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vendredi 9 juin 2017

TRIBUNE LIBRE, POINT DE VUE ET CONSTAT !


Législatives : en marche fatale


Par François Marcilhac
 Si Emmanuel Macron n’obtient pas la majorité absolue, le 18 juin prochain, au soir du second tour des législatives, ce ne sera pas la faute des média de l’oligarchie, qui n’ont jamais autant invoqué l’« esprit des institutions » pour vendre aux Français leurs candidats.
 
Certes, Macron ne bénéficie pas de ce qu’on appelle un état de grâce, mais, tout de même, 58 % des Français verraient aujourd’hui en lui un bon président, surtout à gauche en raison, bien sûr, de la totale déconfiture du candidat socialiste à la présidentielle.

 Il faut néanmoins comparer ce chiffre aux 66 % qui ont porté Macron à l’Élysée. 
Comparaison qui montre bien qu’il a surtout été élu par défaut. Et explique pourquoi la droite modérée voit elle aussi en lui l’homme de la situation, celui qui réussit d’autant mieux, selon Gaël Sliman, président de l’institut Odoxa, à réaliser « le consensus gauche-droite » qu’il s’agit d’une droite et d’une gauche également édulcorées.


Du machin électoral au parti
Quant à Édouard Philippe, l’ex-LR et ex-maire du Havre devenu Premier ministre, avec 55 % d’opinions favorables, il est loin de susciter l’adhésion des foules – l’incolore Ayrault faisait en 2012 dix points de plus. 

Le couple exécutif bénéficie donc d’une popularité de circonstance, sans laquelle l’ambivalence de la majorité des électeurs, chez qui désir et crainte du changement s’équilibrent, apparaîtrait comme une simple et pure contradiction. 
Or le suffrage universel a toujours raison : qu’il ait pris des vessies pour des lanternes et Emmanuel Macron pour le messie de la rénovation de la vie politique est donc d’une logique imparable.

Ceux qui ont, dès 2016, prétendu que Macron n’était qu’une bulle médiatique ne se sont pas trompés. Et n’ont donc pas à faire amende honorable. Ils auraient simplement dû ajouter que sous la Ve République, une bulle médiatique peut accéder à la présidence de la République, surtout lorsque la finance apatride et les média qui sont ses courroies de transmission la protègent suffisamment pour l’empêcher d’éclater trop tôt. 

C’est ici que nous retrouvons le fameux « esprit des institutions »…

Ne faisant jamais tourner les tables, je suis rarement entré en contact avec lui. Mais il doit bien exister puisqu’on ne cesse de l’invoquer pour s’assurer (et en même temps se rassurer) que les Français accorderont bien une majorité à Macron, même si le cas de figure n’est pas exactement le même que celui des précédentes présidentielles où l’élu l’avait été pour lui-même et pour son programme et non pas par défaut (le cas hors norme de 2002 ne pouvant être comparé à 2017). 

Mais en transformant immédiatement son machin électoral en parti, Macron a voulu également transformer une adhésion par défaut en une adhésion à sa personne et à son programme, le gouvernement, à tous points de vue hybride, qu’il a nommé visant à rassembler cette masse centriste des Français qui voit dans Macron le totem incarnant leur désir ambivalent de changement que nous évoquions à l’instant. 

« Lui donner sa chance » est donc la formule qui revient le plus souvent : ce que les électeurs désabusés ou en colère disaient de Marine Le Pen pour justifier leur vote FN – « elle, on ne l’a jamais essayée » –, les réformistes-conservateurs qui constituent la base électorale de Macron le disent de lui, qui joue auprès de ces électeurs bon chic-bon genre un rôle analogue à celui de la candidate FN auprès de l’électorat populaire.

 Le malheur est qu’en présentant mieux que sa concurrente, en jouant sur une (im)posture régalienne – ce qui n’est pas difficile après cinq années de présidence normale – et en ayant surtout déjà pour lui l’appareil d’État, l’Or et l’Intelligence soumise à l’Or, il risque d’obtenir cette majorité conforme à l’« esprit des institutions » qui voudrait, depuis le passage au quinquennat et l’« inversion » du calendrier électoral en 2002, que les Français donnent au président qu’ils viennent d’élire les moyens parlementaires de gouverner.


La matrice de nos maux principaux
Qu’en sera-t-il cette année ? Nous le verrons bien mais cessons de réduire l’esprit des institutions, si esprit il y a, à de la cuisine électorale.

 Et d’enfermer la Ve République dans une logique parlementaire que le dernier quinquennat fut loin de vérifier : le phénomène des frondeurs a limité – doit-on s’en plaindre ? – la portée des réformes qu’Hollande voulait engager… et que Macron ne fera que reprendre, voire aggraver notamment en matière européenne.

 Laquelle est primordiale : la mal nommée Europe est en effet la matrice de nos maux principaux. Or Macron a donné les signes les plus délétères, son gouvernement ne faisant que renforcer les craintes qu’on pouvait avoir, qu’il s’agisse de la nomination d’une fondamentaliste de l’Europe aux Armées ou d’une eurobéate aux Affaires européennes, ou de la création d’un ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, qui acte la disparition de toute diplomatie indépendante.
Ce qui importe, ce n’est donc pas le prétendu esprit des institutions – dont la logique voudrait d’ailleurs que les Français ne soient plus moralement libres de leur vote aux législatives. 
Et si la Ve République a pu avoir son utilité pour consolider un pays affaibli par l’instabilité des deux républiques précédentes, il ne faudrait pas que l’invocation de son esprit serve à donner sa chance à Macron qui, lui, n’en donnera aucune à la France. 

Alors que, sous la Ve, la légitimité du chef de l’État relève théoriquement de sa rencontre avec le peuple lors de la présidentielle, il serait paradoxal de voir Macron, qui a été élu par défaut, acquérir sa légitimité aux législatives, qui est le champ clos des luttes partisanes. 

Rien ne serait pire, bien sûr, pour le pays, puisque ce semblant de légitimité, il l’emploierait à réaliser un programme qui, sur tous les plans, est funeste à la France. 

Il y aura, pour nuire aux intérêts de la nation, suffisamment d’accommodements, en cas d’assemblée sans majorité absolue, entre les députés macronistes, la gauche des LR et la droite du PS pour fournir à Macron des majorités de circonstances sans qu’il faille favoriser l’émergence d’un bloc « progressiste » – celui que Valls a échoué à constituer –, qui arguera du suffrage populaire pour réaliser son seul dessein : la normalisation de la France par l’Union européenne, au sens où, en 1968, la Tchécoslovaquie fut normalisée par l’Union soviétique après le printemps de Prague, Bruxelles et Berlin jouant le rôle du Kremlin.


Si, comme Pierre-André Taguieff l’écrivait récemment dans Le Figaro, « la soumission joyeuse à la marche fatale du monde, tel est l’horizon indépassable de l’ère Macron qui s’ouvre », alors il faut tout faire pour éviter la constitution à l’Assemblée d’une majorité macroniste en favorisant tout d’abord les candidats patriotes, non seulement au premier tour, mais également, lorsque ce sera possible, au second. 

Si malheureusement un tel choix n’est pas possible, il faudra alors se soucier du seul intérêt national en évitant à tout prix de donner à Macron une majorité pour détruire la France. 



Certes, le vote en faveur de certains caciques des LR ou du PS est impossible, et profitons-en pour les renvoyer dans les cordes. Nul besoin de donner des noms : ils ont été de tous les mauvais coups, contre la France, contre le pays réel ou contre la famille.

 Pour Bruxelles, pour l’invasion migratoire ou pour les prétendues avancées sociétales. D’ailleurs, ils seraient les premiers à collaborer avec Macron. Mais le plus important est d’être soi-même convaincu qu’aucun « esprit des institutions » ne prévaut sur l’intérêt national ! Et d’en convaincre ses plus proches voisins.

 Car la réussite de Macron signerait la défaite de la France.   




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Ces chiens de garde qui ne sont pas nouveaux

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En novembre-décembre 1995, des millions de personnes se mobilisèrent contre le plan Juppé sur les retraites et la Sécurité sociale.

 Le traitement de cette mobilisation par les grands médias permit de mettre au jour une autre mobilisation, celle-ci en faveur des intérêts des différentes fractions de la classe dominante. Cette (contre-) mobilisation permanente est celle d’un petit groupe médiatiquement omniprésent et composé d’une vingtaine d’individus, les éditocrates épinglés par Serge Halimi dans Les nouveaux chiens de garde [1], ouvrage auquel nous empruntons la quasi-totalité des citations datées de 1995.


Printemps 2016, la crème de la crème des éditocrates déjà actifs en 1995 se mobilise contre les opposants à la « Loi travail ».

Exposer leurs prises de position de 1995 et 2016 est l’occasion de mettre en évidence la permanence de leurs « arguments » et de leurs méthodes en matière de décrédibilisation des dominés.
- 

Franz-Olivier Giesbert
– En 1995, alors directeur des rédactions du Figaro, Franz-Olivier Giesbert se prend pour un psychiatre en voyant dans les grèves contre le « plan Juppé » « une fantasmagorie ».

Et toujours en 1995, dans Le Figaro du 4 décembre, il intervient en justicier : « Les cheminots et les agents de la RATP rançonnent la France pour la pressurer davantage. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de corporatisme, c’est à dire de racket social. »


– En 2016, dans Le Point du 2 juin, il mobilise l’argument de la « mise en péril » [2] : « La France est soumise aujourd’hui à deux menaces qui, pour être différentes, n’en mettent pas moins en péril son intégrité : Daech et la CGT. », et le même jour invective sur BFM TV un syndicaliste de la CGT : « Vous mentez comme d’habitude, vous n’arrêtez pas de mentir. C’est le propre même de la CGT. »
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Alain Minc
– En 1995, l’essayiste Alain Minc qui sera condamné en 1999 et en 2013 pour plagiat, enfile sa blouse de médecin (…des comédies de Molière) pour déclarer dans Le Figaro : « Dans ce monde en apparence unifié par les modes de vie et les marchés financiers, il demeure une spécialité française : le goût duspasme. »
– En 2016, le 19 mars, sur Itespresso, le médecin des âmes se lamente : « En France, tout le monde est fasciné par la pétition sur la loi El-Khomri. Oui elle est impressionnante. Mais rappelez qu’il y avait eu 2,5 millions de signataires pour la pétition qui a suivi l’agression d’un bijoutier à Nice (septembre 2013). C’est une incroyable caisse de résonance aux émotions. Une société dominée par ses émotions est une société qui devient dangereuse. »
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Luc Ferry
– En 1995, dans Le Point du 23 décembre, Luc Ferry, « philosophe » médiatique qui deviendra Ministre de l’éducation de Jean-Pierre Raffarin en 2002, glose sur la représentativité des grévistes et manifestants (sans se demander de quelle partie de l’espace social il est lui-même représentatif…) et appelle aux-nécessaires-efforts : « On a entendu, à propos de cette crise, deux grandes interprétations, qui ne me satisfont pas. Première interprétation, plutôt  » de gauche  » : c’est une révolte du peuple contre les élites. On voit bien la faiblesse de cette argumentation (…) : il manquait les salariés du privé, et les trois ou quatre millions de vrais exclus ! Donc deux composantes essentielles du peuple étaient absentes. (…) 
Malgré cette montée des corporatismes, je suis convaincu que nombre d’individus seraient prêts aujourd’hui à faire d’immenses sacrifices. »
– 

En 2016, dans Le Figaro du 17 mars, pontifiant et insultant, il assène : « (…) l’actuel projet de loi sur le travail, qui va globalement dans le bon sens, est malgré tout rejeté par sept Français sur dix – comme, en d’autres temps, l’utile réforme du CPE proposée par Villepin. Manifestations pour le chômage , donc, et non pas contre ! (…) 
Quand on voit la bouille renfrognée du patron de la CGT, sa façon d’éructer quand on lui parle de limiter ou même d’égaliser les indemnités de chômage, je doute qu’il soit possible de lui faire avaler sous quelque forme que ce soit la potion. Les frondeurs, les Verts, la CGT, FO, le Front de gauche et le FN ne cessent de répéter urbi et orbi, avec l’air entendu de celui à qui on ne la fait pas, que ce n’est pas en facilitant le licenciement qu’on créera de l’embauche. Eh bien si, justement, et c’est même l’évidence. (…) plus il est difficile de se séparer d’un salarié en cas de baisse des commandes, moins les patrons prennent le risque d’embaucher pour développer leur entreprise. 

Qui ne comprend pas ce raisonnement accessible à un enfant de dix ans prouve, non point qu’il est de gauche, mais plutôt qu’il a un QI de bulot. »

Morgue et insulte aristocratiques d’un grand penseur qui recourt à l’argument de « l’effet pervers » consistant à faire croire que ceux qui pensent manifester contre le chômage manifestent en fait pour le chômage. Des pervers eux-mêmes et, de surcroît, des idiots.
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Jacques Julliard
– En 1995, dans Le Nouvel Observateur du 7 décembre, Jacques Julliard, l’un des signataires de la « pétition Esprit » titrée « Pour une réforme de fond de la Sécurité sociale » [3] tance les manifestants qui dessinent selon lui « les contours d’une France archaïque tournée vers des solutions à l’italienne (endettement, inflation et clientélisme) plutôt que vers des solutions à l’allemande (négociation salariale et rigueur de gestion). » Quelques temps plus tard notre « moderne » deviendra compère de Luc Ferry sur LCI [4].

– En 2016, dans Marianne du 19 mars, le noctambule des favelas [5] signe un éditorial titré « La France au miroir de ses branquignols. » [6].

« Les syndicats non réformistes (CGT, FO, Unef) (…) en terme d’astronomie cette mouvance syndicale est un « trou noir », dont il ne ressort rien qui vient s’y abimer. En termes marins, c’est la mer des Sargasses, ou le triangle des Bermudes, je ne sais, c’est à dire le degré zéro de l’art de la navigation (…) » Aux dernières nouvelles, Jacques Julliard naviguerait à Marianne et au Figaro en éditorialisant de loin en loin.

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Bernard-Henri Lévy
– En 1995, le mari d’Arielle Dombasle enfile sa chemise blanche de psychiatre et diagnostique « une part de folie » chez les grévistes et manifestants.
– En 2016, dans un article mis en ligne le 6 juin, sur le site de La règle du jeu, ce grand lecteur de Jean-Baptiste Botul donne libre cours à son mépris social : « Je regarde M. Martinez avec son œil de chien battu et son air triste, si triste, que ne parviennent à égayer ni ses déclarations fracassantes ni la surenchère de ses points presse. 
J’observe sa façon mâle, toujours un peu pathétique, de surjouer son « bras de fer » avec l’Etat, d’assurer qu’il ne « cédera » pas, qu’il ira « jusqu’au bout », qu’il fera « plier » la France et la mettra, si besoin, « à genoux ». (…) un nihilisme de paumés , de vagues repris de justice qui trompent, non la mort, mais l’ennui et la conscience de leur proprenullité (…) ».
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Alain Duhamel
– En 1995, Alain Duhamel, ce thermomètre-ambulant-de-l’-opinion déclare que les mobilisations sociales contre le « plan Juppé » relèvent d’une « grande fièvre collective ».
– En 2016, le 24 mai précisément, sur RTL (ainsi que l’atteste une vidéo, cet inamovible tuttologo sort le coup classique des manifestants-pas-concernés-par-la-« Loi travail » tout essayant de renvoyer la CGT dans le passé : « (…) la FSU en réalité n’est pas concernée par « la loi travail » (…) Les Français sont hostiles à la loi sur le travail, mais sont encore plus hostiles au blocage des transports. (…) [à propos de la CGT] Un syndicat qui est objectivement conservateur . »

Chez les Duhamel, les dîners de familles ne doivent pas être perturbés par des affrontements sur la « Loi travail ». Ainsi, le 23 mai 2016 sur France 2 
Nathalie Saint-Cricq, la compagne de Patrice Duhamel (frère d’Alain Duhamel et ancien directeur général de France Télévisions), invoque l’argument de la « mise en péril » dans une tirade qui restera dans les annales de la propagande anti-syndicale : « une radicalisation [de la CGT] tous azimuts et une technique révolutionnaire bien orchestrée ou comment paralyser un pays malgré une base rabougrie et même si le mouvement s’essouffle. Alors regardez bien cette affiche, elle est d’une confondante clarté. On y parle de compte à rebours, on y voit des bâtons de dynamite , un slogan « On bloque tout », bref clairement on joue la rue et l’affrontement total .

 Alors la CGT de Philippe Martinez veut tout faire sauter alors que celle de Bernard Thibault laissait toujours une petite porte entr’ouverte et quand clairement la CFDT a choisi la voie de la réforme négociée. »
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François de Closets
Message à l’intention des moins de quarante-six ans : François de Closets est cet essayiste médiatique qui publia en 1982 le « best-seller » Toujours plus ! dans lequel il assimilait les salariés du secteur public à des privilégiés.
– En 1995, comme bien d’autres éditocrates, il psychiatrise les grévistes et manifestants en parlant de « dérive schizophrénique ».
– En 2016, dans L’Opinion du 6 juin, il donne à lire une de ces phrases typiques de la pensée conservatrice : « Le cérémonial social impose de toujours mettre en avant les grands idéaux : progrès social, solidarité ouvrière, justice, égalité pour masquer les intérêts particuliers . »
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 Guy Sorman
– En 1995, Guy Sorman, ancien conseiller d’Alain Juppé et auteur de La solution libérale (1984), de L’État minimum (1985) ou encore de Sortir du socialisme (1990) a vu, on n’en sera pas surpris, dans les grèves de novembre-décembre 1995 un « carnaval ».


– En 2016, dans Le Point du 9 juin, il utilise l’argument de « l’inanité » : « Quelle est l’utilité de se quereller autour d’un Code du travail qui fut conçu pour protéger les ouvriers des usines, alors qu’ il n’y a presque plus d’ouvriers ni d’usines  ? »


Guy Sorman, manifestement, est un statisticien de carnaval. En effet, en 2015, selon l’INSEE, il y avait en France 3,485 millions d’ouvriers qualifiés et 1,794 millions d’ouvriers non qualifiés soit 5,279 millions d’ouvriers qui représentaient 20,4 % des personnes occupant un emploi. Mais un éditocrate considère qu’il a le droit de représenter la réalité sociale telle qu’il entend qu’elle devienne et non telle qu’elle est.
***
Le temps passe, et les éditocrates restent, ou plus précisément la fonction éditocratique continue d’être exercée par des individus interchangeables. En effet, bien qu’étant habités de sentiment de toute puissance les éditocrates n’en sont pas moins mortels.

En 1995 Christophe Barbier n’était encore qu’un aspirant éditocrate de vingt-huit ans. C’est Claude Imbert qui trônait alors à la tête du Point. Dès le 5 février 1994, il avait condensé l’essentiel de de ses philippiques passées et à venir : « Voilà 20 ans qu’ avec la simple expertise du sens commun , nous crions casse-cou devant cette surcharge fiscale et paperassière, cette défonce des prélèvements obligatoires, ce panier percé de la sécurité sociale qui allait nous mettre des bottes de plomb alors qu’on voyait pointer, et d’abord en Asie, tant de compétiteurs aux pieds légers. »

 Claude Imbert nous a quittés le 23 novembre 2016….


… Remplacé, depuis quelques temps déjà, non pas au Point mais à L’Express, par l’aspirant de 1995 : Christophe Barbier. 
En 2017, dans le JDDdu 16 avril, il a relevé le défi lancé par Claude Imbert. Ainsi que nous l’avons consigné pour la postérité, Christophe Barbier a rappelé en quoi consiste la fonction du chien de garde / éditocrate : «  Se confronter au terrain pollue l’esprit de l’éditorialiste . (…)  
L’éditorialiste est un tuteur sur lequel le peuple, comme du lierre rampant, peut s’élever . »

Que Jacques Julliard (84 ans), François de Closets (83 ans) ainsi que ceux qui sévissaient déjà en 1995 et sévissent encore, soient rassurés, les nouveaux chiens de garde n’ont décidément rien à envier aux anciens.


Par Denis Souchon,