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jeudi 22 juin 2017

LU, VU ET ENTENDU ! LÉGISLATIVES ET FRONT NATIONAL !

Législatives : Quel avenir pour le Front national ?

Législatives : Quel avenir pour le Front national ?
FIGAROVOX/ENTRETIEN - Au lendemain du second tour des élections législatives, le Front national obtient huit sièges à l'Assemblée nationale. 

Thomas Guénolé décrypte les possibilités d'évolution de la stratégie du Front national.

Thomas Guénolé est politologue, maître de conférences à Sciences Po et docteur en Science politique (CEVIPOF). Il est l'auteur de Les jeunes de banlieue mangent-ils les enfants? (éd. Le bord de l'eau, 2015) et La mondialisation malheureuse(éd. First, 2016).



FIGAROVOX. - Un sentiment d'échec profond semble s'être emparé des cadres et des militants du Front national. Comment l'expliquez-vous?
Thomas GUÉNOLÉ. - À première vue, la puissante déception et l'envie de remettre en cause la «stratégie Philippot» qui montent à l'intérieur du FN peuvent sembler paradoxales. Après tout, le FN s'est qualifié au second tour de la présidentielle pour la seconde fois de son histoire. Il a battu son record national en nombre de voix au premier tour de la présidentielle, puis l'a encore battu au second tour. 
Il a dépassé les 30% au second tour de la présidentielle, alors qu'en 2002 Jean-Marie Le Pen n'avait quasiment pas dépassé son score du premier. Et il a obtenu huit députés dans la nouvelle Assemblée alors qu'il en avait seulement deux dans l'Assemblée sortante. Au vu de ces performances, l'on pourrait donc objectivement s'attendre à une euphorie massive de tout l'appareil FN, depuis la base jusqu'au sommet.
Si au contraire on observe un blues post-électoral, aussi bien chez les cadres que chez les militants et les sympathisants, j'y vois principalement deux raisons. La première, c'est que Marine Le Pen a été incontestablement lamentable lors du débat d'entre-deux tours de l'élection présidentielle. Disons-le: sur la forme comme sur le fond, elle a tout simplement été très loin du niveau attendu du chef de la principale force d'opposition et, a fortiori, sidéralement loin du niveau d'une possible présidente de la République. Bref, les frontistes ont découvert horrifiés et stupéfaits qu'en fait, le principal «plafond de verre» de leur progression, c'est que leur propre chef est mauvaise. 
Quant à la seconde raison du blues, c'est bien sûr la montée en flèche du doute sur l'efficacité de la stratégie Philippot.


Sur le fond, pourquoi la stratégie Philippot est-elle remise en cause?
Du point de vue idéologique, la stratégie Philippot consiste à détourner le FN de ses fondamentaux d'extrême droite pour le transformer en un parti du souverainisme intégral. 

En résumé: ligne de rupture envers l'Europe et l'euro; étatisme, notamment en politique économique; priorité des Français sur ceux qui ne sont pas français en tous domaines. Du point de vue électoral, cette stratégie vise à unifier dans le vote FN tout l'électorat du «Non» à l'Europe de Maastricht et au Traité constitutionnel européen de 2005.
 Cela signifie donc que Florian Philippot s'imagine réussir à rassembler les électeurs lepénistes et les électeurs mélenchonistes dans un seul bloc électoral. Garder cela à l'esprit permet de comprendre l'accumulation de messages, voire d'appels du pied explicites, adressés par Marine Le Pen à l'électorat de Jean-Luc Mélenchon entre les deux tours de la présidentielle.

Face à cette ligne, un certain nombre de cadres du FN - par exemple Marion Maréchal Le Pen à haute voix ou Nicolas Bay mezzo voce - objectent que d'un strict point de vue électoral, les réserves de voix du FN sont massives dans l'électorat de droite et sont marginales dans l'électorat de Jean-Luc 
Mélenchon. 

Ils en déduisent qu'il vaut mieux viser la fracturation de la droite pour récupérer le grand morceau d'électorat LR d'accord avec le FN sur les sujets de société, mais épouvanté par la sortie de l'euro. 

Et ils en déduisent donc qu'à la place du souverainisme intégral de Florian Philippot, il faudrait adopter une ligne politique de «droite hard-core»: encore plus à droite que LR sur les sujets de société - c'est déjà le cas - mais également encore plus à droite que LR sur l'économie ; c'est-à-dire anti-taxes, anti-Etat, anti-fonctionnaires. 
Hormis les provocations antisémites, ce serait un retour à la ligne idéologique de Jean-Marie Le Pen.

Jusqu'à récemment, la fronde était incarnée par Marion Maréchal Le Pen, en s'approchant sans cesse de la ligne rouge mais sans la franchir. 
Cependant cette porte-parole de la contestation interne, intouchable parce que très populaire dans le parti et membre de la dynastie, a disparu pour une durée indéterminée. Depuis lors et avant cela depuis les sanctions contre Jean-Marie Le Pen, la remise en cause de la stratégie Philippot n'est donc pas frontale et elle est rarement exprimée en public. 

Contrairement à leur équivalent au PS, les frondeurs du FN s'expriment le plus souvent anonymement et dans le dos de la direction.
Cela dit, d'un point de vue purement factuel, l'analyse électorale des frondeurs du FN est exacte: en ordres de grandeur, les enquêtes disponibles indiquent bien que 30% de l'électorat de François Fillon au premier tour ont voté Le Pen au second, contre seulement 10% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon. 
Cela rejoint d'ailleurs les travaux du politologue Joël Gombin, expert du vote FN, qui est arrivé à la conclusion que les réserves de voix du FN sont très majoritairement dans l'électorat LR, et très marginalement dans l'électorat de Jean-Luc Mélenchon.


Peut-on imaginer que les frondeurs du FN engagent une confrontation avec les tenants de la stratégie Philippot lors du prochain congrès du parti?
Je sais bien que ce scénario est beaucoup évoqué dans les médias mainstream et dans le consensus des journalistes politiques. 
Mais franchement, j'ai énormément de mal à y croire. Le FN est une monarchie absolue héréditaire, dont les votes internes sont de nature plébiscitaire, et dont les finances sont de facto sous le contrôle total de la dynastie régnante. 

Dans ce contexte, si une véritable fronde était lancée au FN, cela se terminerait comme Marine Le Pen et Florian Philippot ont géré leur confrontation avec Jean-Marie Le Pen lui-même: c'est-à-dire trois tours de vis, suivis d'une grande purge. 

Par ailleurs beaucoup de cadres dirigeants actuels du FN ont connu de très près la scission de Bruno Mégret en 1998, et son échec: en particulier Nicolas Bay et Steeve Briois, qui étaient tous les deux partis avec Bruno Mégret. 
La famille Le Pen elle-même a été durablement coupée en deux par cet épisode. 

Le spectre de la scission continue donc encore aujourd'hui de hanter les cadres du parti, ce qui rend peu probable une véritable fronde qui assumerait l'existence du conflit d'idéologie et de stratégie électorale pourtant bien réel entre la stratégie Philippot et la «stratégie Marion Maréchal Le Pen». 

 De plus, qu'il s'agisse d'un Carl Lang ou d'un Jean-Claude Martinez, les cadres frontistes qui ont préféré claquer la porte du parti ont accumulé les scores électoraux piteux: cela encourage fortement les autres à mettre un mouchoir sur leurs désaccords pour garder l'investiture FN.
Je m'attends donc à ce que certes, cela rue dans les brancards ; à ce que certes, quelques voix fortes comme possiblement Gilbert Collard osent exprimer explicitement et publiquement leur désaccord avec la stratégie Philippot ; mais à ce qu'au bout du compte, chacun reste dans le rang. 

Autrement dit, au FN, la probabilité d'une scission ou d'une vraie fronde anti-Philippot est quasi-nulle. Cela étant il y a un scénario, improbable mais possible, qui verrait l'arrêt de la stratégie Philippot et l'élimination politique de Florian Philippot au FN.


Quel serait ce scénario?
Bis repetita : le FN est une monarchie absolue héréditaire. Pour que la stratégie Philippot s'arrête et que Florian Philippot soit éliminé du pilotage du parti, il faut donc, et il suffit, que Marine Le Pen le décide. En d'autres termes, au FN, c'est Marine Le Pen seule qui décidera du sort de Florian Philippot.


Et qu'en est-il du sort de Marion Maréchal Le Pen?
Là encore: le FN est une monarchie absolue héréditaire. Pour que Marion Maréchal Le Pen devienne présidente du FN, il lui suffit donc d'attendre que Marine Le Pen prenne sa retraite politique pour être à sa suite facilement élue présidente du parti.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/06/20/31001-20170620ARTFIG00252

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