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jeudi 16 mars 2017

E.MACRON , TRIBUNE LIBRE ET POINT DE VUE !


Contre Macron, le Hollande en plus jeune


Mur-bleu gds.jpgLes lecteurs de Lafautearousseau le savent : depuis que ce site existe, c'est-à-dire depuis dix ans, nous ne donnons pas de consignes de vote. 

Notre rôle est de préparer les esprits pour une réinstauration de la royauté, pas de participer aux jeux stériles du Pays légal, forcément suivis de désillusions, chaque fois plus cruelles pour nos concitoyens. 

Ce fut le thème du brillant colloque qui s'est tenu à Marseille, samedi dernier (4 mars) : nous ne nous désintéressons pas de ce qui fait l'actualité politique de notre pays, mais nous n'allons pas nous diviser, éventuellement, entre nous, sur le choix de tel ou tel candidat, à élire dans le cadre d’un système qui est pervers et qui, on ne l'a que trop vu, ne fera finalement que décevoir. 

Que chacun choisisse donc, en conscience, celui ou celle qu'il pense être le mieux à même de l'être, et que le moins de temps et d'énergie possible soit enlevé au seul militantisme qui vaille : celui qui consiste, dans l'esprit de l'Action française, à être « réellement d'opposition, c'est-à-dire prônant ouvertement la subversion du Régime » (Léon Daudet).


Cependant, nous ne nous interdisons pas de signaler ce qui nous semble devoir l'être, notamment lorsque la malfaisance du programme d'un candidat apparaît particulièrement grave. 

Ainsi écrivions-nous, en conclusion d'une note du 25 octobre 2016* : « ...Voilà, très rapidement, pourquoi, si d'aventure il venait à remporter l'élection, dès le résultat annoncé, l'ennemi s'appellerait : Juppé ! »

Ainsi, et de même, clôturerons-nous aujourd'hui par le même énoncé, où seul le nom de l’intéressé aura changé : « si par malheur il venait à remporter l'élection, dès le résultat annoncé, l'ennemi s'appellerait Macron ! »


Mais, pour commencer, pourquoi nous opposer ainsi, radicalement, à Macron ?


D'abord parce que, lancé comme un « produit » marketing depuis plusieurs mois, et sous son aspect « moderniste », « jeune », « branché », « Geek » qui comprend l’évolution du monde et de la technique, Macron n'est rien d'autre que le vieux Hollande et son programme, qui aurait subi une opération de chirurgie esthétique, et nous reviendrait avec les mêmes vieilleries, mais paraissant une génération de moins..


Ensuite, et preuve de sa nocivité, quels sont les ralliements à Macron ? « Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es », disait Goethe. 

Dis-moi qui te soutiens, je te dirai si tu nous conviens, pourrions-nous dire à Macron. 

Et la réponse ne fait aucun doute, lorsqu'on voit, derrière le sémillant homme encore jeune, tant de vieux chevaux de retour, tous imposteurs du politiquement correct : Laurent Joffrin, Pierre Bergé, BHL, Jacques Attali, Alain Minc, Bernard Kouchner, Daniel Cohn-Bendit, Robert Hue, Alain Madelin, Bertrand Delanoë... 

Sans oublier le dernier des caïmans, rescapé du « dégagisme  » qui a « viré » Dufflot et Valls, Sarkozy et Juppé, mais rescapé seulement parce qu'il n'était candidat à rien : François Bayrou soi-même !


Et le sémillant homme encore jeune voudrait nous faire croire qu'il va faire du neuf avec toutes ces vieilleries ? 

Qu'il incarne une nouvelle façon de faire de la politique, avec tous ces pachydermes, ces pithécanthropes ? 

Mais aussi parce que Macron, ce serait la synthèse entre le libéralisme économique et le libéralisme culturel :
dans le domaine économique, il est pour la dérégulation, pour la fin du salariat et l’ubérisation de la société, pour la suppression des nations et des frontières, pour une immigration massive, qu'il annonce comme un bienfait pour l’économie...
dans le domaine culturel, ce libertaire - dont le fondement idéologique est la doctrine relativiste - est pour une société multiculturelle, pour le « libéralisme des mœurs », pour la fin de la famille traditionnelle, pour le droit des minorités (sexuelles, ethniques et tout ce qu'on voudra, pourvu que cela fasse sauter toutes les digues qui tiennent encore dans notre société) ... 

Encore fait-on court, ici, pour ne pas épuiser le lecteur, à défaut d'épuiser le sujet !
Oui, vraiment, « si par malheur il venait à remporter l'élection, dès le résultat annoncé, l'ennemi s'appellerait Macron ! » 
 
* Contre Juppé [25 octobre 2016]





Mathieu Bock-Côté : 

« Macron, c'est la globalisation et le gauchisme culturel »



Par Mathieu Bock-Côté 

Figarovox résume ainsi cette chronique [22.02] : « Le macronisme est une synthèse de tout ce dont la France veut s'extirper, estime Mathieu Bock-Côté. 

Pour le sociologue, "  le mondialisme à outrance et le gauchisme culturel sont en contradiction avec les aspirations qui viennent des profondeurs du pays "». 

Il y a plus de deux ans qu'article après article, lus dans Le Figaro, Causeur, ou les médias québécois auxquels il collabore,  nous avons mesuré et signalé la proximité des analyses de Mathieu Bock-Côté, de sa pensée profonde, avec les nôtres, celles de notre tradition, de notre école. 

Et ce tant dans leur fond - le corpus doctrinal qui les sous-tend, que dans leur appréciation des faits d'actualité, de la situation française et européenne en tant que telles, dont Mathieu Bock-Côté a une parfaite connaissance.  

Cette analyse du phénomène Macron dit ici, en profondeur, tout l'essentiel.  

 Lafautearousseau      

 La victoire de Benoît Hamon a d'ailleurs confirmé la validité des caricatures les plus sévères du Parti socialiste, comme si ce dernier, à défaut de se maintenir au pouvoir, se repliait sur sa base la plus étroite, en contemplant dans l'entre-soi militant une utopie régressive.

 On s'imaginait donc Macron s'imposer au premier tour en laissant de côté une gauche folklorique et en recevant l'appui de cette frange de la droite étrangère au conservatisme, déçue de l'échec d'Alain Juppé. 

Ce néo-giscardisme annonçant une France enfin heureuse dans la mondialisation car libérée du souvenir de sa gloire perdue n'était pourtant pas étranger au fameux programme de Terra-Nova, prétendant rassembler en une même coalition la France prospère des métropoles et celle des banlieues.

Se présentant avec culot comme un candidat antisystème alors qu'il était adoubé par les grands médias, et promettant une révolution sans prendre la peine de donner le programme l'accompagnant, Emmanuel Macron s'est revendiqué d'une pensée complexe, faisant éclater les clivages, alors qu'il ne fait qu'assumer une forme de mondialisme correspondant aux nouveaux clivages engendrés par notre époque. 

Ses appels répétés à l'innovation, son style à la fois prophétique et managérial, son usage revendiqué de l'anglais pour s'adresser aux Européens, reflète bien la psychologie des élites mondialisées qui réduisent la politique à un exercice d'adaptation à un monde en mutation. 

On assistait à la grande revanche des élites mondialisées ! On aurait tort, pourtant, de ne pas voir son flirt de plus en plus poussé avec la gauche idéologique.


Le fondateur d'En marche, on le sait, a d'abord décrété l'inexistence de la culture française. Mais ce qui peut sembler une aberration effrayante aux yeux du commun des mortels est conforme à la vulgate universitaire qui au nom du pluralisme identitaire, fait éclater toute référence possible à la nation. 

Il n'y a plus d'identité culturelle partagée et d'œuvres exemplaires témoignant du génie d'une civilisation : il n'y a plus qu'un no man's land juridique. L'histoire de France ne raconte plus l'histoire d'une nation mais celle d'une population qu'on ne saurait unifier sans faire violence à sa diversité.

 À quoi intégrer les immigrés, si la France n'est plus qu'un grand vide ? Qu'est-ce que les voyageurs du monde entier viennent chercher en France, si elle n'existe pas ?


Macron s'est aussi permis de nazifier implicitement l'histoire de la colonisation, en l'associant à un crime contre l'humanité. 

Rares sont ceux qui aujourd'hui, entretiennent une mémoire heureuse de la colonisation, ce qui se comprend. La fameuse pensée complexe est rarement revendiquée en la matière. 

Mais si plusieurs intellectuels s'étaient déjà permis cette simplification grossière de l'histoire coloniale, aucun homme politique ne s'était permis une formule aussi brutale, qui heurte non seulement de grands pans de la population mais aussi le simple bon sens historique, comme si chaque expérience négative devait être rabattue sur celle des grands crimes du vingtième siècle.


Plusieurs se sont demandés s'il s'agissait simplement d'une stratégie pour gagner le vote des banlieues.

L'immigration massive a constitué dans les banlieues une population qui se sent étrangère à la France et qui répond favorablement à ceux qui entretiennent cette identité victimaire, d'autant qu'elle est cultivée par une mouvance islamiste qui s'oppose à toute forme d'assimilation. 

Macron avait déjà invité la France à assumer sa part de responsabilité après les attentats de novembre 2015, comme si elle était finalement coupable des crimes dont elle était victime. Chose certaine, il adhère sans état d'âme au multiculturalisme. 

On peut croire aussi que Macron, au-delà de tout calcul, a témoigné de l'état d'esprit d'une jeunesse qui ne comprend tout simplement plus l'histoire occidentale autrement que dans le langage de la repentance.


Macron a aussi embrassé les grandes revendications sociétales qui sont aujourd'hui jugées comme des symboles de progrès pour les différentes minorités dans lesquelles la gauche croit trouver les nouvelles catégories sociales à émanciper. 

C'est une forme de libéralisme sociétal décomplexé qui prétend toujours étendre les droits de l'individu en le détachant de tout ancrage anthropologique. 
On chante la souveraineté de l'individu : à terme, il devrait pouvoir circuler librement à travers le monde en connaissant autant de mues identitaires qu'il le voudra, comme s'il n'était rien d'autre qu'un nomade flottant dans un monde sans le moindre point fixe. 

Le libéralisme sociétal et le gauchisme culturel, lorsqu'ils s'accouplent, dynamitent toute forme d'appartenance héritée.


On ne saurait jouer au devin et annoncer qui remportera la présidentielle de 2017. Mais une chose semble à peu près certaine : c'est une forte poussée conservatrice qui s'est fait sentir en France depuis près de cinq ans, et pour peu qu'on s'intéresse à ses origines intellectuelles et politiques, on constatera qu'elle s'enracine dans un malaise par rapport à l'hypermodernité qui s'est déployé sur près de deux décennies. 

 Le macronisme semble être une synthèse de tout ce dont la France veut s'extirper. 
Le mondialisme à outrance et le gauchisme culturel sont en contradiction avec les aspirations qui semblent venir des profondeurs du pays. 

Pour cela, certains voient déjà la candidature de Macron se désintégrer. Ce n'est pas inimaginable. 

Il serait étrange que la France reconnaisse un sauveur dans un homme qui finalement, semble la dédaigner.  


« Le libéralisme sociétal et le gauchisme culturel, lorsqu'ils s'accouplent, dynamitent toute forme d'appartenance héritée. »



4047151000.jpgMathieu Bock-Côté est docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. 

Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. 

Il est l'auteur d'Exercices politiques (éd. VLB, 2013), de Fin de cycle : aux origines du malaise politique québécois (éd. Boréal, 2012) et de La dénationalisation tranquille (éd. Boréal, 2007). 

Son dernier livre, Le multiculturalisme comme religion politique, vient de paraître aux éditions du Cerf.









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