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vendredi 26 mai 2017

LES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES VUE PAR " RIVAROL " !

Législatives : raz de marée pour Macron et hécatombe pour le Front ?



 
Vae victis ! Cet adage romain n’a pas perdu de son actualité. La victoire d’Emmanuel Macron a des conséquences très négatives sur les principaux partis politiques. 
En revanche, le président nouvellement élu peut espérer une confortable majorité aux législatives de la mi-juin. En effet, traditionnellement, les électeurs qui viennent d’élire un nouveau chef de l’État souhaitent lui laisser sa chance, c’est pourquoi tous les présidents ont bénéficié d’une majorité, le plus souvent absolue, exceptionnellement relative, lors des législatives suivant immédiatement la présidentielle, ce fut vrai en 1981, en 1988, en 2002, en 2007 et encore en 2012. On voit mal comment il en irait autrement cette fois-ci d’autant que tous les partis, à l’exception du mouvement de Macron, ont été défaits et affaiblis par son élection.  

A la notable exception du MODEM qui a fait alliance avec lui et qui gagne le jackpot. François Bayrou n’avait aucun député sortant, il pourrait en faire élire une petite centaine le 18 juin au soir. Son parti était exsangue, il n’avait même pas les moyens financiers et humains de briguer une nouvelle fois la magistrature suprême mais en apportant à Macron les 4 à 6 points qui lui manquaient pour passer devant Fillon, le Béarnais devient un faiseur de roi qui fait payer chèrement son soutien. A 66 ans, Bayrou qui était cliniquement mort réussit la plus improbable des résurrections politiques. Macron réalise ce dont il a rêvé toute sa vie : réunir les républicains des deux rives, de Valls à Juppé, des sociaux-démocrates libéraux aux libéraux-sociaux, tous européistes, mondialistes et acquis à la laïcité.
Si Macron et Bayrou peuvent donc pour l’heure avoir le sourire, ce sont à peu près les seuls sur la scène politique. Le parti socialiste a été sonné par la déroute de Benoît Hamon, les sondages ne lui prédisent qu’une quarantaine de sièges, soit moins encore que la cinquantaine de députés sauvés du naufrage aux législatives de 1993. Et le parti est au bord de l’implosion entre son flanc gauche qui veut être dans l’opposition à Macron au côté de Mélenchon et son aile droite qui souhaite participer à la majorité présidentielle. La France insoumise n’est pas non plus dans une dynamique très positive. Mélenchon qui se présente aux législatives à Marseille aura du mal à ressusciter l’enthousiasme qu’il avait réussi à susciter autour de sa candidature. Pour la plupart des électeurs en effet, les jeux sont faits et l’on ne peut plus faire croire au mirage d’une victoire. D’autant que dans son camp les divisions sont là aussi bien réelles : l’alliance entre son mouvement et le Parti communiste a été rompue. Mélenchon a même menacé d’aller en justice si des candidats communistes se prévalaient de son soutien et utilisaient sa photo sur leurs affiches. Il y aura donc quasiment partout au premier tour des candidatures concurrentes entre communistes et mélenchonistes. Du fait de la logique implacable du scrutin majoritaire à deux tours, il n’est même pas tout à fait assuré que le chef de la France insoumise dispose d’un groupe parlementaire. Et que dire d’Europe Écologie-les Verts qui risque de disparaître totalement de l’Assemblée et dont l’alliance avec Hamon s’est révélée catastrophique ? Au reste, en faisant alliance avec les Verts, Hamon a réussi l’exploit d’obtenir à peu de choses près le score habituel des écologistes au premier tour de la présidentielle. 
Les Républicains semblent plutôt mieux résister que le PS. D’une part parce qu’ils bénéficient d’un puissant réseau d’élus très implantés localement, d’un fort maillage territorial. Ensuite parce que Macron ayant été un moment au PS, ayant fait partie du gouvernement de Hollande, a un profil de centre gauche qui déstabilise plus fortement les socialistes que la droite parlementaire. Pour autant, l’unité du mouvement est fortement mise à mal. Après la nomination à Matignon du juppéiste et ex-rocardien Edouard Philippe, près de deux cents élus LR et UDI ont cosigné une tribune appelant à saisir la main tendue par le nouveau président. Beaucoup de juppéistes et de lemairistes ont déjà sauté le pas et le maire de Bordeaux a lui-même prévenu à plusieurs reprises qu’il ne fallait pas mener une politique d’obstruction systématique ni d’opposition frontale au nouveau gouvernement et il a dit tout le bien qu’il pensait du nouveau Premier ministre qui est l’un de ses intimes. C’est dire que les Républicains qui n’ont quasiment aucune chance d’obtenir la majorité à l’Assemblée nationale sont loin d’être sortis d’affaire et le navire risque de tanguer fortement entre une aile droite menée par Laurent Wauquiez favorable à une franche opposition au nouveau gouvernement et des responsables plus ondoyants comme le frère François Baroin voire carrément acquis au nouvel Exécutif comme c’est le cas d’un grand nombre de juppéistes et de lemairistes, sans même parler des centristes de l’UDI qui comptent sur l’électorat LR pour se faire réélire mais qui sont déjà quasiment tous en marche vers… Macron.
Bien qu’il ait été une nouvelle fois finaliste de l’élection-reine de la Ve République, le Front national ne se porte pas mieux que ses principaux concurrents, tant s’en faut. Le mouvement subit encore l’onde de choc créé par le débat calamiteux de Marine Le Pen à quatre jours du second tour et par la gifle monumentale reçue le 7 mai au soir. Comme c’est généralement le cas dès que l’échec est au rendez-vous, les tensions s’accroissent et les divisions se donnent libre cours, les uns et les autres n’étant plus tenus en laisse par le fol espoir d’une grande victoire. Et les règlements de compte s’annoncent d’autant plus violents que le parti n’est plus dirigé aujourd’hui par des hommes de conviction, ayant une boussole, mais par des démagogues, des politiciens prêts à tuer père et mère (et cela a été démontré), prêt à dire tout et son contraire, à promettre tout et n’importe quoi pour parvenir à leurs fins. Seulement, pour mener à bien cet exercice, il faut un certain talent, un minimum d’habileté manœuvrière. L’électeur accepte qu’on lui mente, qu’on se moque de lui, mais à condition qu’on y mette les formes, qu’on soigne l’emballage, qu’on fasse semblant d’avoir un minimum de cohérence et de suite dans les idées. Or pendant cette campagne présidentielle Marine Le Pen et son équipe de bras cassés et de pieds nickelés ont transformé l’or en plomb et ont navigué, changé brutalement de pied de manière tellement grossière que leur amateurisme, leur désinvolture, leur incompétence, leur médiocrité , leur insuffisance crevaient l’écran et étaient repérables par tout le monde. Sauf peut-être, il est vrai, par le quart-monde d’Hénin-Beaumont directement échappé de La Colline a des yeux et qui, au soir du premier tour, chantait la chenille et « à la queue leu leu », se trémoussant entre deux gorgées d’inculture crasse et de coca-cola tiède sous les yeux du maire ahuri et inverti de la ville, Steeve Briois, président du FN par intérim pendant 17 jours (sans qu’aucun organe n’ait d’ailleurs délibéré statutairement ni de sa prise de fonctions ni de sa démission, on est là encore dans la fiction juridique et le n’importe quoi !). 

Briois, c’est une génie sur pattes, sa vive intelligence transperce dans son regard et sur son visage, on en est saisi, Marine Le Pen l’a bien choisi. Elle sait s’entourer. Qui se ressemble s’assemble. 
Lorsqu’un parti présente des candidats à des élections législatives, c’est en principe pour défendre un programme de gouvernement. Or le Front national aligne partout en France des candidats pour les législatives des 11 et 18 juin et l’on ne sait toujours pas s’il conserverait ou non l’euro s’il accédait aux responsabilités gouvernementales. Interrogée sur France Info le 22 mai pour savoir quelle était désormais la position de son parti sur l’euro, notamment pour la campagne des législatives, la présidente du Front national a osé déclarer : « C’est un chantier que nous ouvrirons après les législatives pour une raison très simple : c’est un sujet présidentiel, ce n’est pas sujet législatif », au prétexte que « ce n’est pas l’Assemblée nationale qui décide de cela ». Il faut oser débiter de telles sornettes ! 

Marine Le Pen avait pourtant expliqué pendant sa campagne présidentielle que 70 % de son programme économique et social serait inapplicable sans sortie de l’euro et sans retour au franc, que la reconquête de la souveraineté monétaire était indispensable pour pouvoir mener une politique indépendante, ne plus dépendre de la Banque centrale européenne, lutter victorieusement contre le chômage, que le retour à une monnaie nationale était la condition sine qua non d’une politique patriotique, protectionniste et indépendante de Bruxelles et de Berlin, que c’était un préalable à toute politique de redressement national et voilà que tout à coup cela n’a plus aucune importance, ce n’est même pas un thème dont on doit parler pendant cette campagne, c’est un hors-sujet alors même que par définition et par vocation les législatives permettent de constituer un gouvernement qui détermine la politique de la nation. 

Voilà où en est le parti dirigé par Marine Le Pen. Il ne sait plus où il habite. Sonné par la défaite, assommé par le soudain retrait de Marion Maréchal-Le Pen, divisé entre ses chefs qui s’envoient des amabilités par media interposés, il tient un discours parfaitement inaudible sur l’euro. 

Le contraste est saisissant entre Florian Philippot qui menace de quitter le parti si le FN renonce à la sortie de l’euro et Collard qui indique que le second tour de la présidentielle a été un référendum sur l’euro et que le peuple français a dit très clairement qu’il était pour le maintien de la monnaie unique. 

Grinçant, Collard a déclaré : « Ce serait dommage qu’en sortant de l’euro, on sorte du Philippot. » Le secrétaire général du FN, l’ectoplasmique Nicolas Bay, en a rajouté une louche, disant que « le débat était préférable au chantage » et insistant sur RFI le 22 mai : 
« Je regrette ce genre de propos (de Philippot), je pense qu’il est parfaitement inutile, surtout en campagne électorale où l’heure est à la mobilisation. »

Ce serait une erreur de croire que le flou et la confusion ne règnent que sur la question de l’euro au sein du FN. Sur tous les sujets il n’y a aucune ligne claire, aucune convictionferme. C’est la logique de la politique de normalisation conduite depuis des années par Marine Le Pen.

 On sort tout à coup de son chapeau des propositions quand on pense qu’elles peuvent avoir un impact positif dans les sondages mais on ne se soucie pas de la cohérence d’ensemble ni de leur faisabilité ni des éventuelles contradictions avec des mesures précédemment proposées. En matière d’immigration, c’est frappant. 

Dans la profession de foi de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle, la candidate s’engageait à avoir un solde migratoire de 10 000 par an. Sachant qu’officiellement environ 180 000 Français quittent chaque année le territoire national et que 210 000 immigrés légaux y entrent, le solde migratoire est actuellement d’environ 30 000. 

Le ramener à 10 000 ne changerait donc pas grand-chose. Mais ne voilà-t-il pas que paniquée par les sondages en baisse constante une dizaine de jours avant le premier tour, l’équipe de la candidate, dans le cadre d’une réunion de crise, a décidé tout à coup pour enrayer la chute et grapiller quelques points de proposer un « moratoire sur l’immigration légale et illégale », ce qui est très différent et ne correspondait pas aux 144 propositions de la candidate validées par la convention de Lyon. De même, pendant la campagne, la candidate, déjà en difficulté, lance une nouvelle proposition : ne plus scolariser gratuitement les enfants d’immigrés nouvellement arrivés, installant un délai de carence pendant lequel les familles seraient amenées à contribuer financièrement à la scolarité de leur progéniture. Patatras, cette mesure qui se voulait emblématique et que Marine Le Pen avait fortement médiatisée, espérant obtenir ainsi des électeurs supplémentaires qui verraient en elle la pierre angulaire d’une politique de fermeté face aux migrants, a disparu du jour au lendemain sans explication sur l’autel de l’accord de gouvernement avec Nicolas Dupont-Aignan. 

Accord qui de surcroît n’a duré que l’espace d’un sourire et d’une poignée de mains sur la photo puisque, dès le lendemain du second tour, on apprenait que le FN et Debout la France auraient des candidats partout les uns contre les autres au premier tour des législatives et qu’il y aurait même un candidat FN dans la circonscription du maire d’Yerres.


On le voit, on a vraiment affaire à des amateurs. Mais qu’on se rassure Marine Le Pen sera élue en 2022 à l’Élysée, c’est Gilbert Collard qui l’a solennellement affirmé. 

Et elle-même vient de confirmer qu’elle sera à nouveau candidate à la magistrature suprême dans cinq ans « si elle est la mieux placée pour défendre ses idées »

Encore faudrait-il savoir quelles sont ses idées. T

ous les journaux, revues et blogs du camp dit national qui ont eu toutes ces années des yeux de Chimène pour la présidente du FN n’auront pas à sa fatiguer. 

Ils pourront agiter leur petit drapeau et ressortir leur slogan et leur unes aussi dithyrambiques que pathétiques : « Marine ou le chaos » (mais pour l’heure, c’est elle qui est KO !), « seule Marine peut nous sauver », « Marine vite ! », « vive Marine ! », « nous sommes les gars (ou les gays ou les cocus ?) de la Marine », « je vote Marine », « je suis Marine »

Bon, j’arrête, ça suffit pour aujourd’hui !


Éditorial de Rivarol n°3284 du 25/05/2017