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mercredi 29 mars 2017

LA GUYANE , LA GROGNE ET LES FONDS PUBLICS ......

29 mars 2017



Outrance. Selon Le Canard enchaîné, les agissements de la Croix-Rouge en Guyane sont jugés « scandaleux » par deux parlementaires qui lui avaient confié un programme de santé spécifique à tenir sur l'île, moyennant 1,5 million d'euros.

Depuis quelques jours, entre les grèves, les manifestations, l'insécurité, le chômage, la situation se tend inexorablement en Guyane. Cerise sur le gâteau, l'attitude de la Croix-Rouge est révoltante.

 En novembre 2015, deux parlementaires PS avaient confié 1,5 million d'euros à l'association pour qu'elle mette en place un programme de santé explique Le Canard enchaîné.

« Dépenses somptuaires, inutiles et inadaptées »

Celui-ci, demandé, après un rapport alarmant sur « le suicide des jeunes Amérindiens en Guyane », était censé prévenir « les conduites addictives, la malnutrition, le suicide, les MST... ».


Le bilan, catastrophique, pointe d'inexcusables dysfonctionnements.
 Le catalogue est effarant : « Des dépenses somptuaires, inutiles et inadaptées, l'octroi d'avantages extravagants au chef du projet et à ses proches : salaires élevés non justifiés, prise en charge de billets d'avion sans ordre de mission vers la métropole, location longue durée de véhicule haut de gamme, frais de carburant injustifiables et injustifiés... » 
 Conséquence : le programme de santé a été enterré. 
Pas sûr que cela apaise la grogne en Guyane.



ET AUSSI

Crise en Guyane : quelles conséquences énergétiques ?

Centrale thermique crédits Alpha du centaure (CC BY 2.0)
Voilà maintenant plusieurs jours que la Guyane est paralysée par un conflit social d’une vaste ampleur. 

Profitons-en pour faire la lumière sur le réseau EDF guyanais et les risques liés à ce mouvement de grève générale.
Par Paul Van Migom.


Alors que « Les 500 frères contre la délinquance » ont instauré une grève générale illimitée ce mardi 28 mars sur le territoire guyanais, le risque de pénurie d’électricité commence à se faire craindre. En effet, voilà maintenant plusieurs jours que le territoire d’outre mer de 250 000 habitants est paralysé par un conflit social d’une vaste ampleur. 


Nous profitons de cet événement pour faire la lumière sur le réseau EDF guyanais et les risques liés à ce mouvement de grève générale.

État des lieux de la consommation Guyanaise

Étant électriquement isolés, les territoires comme la Guyane doivent être autosuffisants et produire eux-mêmes l’énergie qu’ils consomment.

Actuellement, on recense au total 15 sites de production d’électricité en Guyane. Le barrage de Petit-Saut, mis en service en 1994, assure à lui seul plus de la moitié de la production d’électricité consommée directement par les Guyanais. 

L’eau se veut donc être la première source d’énergie renouvelable et, contrairement aux autres départements d’Outre-mer, la Guyane n’est que très peu dépendante de l’énergie fossile.

Celle-ci ne représente qu’un tiers de la production d’énergie et est assurée par la centrale thermique au Fioul de Degrad des Cannes à Remire-Montjoly. Le reste de la production provient quant à lui de moyens de production de plus petite capacité, à Kourou et Saint-Laurent ainsi, que dans les points d’habitat isolés. Ces derniers possèdent des alimentations en électricité indépendantes, qui ne sont généralement pas connectées au réseau électrique principal.

Concernant la répartition de la consommation, celle du secteur tertiaire représente 55% (en 2013) de la consommation globale mais elle s’explique en partie par la forte activité du centre spatial guyanais de Kourou.

Un territoire propice aux énergies renouvelables

On dénombre près d’une trentaine de cours d’eau traversant le territoire guyanais. Ceux-ci permettent de développer facilement la production hydroélectrique qui, rappelons-le, représente à l’heure actuelle deux tiers de la production d’électricité.
De ce fait, la répartition de la production électrique par type d’énergie est fortement liée aux conditions climatiques et varie selon la pluviométrie. 

On observe ainsi des pics de production d’énergie d’origine thermique lorsque les précipitations se font moins importantes.

Des variations allant jusqu’à 10% ont d’ailleurs été observées en 2005 où la production d’origine hydroélectrique fut (seulement) de 50% alors qu’elle représentait en temps normal  60% du mix électrique du territoire d’outre-mer.
Plus récemment, en 2015, EDF Energies Nouvelles a annoncé la mise en service d’une centrale photovoltaïque innovante dont la particularité est de pouvoir stocker  une partie de l’électricité qu’elle produit.
Située à Toucan, cette centrale d’une puissance de 5 mégawatts crête1 (MWc) compte 55 000 panneaux solaires reliés à des batteries pouvant stocker jusqu’à 4,5 mégawatts d’électricité. Cette capacité de stockage permet ainsi d’alimenter 4 000 habitants sur une durée d’une heure.

 Étant situé à proximité de l’équateur, la Guyane offre un excellent rendement pour les centrales photovoltaïques.

Les difficultés rencontrées par EDF

L’isolement de la région et la capacité de production d’énergie restreinte pèsent aujourd’hui sur les coûts et les activités d’EDF en Guyane. 
Un arrêt d’une ou de plusieurs unités de production rendrait la fourniture d’électricité difficile et pourrait potentiellement provoquer des coupures sur le réseau.
N’étant pas interconnecté aux réseaux des pays voisins et fonctionnant en totale autonomie, le système semble vulnérable, notamment aux mouvements de grève généralisés.

La faible densité démographique du territoire contraint EDF à mettre en place et à entretenir un réseau étendu qui n’est relié qu’à peu de points de livraison d’électricité. À titre de comparaison, EDF-Guyane possède le plus grand réseau électrique des DOM mais aussi le plus petit nombre de clients.

L’environnement équatorial est aussi un facteur à prendre en compte dans les coûts d’entretien du réseau de distribution d’EDF. Celui-ci subit de nombreux dommages dus à la végétation ainsi qu’aux animaux et insectes dont les termites, qui sont à l’origine de nombreux dysfonctionnements.


De plus, les marchés parallèles, bien qu’illégaux, représentent un manque à gagner conséquent pour EDF. 
 Ils sont aussi souvent à l’origine d’accidents liés au non-respect des normes de sécurité.

Quel avenir pour le réseau guyanais ?

Pour parfaire et développer le réseau actuel, EDF-Guyane a missionné le « Service des Communes de l’intérieur » (SCI) chargé de garantir la qualité des installations ainsi que la continuité du service de la production à la distribution de l’électricité.

L’une des premières actions menées est la mise en service, en 2009, de la plus grande centrale solaire en site isolé de France située à Kaw. 
Première centrale électrique hybride photovoltaïque/diesel au monde, elle est à l’origine d’un projet visant à raccorder les zones plus enclavées du territoire.


Autre projet mené par EDF : l’interconnexion du réseau avec les pays frontaliers. Ce projet aurait pour avantage de limiter les risques de pannes ou coupures liées à l’isolement actuel du système.
Cette ligne à haute tension partirait de Boa Vista au Brésil pour rejoindre Georgetown à la Guyana, Paramaribo au Suriname puis Cayenne pour finir son tracé au Brésil, à Macapa.

Cet investissement, qui servirait en premier lieu, à assurer une sécurité énergétique pourrait aussi représenter un avantage commercial pour EDF, qui ouvrirait son marché aux pays voisins. 

L’importation et l’exportation d’électricité seraient ainsi envisageables tout comme la mise en place d’un nouveau barrage en Guyane.



sources : www.edf.gf et www.iedom.fr

Sur le web
  1.  Production d’électricité dans des conditions normales pour 1000 watts d’intensité lumineuse par mètre carré à une température ambiante de 25°C. ↩

 

 

 

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Plus de 10.000 manifestants ont battu le pavé ce mardi à Cayenne et à Saint-Laurent-du-Maroni pour une “journée morte” marquant le deuxième jour de la “grève générale illimitée” en Guyane.

Alors que 250.000 personnes vivent en Guyane, la préfecture a comptabilisé respectivement 8.000 et 3.500 participants dans ces deux villes, les deux plus grandes du territoire.

 La mobilisation a été qualifiée d'”historique” par des marcheurs. 
Je n’ai jamais vu autant de monde sortir dans la rue“, a remarqué l’un d’eux, alors qu’un autre confiait n’avoir “jamais vu une mobilisation d’un tel niveau“.

Dans Cayenne, l’avenue de Gaulle, qui mène au centre historique, était noire de monde à 10H00. Les manifestants défilaient en chantant, dans une ambiance bon enfant. 


Beaucoup de drapeaux guyanais étaient brandis, ainsi que des banderoles reprenant le slogan “nou bon ké sa” – “ça suffit” en créole guyanais – slogan populaire ces derniers jours sur les nombreux barrages installés dans les villes du territoire.


Les “500 frères“, un mouvement de citoyen (en fait les gros bras de UTG, la CGT locale) créé récemment pour lutter contre “l’insécurité en Guyane“, composé d’hommes toujours cagoulés poursuivent leur excellent coup médiatique ouvrant à chaque fois le cortège, suivi de groupes amérindiens.

Le mouvement guyanais, c’est actuellement 37 syndicats réunis et rassemblés qui ont voté à la quasi-unanimité en faveur d’une “grève générale illimitée“. 

Pour l’instant, il s’agit sans doute pour les leaders de faire durer le mouvement. 

De fait, le collectif des protestataires “Pou La Gwiyann dékolé” n’est toujours pas disposé à rencontrer la délégation interministérielle qui est venue de Paris pour tenter de dénouer le conflit. 

Ils veulent et réclament des ministres, pas de haut fonctionnaires.


Ce collectif s’était fait connaître pour la première fois mi-février, quelques jours après le meurtre d’un habitant du quartier Eau Lisette de Cayenne, tué par arme à feu pour une chaîne en or. 

C’est donc sur le terreau de l’insécurité que le collectif a surgi et que ce mouvement a pris. Il peut effectivement s’enliser et durer face au laxisme sidérant des autorités françaises sur la question.

 Nous sommes ici exactement dans le même cadre de configuration qu’aux Antilles ou à Mayotte comme aussi dans nos banlieues.  

Quoi qu’on dise, quoi qu’on s’efforce de taire, c’est bien l’insécurité qui reste et demeure la principale préoccupation.

En Guyane, ce sont 2.338 vols avec violence qui ont été commis en 2016 et 42 homicides. 

La crise guyanaise est certes une crise sociale mais avant tout sécuritaire comme l’était la crise de Mayotte de l’année dernière et comme risque d’être, dans quelques jours ou quelques semaines une énième crise guadeloupéenne hautement prévisible. 

Les Guyanais qui devraient obtenir beaucoup à quelques semaines des élections présidentielles vont en effet immanquablement donner des ailes à quelques uns. 
Il suffit de se promener le soir dans un Pointe-à-Pitre désertée et en proie aux dealers pour comprendre.

 Sans liberté de circuler et respect de la propriété, il ne saurait y avoir de contrat social tenable.

 Ainsi, nul besoin ce matin d’être prophète pour annoncer à nos lecteurs que la Guadeloupe aura bientôt, elle aussi, sa crise et qu’elle ne sera pas cette fois-ci un LKP-bis mais une crise sans doute plus violente et plus radicale.

Face à la Guyane ou à la crise de l’insécurité et de l’immigration clandestine à Mayotte , ce qui est tout de même surprenant, c’est la faible réactivité de nos politiques, y compris de l’ensemble des candidats aux Présidentielles et en ce sens leur singulier manque de vision à long terme. 


L’institut de sondage Qualistat a montré dans sa dernière étude d’opinion que le problème majeur des Guadeloupéens était dans l’ordre, l’insécurité (46%), le chômage et l’emploi (42%) et un peu plus loin, la jeunesse (33%). 

En Guyane, le mouvement dit des « 500 frères » a d’abord été créé pour lutter contre l’insécurité croissante qui fait de la Guyane le territoire le plus violent de France, le numéro 1 devant la Guadeloupe et la Seine Saint-Denis (93) pour les homicides et les faits de violence.


Or que font les élus et l’État pour lutter efficacement contre cette insécurité qui ne cesse de croître dans tous les Outre-mer, y compris sur un territoire épargné jusqu’alors comme celui de Polynésie française ?

A Pointe-à-Pitre, le préfet a organisé une ou deux réunions à la rentrée 2016-2017. Rien de plus. A Mayotte, on patrouille un peu plus mais on reste en sous-effectifs et sans matériel promis.


 Les kwassas arrivent tous les jours, surtout maintenant par le Sud, par flots d’une trentaine de personnes. Ary Chalus, le président du conseil régional de Guadeloupe, avait poussé récemment un coup de gueule à notre avis prémonitoire mais c’était avant le soulèvement guyanais : « s’il faut descendre dans la rue, il faudra le faire. 
Il n’est pas normal qu’on puisse rire de la Guadeloupe, que l’on puisse, moi je le dis, se foutre des Guadeloupéens ! ».

Certes, la réponse policière n’est pas la panacée mais il faut avant toute chose rétablir l’ordre et en passer par là, sans se satisfaire  trop facilement de l’envoi d’escouades de gendarmes français . 

Le laxisme judiciaire et les manques de moyens sont devenus tels que la peur du gendarme en Outre-mer ne fonctionne plus.

Source:  https://metamag.fr/2017/03/29