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dimanche 11 juin 2017

FRONT NATIONAL: ÉLECTIONS, LU, VU ET ENTENDU !


Législatives : pourquoi le FN est en train de passer très loin de son objectif initial

Le parti de Marine Le Pen a obtenu 13,9% des voix au premier tour des législatives. Un score qui peut lui permettre d'espérer 1 à 5 sièges à l'Assemblée nationale, selon notre projection Ipsos/Sopra Steria.



Margaux Duguet  France Télévisions
Mis à jour le
publié le
C'était il y a moins d'un mois. Dans un entretien au Figaro, le 14 mai, Nicolas Bay, qui dirige la campagne du FN pour les législatives, l'affirmait haut et fort : "Le 7 mai, Marine Le Pen a franchi la barre de 50% des voix dans 45 circonscriptions, dans lesquelles nous espérons l'emporter. Dans près de 70 autres, nous avons obtenu entre 45% et 50%. 
Là aussi, les perspectives de victoire existent (...). 
Ces scores laissent entrevoir une entrée massive des députés patriotes en juin."
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Un objectif qui semble aujourd'hui hors de portée pour le Front national. Au premier tour des élections législatives, dimanche 11 juin, le parti de Marine Le Pen a obtenu 13,9% des suffrages, selon une estimation Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions et Radio France*. 
Un score qui ne lui permettrait d'obtenir qu'entre 1 et 5 sièges à l'issue du second tour, selon une projection réalisée par l'institut Ipsos. 
Insuffisant pour former un groupe parlementaire au Palais-Bourbon. Franceinfo revient sur les raisons pour lesquelles le Front national risque de ne pas atteindre son objectif initial.

Parce que le Front national, divisé, a raté sa campagne

C'est l'un des éléments essentiels de ce recul dans les urnes. Affaiblie par un score décevant au second tour de la présidentielle, Marine Le Pen n'a pas su remobiliser ses troupes pour les législatives. "On voit que ce qui a été un échec pour elle a pesé sur la campagne des législatives", observe le chercheur au CNRS et à l'université de Nice-Sophia Antipolis, Gilles Ivaldi.
Le Front national n'a pas su faire passer le message : la lutte continue. La campagne des législatives n'a pas été de nature à maintenir le souffle de la présidentielle.

Emmanuel Rivière, directeur du pôle politique de Kantar Sofres
à franceinfo
La présidente du FN a elle-même longtemps hésité à se présenter dans le Pas-de-Calais. Décrite par sa propre mère, dans les colonnes du Parisiencomme "crevée" et en ayant "trop fait" durant la présidentielle, Marine Le Pen reste d'abord silencieuse pendant plus de dix jours.  
"Oui Marine est fatiguée", confirme dans Le Figaro l'un de ses proches, Bernard Monot. Ce n'est finalement que le 18 mai qu'elle annonce sa candidature à Hénin-Beaumont. "Je n'imaginais pas ne pas être à la tête de mes troupes dans une bataille que je considère comme fondamentale", justifie-t-elle. Pourtant, la présidente frontiste remplit a minima sa promesse d'être la chef de guerre frontiste dans la campagne des législatives : elle restreint ses apparitions médiatiques, ne se déplace que pour soutenir des candidats FN dans son fief des Hauts-de-France, et ne tient qu'un seul meeting de campagne, le 8 juin à Calais.

Outre le peu d'implication personnelle de Marine Le Pen, le FN doit affronter de sérieuses divisions internes. "La campagne anti-FN s'est aussi jouée en interne. 
Elle a été menée par Marion Maréchal-Le Pen qui s'en est allée, la nièce rejouant ce que la fille avait fait avec son père, et il y a aussi Florian Philippot qui a créé son mouvement, Les Patriotes, ce qui a ajouté à la confusion", souligne le politologue et sociologue Erwan Lecœur, qui se risque à la métaphore guerrière :  
"Quand le général de l'armée, le chef, trébuche, c'est toutes les troupes qui sont décontenancées et remettent en question les capitaines et colonels. Le FN est au moins autant éprouvé en externe qu'en interne".

Résultat : le FN n'est a priori pas en mesure d'avoir 15 députés, soit la barre minimale pour constituer un groupe parlementaire. "Si on avait bien fait les choses, on en aurait 80-90", raille, sous couvert d'anonymat, un élu frontiste dans Le Monde.

Parce que les législatives confirment la dynamique de la présidentielle

Le fonctionnement de nos institutions explique aussi, en partie, l'échec du Front national. "Depuis le changement du calendrier électoral, les législatives, qui suivent la présidentielle, tendent à confirmer le choix fait en mai. Les électeurs qui ont voté pour des candidats qui n'ont pas remporté le poste suprême se mobilisent moins pour les législatives", note le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste du FN. 
Ainsi, selon notre enquête Ipsos/Sopra Steria publiée mardi 6 juin, seuls 58% des électeurs de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle avaient l'intention d'aller voter au premier tour des législatives. "Les gens en ont marre : beaucoup n'y croient plus, avec l'impression qu'avec les sondages, tout est joué d'avance", regrette dans Le Figaro le député gardois Gilbert Collard.
"Une fois la présidentielle passée, l'électorat FN se démobilise plus facilement qu'un autre électorat en raison de sa composition sociologique : ce sont des catégories moins diplômées et moins intéressées par la politique, prolonge le sondeur Emmanuel Rivière. 
Ils sont aussi déçus par la présidentielle. Marine Le Pen avait conquis un certain nombre d'électeurs, mais la gestion de l'après-défaite a démobilisé."

Autre point à prendre en compte : les élections législatives ne sont traditionnellement pas favorables au parti créé par Jean-Marie Le Pen. "Le FN fait toujours moins bien aux législatives qu'à l'élection présidentielle : il perd généralement entre trois et quatre points. 
En 2012, Marine Le Pen avait fait 18% tandis qu'aux législatives, son parti avait fait 14%", souligne ainsi le chercheur au CNRS et à l'université de Nice-Sophia Antipolis, Gilles Ivaldi.
577 candidats FN, ce n'est pas 577 Marine Le Pen : ils n'ont ni la même aisance ni la même notoriété qu'elle.
Stéphane Zumsteeg, directeur du département Politique et Opinion d'Ipsos
à franceinfo

Parce que le mode de scrutin continue de bloquer le FN

L'absence de proportionnelle, réclamée à corps et à cri par le FN, est un autre frein très important aux prétentions électorales du parti de Marine Le Pen. 

La leader frontiste a d'ailleurs évoqué cette question dès dimanche soir, après ces résultats décevants. L'abstention "catastrophique" de ce premier tour – 51,2% selon notre estimation – "pose la question du mode de scrutin, qui écarte des millions de nos compatriotes des urnes et d'une représentation digne de ce nom", a-t-elle expliqué.

"Le fait que Marine Le Pen ait devancé Emmanuel Macron dans 45 circonscriptions laissait entendre qu'il y avait un espoir, mais le mode de scrutin est très défavorable au FN. En 2012, malgré des scores nettements supérieurs aux autres partis, ils n'ont réussi à avoir que deux députés", rappelle le sondeur Emmanuel Rivière. 

Car le parti d'extrême droite ne dispose pas d'allié solide pour conclure des accords, contrairement aux autres mouvements. "Ils n'ont pas d'accord avec d'autres partis et ont même rompu la seule alliance qu'ils avaient réussi à nouer, avec le parti de Nicolas Dupont-Aignan", observe Emmanuel Rivière. 
Ils n'ont pas d'alliés, très peu de réserves de voix, font face à une forme d'hostilité qui persiste et à une quasi-impossibilité de gagner des duels.

Emmanuel Rivière, directeur du pôle politique de TNS Sofres
à franceinfo
Le Front national voit également revenir en force le fameux front républicain, auquel Nicolas Sarkozy avait choisi de mettre un terme il y a quelques années. "Les désistements devront faire partie de l'entre-deux-tours des législatives", a prévenu, sans attendre le premier tour, François Baroin, chef de file des Républicains pour ces élections. Autre problème : cette année, il risque d'y avoir beaucoup plus de duels que de triangulaires, notamment en raison de la faible participation attendue.

 Or, les duels "sont très défavorables au FN", puisque le parti n'a pas de réserves de voix, rappelle Emmanuel Rivière. En 2012, les deux seuls députés frontistes, Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard, avaient d'ailleurs été élus grâce à des triangulaires. 

Parce qu'Emmanuel Macron a volé le créneau du renouvellement

Dernier élément à prendre en compte : Emmanuel Macron a manifestement réussi à contrecarrer le discours du FN en adoptant un positionnement relativement similaire sur le clivage gauche-droite. "Sa posture ni droite-ni gauche a attiré. 
Le macronisme a résolu le problème de la politique française en apportant une réponse différente de celle que le FN voulait apporter, explique Erwan Lecœur
 Emmanuel Macron a profité du désaveu de la gauche et de la droite. Il a fait un hold-up symbolique et politique en allant plus vite et plus fort que Marine Le Pen ne l'avait jamais rêvé." Une stratégie payante, qui a forcément eu un impact sur les législatives. 
Les frontistes sont fâchés : ils ont l'impression de s'être fait voler le discours qu'ils martelaient depuis plus de trente ans.
Erwan Lecœur, politologue spécialiste du FN
à franceinfo
"Le Front national a essayé de désigner Emmanuel Macron comme l'héritier de l'UMPS, mais le comportement des électeurs montre le contraire. Ils voient En marche ! comme un moyen de dépasser les caciques du système, de renouveler la classe politique", abonde le sondeur Emmanuel Rivière. 

Les candidats de La République en marche "ne portent pas le poids politique de ces trente dernières années"

Conséquence : le Front national est privé de l'un de ses principaux arguments.

"Ce ne sont pas les mêmes électorats, mais c'est vrai qu'en termes de symbole, ils ne sont plus les seuls à prôner le renouvellement.

 Les frontistes se retrouvent cantonnés à parler de choses plus radicales comme l'immigration ou la sécurité. 
Mais sur la moralisation de la vie politique, ils ne sont plus les seuls", conclut Stéphane Zumsteeg, sondeur à l'institut Ipsos. 


*Estimation Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France, Le Point, Le Monde, France 24 et les chaînes parlementaires.


Source:   http://www.francetvinfo.fr/elections/legislatives/