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vendredi 30 juin 2017

LIRE: LA LONGUE MONTÉE DE L' IGNORANCE !



Dimitri Casali : « On apprend à l’élève…à apprendre. 

Pour au final ne rien apprendre.» [Interview]

casali


30/06/2017 – 07h00 Paris (Breizh-Info.com) – Dimitri Casali est historien, spécialiste de l’enseignement de l’histoire, auteur d’une quarantaine d’ouvrages, et ancien enseignant en zone d’éducation prioritaire, une expérience essentielle selon lui par rapport à la défense de ses convictions . Il vient de publier un ouvrage, important, intitulé « la longue montée de l’ignorance ».

Un livre qui est un véritable coup de massue sur la tête des fossoyeurs de l’Education nationale qui se sont succédés depuis plusieurs décennies, avec comme conséquence l’émergence de générations de moins en moins cultivées, et donc de moins en moins libres et à même de vivre ensemble dans le pays qui est le leur, avec son histoire, sa culture.


 Voici la présentation de l’éditeur, First :
Comment enrayer la longue montée des obscurantismes et préparer un avenir plus éclairé? Un essai  de Dimitri Casali, historien de débats et polémiste engagé.
Nous croyons tous aujourd’hui à l’idée réconfortante selon laquelle l’histoire humaine se déroule comme un progrès continu. Les connaissances semblent s’accumuler naturellement en direction d’un savoir collectif et individuel de plus en plus riche, précis, exact. 

Chaque jour, la science nous épate de ses découvertes.

Et pourtant, nous nous trouvons aujourd’hui face à un paradoxe gigantesque. Dans cette utopie hyperconnectée et hyperinformée, l’ignorance gagne chaque jour du terrain et les exemples se multiplient d’obscurantismes qui se renforcent autour de nous.
Partout, grâce à Internet, les théories du complot les plus farfelues se propagent avec une facilité déconcertante sur Google, Facebook, Twitter et Wikipédia. Dans le monde, les théories créationnistes connaissent un engouement spectaculaire ; 46 % des Américains croient que la Terre a moins de 10 000 ans. Le monde arabe compte un quart d’analphabètes.
En France, 7 % de la population demeure illettrée (soit 3 millions de personnes) et l’école est en plein effondrement (27e rang au classement PISA).
L’ignorance est encore à l’oeuvre, de façon sanglante, avec la destruction par Daech des cités de Palmyre, Nimroud et Hatra. 
Aujourd’hui, l’Europe est abasourdie de découvrir que ces djihadistes, prêts à payer de leur vie pour répandre la haine, ont été élevés sur son sol, éduqués dans ses écoles. Ces phénomènes révèlent quelque chose d’un processus profond, global, que jusqu’ici nous avons refusé de regarder en face : la longue montée de l’ignorance.

La longue montée de l’ignorance – First – 16,95 €


La longue montée de l’ignorance est un ouvrage important à lire, pour comprendre ce qui a échoué, et pour éviter que des générations qui arrivent soient encore sacrifiées sur l’autel d’apprentis sorciers dangereux, et mal intentionnés.

 Il en va de la cohésion d’une civilisation, une cohésion que nous avons évoquée avec l’auteur (voir ci-dessous).


Breizh-info.com : Pouvez vous nous définir ce qu’est l’ignorance en France, vous qui publiez un livre consacré à sa « longue montée » ?

Dimitri Casali : Depuis une vingtaine d’années, je constate une montée de l’ignorance, qui va à rebours de la connaissance.  Je m’appuie sur de nombreuses statistiques et études. Je cite les chiffres qui corrobore l’effondrement de notre école républicaine, classée aujourd’hui 27ème au classement PISA alors qu’en l’an 2000 nous étions 10ème, et dans les années 80, les premières enquêtes internationales nous situaient dans les 5 premiers.
J’établis une corrélation entre l’effondrement de notre école et la perte de confiance envers les professionnels de la connaissance, que sont les savants, les experts, les professeurs. On peut d’ailleurs remarquer que ces derniers sont de moins en moins  présents à la télévision. 
La baisse du niveau de culture générale chez les hommes politiques qui est de plus en plus déplorable, est la conséquence de cette remise en cause.
Tous les symptômes sont là. L’épreuve de culture générale a été supprimée en 2011 à Sciences Po et en 2015 à l’ENA pour remplacer par une épreuve sur l’action publique. 
C’est une question dramatique, car c’est une rupture avec les Humanités, qui constituaient le fondement de notre savoir, de la connaissance enseignée depuis des générations. Cette remise en cause est principalement due à la révolution numérique qui génère l’illusion du savoir. Internet qui est un merveilleux instrument pour les plus de 40 ans peut se révéler être aussi un véritable vecteur d’ignorance pour les jeunes de 15 à 25 ans.


Breizh-info.com : Les générations d’aujourd’hui ne sont-t-elles pas victimes des conséquences de décennies de « pédagogisme » façon Meirieu ? 
On voit des bloggueurs aujourd’hui avoir la même « valeur » aux yeux d’individus que des scientifiques, des savants, on voit des élèves dont la parole aurait la même « valeur » que celle d’un élève …n’est-ce pas là un aboutissement ?

Dimitri Casali : C’est le sujet de la deuxième partie de mon livre sur la responsabilité des pédagogistes , qui sont souvent les conseillers au plus au niveau de l’Education nationale ; on parle souvent de Philippe Meirieu, on peut citer aussi François Dubet. 
Ils reprennent les thèses de Bourdieu en particulier, qui ont fait beaucoup de mal à notre société. Ces thèses prônent la déconstruction, il faut déraciner à tout  prix, couper l’homme de ses racines pour créer un homme nouveau citoyen du monde et non plus citoyen français. En faire un bon petit consommateur, un bon employé docile sans valeurs n’y repère et sans aucune connaissance pour mieux pouvoir le manipuler. 

Ce nivellement par le bas – on le voit avec la réforme  du collège de Najat Vallaud Belkacem – a des conséquences dramatiques sur le niveau de nos élèves. Amener une classe d’âge à 90% de réussite au baccalauréat est un non sens total. Les étudiants en première année de faculté se fracassent ensuite sur le mur  de la réalité où plus de 50 % sont recalés parce qu’ils ne sont pas au niveau.

Vouloir sans cesse niveler, couper les racines de notre culture, de notre histoire, dans un pays aussi ancien que la France, (plus vieil Etat-nation du monde) est un véritable suicide collectif. Aujourd’hui, plus de 83 millions de touristes viennent visiter la France, pour sa culture (Versailles, le Musée du Louvre ..). Ne pas vouloir transmettre les valeurs essentielles de notre culture c’est se tirer une balle dans le pied. 
Pour les 15-25 ans, les racines, les valeurs traditionnelles n’ont plus aucun sens. Il n’y a plus d’identité culturelle de la France et encore moins d‘identité nationale, il n’y a plus aucune filiation spirituelle avec les générations précédentes.


Breizh-info.com : Ne va-t-on pas aboutir à une société et c’est déjà le cas un peu aujourd’hui – totalement barbare ? Multiplication des violences, communautarisme, conflit avec les générations issues de l’immigration , société qui explose…en partie les conséquences de ce suicide de l’Education nationale ?

Dimitri Casali : C’est exactement cela. Cette génération des 15-25 ans ne lit plus un seul livre, toutes les études le montrent. C’est la génération du vide spirituel et historique. 
 Alors que la jeunesse est faite pour connaitre de grands élans spirituels ou d’imagination culturelle, il n’y a plus rien que le vide. Cela laisse la place à de dangereuses idéologies comme l’islamisme.
 D’ailleurs, les sites de propagande islamiste recrutent énormément sur les réseaux sociaux. L’islamisme radical se substitue à nos valeurs traditionnelles chrétiennes et républicaines et comble ce vide spirituel et ce manque de filiation. 
Cela touche aussi bien les jeunes issus de l’immigration que les jeunes Français de souche, puisqu’il y a énormément de conversions nouvelles à la religion musulmane.


Breizh-info.com : Lorsque l’on évoque votre livre avec des personnes biberonnées à la pédagogie Meirieu, elles nous expliquent que le niveau scolaire ne baisse pas, que l’Education nationale ne s’effondre pas. 
Que les enfants d’aujourd’hui sont beaucoup plus ouverts sur le monde, qu’il est faux de dire qu’ils ont moins de compétences, qu’elles sont différentes …
Dimitri Casali : C’est rhétorique des fameuse compétences qu’un élève doit acquérir à tout prix. Depuis 2005 on a remplacé la transmission traditionnelle par le savoir et la connaissance par les compétences. Ceci est la résultante de cette école pédagogiste : apprendre à l’élève à apprendre, qu’il construise lui-même son savoir. Et au final ne rien apprendre de tout. 
Questionnez un élève de 3e sur ses connaissances en histoire et vous verrez le résultat de cette réforme. Prenez un manuel de 5ème d’histoire aujourd’hui, prenez le manuel Malet et Isaac encore opérationnel en 1981.  Il y avait 100 pages de cours sur Louis XIV complet et équilibré. Savez vous combien il y’en a aujourd’hui ? 4….

A ce genre de personnes, je dis simplement qu’ils interrogent leurs enfants, neveux ou nièces. Ils constateront bien que ceci n’ont aucun référent historique et chronologique solide. Aucune base fondamentale de tout ce qui constitue l’essence même de la France – ces grandes périodes que sont les cathédrales de Saint Louis, la Renaissance, les Lumières, la Monarchie, l’Empire. Les deux piliers de la France  sont son héritage chrétien et monarchique et son héritage républicain et laïc. Malheureusement les 2 premiers sont volontairement occultés l’avantage des 2 derniers. Alors que l’histoire de France est un bloc !
Il y a une vraie volonté de gommer, d’annihiler cet héritage chrétien et monarchique pour faire des individus hors sol sans attachement à leur patrie. Dans les instructions officielles de l’Education nationale il est précisé qu’il faut former à la citoyenneté du monde et non plus à la citoyenneté française.
On ne peut pas affronter l’avenir si l’on ne connait pas ses racines qui permettent d’expliquer le présent et d’aller de l’avant. C’est une génération de dirigeants irresponsables qui veulent réformer l’Ecole pour changer la société.
Dans le classement PISA, les dix premiers pays sont asiatiques. Dans les années 80, des observateurs japonais venaient pourtant observer le système scolaire français pour le copier pour l’exporter au Japon. Aujourd’hui, ils sont dans les 3-4 premiers et nous nous sommes 27ème. En 37 ans, il y’a eu un renversement, un bouleversement. Il faut réagir. 
Il y a encore – et je le dis dans la dernière partie de mon livre – de l’espoir, des solutions. Il faut revenir aux fondamentaux : transmettre notre grande culture française qui a longtemps ébloui le monde, multiplier le budget de la culture par 10.  Etre intransigeant sur les valeurs essentielles républicaines, la laïcité. Faire respecter l’Etat de droit, honorer nos pères et tout ce qui a fait la France d’autrefois. 
Malheureusement on n’en prend pas le chemin – il n’y a qu’à voir ce qu’il s’est passé avec ces députés mélenchonistes refusant de saluer le nouveau président de l’Assemblée nationale – . Au nom de la désobéissance civile, tous donnent le mauvais exemple à notre jeunesse. 
Ce sont pourtant des élus de la Nation, ce n’est pas avec ce genre de comportement qu’on va redonner foi et confiance en notre pays.

Il faut que la France retrouve confiance en elle pour l’avenir, que cesse cette haine de soi, cette détestation de soi qui est distiller à longueur de journée avec  la repentance, le politiquement correct, via un certain enseignement à l’école de la République  et aussi via nos dirigeants politiques.


Breizh-Info.com : Un mot sur le nouveau ministre de l’Education nationale, qui succède à une Najat Vallaud Belkacem détestée par toute une partie de la population ?

Dimitri Casali : Ce fût une divine surprise pour moi, car de nombreux noms circulaient notamment dont un certaine personne proche des Frères Musulmans. Lorsque Jean-Michel Blanquer fut nommé, ce fut un vrai soulagement pour moi. J’ai eu la chance, l’honneur même, de l’affronter dans un débat courtois (voir ci-dessous).
Il connait son domaine, c’est un homme brillant, peut être suffisamment malin pour réussir à réformer le Mammouth mais il lui faudra du courage car cela ne sera pas être facile. Mais il faut y croire, il y a des raisons d’espérer. 
Cela ne se fera pas en un seul quinquenat, mais déjà s’il pouvait remettre l’école républicaine sur des bases solides ; le retour aux fables de La Fontaine qu’il a fait hier, est une première bonne chose.  Il faut avoir conscience que l’an passé, la ministre avait autorisé certains exemples en grammaire puisés chez l’humoriste Kev Adams au lieu de La Fontaine ou de Victor Hugo. On revient de loin !


Breizh-info.com :  Vous avez évoqué l’importance de la culture, au delà de l’Education nationale. Cela fait plusieurs décennies que le cinéma français ne joue plus aucun rôle en terme de transmetteur pour la jeunesse, notamment au niveau historique – contrairement aux Etats-Unis ou à l’Europe de l’Est. Quid ?

Dimitri Casali : Question très intéressante.  J’ai écrit un livre sur l’histoire de France racontée par le cinéma. Mais surtout dans Le Nouveau manuel d’histoire (La Martinière) j’ai puisé des exemples abondants dans le cinéma. Je suis un des rares à parler de Pierre Schoendoerffer (L’Honneur d’un capitaine, Dien Bien Phu, Le Crabe-Tambour …) concernant les guerres de décolonisation, puisque ce sont les derniers grands films d’histoire qui ont été réalisés en France sur notre histoire. Depuis plus rien. 
Parce qu’on ne peut pas dire qu’Indigènes ou Hors la loi soient des films historiques dignes de ce nom. Ces deux films sont un monceau de contre-vérités, de mensonges et vous avez raison, depuis une vingtaine d’années, c’est le néant.

C’est une conséquence  de la loi mémorielle de Madame Taubira, de 2001, qui officialise la repentance et la culpabilité de la France la pierre angulaire de l’enseignement de l’histoire. Dans les médias français on voit bien qu’il est presque interdit de faire un film sur Napoléon 1er. 
 C’était d’ailleurs une revendication expresse du CRAN (collectif représentatif des associations noires) d’interdire le financement de films sur Napoléon 1er.  Cette loi Taubira, comme le refus de Jacques Chirac de commémorer la bataille d’Austerlitz en 2005 constituent la rupture fondamentale dans la volonté politique de transmettre notre histoire.

Cette loi Taubira stipule que la traite atlantique – et uniquement elle – est un crime contre l’humanité. Elle n’évoque jamais la traite orientale et la traite intra-africaine , beaucoup plus  grave puisqu’un africain sur 4 a pratiqué l’esclavage à l’arrivée des Européens. 
Et encore aujourd’hui, il y’a 25 millions d’esclaves selon le dernier rapport de l’ONU. Mais cela Madame Taubira et quand on l’a interviewé, ( l’Express en 2006), elle explique qu’elle n’a pas évoqué ces traites car il ne fallait surtout pas culpabiliser les petits maghrébins dans nos banlieues.  

16 ans après cette loi, il n’y a plus aucun film qui évoque notre histoire, et cela, aucun analyste, aucun observateur ne l’a repéré – comme je n’arrête pas de le clamer depuis dix ans. 
Je combats pour préserver l’histoire de France, une des plus belles du monde entier, j’en suis convaincu. Nous sommes le seul pays au monde à avoir autant honte de notre histoire. 
Heureusement que les étrangers qui viennent visiter notre pays nous rappellent combien son histoire et sa culture sont grandes et belles sinon nous les aurions oubliées… 

Si l’on veut marcher vers le futur il faut toujours retourner à ses racines… 
Propos recueillis par Yann Vallerie


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