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lundi 26 juin 2017

BRETAGNE, PONT-AVEN ET LA DÉMOCRATISATION DE L' ART !

Avec 160.700 visiteurs depuis sa réouverture en avril 2016, le Musée des Beaux-arts de Pont-Aven (29) s'impose dans le paysage culturel breton. 

Ce succès public est à mettre au crédit d'une équipe, dirigée par la conservatrice en chef Estelle Guille des Buttes-Fresneau, qui milite pour « démocratiser l'art ».

En passant d'une moyenne d'environ 50.000 visiteurs par an dans les années 2000 à plus de 160.000, depuis avril 2016, le petit musée intimiste de Pont-Aven devient un musée des Beaux-arts de premier plan. Il vient même d'être classé, par le Journal des Arts, à la neuvième place des musées de Beaux-arts de France, en catégorie Communautés d'agglo.

 Pour en arriver là : « Une restructuration complète - avec doublement de la surface -, une volonté politique constante des élus qui se sont succédé et un travail d'équipe de cinq ans », résume Estelle Guille des Buttes-Fresneau, conservatrice nouvelle école. 

Car, « en général, les conservateurs étaient très souvent des artistes. 

Dans ce cas, je ne l'aurais jamais été », affirme-t-elle. « Être conservateur maintenant, c'est avant tout gérer un équipement culturel ».

De la diplomatie au musée


La quarantaine, Estelle Guille des Buttes-Fresneau a toujours baigné dans le monde de la culture. Des parents lettrés, exigeants et rigoureux, qu'elle juge « ouverts d'esprits et très généralistes. 

Nous fréquentions les musées mais aussi les théâtres, les cinémas et les salles de concerts. De tradition humaniste, ils m'ont donné le goût de l'ailleurs ». 

Après des études littéraires dont hypokhâgne, elle poursuit son rêve de « faire Sciences Po Paris pour être diplomate ». 
« En général, quand on fait Sciences Po, on suit un double cursus. 
Alors, j'ai choisi de faire, en même temps, l'école du Louvre ». 
Par goût, bien sûr, mais aussi par sens pratique car cette prestigieuse École du Louvre se situe proche de Sciences Po. 
C'est une découverte : « J'ai compris ce que je voulais vraiment faire ». Le monde de l'art a pris le pas sur le monde diplomatique. 

La solide formation générale qui « m'a appris à gérer une importante charge de travail » a été un atout. Ne restait que le concours à passer avec une question unique à traiter et « 1.500 candidats pour huit places ». 
La chance était au rendez-vous : « Je suis tombée sur le peintre Honoré Daumier.
 Et j'étais allée voir une exposition de ses oeuvres quelques jours avant... ». 

Au bon endroit au bon moment.

« Un énorme travail »


Études terminées, s'enchaînent vacations dans les galeries et les stages de formation un peu partout en France et même à Chicago aux États-Unis. 
En 2006, alors qu'elle est en poste à Laval (Mayenne), une petite annonce dans Télérama, pour un poste de conservateur du Musée des Beaux-arts de Pont-Aven l'intéresse. 

Surtout qu'il est question de conduire un projet d'extension. Elle postule mais juste « comme ça, pour voir ». 
Comme sa candidature est retenue, « tout était à construire et à faire fonctionner ». 

Un important chantier ; d'autant plus que « pour une meilleure cohérence du projet muséographique, une restructuration complète du musée s'est finalement imposée même s'il fallait conserver l'intimité des lieux ». 
Quand, en 2013, le musée est devenu un équipement communautaire, Estelle Guille des Buttes-Fresneau a également pris la direction du Musée de la pêche de Concarneau.

La mutualisation des moyens


Un travail en plus, mais après tout, « la mise en place d'une mutualisation des moyens entre les deux musées est une expérience très enrichissante ».
 Cette responsable des deux équipements culturels est maintenant persuadée que « l'avenir de nombreux musées gérés par des collectivités locales passe par cette mutualisation de moyens ». 

Après trois ans de travaux conséquents - 8,2 M€ et « un énorme travail »-, le musée de Pont-Aven a ouvert ses portes et « ce fut une joie immense ». 
Au fil des mois, le succès public de ce nouveau musée, a balayé le scepticisme, voire la réticence, des Pontavenistes.

Aller chercher les jeunes publics


Après un an de fonctionnement, l'équipement culturel commence à trouver son rythme de croisière. Même si un musée doit toujours renouveler ses expositions temporaires pour faire revenir les visiteurs (*). 
Les différents partenariats, comme celui déjà signé avec le Musée d'Orsay et d'autres en projet, sont essentiels pour ce renouvellement. 

Estelle Guille des Buttes-Fresneau sait que le travail n'est jamais terminé et que le succès d'un lancement doit s'inscrire dans le temps. 

Tout comme elle est persuadée que l'avenir d'un musée dépend aussi de la jeunesse du public qu'il fait venir. Militant « depuis toujours pour démocratiser l'art », elle travaille auprès des jeunes publics des écoles et a ouvert un remarquable Centre de ressources. 

« Il faut décloisonner pour produire du nouveau », assure la conservatrice qui prépare déjà les expositions à venir. Car finalement, être conservatrice, c'est surtout anticiper.


* Dès le 1er juillet, le musée présente le second volet de son exposition sur la modernité en Bretagne. Informations : museepontaven.fr

© Le Télégrammehttp://www.letelegramme.fr/finistere/pont-aven-elle-a-su-democratiser-l-art-26-06-2017-11571644.php#f14m1KL4STRtM3g1.99