Google+ Badge

jeudi 23 février 2017

BRETAGNE : VANNES, LA POLICE MUNICIPALE EN DÉSARROI ! INTERWIEV !


Vannes. Un ancien chef de service de la police municipale témoigne


police_municipale_vannes
Bertrand Plutot, ancien chef de service de la police municipale entre 1987 et 2014 à Vannes
23/02/2017 – 07H15 Vannes (Breizh-info.com) – Bernard Plutot était, jusqu’en 2014, chef de service au sein de la police municipale de Vannes. 

Agé de 59 ans, il a un enfant et deux petits enfants. Domicilié à Vannes depuis avril 2001, il fût militaire de carrière de 1975 à 1978 puis recruté sur concours en 1979 en tant que policier municipal à la Ville de Le Vésinet dans le 78.

Il travailla par la suite dans les Yvelines jusqu’à sa mutation à Vannes le 2 août 1987.  D’abord brigadier, il devint ensuite chef de service, jusqu’à sa retraite le 1er juillet 2014. 

Aujourd’hui,il est membre du conseil citoyen de Ménimur dans le groupe de travail « Incivilité et Sécurité… »

Nous l’avons interrogé, à la fois sur son parcours, mais également sur son expérience de la ville de Vannes… 
Sur la gestion municipale et sur l’évolution de la cité – qui est devenue petit à petit une plaque tournante du trafic de drogue en Bretagne -, mais également un lieu où des islamistes ont pu prêcher sans être inquiétés pendant des années.


Breizh-info.com : Pourquoi avoir choisi, en 1987, de vous installer à Vannes ?

Bernard Plutot : En région parisienne dès mon recrutement,  j’ai effectué toutes les formations concernant « le policier municipal » et les pouvoirs de police ayant trait à ses missions y compris les  pouvoirs de police du maire dans sa commune. 
A l’époque il y avait beaucoup plus de policiers municipaux en région parisienne qu’en province.
Hormis les grandes villes comme; Marseille, Lyon, Montpellier, Nice, Levallois-Perret, Rueil-Malmaison, Saint-Germain-en-Laye, il y avait surtout des polices municipales dans les grande et petite couronnes autour de Paris.

Après mon expérience professionnelle en région parisienne j’ai postulé dans la région morbihannaise en 1987 par voie de mutation afin d’y créer une police municipale « digne de ce nom ». 
Était notamment prévue la création d’un poste de police avec une uniformité, une formation continue et adéquate au sein du personnel, gestion, création de véhicule, création de patrouille et îlotage sur la commune …


Breizh-info.com : Comment est-ce que cela s’est passé pour vous, à l’époque ?

Bernard Plutot : A mon arrivée à Vannes, il n’y avait pour ainsi dire aucune structure concernant la police municipale et ses missions. 
J’avais donc mis en œuvre avec les responsables de l’époque  – le maire et le directeur des services, mon responsable hiérarchique – un délai de 6 mois environ pour découvrir la ville, la mentalité des gens, leur comportement, les écoles, la circulation en ville et ses extérieurs, la délinquance, les rapports avec la gendarmerie locale et le commissariat central et toutes les autres administrations concernant la police et la sécurité.

Dans ce service à l’époque, les agents n’avaient pas d’uniforme et insigne. Ils ne faisaient que du stationnement sur la voirie en contrôlant les parcmètres et les entrées et sorties des écoles avec un effectif de 6 agents. Ils n’étaient pas armés et n’avaient pas de locaux jusqu’à mon arrivée.

Après 6 mois de réflexion et une étude de la commune et de son environnement, j’ai donc présenté un dossier à Messieurs Pierre Pavec (ancien maire de Vannes) et Le Spegagne.

Il s’agissait de leur parler de ma vision de cette commune et de leur apporter mon savoir faire sur la police de proximité avec toutes les conséquences que cela pouvait coûter en matière de budget à la Ville.  
J’avais proposé de découper la commune en plusieurs îlots,  de renforcer les effectifs, les moyens utilitaires, de créer des postes de police dans les secteurs sensibles, comme Kercado et Ménimur, avec des îlotiers sur ces quartiers …

Au bout d’une demi-heure d’entretien,  ils m’ont fait comprendre que j’avais de bonnes idées mais que la Ville n’était pas là pour investir à la place de l’État sur la sécurité des biens et des personnes et qu’il y avait la police nationale pour ça. 

A l’époque, le principal objectif pour la mairie était le centre ville et son intra-muros, la mise en place du parc automobile payant et surtout son taux de rendement …


Breizh-info.com : 30 ans après, comment cela a-t-il évolué ?

Bernard Plutot : De 1987 à 2002, en tant que responsable de la police municipale, j’ai toujours insisté pour que mes propositions soient entendues. 

Mon but était de faire valoir à la municipalité qu’il fallait recruter du personnel, mais aussi des moyens matériels pour faire évoluer ce service, et qu’il n’y a pas que le centre ville et que le stationnement payant qui comptait à Vannes.

Je leur ai fait savoir que la petite et moyenne délinquances augmentaient et qu’elles arrivaient à grand pas et que tous les quartiers pourraient profiter des patrouilles de la police municipale. 

Mon caractère et ma forte personnalité ont alors commencé à déranger ma hiérarchie, y compris le maire et les élus.
Ceux-ci ont décidé, en 2002, de recruter « un chef de police municipale », pour me faire barrage et cela alors même que la Ville de Vannes m’avait déjà financé cette formation durant une année en 1998.
Une formation que j’ai pourtant réussie avec toutes les qualités requises pour une gestion d’un poste de police municipale.


Breizh-info.com : Quel était à l’époque le rôle de la police municipale ? Comment a-t-il évolué ? 
On voit notamment que M. Robo parle maintenant, après l’avoir refusé, d’armer la PM ?

Bernard Plutot : Il faut savoir que  nous avons été armés en 1997 d’un revolver gomme-cogne calibre 12 (balle à caoutchouc) à ma demande. 
Nous avons ensuite été désarmés de ce type d’arme de 7ème catégorie (NDLR : ancienne réglementation sur les armes) conformément à la Loi Chevènement de 1999 qui stipulait que tous les maires de France pouvaient désormais faire une demande afin d’armer leur police municipale d’une arme de poing (calibre 7,65 ou spécial 38).

A Vannes, on nous a retiré nos armes de 7ème catégorie sans qu’aucune demande ne soit faite à la préfecture de Vannes pour nous équiper conformément à cette nouvelle loi [se sont succédé à la mairie Messieurs Pavec, Goulard, puis Robo, qui a finalement annoncé début 2017 vouloir armer la police municipale, dans un énième volte-face. NDLR]

Dans la presse, j’ai alors évoqué mon mécontentement concernant la suppression de notre arme qui nous enlevait une possibilité de nous protéger et de protéger nos concitoyens. 

Cela m’a valu un avertissement sur mon dossier.

En 2002, un nouveau chef de la police municipale a été recruté. Dès son arrivée à la tête du service, il y a eu un peu de recrutement au sein du service: création d’une brigade VTT, achat d’un véhicule sérigraphié pour effectuer des patrouilles sur le territoire de la commune;création aussi de vacataires aux sorties et entrées des écoles.

Me concernant, je suis passé adjoint et j’ai continué à faire mon boulot en brigade avec mes collègues. 
En 2009, lorsque François Goulard était maire de la commune, ils se sont rendus compte que le chef de la PM en place ne faisait rien tout en bénéficiant d’un siège confortable – une sorte de mise au placard avec un siège doré. 

Ils ont donc décidé de recruter un « chef de service municipal » rémunéré 2680 euros net par mois, tandis que le « chef de police municipale au placard » touchait 2480 euros net par mois et que j’étais devenu le troisième homme avec 2180 euros nets par mois.

Beaucoup d’argent public dépensé donc… pour ne pas changer la donne.

Notre nouveau chef de service a mis en place certaines choses en matière de sécurité et de la vie au quotidien sur la ville de Vannes. 
Mais hélas, nos élus, persuadés que la sécurité reste toujours de la responsabilité de l’État, n’avaient que faire des propositions de notre nouveau chef qui se battait contre des murs…

Malgré la mise en place de la vidéosurveillance (par M. Goulard) , notre chef de service a fait savoir à la municipalité au bout de 8 mois de présence qu’il voulait s’en aller. Ce dernier n’avait en effet aucune responsabilité dans son service et dépendait d’une lourde hiérarchie (le pôle proximité de la commune) ; une véritable bureaucratie était alors en place.

Dans la plupart des communes où il y a un certain nombre de policiers municipaux, il y a aussi un directeur de police municipale. 
A Vannes il y a un cadre administratif, directeur adjoint au D.G.S, qui a pour responsabilité tout le pôle Sécurité et de la vie au quotidien. 

Ce directeur gère plusieurs services et cadres, notamment la police municipale . Celui-ci gère également toute les réunions avec le DGS, le maire, les autres administrations, le tribunal, la préfecture, la police nationale, etc. etc.

Le bémol est que ce cadre non assermenté, n’a aucune compétence judiciaire et n’a aucun pouvoir de police en matière contraventionnelle. 
L’intéressé est toujours en poste à la mairie de Vannes ; il occupe ce poste depuis la nouvelle structuration faite par le nouveau DGS (directeur général des services), avec la nouvelle équipe de David Robo.

Ce monsieur était, lorsque je suis arrivé à Vannes en 1987 , déjà en poste en qualité de conseiller juridique. Ensuite il a gravi les échelons, il est passé attaché, ensuite directeur, et ensuite mon patron au sein de la police municipale en 1997.
 Les choses ont commencé à se gâter car ce monsieur voulait une double casquette sans en avoir ni le droit, ni les pouvoirs.

Comme l’entente n’était pas parfaite entre lui et moi, ils ont décidé de recruter un chef de police en 2002 pour m’évincer malgré mes compétences et ma formation acquise en 1998.



Breizh-info.com : Pourquoi n’avez vous  été nommé chef de service que lors de votre dernière année dans la Police municipale ?

Bernard Plutot : Tout d’abord parce que le chef de service, recruté en 2009 quittait la ville pour une mutation en tant que directeur dans une grande ville de 120 policiers municipaux.

Ensuite parce que celui qui m’avait remplacé en 2002 en qualité de Chef de police et qui a été mis dans un placard doré ne pouvait pas succéder à ce poste.  J’ai donc été leur roue de secours à une condition tout de même : que je fasses une lettre à la DRH (directrice des ressources humaines) garantissant mon départ un an après ma nomination.

J’avais aussi les qualités requises pour prendre les effectifs connaissant bien mes équipiers, connaissant bien le service, connaissant bien le terrain et la population vannetaise.

Mais je me suis rendu compte que je me suis battu 28 ans contre des moulins à vents qui sont restés muets, qui n’ont jamais voulu comprendre qu’il y avait des intérêts généraux pour tous les gens de la Ville de Vannes, pas que pour le centre ville et sa bourgeoisie.
Il serait temps également de penser aux petites gens dans les quartiers difficiles qui ont le droit aussi à une protection et au respect de leur vie au quotidien.


Breizh-info.com : Plusieurs quartiers de Vannes servent de plaque tournante au trafic de drogue. Ces phénomènes n’ont pas été anticipés par les pouvoirs publics ?

Bernard Plutot : A partir des années 1995, la délinquance s’est développée crescendo, y compris en centre ville. Nous constations la présence de nombreux marginaux SDF, mais aussi de nombreux actes de délinquance sur Ménimur et Kercado : dégradations volontaires, actes de vandalismes, vols simples, vols à la tire, vols à la roulotte, menaces auprès de riverains, stupéfiants ..

Dans les années 2000 la délinquance a commencé à augmenter sur ces quartiers…

Dans un premier temps c’était sur Ménimur, ensuite Kercado, en petite et moyenne délinquance. A cette époque nous ne parlions pas beaucoup de stupéfiants, il y en avait mais pas autant qu’aujourd’hui. Il y avait aussi plus de fonctionnaires de police sur ces quartiers puisqu’il y avait 2 postes de police soit environ 5 à 7 fonctionnaires. 

Au fil du temps et des départs à la retraite au commissariat central de Vannes les fonctionnaires ont commencé à ne plus être remplacés par rapport au budget de l’État et des diminutions des effectifs dans tous les commissariats.

La police municipale dans ces quartiers n’avait que pour mission d’intervenir pour les entrées et sorties d’écoles, certaines missions de circulation au moment des fêtes de quartiers, (animations culturelles,  carnaval,…). 
Quelques interventions sur réquisitions de riverains pour des VL épaves, ou suite à des courriers adressés au maire. 

Mais surtout pas de missions de police pour ne pas faire de vague et encore moins de faire du zèle. Il y avait la police nationale pour ça.


Puis en 2002 s’est déroulée un drame avec le meurtre de M. Rykebusch, fonctionnaire de police tué au commissariat par un forcené à la Kalachnikov.

Au fil du temps et fin des années 2007 de moins en moins de policiers nationaux, fermeture temporaire des bureaux de police de quartier, soit ouvert le matin à Ménimur, soit ouvert l’après midi sur Kercado et ce uniquement pour les plaintes. 
Je rajoute aussi qu’à Kercado il y avait l’Ecole nationale de Police et que celle-ci ne faisait aucune intervention de sécurité publique sur ce site.

A la fermeture de celle-ci, certains fonctionnaires ont été rattachés à Vannes ou à Lorient.

Aujourd’hui le maire, David Robo,  a enfin décidé d’armer sa police municipale. Quel temps perdu, quel retard aussi ! Quel gâchis dans ces quartiers de Kercado et de Ménimur.
 Pourquoi prendre la décision maintenant uniquement ? Trop tard mon cher David….trop tard, il va falloir beaucoup d’énergie et de travail pour rendre ces quartiers sécurisés à la population. Bon courage à nos vendeurs de vent…


Breizh-info.com : Aujourd’hui, en tant qu’ancien policier municipal, quel regard portez vous sur la ville de Vannes et plus globalement, sur la situation en France ?

Bernard Plutot : Je pense que l’État ne peut plus assurer toutes les missions de la sécurité publique au quotidien ; d’ailleurs on le voit bien dans toutes les grandes villes et dans les villes moyennes.

La police nationale n’a plus les effectifs nécessaires pour assurer toutes les missions en matière de sécurité publique. 
C’est ce qui explique que les maires de France ont commencé à renforcer leur police municipale en effectifs, en moyens, poste de police, armement, véhicules sérigraphiés, extension de missions diurnes et nocturnes, création de cadre d’emploi, directeur de police municipale avec toutes les compétences sur les pouvoirs de police du maire et des agents de police municipaux..

Je pense encore qu’à Vannes et malgré les efforts de ces 5 dernières années, cette ville a trop tardé pour donner les moyens à ce service qui est toujours sur le terrain et qui connaît bien sa population. 

Même si François Goulard à mis en place la vidéo surveillance avant son départ au Département, une vidéo ne remplacera jamais l’humain, la vidéo ne fera pas stopper le flagrant délit, la dégradation, le vol à la tire, le vol à la roulotte, le vol à l’arraché, l’agression sur une personne, le crime même.

Je ne dit pas que ce n’est pas utile, par endroit il y a eu des baisses de délinquances ou de stupéfiants, mais les problèmes se sont déplacés ailleurs.

Aujourd’hui David Robo a décidé d’armer mes collègues. Dès 1994 en tant que responsable, j’avais demandé l’armement pour la police municipale et on m’avait répondu que pour les missions que nous faisions, nous n’avions pas besoin de nous défendre et qu’il y avait les collègues du commissariat pour nous protéger.

Comme je l’ai rappelé ci-dessus, heureusement que les trois jeunes qui fuyaient le forcené en avril 2002 ne sont pas venus se réfugier dans notre poste de police, suivis par ce dernier. 
Il y aurait eu un carnage, et aucun moyen pour nous ne nous défendre. 

Nos élus ont dû manifestement oublier ce drame. Moi non.

Au cours de ma carrière j’ai été blessé à deux reprises, une fois en région parisienne ce qui m’a valu la médaille d’honneur de la Police nationale dix ans après. 

Celle-ci m’a été remise au cours des vœux du maire au personnel en 1998 à Vannes. L’autre fois à Vannes, j’ai été renversé volontairement par un automobiliste dans la rue Thiers, heureusement sans gravité (10 jours d’ITT).

J’ai fait au mieux pour toujours défendre les intérêts de la Ville de Vannes et son image de marque ainsi que ceux de mes collègues en les protégeant hiérarchiquement.

Pour conclure je dirai qu’il faudrait aussi former les élus qui ont des responsabilités importantes comme l’adjoint au maire en charge de la Sécurité.

Si cette personne dans la vie active est mère de famille, ou alors commerciale, et que dans une mairie elle assume une tâche de cette importance, (l’adjoint au maire a la qualité d’officier de Police Judiciaire, conformément au Code de procédure Pénale) alors il faut aussi qu’elle soit formée et professionnelle pour pouvoir assumer ce poste et répondre aux attentes des citoyens.

Propos recueillis par Yann Vallerie


Crédit Photo : DR [cc] Breizh-info.com, 2017 Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine