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mardi 9 mai 2017

L' AVENR POLITIQUE DE MARINE LE PEN ? TRIBUNE LIBRE !

Marine Le Pen a-t-elle un avenir politique ?

Marine Capture Ecran

Marine Le Pen a-t-elle un avenir politique ?

Yves-Marie Laulan, Président de l’Institut de Géopolitique des Populations ♦
Yves-Marie Laulan
Yves-Marie Laulan


La réponse à cette question ne se trouve certainement pas dans le nombre de voix obtenues par Marine au 2ème tour des élections présidentielles, ce que les commentateurs de service vont frénétiquement analyser comme les augures romains étudiaient les entrailles des sacrifices. Il faut porter le regard ailleurs, notamment ce qui a précédé les élections et ce qui pourrait suivre logiquement.

Marine a-t-elle un avenir politique ?

Après sa lamentable prestation face à Emmanuel Macron, il serait permis d’en douter. Même papa Jean-Marie a proféré sans indulgence un jugement lapidaire : «  elle a manqué de hauteur » a-t-il commenté. 

C’est effectivement un jugement sévère qui résume bien la situation
.
Le fond de l’affaire est que Marine n’aurait jamais dû accéder au second tour des élections présidentielles. Si elle y est parvenue, c’est à la suite d’une sorte de double accident politique imprévisible : c’est l’explosion de la fusée Fillon sur son pas de tir et aussi l’irruption sur la scène politique d’un inconnu, le sire Mélenchon. 


L’ami des « gazelles pudiques » a ainsi raflé plusieurs millions d’électeurs mécontents et désorientés sans savoir qu’en faire. Après les avoir séduit de sa flûte enchantée, il les a proprement plaqués en plein désert post-électoral. C’est dans le vide politique ainsi créé que Marine a pu se faufiler au deuxième tour.

Ceci étant, Marine Le Pen, face à son adversaire pendant le fameux duel traditionnel, ne s’est pas comportée en candidate à la présidence de la République mais plutôt en chef de parti ou encore en protagoniste dans une quelconque émission de variétés à la radio ou de télévision .


Cette impression négative a été au surplus renforcée par son comportement un peu singulier répétant plusieurs fois les mêmes mots, les mêmes phrases, avec force mimiques, sourires narquois, rires de gorge, hochements de tête qui, peut-être, dans son esprit, devaient contribuer à désarçonner son adversaire calme et impavide qui lui faisait face.


Émmanuel Macron est resté de marbre devant ce mauvais exercice inspiré la Comedia de l’Arte, la comédie italienne. Elle s’est trompé  de casting. Elle a manqué de tenue, de réserve, de dignité. Les auditeurs y ont été sensibles comme en témoigne la perte immédiate de quelques points dans les sondages.

D’autant plus que le contraste était frappant entre la maîtrise de Macron, parlant sans consulter la moindre note, et Marine Le Pen, laborieusement penchée sur ses fiches où elle espérait , sans doute , trouver l’inspiration qui lui faisait manifestement défaut : bons mots à placer, formules toutes faites, clichés faciles, invectives tous azimuts.

Malheureusement pour elle, cela ne l’a nullement empêchée de mélanger joyeusement le nom des entreprises citées, les dates des décisions prises et de leurs auteurs, donnant ainsi l’impression d’une candidate incapable de maîtriser son sujet. Pour elle, engager des négociations internationales difficiles dans ces conditions seraient clairement suicidaire. Manifestement Marine ne fait pas le poids dans ce genre de débat.

Au surplus, Marine a de excuses

Sa brève carrière d’avocat (deux ans) ne l’a nullement formée à se familiariser avec ce type de sujets alors que Macron, ancien inspecteur des Finances, banquier d’affaires, ancien ministre, nage dans cette problématique compliquée comme un poisson dans l’eau. La partie n’était pas égale. On avait presque envie de voler au secours de la candidate, ne serait-ce que par charité chrétienne.

Mais peut-être que la raison de ce décalage résid dans le fait que Marine savait parfaitement qu’elle n’avait guère de chance d‘emporter la décision, ni dans ce duel ni dans les urnes. 
Dès lors, autant se faire plaisir et se donner à fond. Son objectif plus modeste, mais aussi plus réaliste , était simplement de s’adresser, non à l’ensemble du corps électoral dont elle savait pertinemment qu’il lui était majoritairement hostile , mais aux membres de son parti en vue de préparer, déjà, la campagne électorale à venir, les élections  à l’Assemblée nationale.

 

 

L’avenir politique de Marine Le Pen dépendra étroitement du sort de Macron à la tête de l’État

S’il échoue, elle conservera toutes ses chances. S’il réussit, elle ne pourra jouer qu’un rôle relativement modeste comme force d’appoint d’un parti d’opposition qui n’est que relativement dédiabolisé.

Pour l’instant on ne peut que constater les surprenantes faiblesses internes du Front national qui n’a pas été en mesure de recruter les talents qui lui auraient permis d’élaborer un programme de gouvernement crédible. Pour l’instant, les propositions de Marine s’inscrivent en négatif sur tous les plans. 
Elles se résument à des slogans sommaires et simplets de sortir : sortir de l’euro, sortir de l’Europe, sortir de l’Alliance atlantique ; bref, sortir, sortir, sortir de tout , sans avoir la moindre idée de savoir comment le faire et où aller. Cette improvisation permanente est mortifère et sent fâcheusement l’amateurisme .



Marine a des excuses . Elle est l’héritière de son père .


Elle est porteuse d’un nom, et d’un mythe familial, mais rien de plus. 

Jean-Marie lui a légué un programme politique parfaitement vide si l’on néglige les sorties récurrentes racistes et antisémitiques destinées à donner du corps à ce brouet indigeste. 

Il lui a fallu improviser . Elle n’a pas eu le temps, ou le talent, de le faire. Si elle veut se doter d’un avenir politique articulé, il lui faudra sans tarder s’atteler à cette lourde tâche. 

Mais en aura-t-elle envie ? Et son équipe est d’une parfaite médiocrité. 


Elle n’a pas réussi pour l’instant à attirer les indispensables talents dont elle a besoin pour réussir en politique.

C’est le défaut rédhibitoire d’une formation politique uniquement fondée sur les liens familiaux. Ce n’est pas le ridicule et tardif recrutement de Dupont-Aignan qui changera le moindrement du monde la donne. Il faudra trouver autre chose.


Marine a bien tenté , mais sans succès, de s’approprier l’héritage qui était jadis l’apanage du communisme des années d’après -guerre, ou celui du socialisme du temps de Jaurès, la défense des pauvres, des exclus, des négligés de la croissance, des laissés -pour- compte de la société. 

Mais cette OPA n’ a eu aucun succès. Et pour cause. 

Cette appropriation n’était pas crédible. Pas quand on a été élevée dans une superbe villa de Saint Cloud.


Mais il est vrai que pour évaluer l’avenir de Marine bien d’autres facteurs doivent être pris en compte, et, en premier lieu, l’évolution économique et géopolitique de la France et dans le monde.
Sur le plan de la sécurité interne, le problème du terrorisme a toutes les chances de devenir récurrent avec de brusques flambées d’attentats de temps à autre . 

Il est extraordinairement difficile de lutter contre ce genre de phénomènes devenues banals au quotidien dans certains pays du Moyen-Orient. 


Comment traiter cette menace sans sombrer dans l’autoritarisme et en respectant les libertés fondamentales ? Le nouveau président devra doser les mesures indispensables pour préserver un équilibre toujours précaire entre liberté et répression. Mais l’opinion ne lui pardonnera pas l’échec.  


La clef du problème est sans doute en partie le renseignement, trop longtemps négligé. Mais un système d’alerte et de surveillance efficace ne se mettra pas en place en 24 heures. Le temps sera mesuré à la présidence Macron qui ne pourra pas opérer des miracles en peu de temps.



La crise des migrants ne fait que commencer. Elle ne peut que se renforcer. 

La position de Macron sur cette question semble relativement fragile, du moins pour l’instant, avec en tête l’idée d’un accueil généreux aux contingents serrés qui vont se présenter à nos frontières. Ce n’est pas tenable à terme. 

Mais il est clair que le « président Macron », hautement pragmatique et réaliste, devra nécessairement durcir sa position devant l’afflux de migrants indésirables .

A cet égard, Marine serait bien inspirée d’abandonner le terrain de l’économie où elle est manifestement en position de faiblesse pour se porter sur celui de l’immigration qu’elle a sensiblement délaissé pendant la campagne présidentielle.


Sur le plan international, Macron va devoir faire face à un contexte incertain et même dangereux. 
 L ’Europe s’écaille avec le Brexit, visiblement inspiré par les problèmes migratoires. Le bloc européen se fissure et il est , de plus, soumis à de fortes pressions centrifuges. Les positions européennes de Macron sont bien connues. 
Mais pourra-t-il longtemps résister aux inquiétudes d’une l’opinion désorientée face à une Europe tatillonne qui donne une impression de lourdeur et de pesanteur et, de surcroît, d’inefficacité, une Europe largement jugée inutile et stérile.
Macron se propose de réformer l’Europe et la communauté européenne . 


Mais en aura-t-il les moyens ? Car il n’est pas le seul dans l’affaire . Angela Merkel sera, certes, un partenaire bienveillant. Mais il n’est nullement assuré qu’elle reste encore longtemps aux affaires face à l’irrésistible montée des forces de droite outre Rhin.


Par ailleurs, Donald Trump va continuer à divaguer à qui mieux mieux de l’autre côté de l’Atlantique. Il va se révéler de plus en plus comme un partenaire indifférent, voire malveillant, envers l’Europe. A cet égard, l’Amérique a toutes les chances de connaître un nouvel accès de fièvre protectionniste ou même à s’aventurer vers un néo isolationnisme comme dans les années 20. Tout cela va faire le jeu de Marine et miner le terrain sous les pieds de Macron.


A l’inverse, l’évolution de la Russie, devenue l’allié et le banquier de Marine, risque fort d’engendre bien des déceptions. 

Le modèle russe tarde à porter ses fruits. Le lent déclin démographique en cours va progressivement ramener la population russe à 110 millions d’ici l’an 2050, faible réserve humaine pour le pays le plus étendu au monde. 
 Pendant le conflit napoléonien, puis la révolution de 1917 et la terrible guerre patriotique enfin de 40/45, ce sont au prix de terribles saignées humaines que la Russie a pu tenir la tête hors de l’eau, coûte que coûte.  

Ce ne sera plus le cas à l’avenir. La Russie va manquer d’hommes pour la première fois dans son histoire.


En outre, sa reconversion d’une économie largement fondée sur la rente pétrolière n’a pas encore réussi. Par contre, la Russie a quand même mené à bien une véritable révolution dans le domaine agricole . 

Jadis talon d’Achille du régime soviétique, le secteur agricole russe est devenu prospère. C’est un atout important. 

Mais est- ce suffisant pour faire de la Russie un modèle et une référence pour Marine et le Front national ? Il est permis d’en douter.


Bref, si elle veut conserver un avenir politique, Marine Le Pen devra se reconstruire et remettre en question un certain nombre de postulats de son paradigme . 

Cela ne sera pas forcément aisé.
laulan-yves-marie


Yves Marie Laulan a été haut fonctionnaire international et professeur d’université . Il préside aujourd’hui l’Institut de Géopolitique des Populations. 

Il est l’auteur des livres suivants : Les nations suicidaires (publié en France et à l’étranger), Les années Sarkozy :5 ans de perdus pour la France, Allemagne : chronique d’une mort annoncée, 


Le couple Giscard-Chirac :deux années de plomb et Pour la survie du monde occidental :demain la Femme.
Illustration : Marine Le Pen, capture d’écran
 Source:   https://metamag.fr/2017/05/08/