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mardi 25 avril 2017

TRIBUNE LIBRE , POINT DE VUE ET CONSTAT !

Le début de la fin : la France du pourrissement en marche

Macron 2ème Tour

Le début de la fin : la France du pourrissement en marche

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦


Au terme d’une campagne présidentielle de plusieurs mois riche en rebondissements et au suspense inédit, le centriste Emmanuel Macron, 39 ans, est arrivé en tête du premier tour dimanche, avec 23,75% des suffrages exprimés,suivi par la dirigeante du Front national, 48 ans, avec 21,53%, selon les résultats par le ministère de l’intérieur

Soit près de 7 millions de voix, un record historique pour ce parti.

La France s’en sortira-t-elle ?

On peut en douter tant les chiffres du premier tour, abstention comprise, témoignent de sa profonde division. 
Quatre candidats atteignent en gros le chiffre de 20% auquel s’ajoute le vrai parti de l’abstentionnisme à 21,77 % aussi. 
Quelle que soit le Président élu au soir du 7 mai, il ne pourra  gouverner sans tenir compte d’une contestation forte et régulière de la rue. 
Il ne devrait pas non plus avoir de majorité parlementaire même en introduisant une dose de proportionnelle.


Comme l’avait déjà relevé le philosophe Alain de Benoist dans nombre d’entretiens, les deux vainqueurs du second tour n’appartiennent pas aux partis traditionnels.  

C’est donc bien à cet égard un changement profond de la vie politique française, du bipartisme traditionnel de la cinquième république.

Ce premier tour, marqué par une participation massive de près de 80% sous haute surveillance et sur fond de menace terroriste, signe l’élimination des deux grands partis traditionnels de droite et de gauche dans la course finale à l’Elysée. 

Droite et gauche de gouvernement ont implosé pour se recomposer sur une autre ligne de fracture clairement affirmée : les élites contre le peuple, l’identité nationale contre le mondialisme.


En même temps, la droite d’affaires traditionnelle, la droite des notables en se ralliant sans état d’âme au mouvement En Marche d’Emmanuel Macron (François Baroin étant le premier) a perdu tout crédit et tout corpus idéologique. 

Elle a abandonné le monopole des médias (entre autres) à la gauche. Sans compter au passage que François Fillon n’a jusqu’au bout absolument eu aucune dignité car comment après avoir subi tout le traquenard du hollandisme pour le compte de Macron peut-il se coucher à ce point ? C’est dans l’indignité la plus totale qu’ il a appelé illico et sans état d’âme à voter pour son adversaire déloyal sans la moindre hésitation.

 Peu ont, hélas, relevé cette absence de décence manifeste et qui s’ajoute son immoralité maintenant connue. Les Républicains est un parti à l’agonie, constitué de vieux riches, qui survivra tant bien que mal épuisé jusqu’aux législatives. 

Sauf que des vieux riches, il y en a de moins en moins sur la terre de France et la droite ne l’a pas vu elle-même. Elle était occupée dans le système à les taxer.


A gauche, le Parti Socialiste n’existe objectivement plus, même s’il est vrai qu’il s’est habilement reconstitué par son noyau “solférinien” dans le mouvement En Marche

La moitié de l ‘électorat de ce dernier repose sur ce malentendu qui ne tiendra pas face aux réalités sociales du pays et à son “ingouvernabilité” relevée plus haut. Macron + Mélenchon + Hamon cela donne en gros du 50 %. Sauf événement majeur et nous pensons bien sûr à un attentat de grande ampleur qui est loin d’être exclu, Marine le Pen ne devrait pas accéder à la Présidence.


D’aucuns pointent ce matin la mauvaise campagne de Marine Le Pen, sa mollesse, ses choix discutables, ses propositions hasardeuses mais que peut-on faire contre tant d’aveuglement face au délitement national ? On dit ici et là qu’avec Emmanuel Macron rien ne changera.

 C’est exact : le vote Macron c’est aussi celui de la peur de renverser les tables. 

 Les conseillers des cabinets ministériels conserveront leur place, les projets les plus fous en cours seront actés. 

Statistiquement, Marine le Pen augmente son électorat à raison de plus de 700 000 par an en moyenne, c’est peut-être la découverte d’une nouvelle loi politique électorale : on semble ne pas pouvoir aller plus vite en politique, quand on a tout les médias contre soi et Macron avait tous les médias pour lui.



Ce premier tour doit aussi nous amener à saluer honnêtement la performance et le génie tactique de François Hollande et des socialistes qui parviennent à garder le pouvoir malgré cinq ans de politique catastrophiste et un cataclysme social au terme desquels les Français dans leur immense majorité les vomissaient.

Ce n’est pas de l’artisanat, c’est du grand art

Là où tout prédisait naturellement un naufrage intégral de la gauche dans son ensemble avec un probable second tour Le Pen / Fillon et une courte victoire de celui-ci au second tour, Hollande a réussi à placer son candidat fétiche en tête. 

Comme quoi les méthodes employées même dans un pays développé fonctionnent:  invention d’un candidat “socialo” anti-système mais qui, au passage, effectue la mue tant attendue depuis Jospin et Terra Nova du vieux PS tendance SFIO en parti social-libéral à l’anglaise et à l’allemande, démocrate à l’américaine (la néo-colonisation des esprits).
 


Comme toute élection, celle-ci est hautement sociologique. Entre les bobos mondialistes des centres et les populations allogènes des banlieues proches, ce vote entérine un changement profond du peuple français : la minorité blanche est réduite à peau de chagrin. Marine Le Pen a fait à Paris 4,99 % des suffrages exprimés.

Autre constat, les Français ont une idole, c’est en fait l’Euro. Ainsi, au second tour, il y aura un vote massif pour Macron par ceux qui ne supportent pas la dite “extrême” droite et ceux qui ont en peur de perdre leurs euros.

 De fait, les enjeux européens du second tour ont été très vite recadré et bien posé par les deux candidats.  

L’enjeu du second tour, c’est l’Europe et la mondialisation. 

Devant ses partisans rassemblés dans le sud de Paris, Emmanuel Macron a assuré qu’il porterait « la voix de l’espoir » pour la France et « pour l’Europe », et assuré vouloir être « le président des patriotes face à la menace des nationalistes ». 

Partisan de l’UE, l’ex-ministre de l’Économie a d’ailleurs reçu le soutien appuyé du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et du gouvernement allemand d’Angela Merkel. 

De son côté, Marine le Pen affirmait que le grand enjeu de cette élection est la mondialisation sauvage qui met en danger notre civilisation : «Soit nous continuons sur la voie de la dérégulation totale, », a-t-elle harangué ses partisans, se décrivant comme « la candidate du peuple ».

Dès aujourd’hui, les deux candidats vont de nouveau fourbir leurs armes

Emmanuel Macron aura, selon son entourage « des échanges politiques », comprendre des négociations avec une partie de la droite et de la gauche pour s’assurer les conditions de soutien et préparer sans doute un gouvernement d’ouverture.


Drogués à la dette et mis en tutelle par Bruxelles, les Français risquent en tout cas de mourir à petit feu. Pour beaucoup ce matin, le second tour c’est aussi comment choisir entre le chaos porté par Marine Le Pen et le pourrissement politique d’Emmanuel Macron. Alors que faire ? 

 Choisir l’abstention, le chaos ou la décomposition ? Le régime étatiste de Marine Le Pen ou la déconstruction irréaliste d‘Emmanuel Macron ? 

Ou se préparer dans l’ombre du second tour où se joueront les élections législatives des 11 et 18 juin, le troisième tour vraiment décisif car celui de la “gouvernabilité” possible et sans heurts au grand tour social de la rue par nature imprévisible mais maintenant souhaitable.

 https://metamag.fr/2017/04/24