des enfants n’avaient pas été modifiées, mais que cela avait beaucoup servi à télécharger des jeux…
L’ordinateur peut être utile dès lors qu’il est utilisé à des fins pédagogiques par des enseignants bien formés. En revanche, distribuer des tablettes ou des ordinateurs me semble relever du gadget.
Lorsque j’enseignais à l’université Léonard de Vinci, je demandais à mes étudiants de réaliser des exposés sur des sujets ennuyeux et dont l’énoncé était problématisé. Cet exercice devait me permettre d’évaluer leur capacité à s’investir dans un sujet, à en parler avec conviction tout en évitant l’écueil du copier-coller. J’avais notamment demandé à l’un de mes élèves de traiter le sujet suivant : pourquoi et comment Alexandre le Grand est-il devenu un mythe ? J’attendais une réflexion sur la première mondialisation, la définition d’un mythe, etc. Or, cet étudiant s’est contenté de lire un document dactylographié – dont j’avais pourtant interdit l’utilisation pour éviter tout plagiat – qu’il découvrait en même temps que le reste de la classe et dont je me suis rapidement aperçue qu’il n’était qu’une impression de la fiche Wikipédia d’Alexandre le Grand. À la fin de cette lecture, cet étudiant a proposé de lire un texte, dont il n’était évidemment pas en mesure d’indiquer la source ou l’auteur. Il s’agissait d’un extrait de la vie d’Alexandre par Plutarque.
Cet exemple me semble illustrer le naufrage dont l’ordinateur peut être à l’origine. Laisser les élèves seuls face aux outils numériques, c’est les inciter à la facilité. Le rôle de l’enseignant consiste, à l’inverse, à leur donner le goût du savoir et de la recherche et à leur donner les outils qui leur permettront ensuite de se repérer dans cette « forêt » qu’est Internet. Plutôt que de dépenser des dizaines de milliers d’euros pour équiper les élèves en tablettes, il serait préférable de former les professeurs aux outils numériques, qui peuvent leur être utiles, et de les aider à développer chez leurs élèves la capacité à retranscrire, transformer, réécrire une phrase. Les enseignants doivent les guider dans la recherche de sources et les pousser à développer un minimum d’esprit critique.
Mme Marie-Annick Duchêne. – Ma question est en fait une remarque. Au cours des stages que j’ai effectués, j’ai pu constater que certains logiciels pouvaient permettre à des enfants rencontrant d’importantes difficultés de lecture et qui n’osaient pas en parler, par peur du regard des autres, de faire d’importants progrès en leur permettant de répondre seuls à des questions. Je regrette que l’on ait abandonné l’utilisation de ces outils.
Mme Natacha Polony. – Ces logiciels peuvent en effet constituer des outils pédagogiques utiles. Mais si ces enfants manquent de confiance en eux, c’est aussi parce qu’ils n’ont pas eu la chance d’avoir les bons enseignants. Cela rejoint la question de la formation des professeurs. Il ne s’agit pas de « victimiser » les élèves, mais notre rôle en tant qu’adultes, le respect que nous leur devons, consiste à leur enseigner l’effort, à faire preuve d’exigence, même si cette exigence doit être bienveillante. Le travail réalisé grâce au logiciel que vous évoquez devrait être celui de l’enseignant qui pousse l’élève à tenter, à ne pas avoir peur de se tromper. Cela nécessite d’avoir des enseignants formés, notamment dans le cadre de la formation continue, qui est largement inexistante, mais il ne faut pas croire que cela va révolutionner le système scolaire.
Mme Françoise Laborde, présidente. – Je vous remercie.
 – en trente ans, un élève de 3e a perdu plus d’une heure de cours de français. Si certains savoirs fondamentaux ne sont pas acquis par les enfants dès l’école primaire, les professeurs de collège auront par la suite d’importantes difficultés à combler leurs lacunes.

Il est nécessaire de mettre en place une véritable recherche pédagogique, malheureusement plutôt sinistrée en France, l’Institut national de la recherche pédagogique ayant servi pendant des années à prôner des procédures idéologiques plutôt que de s’appuyer sur des recherches de terrain. Les méthodes de lecture syllabique, par exemple, sont reconnues actuellement par des spécialistes en neurosciences comme étant les plus efficaces chez les enfants issus de milieux défavorisés. Pourquoi ne pas reconnaître que la méthode globale, au cours préparatoire, donne de mauvaises habitudes aux enfants ? Comment enseigne-t-on la grammaire, l’orthographe, la conjugaison qui ne sont pas, comme je l’ai entendu dire par tant de pédagogues, « la science des imbéciles ».

M. Gérard Longuet. – C’est Anatole France qui l’a dit !

Mme Natacha Polony. – Oui, si cela est acceptable de la part d’Anatole France, car, derrière ces mots, il y a une pensée fondée sur la connaissance de l’histoire et de la littérature, cela ne l’est pas de la part d’un pédagogue qui prétend remplacer la grammaire par l’observation des mots afin que l’élève puisse en déduire par lui-même la nature. Il est ainsi déconseillé au professeur de prononcer le mot « verbe » avant la deuxième partie de l’année scolaire en CP. N’est-il pas plus simple de dire à un enfant qu’on appelle verbe un mot qui porte l’action dans une phrase ? La différence entre la méthode inductive et la méthode déductive, c’est le nerf de la guerre, car c’est à partir de l’abandon progressif d’un enseignement logique et structuré que l’on se retrouve avec des enfants en carence qui ne maîtrisent pas la langue.

Or un enfant qui ne maîtrise pas la langue ne maîtrise ni la pensée, ni le monde. Il nourrit un sentiment de frustration et de rejet, qu’il exprimera plus tard d’une manière ou d’une autre.

Les méthodes pédagogiques d’apprentissage de la lecture doivent donc être revues, en se fondant sur l’évaluation des dispositifs existant sur le terrain. Des associations travaillent sur ces aspects, inventent des programmes, réfléchissent à des manuels scolaires progressifs. Je ne citerai que l’association SLECC, « Savoir lire, écrire, compter, calculer », et le GRIP, Groupe de recherche interdisciplinaire sur les programmes. En comparant les manuels produits par ces associations et les autres, on s’aperçoit facilement qu’il n’y a rien de complexe à se recentrer sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux.

Bien évidemment, des arbitrages sont nécessaires. Il est important d’enseigner des problématiques comme la sécurité routière ou l’hygiène, mais là n’est pas la priorité. L’idée d’enseigner le français de manière transversale, dans toutes les matières, qui est restée en vogue pendant longtemps, est une aberration. Il ne sera jamais identique pour un enfant de se voir expliquer une règle de grammaire dans le cadre d’un autre cours, alors même qu’il essaie de se concentrer, et de suivre un véritable cours de français. Arrêtons de compliquer les choses ! Un enfant a besoin de simplicité, de logique. Allons voir sur le terrain les méthodes qui marchent. Les enseignants du groupe SLECC ont d’excellents résultats, et apprennent à lire à leurs élèves avant la fin du CP. Or, un enfant qui ne sait pas lire à la fin du CP a 80 % de chance d’être par la suite en difficulté scolaire, car c’est sur la base d’un socle solide de fondamentaux que l’on peut ensuite déployer les autres savoirs.

Des générations entières sont aujourd’hui perdues. Comment faire pour limiter les dégâts ? L’essentiel est que tous les enfants puissent trouver, à l’école, des enseignements qui les nourrissent et répondent à leur quête de sens et de valeurs. Pour cela, nous devons rétablir des méthodes efficaces, dès le primaire. L’institution doit reprendre conscience de son rôle. Elle se doit également de transmettre un récit national, non pas un endoctrinement, qui ressasse les vieilles images d’Épinal, mais un roman national reconstruit en fonction de notre vision moderne. C’est de cette manière que l’école peut faire comprendre aux enfants, d’où qu’ils viennent, que ce pays est à eux, et que l’histoire de France, même si elle n’est pas celle de leurs parents, est néanmoins la leur, car leur avenir est en France. Si l’on imagine que l’on va favoriser la cohésion républicaine en enseignant aux enfants ce que l’on croit être leur histoire, on se trompe et on fait même preuve de mépris, car leur peuple est la France. Je vous donnerai l’exemple d’un de mes étudiants de l’université Léonard de Vinci, d’origine antillaise, qui, ayant reçu une mauvaise note sur un devoir d’histoire, m’avait assuré de pas avoir besoin de connaitre l’histoire de France car il connaissait déjà celle de son peuple, à savoir l’esclavage. C’est la démonstration que la société nationale est aujourd’hui fracturée !

Cela doit se décliner de manière très concrète dans les classes. Chaque mot que prononce un professeur, la façon de présenter une connaissance, un livre, un texte, a toute son importance. La consolidation des piliers de l’institution doit donc avant tout se traduire par un renforcement de la formation des professeurs.

M. Guy-Dominique Kennel. – Madame, je vous remercie pour cet exposé, auquel j’adhère complètement. J’aurais néanmoins plusieurs questions à vous poser.

Premièrement, pensez-vous que l’on puisse reprocher quelque chose aux jeunes enseignants, alors qu’ils ne s’engagent à rien au moment de leur titularisation ? À cet égard, trouveriez-vous farfelue l’idée de leur faire souscrire, à l’image du serment d’Hippocrate, un « serment de Socrate » ?

Vous mentionniez par ailleurs l’importance des méthodes pédagogiques, et j’y suis très sensible. Il est vrai que dans la plupart des cas les enseignants ont recours à la méthode déductive. Or, ces méthodes ne semblent pas toujours efficaces sur des élèves ne disposant pas des capacités suffisantes. Je crois que mixer méthodes inductive et déductive peut être un facteur de réussite. Qu’en pensez-vous ?

M. Gérard Longuet. – Je m’associe aux remerciements de mes collègues. Vos propos convergent avec ce que nous observons sur le terrain. Je souhaiterais vous poser une question plus technique sur la lecture. J’ai le sentiment que les générations actuelles sont, depuis une dizaine d’années, des générations du numérique, et ne savent plus lire. Avez-vous des observations sur cette invasion du numérique et sur la façon de la combattre ?

Mme Natacha Polony. – Il est évident que l’on ne peut reprocher les difficultés actuelles aux jeunes enseignants, tout simplement parce qu’ils sont eux-mêmes le produit de cette école. Il n’est pas question d’accuser, mais de poser un diagnostic, de comprendre que beaucoup de professeurs souffrent de cette situation, d’être en permanence remis en question par les élèves. Nous devons leur redonner conscience de ce qu’est leur mission, au risque de voir disparaitre des savoirs accumulés par des générations de professeurs. Le serment peut être une solution, même si je vois d’emblée la levée de boucliers contre une telle mesure, que certains accuseraient d’un retour vers les heures les plus sombres de notre histoire. Si on s’orientait dans cette direction, il serait indispensable que les représentants des pouvoirs publics rappellent, avec fermeté, qu’un serment prêté à la République ne serait pas la même chose qu’un serment prêté à l’État français à une certaine époque.

Je crains néanmoins qu’un serment ne soit pas suffisant. La question cruciale est celle de la formation qualitative des enseignants. Trop de professeurs sont recrutés avec des savoirs flottants. Il suffit d’aller interroger les jurys de CAPES pour comprendre qu’ils sont obligés d’accepter des candidats parfois « limite », principalement par manque de candidats. La profession enseignante n’attire plus, car les conditions de travail sont déplorables.

Tant que l’institution scolaire laissera les enseignants être maltraités, injuriés ou méprisés par l’ensemble de la nation, il sera illusoire de prétendre attirer les meilleurs étudiants dans les filières d’enseignement. Cela rejoint d’ailleurs la question de la situation matérielle des professeurs : tant qu’ils ne seront pas correctement rémunérés, la fonction enseignante ne pourra pas être attractive. Les systèmes scolaires qui fonctionnent le mieux sont ceux où le métier d’enseignant jouit encore d’un certain prestige, où il est reconnu et bien rémunéré. Cela est notamment dans le cas dans un système très ouvert, où le redoublement n’existe pas, comme le système finlandais, mais aussi dans un système coercitif comme celui de la Corée du Sud. Les difficultés de l’école dépassent donc largement la question de la nécessité ou non du redoublement…

Sur la question de M. Kennel, il me semble en effet indispensable d’associer les méthodes inductive et déductive. Cela étant, je ne connais pas de professeur qui dispense des cours magistraux, que ce soit en collège ou en lycée. Je suis, de ce point de vue, extrêmement surprise lorsque j’entends la ministre de l’éducation nationale affirmer que l’on ne peut plus faire de cours magistral.

M. Gérard Longuet. – Cela n’était déjà plus le cas lorsque j’étais élève !

Mme Natacha Polony. – Il suffit de se rendre dans une classe pour constater que plus aucun professeur ne se contente de « débiter » son cours devant ses élèves. Or, la capacité à bien utiliser ces deux méthodes naît de l’expérience. Il faut donc réfléchir à des pédagogies efficaces pour assurer la transmission des savoirs. L’inventivité et la créativité, dès lors qu’elles visent à améliorer cette transmission et ne se concentrent pas sur d’autres questions telles que l’évaluation des compétences, la capacité à s’exprimer à l’oral ou à travailler en équipe, sont évidemment positives. Il me semble, de ce point de vue, qu’il serait utile de prendre en compte le caractère artisanal du métier d’enseignant et de développer une forme de compagnonnage. Comme tous les enseignants, au début de ma carrière, j’ai bénéficié d’un suivi assuré par une tutrice, laquelle d’ailleurs n’avait pas fait l’objet d’une inspection depuis au moins dix ans. Si j’ai pu prendre part, quelques fois, à sa classe, je ne me suis, en revanche, jamais rendue dans d’autres classes. Il m’a donc été impossible de me confronter à d’autres méthodes. Or, il me semble qu’il serait utile de développer l’ouverture des classes. Je suis consciente que, pour les enseignants, cette proposition est extrêmement violente. Tout professeur vit dans la crainte de voir son enseignement jugé par d’autres. Il faut donc travailler à la disparition de cette peur, car c’est en croisant les expériences que l’on parviendra à améliorer les méthodes pédagogiques. Le tâtonnement fait partie du métier d’enseignant. Éric Debarbieux soulignait qu’il était dramatique d’affecter les professeurs débutants dans des établissements difficiles. Certes, les jeunes enseignants peuvent être plus motivés que leurs aînés ou faire preuve de davantage d’inventivité, mais il me semble crucial d’arrêter de les envoyer au massacre. À Épinay-sur-Seine, où j’ai enseigné, tous les jeunes professeurs, notamment des disciplines littéraires, chez qui le sentiment d’appartenance aux « hussards noirs » de la République est peut-être plus marqué, étaient en situation de souffrance. Il est nécessaire de modifier ce système, même si cela risque de fâcher certains syndicats…

La question de M. Longuet soulève en effet un problème dramatique et complexe. Les écrans qui envahissent notre société sont à la fois une chance formidable et une arme de destruction massive pour les enfants.

Si j’avais les clés du pouvoir, j’interdirais les chaînes de télévision pour enfants le matin. En effet, un enfant qui se rend à l’école après avoir regardé des dessins animés est incapable de se concentrer. N’importe quel instituteur vous le dira. Il faut se pencher sur cette question. Mais les écrans peuvent aussi être une chance pour ceux qui ont été bien formés. Or, l’école forme un nombre élevé de mauvais lecteurs qui, parce qu’ils parviennent à déchiffrer les textes, ne sont pas détectés comme tels par l’institution scolaire. Cette situation résulte généralement d’une formation déficiente et de la répétition de mauvais mécanismes consistant, pour l’enfant, à regarder la forme globale du mot, en lire le début et en déduire la suite. Les difficultés rencontrées par ces élèves s’aggraveront plus tard. C’est pourquoi le taux d’illettrisme des jeunes est plus faible que celui des adultes qui ont entre 65 et 70 ans, mais que ce taux augmente avec le temps. Les méthodes d’apprentissage de la lecture constituent donc une problématique centrale qui doit se nourrir des recherches scientifiques de plus en plus nombreuses sur ce sujet.

Pour autant, la confrontation aux écrans ne doit pas être une marotte de l’éducation nationale. Un enfant bien formé pourra rapidement accéder à ce savoir. Il me semble à cet égard nécessaire de dispenser assez tôt une initiation au codage afin de sortir d’une sorte de « pensée magique » consistant à être consommateur de ces objets sans en comprendre le fonctionnement. En revanche, imaginer que l’on va révolutionner l’école par les technologies numériques est illusoire. L’utilisation systématique des nouvelles technologies a un coût et les expériences qui ont été menées, notamment dans les Landes où des ordinateurs ont été fournis à l’ensemble des collégiens, n’ont pas été concluantes. J’ai rencontré le responsable de cette expérimentation qui m’a indiqué que les performances scolaires des enfants n’avaient pas été modifiées, mais que cela avait beaucoup servi à télécharger des jeux…

L’ordinateur peut être utile dès lors qu’il est utilisé à des fins pédagogiques par des enseignants bien formés. En revanche, distribuer des tablettes ou des ordinateurs me semble relever du gadget.

Lorsque j’enseignais à l’université Léonard de Vinci, je demandais à mes étudiants de réaliser des exposés sur des sujets ennuyeux et dont l’énoncé était problématisé. Cet exercice devait me permettre d’évaluer leur capacité à s’investir dans un sujet, à en parler avec conviction tout en évitant l’écueil du copier-coller. J’avais notamment demandé à l’un de mes élèves de traiter le sujet suivant : pourquoi et comment Alexandre le Grand est-il devenu un mythe ? J’attendais une réflexion sur la première mondialisation, la définition d’un mythe, etc. Or, cet étudiant s’est contenté de lire un document dactylographié – dont j’avais pourtant interdit l’utilisation pour éviter tout plagiat – qu’il découvrait en même temps que le reste de la classe et dont je me suis rapidement aperçue qu’il n’était qu’une impression de la fiche Wikipédia d’Alexandre le Grand. À la fin de cette lecture, cet étudiant a proposé de lire un texte, dont il n’était évidemment pas en mesure d’indiquer la source ou l’auteur. Il s’agissait d’un extrait de la vie d’Alexandre par Plutarque.

Cet exemple me semble illustrer le naufrage dont l’ordinateur peut être à l’origine. Laisser les élèves seuls face aux outils numériques, c’est les inciter à la facilité. Le rôle de l’enseignant consiste, à l’inverse, à leur donner le goût du savoir et de la recherche et à leur donner les outils qui leur permettront ensuite de se repérer dans cette « forêt » qu’est Internet. Plutôt que de dépenser des dizaines de milliers d’euros pour équiper les élèves en tablettes, il serait préférable de former les professeurs aux outils numériques, qui peuvent leur être utiles, et de les aider à développer chez leurs élèves la capacité à retranscrire, transformer, réécrire une phrase. Les enseignants doivent les guider dans la recherche de sources et les pousser à développer un minimum d’esprit critique.

Mme Marie-Annick Duchêne. – Ma question est en fait une remarque. Au cours des stages que j’ai effectués, j’ai pu constater que certains logiciels pouvaient permettre à des enfants rencontrant d’importantes difficultés de lecture et qui n’osaient pas en parler, par peur du regard des autres, de faire d’importants progrès en leur permettant de répondre seuls à des questions. Je regrette que l’on ait abandonné l’utilisation de ces outils.

Mme Natacha Polony. – Ces logiciels peuvent en effet constituer des outils pédagogiques utiles. Mais si ces enfants manquent de confiance en eux, c’est aussi parce qu’ils n’ont pas eu la chance d’avoir les bons enseignants. Cela rejoint la question de la formation des professeurs. Il ne s’agit pas de « victimiser » les élèves, mais notre rôle en tant qu’adultes, le respect que nous leur devons, consiste à leur enseigner l’effort, à faire preuve d’exigence, même si cette exigence doit être bienveillante. Le travail réalisé grâce au logiciel que vous évoquez devrait être celui de l’enseignant qui pousse l’élève à tenter, à ne pas avoir peur de se tromper. Cela nécessite d’avoir des enseignants formés, notamment dans le cadre de la formation continue, qui est largement inexistante, mais il ne faut pas croire que cela va révolutionner le système scolaire.

Mme Françoise Laborde, présidente. – Je vous remercie.

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