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jeudi 5 janvier 2017

LE FRONT NATIONAL ET LA BRETAGNE ! TRIBUNE LIBRE !

La région Bretagne est-elle vraiment menacée par Marine Le Pen ?

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Demain, 4 départements et plus de Bretagne ?
05/01/2016 – 06H00 Rennes (Breizh-info.com) – C’était un secret de polichinelle. Depuis des lustres, était annoncée dans le programme du Front national  la suppression des régions administratives, et donc de la Bretagne, par Marine Le Pen en cas d’accession à la présidence de la République, cumulée avec une majorité parlementaire.


L’argument numéro 1 évoqué par madame Le Pen est la simplification administrative. 

La volonté est de ne conserver que trois strates : la commune, le département et la nation. Tout en ayant bien entendu dans le même temps quitté l’Union européenne et abandonné l’euro, notre monnaie unique continentale. 

Il y a quelques mois pourtant, plusieurs représentants du Front national local s’offusquaient lorsque l’Alsace fût effacée administrativement par la réforme territoriale de Manuel Valls. 

« Il s’agit d’ un retour à l’héritage direct de la Révolution française, pour un leader politique prétendant incarner l’avenir.» note Yvan, qui est professeur d’histoire à Saint-Nazaire et qui nous a fait part de son mécontentement en ayant entendu cette annonce.
 
En Bretagne, celle-ci a une résonance toute particulière. Après avoir été amputée de la Loire-Atlantique dans la première moitié du XXème siècle, la Bretagne n’existerait tout simplement plus en tant qu’entité administrative. 

Pas évident que cette annonce permette à Marine Le Pen de progresser électoralement dans une région qui lui a souvent été hostile – certes de moins en moins – et qui est particulièrement attachée à son identité, mais également à sa reconnaissance en tant qu’entité administrative par la France.

Un sondage de l’IFOP établi en 2015 révélait que la commune était la collectivité à laquelle les Français sont le plus attachés (44%), devant l’échelon régional (36%) et le département (20%). On imagine largement l’écart encore plus important entre Région et Département dans les régions à forte identité, dont la Bretagne fait partie.

Pour Gilles Pennelle, président du groupe FN à la région Bretagne, « non, la Bretagne ne va pas disparaître »


Dans un communiqué sous forme de mise au point, ce dernier veut « éviter les caricatures » . « La volonté de suppression de la Région en tant qu’entité administrative ne doit pas être interprétée comme la disparition de la Bretagne, des Pays de la Loire ou de la Normandie en tant que Régions historiques mais bien en tant qu’échelon administratif dans un souci d’économies financières, de promotion de la démocratie locale et de cohérence d’action dans les politiques publiques. 

La Bretagne n’a pas attendu la création du Conseil Régional en tant que collectivité locale en 1986 pour exister. Elle est le fruit d’une histoire, de traditions, d’une culture et d’une identité que seul le Front National défend.» explique-t-il.


Dernièrement, annonçant la venue de Marion Maréchal-Le Pen, ce dernier expliquait à Ouest-France que Marine Le Pen elle aussi viendrait en Bretagne tenir des réunions publiques. 

Elle effectuerait « une visite par département, donc elle va passer quatre fois en Bretagne. ».  

Exit donc la Loire-Atlantique dans la tête de M. Pennelle  – où Marine Le Pen viendra pourtant en meeting prochainement. Celui qui affirme pourtant défendre « une histoire, une tradition, une culture et une identité » a visiblement lui aussi été victime, sur la durée, de la séparation administrative de la Loire-Atlantique à la Bretagne, signe que l’administratif, ça compte tout de même. 
Quant au caractère « historique » de la région Pays de la Loire …


A ce jour par ailleurs, la fédération de Loire-Atlantique du Front national est intégrée elle aussi dans la « réalité administrative » et non pas historique, puisqu’elle travaille avec les Pays de la Loire et, beaucoup moins, avec la Fédération bretonne.

Quelles conséquences ?

« La suppression de l’échelon régional correspond à une volonté de réhabilitation du département et de ses compétences historiques, ainsi que d’une rationalisation de la répartition des compétences. A titre d’exemple, il est farfelu d’imaginer que les lycées soient de la compétence régionale alors que les collèges sont de la compétence départementale. 
Ce sidérant partage n’est source que de gabegie et de gaspillages que seule Marine Le Pen aura le courage de faire cesser. L’échelon territorial de référence doit rester le département. Il a prouvé son efficacité depuis plus de 200 ans. 
En aucun cas, cela n’empêchera une réflexion à l’échelle régionale par la création d’un organe de représentants des différents conseils départementaux.» poursuit Gilles Pennelle dans son communiqué.


Invoquant la baisse du nombre d’élus, de fonctionnaires territoriaux, la simplification administrative et les économies qui seraient  les « recettes pour remettre la France en ordre.», Gilles Pennelle prend le risque, à quelques mois des élections présidentielles, mais aussi législatives, de se mettre à dos tout une partie de l’électorat populaire de Bretagne qu’il avait commencé à acquérir  jusqu’ici – plus difficilement dans l’ouest breton –  sur des thématiques comme celles de l’immigration ou de l’insécurité.

Il est vrai que le Front national n’a jamais caché – d’autant plus depuis que Florian Philippot y a mis sa touche d’énarque et d’ancien chevénementiste – sa volonté de dissoudre les régions, au profit de départements, héritiers de la Révolution française, une période qui – Terreur oblige – n’a pas laissé que des bons souvenirs en Bretagne et en Vendée.

« En Bretagne, il suffit de regarder la conséquence de la disparition de la Loire-Atlantique, intégrée aux « Pays de la Loire », pour se rendre compte des effets de l’effacement administratif ; de moins en moins d’habitants s’y sentent bretons – de moins en moins le sont d’ailleurs d’origine, l’immigration modifiant petit à petit l’aspect des grandes villes comme Nantes et Saint-Nazaire, tandis que les politiques départementales depuis des années, et cela toutes étiquettes politiques confondues, ont pleinement intégré les « Pays de la Loire » et se contentent de quelques saupoudrages associatifs folkloriques afin de satisfaire de maigres et parfois intéressés appétits bretonnants » nous souffle Yvan, le professeur d’histoire que nous avons interrogé sur les conséquences historiques d’une telle décision.


Il suffit également d’étudier la division administrative actuelle de la Bretagne pour se rendre compte de son incohérence territoriale. Ainsi, les communautés de communes – qui pourraient être organisées selon les anciens « pays bretons »  – se font en fonction des intérêts politiques locaux. 

Depuis le 1er janvier 2017, la communauté de communes de Callac , dans les Côtes d’Armor, est rattaché à Guingamp, alors que le centre d’attraction des habitants est à Carhaix… qui se trouve dans le Finistère mais à quelques kilomètres à peine. Et que dire des départements ? Quel rapport historique, culturel, économique et social entre Callac et Dinan, dans les Côtes d’Armor ? Entre Dinard, Fougères et Redon, en Ille et Vilaine ? Entre Ploërmel et Vannes, dans le Morbihan ? Entre Brest et Quimperlé, dans le Finistère ? Ces questions méritent d’être posées.


L’adaptation en fonction des territoires et des identités, plus ou moins marqués selon les régions, car la situation n’est pas la même en PACA ou en Bretagne, n’est pas dans l’ADN du Front national, qui souhaite partager entre état central et département les prérogatives de la Région.

Une partie des Bretons qui avaient l’intention de voter pour Marine Le Pen ou ses candidats vont-ils lui tourner le dos avec cette annonce ?

Pas certain. Les prochaines élections donneront toutefois un aperçu du sentiment populaire. 
Depuis son retour au conseil régional de Bretagne, le Front national a déjà clairement affiché et communiqué autour d’une couleur que certains estiment teintée de jacobinisme, que ce soit lors de  la demande de remise au centre du drapeau Français à l’entrée du Conseil Régional ou pour condamner la prise de parole en langue bretonne de Paul Molac .


Un ancien membre du Front de Libération de la Bretagne (FLB), observant aujourd’hui depuis sa retraite la vie politique bretonne, nous a adressé son sentiment. Nous le reprenons en guise de conclusion : « c’est tout de même dommage de n’avoir aujourd’hui comme seule possibilité électorale que de choisir entre des partisans – y compris dans les milieux bretons – d’une immigration qui modifie et modifiera en profondeur le visage de la Bretagne et des Bretons, et des opposants à l’immigration certes, mais qui veulent eux aussi, d’une certaine façon, effacer ce que nous sommes et ce que nous avons été. ».


Il est vrai qu’avec une telle réforme, Mayotte, territoire africain, continuerait d’exister en tant qu’entité administrative française, ce qui ne sera plus le cas de la Bretagne.


Yann Vallerie

Crédit photo : DR [cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine