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vendredi 9 juin 2017

ÉCONOMIE ET SOCIAL ! LU, VU ET ENTENDU !

La France achetée




Amis lecteurs (et téléspectateurs), avez-vous remarqué sous quelle forme le media docile nous vend le patriotisme économique ? 

De quoi retourne-t-il ce patriotisme économique vendu par TF1 ? 

Il nous suffit de regarder le journal télévisé de l’idole des retraités Jean-Pierre Pernaut, alias JPP (initiales popularisées grâce à Jean-Pierre Papin à la fin des années 1980) dans lequel la France profonde et son artisanat sont mis en vedette plusieurs fois par semaine. 

C’est bien, c’est beau, cela sent copeaux de bois, ferronnerie, cuir de vache, et osier tressé ; c’est vrai que tout cela respire la France et que cela fait partie de notre patrimoine.

Mais il faut quand même avouer que, sur le plan économique, cet artisanat magnifique ne constitue pas une corne d’abondance et fait davantage partie du tourisme et de sa spécialité du terroir que d’un créneau susceptible de sauver la France du marasme. 
Il existe pourtant encore d’énormes groupes industriels nés en France, basés en France et encore largement présents, faisant travailler des dizaines de milliers de Français, ouvriers ou ingénieurs à un très haut niveau. 
Il existe des producteurs d’automobiles, de pneumatiques, un pétrolier géant, et même, encore, de l’électro-ménager français. 

« Et c’est français », comme le dirait JPP pour conclure un reportage sur l’opinel à bout rond. C’est français, c’est encore français, mais ce n’est hélas pas voué à le rester.


ARTISANAT SOUS LA VITRINE D’UN MUSÉE
D’autre part, il ne saurait être question de faire de la publicité gratuite pour des entreprises concurrentielles, pour des entreprises qui ne sont cependant pas les plus gros commanditaires de la Chaîne « à JPP ». 
Voilà pourquoi TF1 et les autres media de son acabit ne parlent de patriotisme économique que lorsque les produits français ne concurrencent en rien les produits étrangers. 

Un slip affreux coûtant 40 euros que le chanteur Bézu aurait pu porter ne dérange absolument pas les gros industriels chinois et importateurs de la culotte en coton. 

Le couteau en acier Damas avec manche en os de Yack fabriqué en Creuse ne concurrence personne, rend certes heureux le cueilleur de champignons mais n’est pas le genre de produit destiné à être fabriqué en quantité importante, sinon industrielle.

 Les sabots de La Bresse n’effraient pas les gros possédants de Nike, les espadrilles du Sud-Ouest ne font pas non plus fureur dans les cours de récréation. Le vélo français en bois (il existe) n’est pas propice à la pratique du VTT. Il est donc aisé pour TF1 et Le Figaro de parler en boucle (chaque année, les mêmes objets, les mêmes produits passent sous leur loupe) d’une douzaine de brimborions made in France puisque l’accroissement de leur production est strictement limitée et que la marge faite sur ces produits par les artisans est relativement faible. 
Tout cela est donc très joli mais cela reste du folklore.

 Néanmoins, les choses sont claires avec l’artisanat du souvenir : un bon Français a le droit de se faire plaisir en se procurant ces beaux objets qui alimentent le souvenir de nos pères et aïeux et qui sont modelés sous le feu de l’âtre qui ne meurt jamais. 

Français, toujours ! 
L’émotion prend le dessus sur toute question économique et c’est bien normal. Mais il est impropre de parler de patriotisme économique même si quelques centaines d’artisans vivent de ce génie gaulois. 
Aujourd’hui, on doit parler de produits identitaires en utilisant un jargon malheureusement démythifiant l’identité (l’identité ressemble aujourd’hui à une sorte de prêt-à-porter pour bal costumé et l’on doit en partie cette bêtise à des gens qui font commerce de l’identité sans la vivre réellement). 


Porter en permanence à la ceinture une belle lame forgée par Augustin de Masgot et marcher au cœur du massif alpin avec, aux pieds, les chaussures de randonnée Galibier puis fumer une vieille pipe de Saint-Claude aux abords d’un refuge construit éventuellement par le père du père de notre père dépasse de 7 grammes de dopamine l’identité de citadin drogué en tee-shirt floqué. 

Malheureusement les masses perverties qui ne croient ni en Dieu ni en rien et sont incapables de perpétuer les gestes du père de leur père se sont tournées vers de l’identitaire bon marché que l’on enfile comme un maillot de foot en lycra (sponsorisé d’ailleurs par la Licra sport). 


COMPÉTITIONS SPORTIVES ET IDENTITÉ À BON MARCHÉ



Et pourtant, s’il devait exister un “patriotisme” ou plus précisément un chauvinisme économique qui ne devrait pas faire défaut chez les consommateurs du produit, c’est bien celui que l’on devrait trouver dans le sport collectif professionnel et dans les compétitions sportives internationales. Le football est à ce propos un sujet central. 

Le football reste en Europe, en Amérique du sud, en Afrique, un support identitaire qui brasse des sommes d’argent faramineuses. Le socle de vie du football business est sans conteste les championnats nationaux mettant en scène les clubs de villes de chaque pays où la culture footballistique est implantée et, surtout, particulièrement entretenue par le gros media. 

Le foot occupe les masses et procure aux collègues d’usine et de bureau un sujet de discussion inépuisable.

 En premier lieu parce que le localisme de la pratique footballistique les alerte grandement même s’ils ne s’intéressent pas au sport en tant que tel. « Vous avez vu Metz hier soir ?! Génial le but à la onzième ! On va tenir les gars, on va rester en ligue 1 ! Top, je paie mon coup ! ». 

Les voisins lorrains de Nancy déchantent : « On est foutu ; la descente, c’est pour nous, Nancy mérite mieux, mais quoi, on manque d’argent. On manque d’argent, il nous faut beaucoup d’argent. » Alors que le PSG, ses supporters précisément, exultent, sablent le Champagne. « On a gagné, on est “trop” fort, on est beau, on est mieux. » 

Écrivons-le tout net, ce chauvinisme est intolérable parce qu’il est faux, oui faux ! Comment le chauvinisme peut-il être faux ? Eh bien à partir du moment où une équipe de football n’est plus représentative de la région qu’elle est censée promouvoir par ses exploits, du moins par son travail. 


L’équipe emblématique de Paris n’est plus parisienne depuis bien longtemps et ses propriétaires ne le sont plus depuis des décennies. 
Nous vivons une fiction chauviniste depuis fort longtemps avec ces équipes prétendument liées d’une manière charnelle avec les villes qui les abritent.

 Ici, le patron est un Arabe qui ne sait rien ni de Lutèce ni de la France, là-bas le propriétaire est un nomade suisse qui brasse de l’argent aussi bien à Francfort qu’à Londres. L’ASLN, le club de Nancy, voulait gagner des matchs. 

De gros Chinois lorgnaient sur le club au chardon lorrain. Les Jaunes ont finalement abandonné le projet d’acheter le club où brilla précocement Michel Platini. Les footeux supporters pleurnichent. 

La gloire éventuelle d’une entité hors sol était plus importante que l’authenticité, que la dernière racine de francité qui liait spectateurs et club d’à côté. Car aujourd’hui, l’idolâtrie footballistique relève du dernier stade de l’aliénation mentale. Le Parisien d’adoption soutient une bande de mercenaires imbéciles noirs et gris ne connaissant rien ni de la capitale ni du pays qui l’entoure. 

Il suffit d’un logo, il suffit ici aussi d’un maillot floqué d’une Tour Eiffel, il suffit de quelques mots, il suffit d’une officialisation de la représentation footballistique par les sourires des journalistes sportifs euphoriques devant les victoires et le foot deviendra source de joie patriotique pour le mâle en mal d’identité. 

Que cette source de gloire ne recouvre aucune réalité patriotique, qu’elle ne le représente ni plus ni moins qu’un autocollant Panini aposé dans les latrines d’une station-essence d’autoroute, ne possède aucune espèce d’importance pour le supporter débile. 

Les Basques, eux, ont compris depuis longtemps que le football patriotique pouvait aussi exister économiquement lorsque l’on y met de la volonté. 

A Bilbao comme à San Sebastian, le recrutement n’est pas universel mais concerne uniquement, sauf exception, les joueurs basques et pour être certains de posséder de bons joueurs patriotiques, ces clubs professionnels ont développé une énorme politique de formation interne. Ici, enfin, nous pouvons parler, réellement, sans rougir, de patriotisme économique. 

Ni Mouloud, ni Mamadou, ni Moshé pour faire plaisir à l’actionnaire. Pas de Brésilien équivoque, pas de Tutsi déraciné et courant comme un spectre, pas de racaille. […]
  

Billet hebdomadaire de François-Xavier Rochette dans Rivarol n°3286 du 7/6/2017