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jeudi 15 juin 2017

GÉOPOLITIQUE: QATAR, IRAN, TRIBUNE LIBRE ET ANALYSE !


Coree Iran

Qatar, Iran : une analyse géopolitique de ces derniers jours


Jean Guiart, anthropologue, ethnologue ♦

1. La minorité allemande la plus oubliée, celle des Goths, existe encore en Crimée et parle encore sa langue, la langue allemande la plus ancienne d’Europe. Les habitants des anciennes cités grecques de Crimée, qui étaient l’aboutissement terrestre de la Route de la Soie, si heureusement remise à l’actualité, ont eux perdu le grec. Les villes de Crimée ont été à l’époque détruites par les Mongols.


2. Les Tatars de Crimée sont une autre minorité, guerrière cette fois, mais d’installation récente en Crimée et allogène, établie là par l’Empire Ottoman.
Leur fonction était d’organiser des rezzous en Ukraine, d’y faire des prisonniers, surtout des femmes «à la peau de pêche» et de les exporter comme esclaves sur Constantinople.


3. L’engagement dans l’armée allemande des fils de la bourgeoisie musulmane de Bosnie explique les désirs de vengeance des Serbes  — le représentant personnel de Churchill auprès de Tito nous dit dans ses mémoires que «les tortures infligés par les musulmans de Bosnie aux hommes de Tito étaient d’une cruauté et d’une inventivité plus grandes que celles de la Gestapo allemande».
Le maréchal Tito, Croate et non Serbe, a pesé tant qu’il a pu contre ce désir de vengeance, qui a éclaté après sa mort, et où l’OTAN en Serbie s’est situé dans l’exact prolongement de la politique allemande de la guerre en Yougoslavie, bombardant des villes historiques et détruisant des trésors culturels.


4. Les fameux Cosaques, dont la réussite a été aussi historique que littéraire — Tarass Boulba est partie intégrante de toutes nos enfances — ont été une milice chrétienne formée spécialement pour lutter contre les Tatars de Crimée. Ils ont relevé tout d’abord de l’État princier polono-lithuanien, dominant à la période du Haut Moyen-Âge. 
Puis, à la disparition de celui-ci sous les coups des Chevaliers Teutoniques, des Polonais, puis de l’armée suédoise, les Cosaques ont fait allégeance au Tsar de toutes les Russies.
Ils ont rétabli ce lien au cours des dernières années, choisissant Moscou et non l’Ukraine, qui n’est rien en soi pour les acteurs millénaires de l’histoire des Cimmériens, puis des Scythes, ancêtres des Russes actuels.


5. Sous l’influence du mythe devenu universel «du Juif errant», on nous a laissé croire que les Juifs représentaient un peuple partout minoritaire, qui n’avait jamais réellement trouvé son lieu de refuge après son expulsion de Judée par l’empereur romain Titus.
On nous a caché deux phénomènes de première importance.
Tout d’abord la migration de communautés juives vers l’ouest, bien au-delà de l’Egypte et bien avant l’ère chrétienne.
 L’installation des Juifs dans la montagne marocaine date d’avant Jésus-Christ.
Ils ont traversé le détroit avec l’invasion arabe et constituaient un facteur social, intellectuel et économique important en Espagne musulmane, utilisée par les conquérants berbères pour l’administration et le rayonnement intellectuel de leur établissement.
Chassés à la Reconquista, ils se sont partagés entre les communautés dites marranes respectées en France, en Tunisie, en Egypte ainsi qu’au Nord-est de la Grèce
.
Le second mouvement, contrairement aussi à notre croyance générale, a été de convertir de très importantes communautés turques aux frontières du Moyen-Orient qui ont tendu à migrer dans la direction inverse, vers l’est et le nord-est, où les Khazars, pour partie au moins de religion israélite, qui n’étaient pas Juifs de sang, ont construit des villes prospères dans le sud du cours de la Volga.

Des étudiants khazars sont venus étudier auprès de maîtres juifs internationalement réputés en Espagne musulmane.  
Ces villes ont été détruites par la puissance en expansion de la Russie alors centrée sur Kiev, puis celles ayant survécu en Crimée par l’invasion mongole de Gengis Khan.
 Les Khazars judaïsants perdant leurs références historiques ont été poussés vers le Sud de l’Ukraine [des Khazars convertis étaient établis en Hongrie autour de l’an Mille], puis par la résistance chrétienne orthodoxe à leur établissement en grand nombre hors des villes, vers le nord où la Pologne catholique leur a offert un abri pour le moins ambigu — ils n’ont bien sûr pas envisagé un établissement dans les marais du Pripet en Russie Blanche.

Ils existaient par grandes communautés sous l’égide de leaders charismatiques à l’intérieur d’énormes congrégations marquées par un fort messianisme, ce qui facilitait la mise sur pied de nouvelles migrations, cette fois vers l’est de l’Allemagne et la Silésie et en fin de compte jusqu’à Hambourg, où ils ont embarqué, à la fin du 19e  siècle, après la famine due à une maladie de la pomme de terre dans tout le nord sablonneux de l’Allemagne, sur des navires écossais construits spécialement pour ce trafic, navires où ils côtoyaient des Irlandais partant pour la même raison, et pour ainsi aboutir à New York, la plus grande ville juive du monde aujourd’hui. 

1914 a interrompu ce mouvement, par la suite fortement freiné à partir de 1929. Une de ces communautés parlant le yiddish et non l’hébreu, ni l’araméen (voir pour ce dernier, la langue parlée par le Christ alors que les Evangiles sont écrites en grec, les communautés chrétiennes en Syrie), les Lubavitch, a des positions très fortes à New York. 

Le gendre du président Trump en ferait partie, le messianisme lubavitch venant ainsi s’ajouter aux messianismes protestants baptistes et méthodistes qui soutiennent Trump dans la Bible Belt.
Une part de ce mouvement de masse des convertis au Judaïsme, et plus récemment de ceux qui avaient réussi à survivre à la Shoah, se sont retrouvés en Israël où, comme tous les convertis, ils font du zèle dans l’orthodoxie religieuse, recréant ainsi des communautés orientales de Juifs convertis, soit paysans, soit habitants des villes, une migration encore plus moderne de Juifs russes, tout aussi descendants d’anciens convertis, étant venue les renforcer.


6. Ce qu’on ne dit pas non plus, et l’on a tout à fait tort d’accepter sur ce point la pression du gouvernement israélien, mais aussi celle tout aussi peu sincère des autorités palestiniennes, est que si l’extrême droite israélienne est constituée en grande partie de descendants de convertis, les Palestiniens ne sont pas tous des Arabes, mais essentiellement les descendants de Juifs qui se sont convertis tour à tour à tout ce qu’on leur a présenté pour avoir le privilège de rester en Judée et en Samarie : Polythéismes romains et grecs, Christianisme puis Islam.
Israël ne veut pas accepter qu’une grande part des vrais Juifs puissent être les Palestiniens, et les Palestiniens ne veulent pas reconnaître que, pour la plupart, ils ne sont pas des Arabes. Et l’on se retrouve  avec un problème insoluble, la guerre fratricide la plus ancienne et la plus longue de ce monde.
Le jour où on leur dira que leurs manipulations historico-religieuses ne nous passionnent plus, ils deviendront peut-être les uns et les autres raisonnables. En attendant, il nous incombe à la fois de protéger et Israël et Jérusalem de la destruction islamiste et de tenter d’en décourager les gouvernants actuels de multiplier des provocations pas toujours opportunes.

Ils devraient chercher à influencer leur voisinage  par la technique la plus en pointe — ils le tentent partiellement, par des initiatives plus individuelles que gouvernementales — par la science et la pensée, et l’intelligence, au lieu de vouloir le faire par la force, qu’inévitablement ils ne conserveront pas toujours.
Les penseurs et théologiens marranes avaient pourtant la bonne réponse, s’adapter à son environnement historique. Ils n’ont pas cherché à le dominer, travaillant à chaque fois dans le cadre qui leur était donné, de la cour des Sultans andalous à celle des Grands Turcs successifs. Ils se sont méfiés, à raison, de Bonaparte en Egypte. Les étoiles filantes traversant le ciel sont politiquement dangereuses.

 Il se trouve que par rapport à Israël, la Russie actuelle a une politique plus subtile que celle de l’Europe. Elle en connaît mieux l’histoire, qui s’est accomplie pour une si grande part sur ses terres historiques. Les dirigeants ashkénazes, issus du Bund, l’organisation socialiste juive de l’est de l’Europe, viennent presque tous de son empire, dans son état d’avant 1914. 
Ses chefs militaires ont été formés dans l’armée tsariste, puis dans l’armée rouge, très peu dans une armée occidentale. Les débris de la Reichswehr se sont retrouvés, eux, dans notre Légion, avec les Croates, mais aussi dans les armées arabes. Ils ont été massacrés par l’armée vietnamienne à l’évacuation de Langson, à la frontière de la Chine.
La Russie y a ainsi sa part de responsabilité, le fameux «Protocole des Sages de Sion», destiné à justifier des pogroms à l’origine des grandes migrations juives, est une fabrication de la police tsariste de Kiev, en Ukraine. Mais nous ignorons encore les détails de l’origine de la confiance qui règne de manière évidente entre Wladimir Poutine et Benjamin Netanyahou.
Ce dernier, au cours de 2016, s’est précipité trois fois à Moscou, qui le traite avec considération et infiniment de prudence. Les analystes occidentaux se sont peu intéressés à ce va et vient, qu’ils ne comprennent pas.
Tout ce qui a trait à Jérusalem remue cependant les différentes formes du monde chrétien dans ses profondeurs. Moscou est la troisième Rome, selon la théologie orthodoxe russe, et Netanyahou est encore pour le moment le maître provisoire de cette capitale idéale de la Chrétienté.
Jusqu’où le maître de Moscou et celui de Jérusalem sont-ils prêts à aller, dans leurs entreprises parallèles, si contradictoires et peut-être si complémentaires ? Qui aura la réponse ?
Moscou est l’héritier des Khazars, mais les descendants de ces derniers sont aujourd’hui partout, sauf en ce qui s’appelait Russ, et dont la première capitale aura été Kiev, avant Moscou.


7. Trump est allé en Arabie Saoudite où il a été bien reçu, ses hôtes sachant dominer les contradictions et les errements de la politique internationale. Il n’y est pas venu en messager de paix et tout le monde se pose la question  : qu’est-il allé y faire ?
Ce à quoi il ne répond en aucune façon clairement. Il y a dansé la danse du sabre et a signé un accord de livraison d’armements importants au royaume wahabite, si ce dernier a de quoi payer en ce moment. Il faut chercher le pourquoi dans la situation réelle et non dans celle si artificielle décrite par la presse occidentale.
Les islamistes sont en train d’être chassés de Mossoul, comme ils le seront de Raqqa. Où iront-ils ? Tel est le vrai problème. Les Turcs prennent des mesures, peut-être insuffisantes, pour que leur masse, qu’ils estiment à 500.000 hommes bien armés, ne se déverse pas chez eux.
Une autre hypothèse est la conquête des lieux saints de l’Islam, ce qui serait logique, en passant un accord avec la « secte » wahabite qui voit d’un mauvais œil les réformes initiées par le pouvoir actuel, massacrant la famille royale en le justifiant par les relations privilégiées des services de celle-ci avec ceux d’Israël. Ce faisant, les islamistes donneraient corps au rêve d’une nation arabe allant de La Mecque à Damas, rêve détruit par l’accord Sykes-Picot. 
Cette décision créerait une situation stratégique inédite et inouïe, dont une nouvelle crise du pétrole favorisant cette fois l’Iran, à laquelle l’Occident, et les Américains, auraient le plus grand mal à répondre. Le “carpet bombing”, qui est leur arme préférée, n’est pas utilisable au-dessus des lieux saints de l’islam.

Trump apporte des armes tactiques calculées pour cette éventualité dont personne ne traite et espère qu’elles seront utilisées dans la bonne direction et c’est pourquoi il souffle sur le feu iranien, de manière à galvaniser l’opinion sunnite dans la solidarité avec le royaume wahabite. Mais il joue là à pile ou face, renforçant ses implantations et faisant semblant d’attaquer les forces gouvernementales syriennes pour faire plaisir aux Arabes.

Les avions de la «coalition» se sont retirés lorsque les radars du système anti-aérien S 200, vendu par les Russes aux Syriens, se sont braqués sur eux dès lors que la batterie d’artillerie aérienne d’origine russe qui faisait partie du corps syrien les avaient obligés à prendre de l’altitude. Le rapport de l’officier syrien commandant sur place est parfaitement clair et professionnel.
Si les Russes livrent aux Syriens des systèmes anti-aériens plus récents, ce qu’ils viennent de s’engager à faire en priorité, les Américains peuvent être chassés du ciel syrien. Ils ont déjà perdu la bataille d’Alep, où ils armaient les Islamistes d’Al-Nosra.
Actuellement, les forces islamistes, à partir de Ragga, se dirigent vers le sud et non vers l’est, c’est-à-dire semblent avoir décidé en faveur d’une infiltration de l’Arabie Saoudite, ce que les Russes ont parfaitement remarqué, et dénoncé, alors que les Américains ne disent rien.


8. La crise diplomatique, puis autre, coupant les relations aériennes, expulsant les citoyens du Qatar, entre ce pays du Golfe et les autres nations arabes, sous prétexte de soutien des islamistes et de négociations pour un rapprochement avec l’Iran, n’apportait aucune information nouvelle qui ne soit connue, ou dénoncée depuis des années par les Russes et les Syriens, malgré la comédie de la presse nord-américaine faisant semblant de découvrir la situation et reprochant à Trump de l’avoir su et de l’avoir caché.
Ce dossier prenant un tour aussi aigri que dangereux confirme l’analyse présentée ici, en plus de l’énervement des pays arabes devant la télévision qatari disant trop souvent des vérités que l’on aurait voulu cacher. Les développements depuis le mois de juin 2017 ne pourront être analysés qu’au fil des événements. 
On peut tenter de fonctionner provisoirement à partir de l’hypothèse que la famille royale saoudienne se soit réveillée et ait compris que le but stratégique nouveau des Islamistes de Daesh était de s’attaquer à elle et de venir la remplacer sur le terrain, de manière à bénéficier stratégiquement de la protection des lieux saints de l’Islam, à partir d’un accord secret avec la part la plus orthodoxe de l’église wahabite.
Les Russes ne cessent d’expliquer que Daesh a choisi de se replier vers le Sud, du côté de Deir-el-Zoor, et le sud c’est, au-delà du désert, l’Arabie Saoudite, mouvement que les bombardiers russes tentent de bloquer. Nous nous approchons de l‘heure de vérité au Moyen-Orient.


9. La politique de Trump , et celle des Américains au cours de ces dernières années, par rapport à l’Iran, se comprend difficilement, du moins dans certains détails. Leur insistance à condamner les tirs expérimentaux de missiles iraniens, en prenant pour position la protection de l’Europe est de la propagande.
L’Iran ne pose aucun danger pour l’Europe. Ses missiles ne la visent en aucune façon, ils ont trop besoin de se remettre à commercer avec nous.
Par contre, le but réel des missiles iraniens, dont évidemment on ne parle jamais, ce sont les îles Chagos, dans l’Océan Indien, site britannique d’une énorme base aérienne et militaire américaine qui commande l’entrée du détroit de Bab-el-Mandeb et de la mer Rouge.
L’Iran ne peut dominer le Golfe Persique que s’il acquiert la capacité de détruire cette base, ce qui rendrait le Golfe Persique interdit aux porte-avions américains, dont la sécurité à ce moment-là ne serait plus assurée. Et personne n’y pense et personne n’en parle.
La presque totalité des journalistes occidentaux ne connaissent pas l’existence des îles Chagos, un des lieux les plus secrets au monde, où les Américains ont cassé du corail et doublé la surface des îles, exactement comme les Chinois au sud de la mer de Chine. Si les Iraniens parvenaient à leurs fins, la flotte navale et aérienne américaine concentrée aux îles Chagos serait en grand danger d’être détruite et leur maîtrise de l’Océan Indien disparaîtrait. Les Iraniens n’ont pas besoin de tirer leurs futures fusées, il suffit qu’ils les aient.
L’observation des mouvements de ces unités nous dira le jour où les Iraniens auront l’arme permettant cela, d’où la bronca américaine contre les expérimentations balistiques iraniennes. Les Russes ont les moyens, pourraient les vendre aux Iraniens, mais ils sont trop prudents pour se livrer à ce genre de provocation.
Pour le moment, la menace inexprimée qui pèse sur l’Arabie Saoudite protège le maintien en l’état de la base US aux îles Chagos. On peut en avoir besoin. Son évacuation précipitée n’arrangerait que les Islamistes de Daech. Même les Iraniens en sont persuadés et ne bougeront pas, satisfaits un jour d’en avoir les moyens.

 . Si l’on veut savoir ce que font en réalité les Russes, il faut demander aux Chinois et inversement.  
Des deux chasseurs chinois qui ont approché de trop près et non professionnellement un avion espion américain, l’un, selon les Russes, s’est mis à voler vingt minutes sur le dos au dessus de l’avion américain, ce qui a dû flanquer une frousse du diable aux pilotes yankees venus de Singapour. Les Chinois avaient dû répéter l’exercice.

10. Un article du 7 juin du journal russe internet Pravda-ru analyse la stratégie de la Corée du Nord comme une stratégie chinoise cachée, de manière à disposer sans problèmes d’une force atomique pirate, n’obéissant pas aux règles internationales. 
J’aurais trouvé cet article dans le Washington Post, je n’aurais pas été étonné, mais comment cet écrit a-t-il pu passer à travers la censure russe, à moins qu’elle n’existe pas concrètement comme nous l’affirmons si légèrement. Ce n’est pas le seul exemple récent de Pravda-ru publiant une analyse théoriquement hérétique.

Juste au moment où Moscou propose un dossier de planning militaire précis pour leur collaboration avec la Chine au cours des toutes prochaines années. A moins qu’il ne s’agisse de l’avancée parallèle d’un pion précis correspondant à la démonstration de l’existence d’une fraction de l’opinion russe, réelle ou imaginaire, de manière à contrer à l’avance certaines exigences chinoises peut-être considérées comme prématurées.

Source:   https://metamag.fr/2017/06/13/qatar-iran-