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mardi 16 mai 2017

ENCORE UNE ÉLECTION MANQUÉE ? ( JEAN-PIERRE MAUGENDRE )

Et après encore une élection manquée ?






président de la République
par Jean-Pierre Maugendre*


En cette solennité de sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France, nous vous proposons quelques éléments de réflexion sur la récente élection présidentielle.



Ainsi donc les retrouvailles de la France souffrante et de la France militante n’auront pas eu lieu. Sans doute eussent-elles hâté le retour de la France triomphante !



Le verdict des urnes du second tour de l’élection présidentielle est sans appel. Marine Le Pen a rassemblé sur son nom onze millions d’électeurs qui correspondent globalement aux perdants de la mondialisation, positionnés à l’Est d’une ligne reliant Rouen à Nice hormis les grandes agglomérations. 

Des régions anciennement industrialisées frappées par les délocalisations, conséquence inéluctable de la libéralisation des échanges et de l’abolition des barrières douanières.

Deux France à réconcilier


La candidate du Front national n’est pas parvenue à séduire les classes moyennes qui avaient été le fer de lance des gigantesques manifestations d’opposition à la dénaturation du mariage. 

Or chacun sait qu’Emmanuel Macron, en légitime fils spirituel de François Hollande, poursuivra l’œuvre entreprise par son prédécesseur de marchandisation du corps humain (promotion de la PMA, de la GPA, etc.) et de destruction de la famille au nom d’un individualisme libertaire dont l’omnipotence du lobby LGBT est la manifestation la plus évidente.



Pardon de rappeler ce truisme, mais on ne rassemble les gens qu’autour de ce qu’ils ont en commun. Or l’essentiel de ce que les classes populaires et les classes moyennes ont en commun n’est pas l’économie. 
Elles ont en partage une langue, une histoire, un mode de vie, un imaginaire, des mythes fondateurs, les restes sécularisés d’une religion plus que millénaire… Elles sont confrontées aux mêmes inquiétudes sur l’insécurité, la perpétuation de ce qui constitue leur identité, l’islamisation de la France, le « grand remplacement » qui n’est pas un phantasme mais une réalité quotidienne.



Le Front national a fait le choix d’axer sa campagne présidentielle, puis le débat télévisé avec Emmanuel Macron, sur les questions économiques, proposant comme mesure phare la sortie de l’Euro. Or, il est manifeste que quasiment personne ne maîtrise ce sujet, fortement anxiogène, à commencer par sa principale promotrice. 

En outre, de nombreuses mesures économiques sont apparues comme démagogiques aux classes moyennes. 
Citons le retour à la retraite à 60 ans, la non remise en cause des régimes spéciaux de retraite, le maintien du statut d’indemnisation des intermittents du spectacle… 

La raison première de la volonté du Front national de sortir de l’Union européenne et de l’Euro est-elle d’ailleurs foncièrement souverainiste ou n’est-elle pas d’abord la condition de la perpétuation d’un prétendu « modèle social » – que personne ne songe à imiter ! – désormais impossible à financer dans le cadre de l’Union européenne ? 

Quant aux envolées lyriques sur l’État-stratège, les récents déboires d’Areva devraient incliner à plus de modestie. Patrick Buisson a su, lui, rassembler en 2007 sous la houlette de son candidat, Nicolas Sarkozy, ces deux France car il avait compris que « les mythes religieux et politiques sont le cœur battant de l’histoire, pas l’économie »


Ce qu’est devenue la présidence Sarkozy est une autre histoire.



La vérité n’est pas le contraire de l’erreur


Marine Le Pen a fait le choix dans l’entre deux tours de s’adresser prioritairement à l’électorat de Jean-Luc Mélenchon. C’est son droit le plus strict. 

C’est le nôtre de penser qu’au-delà de l’erreur stratégique, confirmée par les faits, ce choix confirme aussi une rupture avec le programme traditionnel du Front national tel qu’il était par exemple exposé dans « 300 mesures pour la renaissance de la France » en 1993. 

Bien sûr les temps ont changé. Mais les maux dont nous souffrons sont-ils fondamentalement différents ? 
L’heure serait à l’union des patriotes contre les mondialistes. Certes. 

Cependant nous souhaiterions en savoir un peu plus sur cette patrie. 

De quoi s’agit-il ? Fénelon écrivait en son temps : « La patrie d’un cochon se trouve partout où il y a du gland »

Ce n’est pas notre conception de la patrie !


Nous ne croyons pas que la vérité soit le contraire de l’erreur. Ce n’est pas parce qu’Emmanuel Macron est sans conteste l’agent de la mondialisation sauvage, de la destruction des identités nationales et le promoteur d’un libertarisme hédoniste que son opposante principale incarnerait automatiquement les vertus contraires. 

La remarque vaudrait d’ailleurs tout autant pour François Fillon, vieux routier de la politique politicienne, artisan de la ratification du traité de Lisbonne en 2007- contre la volonté exprimée par référendum des Français – premier ministre de Nicolas Sarkozy et donc solidaire de sa politique pendant cinq ans, etc.


Écrivant cela nous ne mettons en cause ni la bonne volonté des uns et des autres ni n’oublions la gravité des maux dont notre pays est frappé. 

Nous savons que « celui qui veut, dans la société civile, non seulement la justice, mais toute la justice et tout de suite, celui-là n’a pas le sens politique. Il ne comprend pas que la vie de la cité se développe dans le temps et qu’une certaine durée est indispensable pour corriger et améliorer ; surtout il ne comprend pas l’inévitable intrication de bien et de mal à laquelle, de fait, la cité humaine se trouve condamnée, depuis le bannissement définitif du Paradis de justice et d’allégresse. Vouloir détruire immédiatement toute injustice c’est déchaîner des injustices pires. » (R Th Calmel o.p. in Sur nos routes d’exil : les Béatitudes)



Nous observons simplement que le projet de réforme intellectuelle et morale qui est le nôtre n’était, dans la dernière élection, porté par aucun des protagonistes même si incontestablement le projet politique de Marine Le Pen était moins mortifère que celui d’Emmanuel Macron.


 La Fondation de Service Politique attribuait ainsi à Marine Le Pen la note, moyenne, de 12/20 et à Emmanuel Macron celle, désastreuse, de 4/20.

Les bonnes élections ?


N’y a-t-il pas enfin une part d’enfantillage à croire que le salut pourrait venir de « bonnes élections » ? Les débats de ces derniers mois ont été, c’est la loi du genre, une surenchère de démagogie financière. 

Chacun a, par anticipation, largement promis de déverser à sa clientèle la manne étatique dont ne dispose malheureusement plus un État en dépôt de bilan virtuel. 

C’est tromper les Français et ignorer, en ce centenaire des apparitions de Fatima, l’économie de la grâce que de croire que les erreurs et les crimes de ces dernières décennies resteront impunis.
 « Un peuple couché, pour se relever, doit d’abord se mettre à genoux » nous rappelait il y a déjà bien longtemps le fondateur de l’abbaye bénédictine du Barroux. 

Le redressement du Portugal à partir de 1926 a été rendu possible par une triple rencontre. Celle d’un homme brillant amoureux de sa patrie, le Dr Salazar, avec tout un peuple -ayant opéré au préalabl e une véritable conversion, intellectuelle et morale, à la suite des apparitions de Fatima- à l’occasion de circonstances particulières, en l’occurrence le coup d’état du général Carmona mettant fin à des décennies d’anarchie. 

C’est le langage que nous aimerions entendre de la part de nos évêques au lieu de les observer hurler avec les loups, pour la plupart, contre le racisme présumé du Front national. 


 Demain comme hier, la priorité politique est à la fidélité personnelle à notre patrimoine national et religieux, à la réforme des intelligences et des cœurs, à la transmission de ce que nous avons reçu, dans l’amitié française et l’espérance chrétienne.



Jean-Pierre Maugendre est le président de l’association Renaissance Catholique.



ET AUSSI


L’avenir du Front National suite à l’échec de Marine Le Pen

bougie
par Thomas Ferrier
La campagne de Marine Le Pen a révélé au plus grand nombre beaucoup des défauts inhérents au nouveau Front National qu’elle dirige depuis 2011.

Le premier défaut est l’importance prise par la stratégie impulsée par Florian Philippot : campagne économiquement de gauche, europhobie permanente partant d’un contre-sens sur le résultat du référendum sur le TCE en 2005 (1), tabouisation de la thématique migratoire d’un point de vue ethno-civilisationnel. Son obsession contre l’euro, l’idée d’abandonner cette monnaie étant à juste titre anxiogène, relevant d’un postulat de principe, a joué en sa défaveur. Les apprentis sorciers en matière économique n’ont jamais eu une grande cote, surtout auprès de l’électorat de droite, qui tient à son épargne.

Dans le débat face à Emmanuel Macron, elle est apparue comme un amateur, sans colonne vertébrale, sans assises idéologiques, et défendant fort mal son programme. Faible sur les questions économiques, thème qu’elle aurait pu éviter en jouant la carte de l’avenir de la France et du destin du peuple français, elle a donné le bâton pour se faire battre à son adversaire qui, en ce domaine, a eu beau jeu de la pilonner sur ses insuffisances criantes en ce domaine. Le mot immigration, qui est pourtant la principale raison du vote en sa faveur, était quasiment absent, limité à quelques tirades générales sans saveur.

Le débat du 3 mai 2017 est pour Marine Le Pen ce qu’a été le « détail » pour Jean-Marie Le Pen en 1987. Ce dernier a perdu toute chance d’accéder au pouvoir suite à son dérapage, sans cesse renouvelé dès lors qu’il savait ne plus pouvoir que témoigner. Marine Le Pen perd toute chance pour l’avenir également et notamment pour 2022. Il y a des erreurs dont on ne se remet pas. Et la perte de crédit qui est désormais la sienne paraît insurmontable. Eric Zemmour n’a pas trouvé un mot pour défendre sa prestation et Robert Ménard a rappelé son désaccord avec elle sur les questions de l’euro et de l’Union Européenne.

Enfin, elle a commis au soir du second tour trois erreurs majeures de communication qui accentuent son décalage. En premier lieu, elle n’a pas su reconnaître sa défaite, préférant botter en touche au nom d’une hypothétique refondation, et sans vouloir faire le bilan de cet échec. Au contraire, tout indique qu’elle se limiterait à des changements cosmétiques ne remettant en cause ni sa domination sur le parti ni la ligne, ayant pourtant mené au désastre, impulsée par Philippot.
La seconde erreur fut d’apparaître extrêmement souriante devant les caméras quelques minutes avant son intervention télévisée faisant suite aux résultats, puis de prendre artificiellement un masque sérieux quelques instants après. Ce manque de sincérité, commun à tous les responsables politiques, s’est vu. La troisième erreur, prolongement de la seconde, fut d’être filmée en fin de soirée en train de danser. C’était fort malvenu, alors que nombreux électeurs étaient déçus ou dépités, ainsi que beaucoup de cadres, en dehors du cas des courtisans.


Une candidate refermée sur un clan souverainiste.

Les défauts de l’époque Jean-Marine Le Pen ont continué au Front National. La discipline de parti y est excessive, la soumission au dirigeant calamiteuse. Un chef de parti qui n’écoute que les courtisans serviles et marginalise les cadres critiques ne peut qu’accumuler les erreurs. Sophie Montel a expliqué qu’il fallait, je cite, « suivre la ligne de Marine Le Pen au doigt et à l’œil », adoptant ainsi la démarche d’un parti stalinien.

Marine Le Pen depuis 2011 n’a cessé de prôner l’ouverture, alors qu’elle n’a cessé de pratiquer l’épuration au sein de ses rangs. Après la mise à mort politique de son propre père, ce qui pouvait se comprendre néanmoins d’un point de vue stratégique, elle a marginalisé ses alliés, comme le SIEL de Karim Ouchikh poussé à la rupture, ou comme Robert Ménard, rabroué par Marine Le Pen lors d’un séminaire, et jusqu’à sa propre nièce, Marion Maréchal – Le Pen, qui a fini par renoncer ce mercredi à toute action politique pour quelques années, démissionnant de son mandat régional et se retirant des élections législatives, pour raisons familiales et aussi pour raisons politiques, sa ligne plus à droite étant rejetée durement par sa tante.


Si Nicolas Dupont-Aignan a soutenu Marine Le Pen au second tour, il conserve en revanche une farouche indépendance politique. Il sera sans doute confronté à ce qu’ont vécu les autres organisations.

 Le FN de Marine Le Pen n’accepte que des vassaux, pas des égaux.
Entourée de courtisans qui comme Loki auprès d’Odin lui suggèrent de bien mauvaises idées, étant victime d’un tropisme à gauche depuis de nombreuses années, elle n’écoute pas ceux qui auraient pourtant pu lui éviter bien des déconvenues. Aucun intellectuel n’a pu rester dans ou à côté du parti bien longtemps. L’indépendance d’esprit et une certaine insoumission caractérisent celui qui pense par rapport à celui qui agit.


Marion Maréchal Le Pen proposait d’adopter une ligne plus conservatrice sur le plan des mœurs, ce qui déplaît à la présidente 68-arde, une ligne plus chrétienne, alors que Marine Le Pen semble mépriser les religions, tant le catholicisme traditionnaliste que le paganisme, une ligne plus libérale et plus identitaire, donc moins anti-européenne, la présidente du Front National a préféré s’arc-bouter sur sa ligne de gauche. Il n’est toutefois pas absurde néanmoins de vouloir envoyer des signaux favorables à l’électorat populaire et aux ouvriers mais elle s’y est fort mal prise.


Un socialisme national « plus socialiste que le socialisme ».


Dans la forme de synthèse sociale-nationale qu’a proposé Marine Le Pen, la dimension identitaire est presque inexistante, ce qui fait que la principale différence entre le FN et le Front de Gauche s’est estompée. Or un « socialisme identitaire » ne signifie pas un alignement sur la démagogie marxiste. L’ouvrier français vote FN contre l’immigration et pas par « socialisme », même si une forme d’ethno-socialisme ne lui déplaît pas. 
Un socialisme d’exclusivité aurait pu de même lui plaire, s’il avait été bien expliqué. Or, comme le disait Dominique Venner, « il ne faut pas être plus socialiste que les socialistes ». Dans le couple social / national, c’est le national, au sens ethno-civilisationnel du terme, qui prime.

Pour réussir à récupérer l’électorat populaire de gauche et l’électorat plus bourgeois de droite, le ciment est le nationalisme identitaire, celui là même que Marine Le Pen a refusé au nom d’une conception civique de la nation, à la Habermas, que l’ex-chevènementiste Philippot a apporté dans son panier, ouverte aux « branches de l’arbre France » comme disait l’ancien mentor de David Rachline, ceux-là même contre lesquels ses électeurs traditionnels, y compris ouvriers, manifestent leur opposition.
Avec l’adhésion de la France à l’Union Européenne et les interdépendances économiques créées avec l’introduction de l’euro, ce nationalisme identitaire amènerait naturellement à se définir comme européen. Ce que Robert Ménard a parfaitement compris, mais ce que Marine Le Pen refuse de tout son cœur, au risque de dégoûter de nombreux électeurs de droite sans gagner d’électeurs de gauche pour autant.

Son socialisme fait fuir la droite, et son renoncement au nationalisme ne lui rallie pas la gauche, bien au contraire. Elle perd sur les deux tableaux. On ne peut récupérer droite et gauche qu’en les attirant par ce qu’ils ont en commun.

La ligne de Marion Maréchal Le Pen n’est pas meilleure que celle de Marine Le Pen en réalité. Le juste milieu aurait été sans doute plus habile, à la condition de rester ferme sur les questions migratoires et identitaires, en renonçant à l’europhobie, en choisissant la dédramatisation plutôt qu’une illusoire dédiabolisation.

Et l’avenir ?

Avec le départ de sa nièce, Marine Le Pen va s’orienter encore plus à gauche, avec Florian Philippot à ses côtés en situation de monopole idéologique, d’où son surnom en interne de « Raspoutine », donc persévérer dans  l’erreur. Il est probable que les législatives de juin 2017 ne seront pas aussi bonnes qu’elle l’espère. 
Avec 21,3% aux présidentielles, élection qui lui est généralement plus favorable, un score de 17% aux législatives ne serait pas surprenant. Elle n’aurait donc guère d’élus à part en Picardie. 
Il est difficile en outre de savoir quel sera l’effet démobilisateur sur son électorat du souvenir du débat du 3 mai, du résultat décevant du 7 mai, et du départ de Marion Maréchal Le Pen.

Quand on persévère dans l’erreur, on finit par y sombrer. Pourra-t-elle rompre avec ce cercle vicieux ? 
Qui sera le Pourichkevitch (symbolique) qui la libérera de son Raspoutine si celui-ci existe ? 

Un ripolinage de façade avec un nouveau nom mais la même dirigeante, les mêmes conseillers et la même ligne suicidaire ne servirait à rien.

le blog de Thomas Ferrier