Google+ Badge

vendredi 17 mars 2017

LA FRANCE FACE A SA DETTE PUBLIQUE ! TRIBUNE LIBRE !

Dernière chance pour la France avant la sortie de route

Dead end By: Andrew Mason - CC BY 2.0
La France ne peut continuer à accroître la dette publique (97% du PIB) pour financer le déficit causé par des dépenses récurrentes. 

La France se situe parmi les 10 premiers pays du monde ayant le ratio de la dette publique le plus élevé. 

Par Jean-Pierre Dumas.


Sans aucun doute l’élection présidentielle en mai 2017 va être cruciale pour la France et l’Europe. La France est à la croisée des chemins, va-t-elle continuer à décliner doucement (cf. Pierre-André Buigues, in Telos)  ou va-t-elle accepter d’affronter la réalité ?

Le problème de la France n’est pas un problème de salaires (insuffisants d’après les socialistes), ou un problème du secteur public (toujours insuffisant, comme dirait France inter « on manque de moyens »), ou un problème de retraites (insuffisantes, alors qu’elles n’ont jamais été aussi élevées), mais le problème du chômage (cf. Figure 1).

Figure 1 Où se situe l’inversion de la courbe du chômage ?

L’origine du chômage persistant

D’où vient ce chômage structurel et persistant ? Il y a de nombreuses causes, nous en voyons au moins deux : des impôts trop élevés et qui pèsent sur l’emploi et une formation professionnelle insuffisante. 
Comme le disent Ricardo Hausmann & Dani Rodrik (cf. Getting the Diagnosis Right F&D, March 2006), chaque pays a une contrainte de base, « the binding constraint« . 

En France, c’est le poids des dépenses publiques dans l’économie (cf.   Charles Wyplosz in Telos, dec. 2016) qui pèse sur le chômage.

En effet, il faut, pour financer ces dépenses, un montant d’impôts et de prélèvements obligatoires considérable et de ce fait le secteur privé, qui reste le moteur de la croissance et de l’emploi dans une économie de marché, est entravé dans son développement (« effet d’éviction »). Ces prélèvements obligatoires (la France a le ratio le plus élevé des pays de l’OCDE) ont des effets de distorsions considérables sur la croissance et l’emploi en France (Harberger).

L’endettement perpétuel

Cela signifie aussi que, dans la mesure où les prélèvements obligatoires ne seront jamais suffisants pour atteindre le niveau toujours croissant des dépenses publiques, l’endettement perpétuel sera  nécessaire pour financer le déficit budgétaire. Tant que les taux d’intérêt sont artificiellement bas, la dette passe inaperçue, si, à la suite d’un mouvement de panique, ils augmentent brutalement, la dette devient insoutenable (cas de la Grèce).
 
Les dépenses publiques ont en France deux caractéristiques, elles augmentent chaque année plus vite que le PIB en valeur, donc le ratio des dépenses publiques augmente, il se situait à 46% du PIB en 1980, à 54% en 1995 (Mitterrand) (plus 0.5 point de PIB par an), à 52% en 2007 (Chirac) (-0.2 point de PIB par an sur la période), 57% en 2012 (Sarkozy, avec Mme Lagarde) (plus 1 point de PIB par an) et 57% en 2015 (Hollande) (plus zéro point).

Aucune réduction des dépenses publiques

L’accroissement moyen par an est faussé, car il est évident que plus le taux des dépenses publiques augmente, moins on peut l’augmenter. On se demande à quel niveau les candidats socialistes à la présidence veulent le situer, à 70%, 80% du PIB ? 
Car dans tous les programmes on ne voit qu’augmentation des dépenses publiques sans aucune réduction. On  a noté qu’un candidat propose de réduire le fardeau des dépenses publiques en les faisant passer sur le budget de la Communauté européenne en invoquant la solidarité, un plan Marshall pour l’Europe…


La deuxième caractéristique des dépenses publiques françaises est qu’elles sont composées de dépenses récurrentes (salaires, pensions, transferts sociaux, intérêts de la dette), ces dépenses, contrairement aux investissements, sont incompressibles à la baisse, sauf volonté politique forte, car leur baisse signifie la réduction d’avantages acquis solidement incrustés dans la psyché française (le service public, le modèle social français, etc.) Quand un homme politique propose d’augmenter les dépenses de recherche, d’éducation, de santé (qui est contre ?), cela signifie davantage de salaires incompressibles.

Critiquer le modèle social français ? Vous n’y pensez pas !

Comment peut-on, sauf être un fieffé réactionnaire, critiquer le modèle social français ? Si on prend le temps de regarder les chiffres (on se fera taxer de comptables par les romantiques), les dépenses publiques de protection sociale et de santé représentent en France 32.5% du PIB contre 26% en Allemagne et 24.6% au RU (2014). 

Jamais on ne proposera de faire mieux avec moins, et pourtant c’est ce que devrait faire un homme politique responsable, faire analyser par des experts indépendants l’utilité et l’efficacité des dépenses publiques.
Il faut aussi dire aux Français qu’ils doivent participer un peu plus aux dépenses de santé et d’éducation, dire qu’on peut réduire à la marge ces dépenses sans mettre en péril le modèle social devrait être accepté par la majorité des personnes raisonnables. .

Dans la Figure 2 on constate que, non seulement la France (avec la Finlande) est en tête du peloton en termes de ratio des dépenses publiques par rapport au PIB parmi tous les pays industrialisés, mais que, sur sept pays industrialisés avec un ratio de dépenses publiques supérieur à 50%, il y a six pays euro.  

Nécessité d’un traitement de choc

Se focaliser sur le solde budgétaire, c’est oublier les déterminants du solde qui sont les recettes et les dépenses publiques. Avoir un déficit budgétaire de 3% du PIB avec un taux de dépense publique de 57% ne se traite pas de la même manière que si on a un déficit budgétaire identique avec un taux de dépense publique de 40% du PIB. Dans le premier cas, le pays est atteint d’un cholestérol grave devant être traité par la chirurgie cardiaque (la politique keynésienne, si souvent invoquée, ne peut qu’accroître la maladie), dans l’autre le déficit budgétaire est moins grave.

C’est le problème du niveau des dépenses publiques plutôt que le déficit qui doit être la variable de contrôle (cf.  Making the Eurozone more resilient, in Vox CEPR). Ce que les keynésiens traditionnels n’ont pas compris est que le niveau des dépenses publiques dans la zone euro empêche toute politique de relance par la demande, contrairement aux États-Unis qui ont encore un espace budgétaire (à notre avis limité) et une banque centrale qui émet la monnaie mondiale.

Derrière le problème de l’eurozone

Autrement dit, le problème des pays de l’euro, ce n’est pas l’euro, ni une intégration politique et économique insuffisante (« il faut plus d’Europe »), mais deux choses : un niveau de dépenses publiques qui est insoutenable et une absence de réformes de structure (eurosclerosis). C’est-à-dire une absence de réforme sérieuse du marché du travail, et de la formation professionnelle (sauf en Allemagne). 
Sans euro, à politique constante, la situation des pays euro serait pire. L’euro et la politique du ‘quantitative easing’ (QE) retardent la prise de conscience des pays de la zone euro (ZE) et en particulier de la France.

Figure 2 Les pays de la zone euro ont les dépenses publiques les plus élevées du monde, la France est le pays qui a le taux le plus élevé au monde


Comme le dit C. Wyplosz dans  Telos, si on s’attaque à ce goulot d’étranglement d’autres réformes suivront. La baisse des dépenses publiques est la condition de la baisse des impôts, en particulier baisse des impôts qui pèsent sur le travail (les charges sociales) et sur les entreprises.

L’expérience de François Hollande

L’expérience dramatique de F. Hollande qui a consisté à réduire le déficit budgétaire (sans y arriver) en accroissant les impôts sans baisser les dépenses (‘tax and spend’) a contribué à geler l’économie, les entrepreneurs (les capitalistes dans le langage de la gauche) ont arrêté d’investir, d’engager, et certains ont préféré aller ailleurs ; le fait qu’ils aient tort ou raison est une discussion oiseuse, c’est ce qui se passe quand le pouvoir abuse du levier fiscal et ceci est vrai partout.
Si l’on baisse les dépenses de transferts et qu’on réduit d’une manière significative les charges sociales qui pèsent sur l’emploi, il est nécessaire de les remplacer, en partie, par un impôt plus neutre sur le plan économique, la TVA sociale.


La France ne peut continuer à accroître la dette publique (97% du PIB) pour financer le déficit causé par des dépenses récurrentes. La France se situe parmi les 10 premiers pays du monde ayant le ratio de la dette publique le plus élevé. Là encore, sur ces 10 pays, 7 sont membres de la zone euro (ZE). Le problème de la ZE vient de son endettement public trop élevé et non de la monnaie unique.

Risque de réaction en chaîne

La France va emprunter pour environ €200 milliards en 2017 cf. lesechos.fr-la-zone-euro-va-emprunter-pres-de-900-milliards-sur-les-marches-en-2017  dans un contexte de hausse des taux et de réduction du QE par la BCE. Le défaut d’un pays majeur peut avoir une réaction en chaîne pour les autres pays de la zone.
Si la France n’était pas dans la zone euro, il y aurait longtemps qu’elle aurait subi le sort de la Grèce, panique financière contre le franc. Un pays membre d’une zone monétaire doit respecter un niveau de dette limité (60 à 70% du PIB), parce qu’il rembourse sa dette dans une monnaie qu’il ne contrôle pas (l’euro).
Sortir de l’euro, comme le proposent l’extrême droite et l’extrême gauche, est impossible, tout simplement parce que, pour les créanciers, la monnaie de la dette sera toujours exprimée en euros, pour les débiteurs (les contribuables), elle sera exprimée dans une monnaie dévaluée (le FF). Autrement dit, la France devra rembourser sa dette en euros plus le pourcentage de dévaluation du FF par rapport à l’euro, ce qui la rendra insolvable. C’est ce que ne semblent pas avoir compris les tenants de la sortie de l’euro.
Figure 3 Ratio de la dette publique

Source : IMF/WEO/2016

Réduire les dépenses publiques

Cohérent avec ce diagnostic, François Fillon propose de réduire de €100 milliards les dépenses publiques sur cinq ans, et une compression de 500 000 emplois publics, ce qui paraît raisonnable (le chiffre de 500 000 est un ordre de grandeur et n’a aucune valeur scientifique). Si on réduisait de €100 milliards les dépenses publiques sur cinq ans, le ratio des dépenses publiques serait encore de 53% du PIB en 2021, par rapport à une tendance de 57%, on est loin de la fin du service public.

Ces réductions de dépenses doivent se concentrer sur la masse salariale des fonctionnaires (donc leurs nombres), sur le budget de la Sécurité sociale (plus élevé que le budget de l’État), sur le budget des collectivités locales (trop élevé). Là encore, il ne s’agit pas d’une « purge », mais tout simplement de commencer à réduire des budgets qui augmentent sans limites.

Moins d’État en France, c’est moins de prélèvements sociaux, moins de prélèvements, c’est davantage d’emplois dans le secteur privé (l’idée qu‘un emploi dans le secteur public égale un emploi dans le secteur privé est fausse, un emploi dans le secteur public entraîne des prélèvements pour le financer et la destruction de plus d’un emploi dans le secteur privé, cette destruction d’emplois dans le secteur privé est d’autant plus élevée que le nombre d’emplois publics est important).

Revaloriser la formation professionnelle

Pour réduire le chômage il faut aussi que l’État s’intéresse davantage à la formation professionnelle en copiant le modèle suisse et allemand. Là encore, les conservateurs pousseront des cris d’orfraie, l’Éducation nationale n’est pas faite pour former de la chair à canon pour le capitalisme, mais pour former « des citoyens critiques », certes, mais ce ne serait pas plus mal, si les citoyens « critiques » pouvaient à la sortie avoir un emploi. Pour cette raison, aucune formation professionnelle sérieuse ne peut se faire à l’intérieur du cadre sclérosant du ministère de l’Éducation mais doit être faite en collaboration avec ses utilisateurs : le patronat.


L’économie fonctionne aussi par des anticipations. Faisons un rêve : un nouveau Président décide pour la première fois de baisser les impôts et les charges d’une manière définitive, il réduit par ordonnance des dépenses publiques superfétatoires et des prélèvements obligatoires, il annonce clairement qu’un fonctionnaire sur trois partant à la retraite ne sera pas remplacé (en maintenant, voire augmentant les fonctionnaires indispensables au bon fonctionnement des services de base). Ce serait un choc fiscal et de la dépense publique (dans le sens opposé de celui pratiqué par l’actuel Président). Les entrepreneurs reprendraient confiance dans l’avenir et commenceraient à investir et à engager.

Des raisons pragmatiques

Il ne s’agit plus de politique keynésienne traditionnelle (qui à gauche signifie des dépenses supplémentaires, suivies d’impôts supplémentaires), mais une politique de baisse des impôts et des dépenses publiques, non pas pour des raisons idéologiques, mais pour des raisons pragmatiques, la France ne peut plus accroître les dépenses publiques, elle a passé les bornes.

Il s’agit de réorienter une partie de la formation vers la formation professionnelle afin d’arrêter le cancer du chômage qui mine notre pays. Cela demande du courage, une vision stratégique, de la cohérence et de la rigueur, nous ne connaissons qu’un candidat qui possède ces qualités, c’est la dernière chance pour la France avant la sortie.

Bonne année et espoir.

https://www.contrepoints.org/2017/03/17/284239