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dimanche 4 juin 2017

POLITIQUE ET EXPERT EN COMMUNICATION ......

Macron est-il un messie ou un épouvantail ?

Tribune libre !



Pour faire de la bonne politique, il ne suffit pas d’être expert en communication.




Vous vous souvenez sans doute comment Emmanuel Macron, dans ses meetings, endossait les habits de lumière de l’homme providentiel, les bras en croix face au public, comme inspiré par quelque divinité.
 Se prenant pour un messie, il émaillait ses discours de « Je vous le dis » pour annoncer des temps nouveaux. 

Vous avez peut-être également vu à la télévision un documentaire où le jeune Macron de 15 ans participe à un atelier théâtral, dans une pièce montée par Brigitte Trogneux, son aînée de 24 ans, qui fut impressionnée par sa présence sur scène et devint, quelques années plus tard, sa conjointe.
 Déjà les bras en croix, il jouait, cette fois, le rôle d’un épouvantail.

De l’épouvantail au messie, quel rapport, direz-vous ? L’art de se confondre avec un personnage, la communion avec le public, la transfiguration christique, l’offrande de sa vie pour sauver le monde ou les récoltes, mais surtout un sens aigu de la communication.

C’est aussi sous le signe de la communication que notre Président fait ses premiers pas dans sa nouvelle fonction. 

Chacun de ses discours officiels est savamment pesé, non seulement dans son contenu, mais aussi dans sa forme, dans le ton, dans la gestuelle, dans le regard. Ses conseillers en communication – et peut-être sa maternelle épouse – doivent tout régler dans les détails et le faire répéter.
Emmanuel Macron, comme un bon acteur de théâtre, sait communiquer.
Ce qui peut expliquer l’ascendant qu’il a pris, si l’on en croit les sondages, sur une grande partie des Français.
Son premier coup d’éclat fut la mise en scène du sommet de l’OTAN : « La Marseillaise » fredonnée par les dirigeants européens à son arrivée, sa poignée de main appuyée à Donald Trump, qui ont fait le tour du monde. Puis, au G7, la complicité affichée avec Angela Merkel, la promenade médiatisée au côté de Justin Trudeau, face à la Méditerranée.

Mais le summum fut atteint le soir où, après que le président des États-Unis eut annoncé sa sortie de l’Accord de Paris, il prononça en anglais, sur un ton shakespearien, un discours repris par toutes les chaînes nationales et internationales : rappelant que l’accord n’était pas négociable, conviant les chercheurs et les entrepreneurs américains à rejoindre la France, ce pays ouvert qui allait devenir le moteur du progrès. 

Surtout, il parodia, avec une insolence mêlée de gravité, le slogan de campagne popularisé par Donald Trump : « Make our planet great again. ». La célébrité assurée sur les réseaux sociaux !

Emmanuel Macron est un bon comédien, voire un bon rhéteur, quand son discours est bien préparé. Mais, pour faire de la bonne politique, il ne suffit pas d’être expert en communication. Bien au contraire, son talent devrait inciter à la méfiance : Platon a depuis longtemps démontré combien les rhéteurs peuvent être des faussaires et des marchands d’illusions.

D’ailleurs, pour peu que son attention se relâche, notre Président-comédien peut commettre des bévues. 
Comme cette blague douteuse – héritage de François Hollande ? – sur ces embarcations utilisées dans l’océan Indien : « Mais le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien ! (Rires) C’est différent. »

Qu’eût-on dit si Jean-Marie Le Pen l’eut prononcée ? L’entourage d’Emmanuel Macron aurait reconnu une « plaisanterie pas très heureuse » et « malvenue »

Si soucieux de l’image qu’il renvoie, honteux et confus, il aurait juré, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.


ET AUSSI


Avec Emmanuel Macron, les temps s’annoncent difficiles pour les retraités.

Colonel à la retraite
 
74 % des retraités auraient donc voté pour Emmanuel Macron. Huit points de plus que pour l’ensemble des suffrages exprimés. 
Fascination des seniors pour le pas encore quinqua ? 

Tropisme exercé par celui qui cumule, faute de mandats électoraux, l’avantage d’être à la fois le gendre idéal et le mari qu’on pourrait s’offrir si l’on veut, bien évidemment, faire fi de ces ridicules histoires de frontières intergénérationnelles ? Sans doute. 

Mais les retraités ont-ils bien lu le contrat que leur présentait le sémillant VRP de la mondialisation heureuse ? 

Il est vrai que les lunettes sont mal remboursées par la Sécu et que, justement, « Il » a promis d’y remédier…

Ces retraités, notamment les plus aisés – ceux-là mêmes qui, en 2013, débarquèrent par vagues entières de leur train de la banlieue ouest de Paris pour aller agiter, dans les rues de Paris, leurs petits drapeaux roses et bleus -, ont donc, au second tour de la présidentielle, au pire voté Emmanuel Macron, au mieux se sont abstenus, parce qu’il n’était tout simplement pas correct de voter pour Marine Le Pen : rapport au débat…

Et aujourd’hui, on est passé de l’émission de télé-réalité au tirage du loto. « Il faut laisser sa chance à Macron », nous dit-on, dans une sorte de lâche soulagement consensuel. Un lâche soulagement qui prend des airs de « Allons, finissons-en ». 

Nous eûmes, avec le regretté Pascal Sevran, « La Chance aux chansons », délicieuse émission vespérale des années Mitterrand pour retraités nostalgiques des « Roses blanches ». 

Nous avons désormais la chance au Macron. 
Une chance au grattage – le 7 mai dernier -, une chance au tirage : ce sera les 11 et 18 juin prochains.

Pourtant, les retraités risquent de rapidement déchanter lorsque Macron aura emporté le gros lot, c’est-à-dire une majorité absolue à l’Assemblée.

 En effet, la petite chanson sur la CSG commence à faire son chemin. 

Certes, on nous avait bien parlé d’une augmentation de la CSG.   De combien ?  1,7
Pas de quoi s’affoler ! Sauf que ce n’est pas 1,7 % mais 1,7 point. 
 
Et comme l’immense majorité des retraités d’aujourd’hui ne sont pas allés à l’école de Najat Vallaud-Belkacem, il leur sera aisé de faire leur calcul : 1,7 divisé par 6,6 (taux CSG pour la plus grande partie des retraités), multiplié par 100, ça fait tout de même 25,75 % d’augmentation. 
 
60 % des retraités (ceux percevant plus de 1.200 euros par mois) seront concernés. 
 
La majorité, donc. M. Ferrand, l’homme des mutuelles, expliquait récemment que 40 % des retraités ne seraient pas touchés. Tout est question de présentation. 
On ne dit pas sourd, on dit malentendant, on ne dit pas démolir mais déconstruire. De même, on ne dit pas baisser les pensions, mais augmenter la CSG… Important, l’emballage, chez nos VRP… 
Mais ça, c’est l’une des deux mâchoires qui vont broyer les retraités. La seconde, c’est évidemment l’augmentation de la taxe foncière qui pend au nez de ces « salauds » de propriétaires, alors même que la meilleure façon de sécuriser sa retraite, tout en répondant à la légitime aspiration de transmettre un bien à ses descendants, est d’être propriétaire. 

L’exonération de la taxe d’habitation pour 80 % des Français, derrière le fameux « C’est l’État qui paiera », cache évidemment cette sombre perspective.

Avec Emmanuel Macron, les temps s’annoncent donc difficiles pour les retraités. Cela dit, si le gendre idéal s’inspire des idées de son mentor Jacques Attali, les solutions sont d’ores et déjà toutes trouvées pour abréger cette agonie.

« Je crois que dans la logique même de la société industrielle, l’objectif ne va plus être d’allonger l’espérance de vie, mais de faire en sorte qu’à l’intérieur même d’une vie déterminée, l’homme vive le mieux possible mais de telle sorte que les dépenses de santé soient les plus réduites possible en termes de coût pour la collectivité. 

Il est bien préférable que la machine humaine s’arrête brutalement plutôt qu’elle se détériore progressivement.

 L’euthanasie sera un instrument essentiel de nos sociétés futures… » 1

Notes:
  1. in L’Avenir de la vie, 1981


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